Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à Sud Radio le 2 décembre 2021, sur le rappel vaccinal contre le Covid-19 et la publicité des parrainages pour la présidentielle.

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

PATRICK ROGER
La vaccination, le risque de reconfinement, les LR, ZEMMOUR, la place du MoDem dans la Macronie également avec la campagne qui s'annonce. Commençons, Marc FESNEAU, par le Covid. Des spécialistes conseillent de réduire les contacts avec les fêtes de Noël qui arrivent. Quelle est la position au gouvernement ?

MARC FESNEAU
La position du gouvernement, elle est simple et elle est double au fond. La première chose, c'est de respecter les gestes barrières et c'est vrai qu'on a pu avoir tendance les uns et les autres – il ne faut jeter la pierre à personne – à relâcher un peu ce qui étaient des gestes du quotidien, des habitudes qui avaient été prises à la fois d'hygiène : se laver les mains ou se passer du gel hydroalcoolique, de ne pas se rassembler…

PATRICK ROGER
Vous en avez devant vous.

MARC FESNEAU
J'en ai devant moi. J'ai un masque aussi.

PATRICK ROGER
Il y a un masque et puis on est séparé, on est à distance et on a un purificateur d'air.

MARC FESNEAU
En tout cas, il faut qu'on fasse attention les uns et les autres aux gestes et donc c'est pour éviter effectivement les contacts. On sait que c'est une maladie qui est contagieuse par les contacts. Et plus on est démasqué, proche dans des ensembles confinés, plus on prend de risques, et donc il faut effectivement qu'on fasse attention. Et puis la deuxième chose, la partie de la stratégie qui est la nôtre, c'est la question de la vaccination. On voit bien que la vaccination, elle a pour effet d'ailleurs comme pour la grippe, non pas d'empêcher d'être contaminé mais elle a pour effet de faire en sorte que les symptômes soient les moins importants possibles parce qu'on sait que dans cette maladie, au-delà de ce que ça produit chez ceux qui sont touchés, ça produit aussi des effets d'engorgement des urgences ou des services hospitaliers. C'est ça qu'il faut éviter. Donc il y a la stratégie de gestes barrières qu'il faut continuer à prolonger et sur lesquels il faut être vigilant, surtout qu'on rentre dans une saison où on est plus chez soi à l'intérieur.

PATRICK ROGER
On ne va pas aller jusqu'à reconfiner quand même ? Si ?

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas l'objectif. Et d'ailleurs, c'est ce qu'ont dit à la fois le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Santé : l'objectif des mesures qui sont prises, c'est d'éviter de se retrouver dans la situation dans laquelle sont d'ailleurs certains pays aujourd'hui qui sont des situations de reconfinement. Et puis on a deux sujets au fond. On est dans une vague qui est une vague du variant Delta.

PATRICK ROGER
Oui.

MARC FESNEAU
C'est une vague d'un variant qu'on connaît, d'un virus qu'on connaît, couvert par les vaccins qu'on connaît. Et puis les interrogations qui sont légitimes et que les auditeurs ont sans doute, qui sont des interrogations sur le Omicron qui est un nouveau variant, qu'on est en train d'expertiser à la fois dans son degré de contagiosité parce qu'il est plus contagieux que le Delta. Manifestement oui mais à quel degré, et donc est-ce qu'il peut dominer sur le Delta ? 2 : Est-ce qu'il est plus dangereux, c'est-à-dire est-ce qu'il produit des symptômes qui sont plus forts ? Si c'est moins, c'est un autre sujet et par ailleurs, est-ce qu'il est couvert par les vaccins tels qu'ils sont ? Et donc ça, c'est le moment dans lequel nous sommes, les précautions que nous prenons avec ceux qui viennent de pays qui sont manifestement avec une première influence de Omicron et dans les 10-15 jours, on aura des réponses scientifiques à ces sujets scientifiques.

