Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec France Info le 22 novembre 2021, sur la crise sociale en Guadeloupe, le protocole sanitaire dans les stations de sport d'hiver et l'aide de l'Etat au tourisme.

Texte intégral

Q - Une réunion en ce moment-même autour de Jean Castex à Matignon, la crise très explosive en Guadeloupe, un appel à la grève générale, désormais, en Martinique... Vous êtes en charge du tourisme : faut-il éviter, franchement, ces deux destinations ?

R - En tous les cas, ce n'est pas une bonne nouvelle pour le tourisme sur ces deux destinations. Je peux vous dire que ce sont des destinations qui ont déjà souffert. Souvenez-vous cet été, puisqu'il y avait eu un certain nombre de fermetures administratives. Là, les indicateurs repassaient au vert, il y avait de nombreuses réservations. J'espère que le dialogue qui se noue sera fructueux et permettra de surmonter tout cela.

Q - Vous dites "dialogue", comme cela a été dit par des élus locaux. Est-ce que ce sont des syndicats qui instrumentalisent la santé ?

R - Ce que je constate, c'est que les soignants ont tout de même massivement entendu l'appel à la vaccination, puisqu'en Guadeloupe, on a 90% de soignants qui ont été vaccinés. Dans la population en général, on est à 50%. Très clairement, on le sait, dans la boîte à outils pour continuer à vivre avec ce fichu virus, il y a la vaccination, le rappel vaccinal, le passe sanitaire. Et tout cela, c'est objectif ; regardez : si nous sommes dans une situation qui est peut-être à ce stade encore un peu plus favorable que d'autres pays en Europe, c'est parce qu'on a mis le paquet et sur la vaccination, et sur le passe sanitaire.

Q - Faut-il craindre pour nos vacances de Noël ?

R - Je crois que nous sommes outillés pour pouvoir faire face à cette nouvelle vague. Encore une fois, regardez, on est à 87,6% de la population vaccinable qui a reçu un schéma vaccinal complet. Cela veut dire qu'il y a un taux de protection qui est important. Il faut continuer pour toutes celles et tous ceux qui sont éligibles au rappel vaccinal, les plus de 65 ans notamment, les personnes avec certaines comorbidités, de le faire. Et avec le passe sanitaire, je crois qu'on a montré, cet été, alors qu'on atteignait parfois..., on a tangenté les 25.000 cas quotidiens en termes d'incidence, que l'on pouvait avoir un été qui s'est déroulé le plus normalement possible. Encore une fois, le passe sanitaire, les gestes barrières, tout cela doit rester, et c'est tout cela qui nous permettra de continuer.

Q - Pour vous, c'est la règle de base. Vous vous montrez rassurant ce soir, Jean-Baptiste Lemoyne, et votre collègue Gabriel Attal, a parlé de cinquième vague fulgurante. "Les Allemands seront vaccinés, guéris ou morts" : ce sont les mots choc du ministre de la santé allemand Jens Spahn. Ma question est simple : certes, il faut être rassurant, certes, la vaccination, certes, le passe sanitaire, certes, les gestes barrière, mais est-ce qu'il faut désormais se dire "tiens, pour les prochaines vacances, mieux vaut rester chez soi", comme cela a été le cas, il y a un an ?

R - Je ne crois pas, parce qu'en réalité, avec le passe sanitaire et les protocoles mis en place par les professionnels, tout est fait pour que vous puissiez vous déplacer...

Q - En France !

R - ...et pratiquer...

Q - En France !

R - Ecoutez, moi je vends le tourisme tricolore. Donc, c'est vrai que je le dis : vous pouvez continuer à redécouvrir la France et notamment la montagne française qui a beaucoup souffert. On a fait un protocole, les Domaines skiables de France sont prêts à vous accueillir avec le masque dans les remontées mécaniques...

Q - Le passe sanitaire pour les remontées mécaniques.

