Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Inter le 30 novembre 2021, sur l'entrée de Joséphine Baker au Panthéon.

Texte intégral

MATHILDE MUNOS
Ils sont aujourd'hui 80 à reposer au Panthéon, et cet après-midi, ils seront 81, Joséphine BAKER s'apprête à devenir une grande femme à qui la patrie sera toujours reconnaissante, première artiste de scène à être panthéonisée. Première femme noire aussi. Bonjour Elisabeth MORENO

ELISABETH MORENO
Bonjour Mathilde MUNOS. Bonjour à toutes et à tous.

MATHILDE MUNOS
Vous êtes ministre déléguée chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances. Il était donc, non, qu'une femme noire rentre au Panthéon ?

ELISABETH MORENO
Il était temps qu'une nouvelle femme entre au Panthéon, et que ce soit une femme comme Joséphine BAKER, qui représente tellement des valeurs de notre beau pays, la liberté, l'égalité, la fraternité, c'était une femme libre, une femme engagée, c'est une femme qui a profondément aimé la France, au point de tout risquer pour elle, donc je trouve que c'est un magnifique modèle qui rentre aujourd'hui au Panthéon.

MATHILDE MUNOS
Un modèle, mais par cette décision, par ce choix, quel message Emmanuel MACRON veut-il envoyer, parce qu'il y a évidemment une portée politique actuelle aussi ?

ELISABETH MORENO
Il y a une portée politique à toutes les panthéonisations probablement, mais ce je pense que le message que le président de la République veut envoyer, c'est qu'on peut n'être pas né en France, avoir choisi la France, choisi de tout donner pour la France, et je pense qu'aujourd'hui, la France choisit Joséphine BAKER, elle l'a choisie en son temps, et aujourd'hui, la France l'a choisie parce qu'elle incarne, encore une fois, des valeurs d'universalisme républicain qui sont très chères au président de la République, et encore une fois, elle montre…, c'était une Américaine qui est venue s'installer en France, qui a pris la nationalité française, et on n'a pas besoin d'être né en France pour aimer profondément la France, et elle est un magnifique modèle d'intégration dans notre pays, elle a quitté les Etats-Unis dans des conditions compliquées, et elle a trouvé un refuge dans un pays qui lui a permis de s'épanouir, et de devenir ce qu'elle avait envie de devenir, parce que c'est quand même une femme qui a eu 1.000 vies en une seule.

MATHILDE MUNOS
A qui ce message est-il destiné précisément ?

ELISABETH MORENO
A tous, je pense qu'il est destiné à notre jeunesse qui parfois connaît mal notre histoire, je pense qu'il est destiné à tous ces Cassandre qui veulent une France monochrome et qui refusent la pluralité et la diversité de notre beau pays, je pense qu'il est destiné à toutes ces personnes qui doutent de nos valeurs profondément universalistes, de nos valeurs républicaines, et je pense qu'il envoie un magnifique message d'ouverture, non seulement à la France, mais au monde entier.

MATHILDE MUNOS
Alors, c'est effectivement un très beau symbole, mais en même temps, ce n'est pas la panthéonisation de Joséphine BAKER qui va changer la vie d'une jeune femme qui subit des discriminations au quotidien.

ELISABETH MORENO
Je suis d'accord avec vous, mais les symboles sont importants, la vie de la jeune femme du quotidien, nous y travaillons tous les jours, quand Jean-Michel BLANQUER décide de dédoubler les classes de CP et de CE1, nous savons que les personnes issues de l'immigration en général habitent dans les quartiers populaires, et nous savons que ces jeunes dans ces quartiers-là ont parfois plus de difficultés, eh bien, c'est un acte fort, lorsque nous décidons de mettre en place, lorsque le président de la République décide en décembre de l'année dernière de mettre en place la plateforme de lutte contre les discriminations, je rappelle que Joséphine BAKER avait aussi milité pour les droits civiques aux Etats-Unis, mais en France, elle était investie dans la Licra, eh bien, c'est aussi une manière de lutter au quotidien contre les discriminations que certaines personnes peuvent être amenées à subir.

MATHILDE MUNOS
Et toujours dans le même esprit, dans la même démarche, Emmanuel MACRON avait demandé aux élus, aux maires, de renouveler les noms de rues et de bâtiments publics, il y a même une liste de 318 personnalités de la diversité qui avait été établie pour aider les maires à choisir. On en est où, est-ce qu'il y a beaucoup de maires qui ont finalement rebaptisé des rues ?