PATRICK ROGER
Oui. Ce qui veut dire que pour les fêtes de Noël, il pourrait y avoir des recommandations très fortes de ne pas faire des fêtes de famille alors ?

MARC FESNEAU
Non, non, non. Vous n'avez pas entendu ça.

PATRICK ROGER
Non, non, non, mais je vous pose la question parce que quand aura les résultats…

MARC FESNEAU
Vous avez raison de me poser des questions. Sur la table aujourd'hui, c'est la vaccination, le rappel vaccinal, les gestes barrières et si on se tient à ça, on peut sans doute passer cette vague.

PATRICK ROGER
Mais est-ce qu'on est en ordre de marche pour la vaccination alors pour la troisième dose ? Parce que là, il y en a certains qui prennent des rendez-vous et ils ont rendez-vous au mois de mars.

MARC FESNEAU
Je ne veux pas être désobligeant avec vous mais j'ai l'impression d'entendre le discours qu'on entendait il y a exactement un an. C'est on n'est pas prêt pour la première dose, on n'est pas prêt pour la deuxième dose, on n'est pas prêt pour la troisième donc. On a été globalement prêt. Globalement, on a été le pays qui a le plus vacciné et qui a mis en œuvre une stratégie vaccinale - d'ailleurs pas que le gouvernement, pas que l'État, avec les collectivités locales. Donc on ne va pas se faire peur ou s'inquiéter ou à chaque fois donner des fouets en disant que ? ça ne marche pas, ça ne marche pas ?. On va être prêt ! On va être prêt !

PATRICK ROGER
Non mais d'accord. Tout de même Marc FESNEAU, vous dites : ? la vaccination, on va être prêt ? mais quand même…

MARC FESNEAU
On était à quatre millions de gens vaccinés troisième dose il y a quinze jours, on est aujourd'hui à huit millions. Il y a trois millions de doses qui ont été commandés par les médecins de ville, trois ou quatre millions, je ne sais plus, pour faire en sorte que les gens puissent se vacciner chez leur médecin. On va trouver des solutions et on trouvera des solutions comme on les a trouvées dans la période…

PATRICK ROGER
Mais on ne les a pas encore aujourd'hui Marc FESNEAU, c'est ça. On n'a pas encore les solutions. C'est-à-dire quand des gens vont sur Doctolib ou autres pour demander un rendez-vous et qu'ils n'ont que la mi-mars ?

MARC FESNEAU
Mais vous savez très bien comment ça s'est passé.

PATRICK ROGER
Mais c'est ce qui se produit aujourd'hui.

MARC FESNEAU
Vous savez très bien comment ça s'est passé la dernière fois. Il pouvait y avoir des moments qui étaient éloignés en termes de vaccination et de doses, et puis au fur et à mesure des créneaux se sont libérés, les gens pu ont pu y aller. Donc inutile de se faire peur et de dire qu'on n'est pas prêt alors qu'on est prêt. On a développé, grâce d'ailleurs à la mobilisation des médecins, des services de santé, de l'État, des collectivités quelque chose qui est formidable dans ce pays : c'est qu'on a réussi à vacciner de masse ; et donc on sera au rendez-vous de la vaccination ou du rappel de masse.

PATRICK ROGER
Oui. Est-ce que le pass sanitaire est toujours utile aussi dans ces conditions ? D'ailleurs la CNIL a fait hier…

MARC FESNEAU
La CNIL, elle dit le droit et elle dit les précautions qu'il faut avoir. Donc la question du pass sanitaire est une question de droit et elle a été résolue déjà, et on répondra sans doute aux questions de la CNIL. Après, est-ce qu'il est utile ? Oui. D'ailleurs, je précise que là aussi on nous avait expliqué qu'on prenait une mesure qui était iconoclaste, que c'était incroyable de faire ça, c'était au mois de juillet. Et au fond, une ribambelle de pays nous ont suivis dans cette affaire de pass sanitaire. Le pass sanitaire, il permet aussi quand on est dans des endroits qui sont un peu confinés, quand on va dans des restaurants, d'essayer de limiter au maximum les contaminations.