R - Alors, le passe sanitaire, dès lors que le taux d'incidence franchira le niveau de 200. Ça, c'est ce que nous avons travaillé en concertation avec eux, qui a été annoncé par le Premier ministre. Et c'est pour vous dire que justement, on est outillé pour faire face. Maintenant, on doit tous être très responsables, faire attention à la distanciation sociale, ne pas se relâcher, c'est vrai, les professionnels le disent : ils ont pu constater dans les clientèles du relâchement. Eh bien, je suis heureux de voir que, d'ailleurs, ces mêmes professionnels appellent aussi leurs adhérents à être très vigilants. J'ai vu les propos de Didier Chenet, notamment, du GNI, incitant les restaurateurs à bien vérifier tous les passes. C'est ça qui nous permettra, encore une fois, de passer ce moment un peu compliqué.

Q - Donc, rigueur, vigilance. Mais vous savez, il y a des Français qui partent à l'étranger, skier en Italie, en Autriche - l'Autriche qui vient de reconfiner -. Qu'est-ce que vous leur dites ? N'y allez pas ?

R - Alors, l'Autriche est en train de prendre un certain nombre de décisions, effectivement, draconiennes, parce qu'ils sont en retard de vaccination ; il faut dire les choses, nous on a mis le paquet. Et donc, ce que je peux leur dire, en tous les cas, c'est que les domaines français, eux, sont prêts à les accueillir. Encore une fois, la France, c'est ce pays qui a une multitude de destinations, qui est prêt à faire plaisir à chacune et à chacun, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. C'est d'ailleurs tout le sens du plan de reconquête et de transformation du tourisme, qu'on a annoncé, avec le Premier ministre, samedi dernier, justement, au Clos Lucé, dire : voilà, la France a énormément d'atouts, n'hésitez pas à la redécouvrir.

Q - Vous nous dites en creux, et même assez explicitement, "restez en France", grosso modo, ce soir ?

R - Il y a une capacité à se déplacer dans le monde, mais il faut toujours faire attention. Référez-vous aux conseils aux voyageurs que le Quai d'Orsay met à jour très régulièrement. Et encore une fois, ce qui est sûr, c'est que nos professionnels du tourisme en France ont beaucoup souffert, et donc ils méritent aussi d'être soutenus à travers les séjours que vous ferez chez eux.

Q - Une question très politique : Emmanuel Macron s'apprête à entrer en campagne bientôt. Je sais que vous ne répondrez pas à cette question-là ce soir, mais c'est une mauvaise séquence pour lui que de voir revenir cette crise sanitaire au premier chef, il y aura cette réunion mercredi matin ?

R - Vous savez, la crise sanitaire, elle ne prévient pas. C'est l'inattendu permanent. Moi, ce que je constate dans tous mes déplacements sur le terrain, c'est que les Français ont constaté que l'Etat avait été là, l'Etat avait été au rendez-vous pour les soutenir. Pour le secteur du tourisme, c'est 38 milliards d'euros. Demain matin, je serai aux côtés des hôteliers restaurateurs de l'UMIH, à leurs côtés, à Strasbourg.

Q - Déjà engagés, les 38 milliards ?

R - Déjà engagés. Et là, on en met en plus, parce qu'on met 1,9 milliard pour pouvoir rebondir, faire de la promotion, relancer la France.

Q - Un plan touriste qui risque d'être rehaussé, Jean-Baptiste Lemoyne, si d'aventure cette cinquième vague s'installe ?

R - Ecoutez, déjà, on vient d'annoncer des moyens considérables : 1,9 milliard, dont 500 millions d'euros de moyens budgétaires. Pour vous dire, on double les moyens en termes de promotion. Et puis surtout, on veut un tourisme qui soit durable, qui soit responsable, un tourisme où le bonheur est dans le "près" ; on va peut-être moins loin, mais on trouve autant de bonheur.

Q - Allez, cinquième vague, certes, mais vous nous dites ce soir, Jean-Baptiste Lemoyne, en substance : vacances, oui, mais de préférence... françaises.

R - Vacances riment avec prudence. Donc, dès lors qu'on est prudent, eh bien, on prendra de bonnes vacances.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 novembre 2021