ELISABETH MORENO
Alors, je ne sais pas, parce que c'est une décision, comme vous l'avez dit, qui appartient aux maires, et qui est arrivée dans des conditions un peu, enfin, il y a eu tellement de choses qui sont arrivées suite à la demande du président de la République, ce que je sais, c'est que c'est une volonté forte qui montre que l'histoire de France est très plurielle, que des personnes, encore une fois, qui n'étaient pas forcément destinées à défendre les valeurs de la France, que ce soit d'un point de vue culturel, que ce soit d'un point de vue historique, que ce soit dans toutes les sphères de la société, vous trouvez aujourd'hui des personnes qui sont très diverses et qui ont fait briller la France d'une manière ou d'une autre ; et je pense qu'il serait vraiment heureux à un moment où il y a tellement de divisions, où il y a tellement de gens qui cherchent à nous diviser, il y a tellement de gens qui rejettent, qui ostracisent, je pense que c'est important que ces maires envoient un message très fort sur le modèle républicain, sur le fait que notre pays est ouvert, qu'il sait accueillir, et c'est, je pense, le message que le président de la République souhaitait envoyer en demandant à ces maires de renommer quelques-unes de ces rues pour pouvoir représenter l'histoire de France telle qu'elle est.

MATHILDE MUNOS
Mais vous ne savez pas aujourd'hui si l'opération a marché pour le moment ?

ELISABETH MORENO
Je ne sais pas aujourd'hui si l'opération a marché.

MATHILDE MUNOS
Et c'est pour marquer aussi cette diversité que vous allez venir cet après-midi à la cérémonie, que vous allez y assister avec plein de jeunes ?

ELISABETH MORENO
Oui, parce que je crois que… vous savez, comme je vous le disais tout à l'heure, il y a un symbole très, très fort derrière cette panthéonisation, et moi, je voulais que des jeunes qui n'ont pas, jamais, eu l'occasion d'aller dans un endroit comme celui-là, pour entendre l'histoire d'une femme aussi exceptionnelle, puissent aussi venir participer à un moment tout à fait historique dans notre pays, c'est la sixième femme qui va être panthéonisée sur les 80, donc ça, c'est déjà un symbole fort, une femme artiste, mais une femme aussi combattante, une femme qui a élevé 12 enfants de quasiment 12 nationalités différentes, mais quel beau message d'universalisme, d'humanisme elle envoie, et de générosité. Et je crois que nous avons besoin de ça en ce moment.

MATHILDE MUNOS
Et la prochaine, ce sera qui ? Pas Gisèle HALIMI, visiblement ? Pas assez fédératrice ?

ELISABETH MORENO
Et comment le savez-vous ? Je pense que… vous savez, Gisèle HALIMI ne nous a quittés qu'il y a un an, et les panthéonisations, à part Simone VEIL, prennent de très, très longues années, et Joséphine BAKER en est un exemple. Donc…

MATHILDE MUNOS
L'option n'est toujours pas écartée, on a dit que le fait qu'elle ait soutenu le combat pour l'indépendance de l'Algérie la mettait de côté, non, vous nous dites que c'est toujours une option ?

ELISABETH MORENO
Pas que je sache.

MATHILDE MUNOS
C'est toujours une option pour…

ELISABETH MORENO
C'est une question de temps et de patience.

MATHILDE MUNOS
Et vous, vous souhaiteriez qu'elle le soit, elle le mérite ?

ELISABETH MORENO
Moi, je me suis déjà exprimée sur ce sujet, et j'espère qu'un jour, elle sera panthéonisée, parce que là encore, elle a porté des combats qui ont fait grandir notre pays.

MATHILDE MUNOS
Et à propos de diversité toujours, Elisabeth MORENO, au gouvernement, vous êtes la seule femme noire, vous le regrettez ?

ELISABETH MORENO
Est-ce que je le regrette, il y a d'autres femmes, on est le gouvernement qui est le plus largement féminisé, 43 femmes dans un gouvernement, c'est la première fois, Jean CASTEX a bien fait les choses sur ce sujet-là. Moi, je pense qu'il est important au niveau politique, puisque toutes les décisions qui sont prises par les politiques concernent 100 % de notre population, il faut que les politiques représentent la société telle qu'elle est, et aujourd'hui, nous avons encore du travail à faire, parce que même si à l'Assemblée nationale, nous n'avons jamais eu autant de femmes, même si au gouvernement, nous n'avons jamais eu autant de femmes, je pousse pour qu'il y ait de plus en plus de femmes dans les postes de décision dans toutes les sphères de la société.

MATHILDE MUNOS
Merci Elisabeth MORENO, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances, vous étiez l'invitée du « 5-7 ».

ELISABETH MORENO
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er décembre 2021