PATRICK ROGER
Mais la CNIL dit : en même temps, le gouvernement n'a pas transmis des données permettant de prouver l'efficacité ou pas du pass sanitaire.

MARC FESNEAU
On transmettra j'imagine – ce n'est pas moi qui suis en charge de ces questions - mais on transmettra les données nécessaires. En tout cas ce que je constate, c'est que nous sommes le pays qui a le plus vacciné d'Europe quasiment.

PATRICK ROGER
Le premier, oui.

MARC FESNEAU
Si ce n'est le premier. Il faut se le dire.

PATRICK ROGER
Quasiment. 90% pour les adultes, oui.

MARC FESNEAU
Et sans doute que le pass sanitaire n'est pas, comment dirais-je, étranger cette question-là. Voilà. Et par ailleurs, nous sommes dans cette phase épidémique…

PATRICK ROGER
C'est votre avis, oui.

MARC FESNEAU
Je n'ai pas dit que tout allait bien, mais nous sommes dans cette phase épidémique ceux qui sont aujourd'hui et à date les moins touchés.

PATRICK ROGER
Bon. Vous êtes le ministre en charge des Relations avec le Parlement.

MARC FESNEAU
C'est exact.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il n'y aurait pas besoin en cette fin d'année d'un débat justement dans les assemblées, à l'Assemblée nationale, sur la situation, entre le nouveau variant qui arrive, la question en fait sur le pass sanitaire ? On n'est pas en vacances dans les assemblées.

MARC FESNEAU
Vous le savez qu'on n'est pas en vacances puisque vous savez le travail qu'ils font sur un certain nombre de textes. Pardon de vous dire deux choses. La première, c'est qu'il y a quinze jours ou il y a trois semaines, il y a un texte qui a été débattu sur la question du pass sanitaire, sur la question de la situation sanitaire. D'ailleurs à l'époque, ceux qui aujourd'hui nous disent : qu'est-ce que vous faites ? Est-ce qu'on est prêt ? Est-ce qu'on va y arriver etc ?, nous expliquaient qu'il fallait complètement relâcher la bride et que, au fond, c'était bizarre de continuer à avoir des mesures comme celles que nous avons mises en œuvre. 2 : Les questions au gouvernement, la convocation des ministres devant les commissions, toutes formes de choses sont possibles. Le Premier ministre a réuni il y a huit jours les groupes parlementaires pour leur faire état des mesures qui allaient être annoncées par le ministre de la Santé. Donc le travail se poursuit, le contrôle du Parlement s'exerce, pas besoin d'un grand débat théâtral…

PATRICK ROGER
Mais pourquoi ? Pourquoi pas besoin ? C'est la démocratie aussi, non ?

MARC FESNEAU
Vous croyez que quand on va en Commission et qu'un ministre va en Commission, ce n'est pas la démocratie ?

PATRICK ROGER
Ce n'est pas la même chose quand il y a un vote.

MARC FESNEAU
Un vote sur quoi ?

PATRICK ROGER
Je ne sais pas. C'est à vous peut-être de poser en fait une motion autour.

MARC FESNEAU
Le vote il a eu lieu il y a trois semaines sur le texte.

PATRICK ROGER
Sur le pass sanitaire prolongé.

MARC FESNEAU
Attendez. L'action des parlementaires, c'est une action de voter la loi mais heureusement pas seulement de voter la loi : c'est de contrôler l'action du gouvernement. Contrôler l'action du gouvernement, ça se fait dans les commissions, ça se fait aux questions au gouvernement, ça se fait dans les interrogations que portent légitimement les présidents de groupe à l'Assemblée et au Sénat - et je vous prie de croire qu'ils ne sont pas forcément d'une grande bienveillance avec nous – auprès du Premier ministre. C'est comme ça que ça marche, une démocratie. Dans les grandes démocraties, de grandes démocraties parlementaires, l'essentiel du travail est un travail de contrôle et pas de vote, de vote, de vote. On contrôle. C'est qu'est-ce que vous faites, qu'est-ce qui se passe, comment on ajuste.

PATRICK ROGER
Contrôle et débat.

MARC FESNEAU
Oui.

PATRICK ROGER
Par exemple, la question de l'obligation vaccinale qui est remise sur la table par l'Europe hier, ces derniers jours, est-ce que là il ne faudrait pas en débattre ?

MARC FESNEAU
Ça n'est pas le choix que nous avons fait. Excusez-moi de vous dire que dans le débat sur le pass sanitaire, un certain nombre de groupes avaient proposé l'obligation vaccinale. Ça n'est pas le choix que nous avons fait et sans doute la question reviendra sur le tapis. Aujourd'hui, la question est plutôt le rappel vaccinal. Quand vous êtes à ce très haut taux de vaccination, c'est déjà un effort fabuleux qui a été fait par les Français, avec l'effort de ceux qui ont permis la vaccination. C'est plutôt vers ça qu'il faut se concentrer.

PATRICK ROGER
Bon. Venons-en à la campagne Marc FESNEAU. Les parrainages d'élus pour être candidat à la présidentielle, est-ce qu'ils doivent rester publics ? Est-ce qu'il ne faudrait pas, c'est ce que demandent certains candidats qui n'ont pas leurs parrainages, est-ce qu'il ne faudrait pas changer un peu ça ? Les règles, quoi ?

MARC FESNEAU
Je veux bien qu'on réfléchisse à toutes les règles et y compris celle-là. D'ailleurs certains remettent même en cause le principe même des parrainages. Certains disent : il ne faut pas que ce soit des parrainages d'élus, il faut que ce soit des parrainages citoyens. La chose que je trouve dommage, c'est de changer les règles au moment où on est entré déjà sur le terrain de jeu.

PATRICK ROGER
Non mais attendez ! Certains le réclament depuis longtemps, certains le réclament depuis longtemps, Marine LE PEN notamment.

MARC FESNEAU
Oui. Et au fond, quand vous regardez, qui a été privé de parrainages ces dernières années ? Personne.

PATRICK ROGER
Oui, avec quand même des difficultés visiblement.

MARC FESNEAU
Oui mais c'est toujours la même grande peur et je pense - et c'est normal - que les grands courants d'opinion de l'échiquier politique soient représentés à la présidentielle, et je n'ai pas sous les yeux d'exemple avéré de candidat qui n'ait pas pu être candidat parce qu'il lui manquait les parrainages. Alors après, il faut aussi qu'on ait un mécanisme de régulation. La présidentielle, ce n'est pas pour avoir 35 candidats.

PATRICK ROGER
Vous vous êtes le représentant aussi du MoDem.

MARC FESNEAU
C'est exact.

PATRICK ROGER
Vous êtes l'un des hommes forts de monsieur BAYROU. Est-ce que le MoDem ne va pas être complètement avalé par la nouvelle maison commune, Ensemble citoyens, dominée probablement par Edouard PHILIPPE ?

MARC FESNEAU
Dominée par personne puisque c'est un rassemblement…

PATRICK ROGER
Attendez ! C'est Edouard PHILIPPE, il annonce la couleur quand même, non ?

MARC FESNEAU
Non. La couleur qui a été annoncée… D'abord je voudrais vous signaler que l'initiative en revient côté MoDem à François BAYROU, côté la République en Marche à Richard FERRAND. Donc c'est de là qu'est venue cette idée de consolider dans la majorité le rassemblement et le dépassement. Deuxième élément, c'est une volonté à la fois d'approfondissement de ce qu'est l'espace central - tout République en Marche et MoDem - et puis la capacité sur les latéralités, si vous me permettez cette expression, Horizons côté par exemple Edouard PHILIPPE, à rassembler la majorité. Et donc le MoDem, il n'y a aucune crainte d'absorption. Vous savez, on en a vécu pas mal avec François BAYROU donc on est assez rompu à l'exercice. On n'a jamais plié devant quoi que ce soit, y compris des gens qui voulaient, au fond, notre disparition. Là ce n'est pas pour faire disparaître, au contraire, c'est pour faire apparaître ce qu'est cet espace central. Et donc je n'ai aucune crainte de cette nature, mais vraiment aucune crainte.

PATRICK ROGER
Oui. Du côté des LR, on connaîtra les deux finalistes…

MARC FESNEAU
Cet après-midi.

PATRICK ROGER
Cet après-midi. Est-ce que vous avez le sentiment qu'il y a eu beaucoup plus d'adhérents ? Que finalement il y a une remobilisation autour des Républicains aujourd'hui ?

MARC FESNEAU
C'est difficile à dire comme ça. En tout cas, je constate qu'il y a eu des débats mais je n'ai pas à juger. Après, on aura un débat avec le candidat ou la candidate qui sera choisi, peut-être un peu polarisé sur un seul sujet du fait de l'émergence de monsieur ZEMMOUR. Sans doute que c'est un moment toujours un peu militant et donc il y a un peu de remobilisation. On n'est quand même pas dans des étiages fous mais qui sont des étiages de 120 000, je crois, votants, 130 000 votants. On verra ce que sera le choix des militants. D'abord il faut respecter le choix des militants, et moi je ne suis pas de ceux qui viennent dénigrer les partis politiques. Je pense qu'on a besoin d'organisations politiques dans la démocratie.

PATRICK ROGER
Oui. À propos d'Eric ZEMMOUR que vous avez cité en fait à l'instant, le député communiste Fabien ROUSSEL va défendre une résolution aujourd'hui pour inviter le gouvernement à envoyer une instruction aux magistrats pour mettre en œuvre une disposition, je cite, ? qui permette au juge de rendre inéligible un homme politique pour des propos discriminatoires et quand il y a eu éventuellement condamnation. ? Qu'allez-vous faire de cette résolution ?

MARC FESNEAU
Moi, je vais vous donner un avis personnel, les groupes s'exprimeront là-dessus. Moi j'ai le sentiment que ce n'est pas comme ça qu'on combat les idées de quelqu'un comme Eric ZEMMOUR. Je ne suis pas sûr que la solution, ça soit de lui interdire d'être dans le débat public. Moi je pense qu'il faut délégitimer ce qu'il dit, il ne faut pas l'empêcher. En démocratie…

PATRICK ROGER
Il faut débattre comme Bruno LE MAIRE ? Il a raison ? Il a raison Bruno LE MAIRE de débattre avec lui ?

MARC FESNEAU
Mais évidemment qu'il a raison. Parce que si jamais vous laissez simplement prospérer les idées de monsieur ZEMMOUR sans les combattre autrement que par la voie de la justice, ça n'est pas à la justice de trancher les questions démocratiques.

PATRICK ROGER
Mais si les Français adhèrent à beaucoup des idées quand même d'Eric ZEMMOUR dans les intentions de vote, c'est qu'il y a quand même une partie de vrai probablement dans ce qu'il dit, non ? Autour des questions d'immigration, de sécurité ?

MARC FESNEAU
Non, non, mais il y a sans doute des gens qui ont une perception comme celle d'Eric ZEMMOUR. À nous de les convaincre du fait que le chemin qu'emprunte Eric ZEMMOUR, c'est un chemin qui a toujours emmené au pire. Et au pire sans doute, c'est souvent pour les plus fragiles et que je ne connais pas…

PATRICK ROGER
Lui dit que si on ne prend pas son chemin, on ira vers le pire.

MARC FESNEAU
Je ne connais pas un pays qui se soit redressé, un pays qui ait avancé par la bataille des communautés les unes contre les autres les hommes contre les femmes de d'origine immigrée contre les autres. Les hommes contre les femmes. Les gens d'origine contre les autres. L'Europe contre le reste du monde. La France contre l'Europe. Ça n'existe pas. On ne sortira pas des difficultés qui sont les nôtres, et le pays a été grand. La France a été grande quand la France s'est rassemblée et pas quand elle a nourri en son sein les divisions. Et donc c'est ça qu'il faut combattre, parce que c'est une espèce d'épopée. Je ne vais pas me faire donner des leçons de patriotisme par quelqu'un qui, en fait, lutte contre la patrie. Parce que quand vous êtes à ce point à faire la querelle entre les gens, vous faites du mal à la patrie, moi je considère.

PATRICK ROGER
Oui. Un dernier mot, Marc FESNEAU. Il y a un professeur, un enseignant suspendu dans le Jura parce qu'il a été un peu critique avec l'Education nationale, sa hiérarchie, sur l'organisation de la minute de silence de Samuel PATY. Est-ce qu'il devrait être réintégré ?

MARC FESNEAU
Je n'en sais rien parce que je ne connais pas le dossier. J'en ai entendu parler sur vos ondes effectivement. Je n'en sais rien, je ne connais pas le dossier. Manifestement sur ce sujet-là, en tout cas sur le sujet de Samuel PATY, je pense que la grande vigilance que nous devons avoir, au-delà du cas particulier, c'est de faire en sorte que l'hommage soit rendu et qu'il n'y ait pas des gens qui finassent avec quelque chose qui a été très profondément marquant pour la communauté éducative et pour chacun d'entre nous.

PATRICK ROGER
Oui, un mot sur Nicolas HULOT. Il est temps de passer à autre chose, parce que là on a l'impression ça revient en permanence aussi, y compris au sein de la majorité.

MARC FESNEAU
Non, je ne veux pas rentrer dans le sujet particulier de Nicolas HULOT, mais je pense qu'il n'est pas le temps de passer à autre chose de la libération de la parole. Je pense qu'il faut que la parole, dans ces cas-là comme dans les autres, elle se libère parce que ça serait trop facile. On passe d'un sujet qu'on zappe, un sujet profond dans une société comme la nôtre et comme dans beaucoup de sociétés, qui est au fond des femmes qui ont été sous la contrainte et l'écosystème a favorisé ça.

PATRICK ROGER
Oui, l'écosystème dont et le milieu politique faisait partie, bien sûr.

MARC FESNEAU
Donc on a besoin de libérer et de laisser se libérer la parole. Et en même temps, ce n'est pas sur les ondes que se traitent des questions qui, au bout, sont des questions de justice.

PATRICK ROGER
Oui, mais alors puisque la justice… Alors la justice n'était pas saisie en l'occurrence dans ces affaires.

MARC FESNEAU
C'est pour ça que je vous dis ça. Je dis qu'il faut que cette parole se libère et que, au fond, la peur ou la crainte changent de camp, de rive, et qu'on soit toujours attentif y compris quand ce sont des puissants qui sont visés, à la parole d'une victime ou de quelqu'un qui se considère comme victime et qui dit : écoutez-moi j'ai quelque chose à vous dire. C'est ça qu'il faut. La parole libérée, c'est aussi l'écoute libéré. C'est au fond qu'on fasse attention à des gens qui vous disent : j'ai quelque chose à vous dire, ça vous paraît fou mais j'ai quelque chose à vous dire. Et après, c'est à la justice de faire son travail. Ça n'est pas à moi et ça n'est pas à vous

PATRICK ROGER
Merci Marc FESNEAU, ministre délégué en charge des Relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, d'avoir été ce matin l'invité de Sud Radio.

MARC FESNEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 décembre 2021