Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à BFM TV le 4 janvier 2022, sur le passe vaccinal, le service public et l'épidémie de Covid-19, les masques FFP2 et l'avenir de la fonction publique.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de la Transformation et de la Fonction publique. Nous allons beaucoup parler des fonctionnaires, bien sûr, avec vous. Mais regardons ce qui s’est passé dans la nuit à l’Assemblée nationale, les députés de l’opposition ont refusé de prolonger après minuit l’examen du projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal. L’examen du texte a été suspendu. Est- ce que le pass vaccinal sera appliqué à partir du 15 janvier ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, ce qui est certain, c’est que ce pass vaccinal, il va s’appliquer, puisque la majorité a une majorité, c’est le principe du fait majoritaire, et nous pensons que c’est une mesure essentielle dans la phase de pandémie que nous vivons aujourd’hui. Et ce qui s’est passé hier soir, c’est une manoeuvre navrante, c’est une manoeuvre navrante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de parler de la manoeuvre, je vous pose une question précise, est-ce que le pass vaccinal sera appliqué à partir du 15 janvier ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il sera appliqué le plus tôt possible, il sera appliqué évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il ne sera pas appliqué à partir du 15 janvier parce qui s’est passé ce qui s’est passé dans la nuit à l’Assemblée…

AMELIE DE MONTCHALIN
Il sera appliqué le 14, le 15, le 16, il sera appliqué le plus tôt possible, mais pourquoi je vous dis ça, parce que ce qui s’est passé hier, c’est l’image d’un Parlement qui s’affaiblit lui-même, c’est une manoeuvre navrante, c’est le spectacle de députés de l’opposition, qui ont joué une bonne pièce de théâtre, et qui sont allés se coucher tôt, là où les députés de la majorité étaient prêts à débattre, là où surtout, et c’est là le contraste, dans nos hôpitaux, j’étais encore, il y a quelques jours, dans un hôpital, j’ai rencontré des jeunes infirmières, qui travaillent dans le service de réanimation, qu’est-ce qu’elles m’ont dit, qu’elles étaient fatiguées, et qu’elles étaient surtout lassées de voir que les patients dont elles s’occupent ne sont pas vaccinés. Ces femmes-là, ces hommes-là, ces soignants, eux, ils travaillent la nuit, à minuit, ils ne vont pas se coucher tôt, ils ne font pas des coups de théâtre, ils ne sont pas dans l’irresponsabilité, ils sont dans l’engagement quotidien, et je pense que notre pays, nos responsables politiques, qu’ils soient d’opposition, en particulier, mais évidemment de la majorité, et c’est le rôle que les députés de la majorité ont joué hier soir, nous leur devons d’agir avec responsabilité, sans hypocrisie, sans duplicité, sans mettre en scène ce qui était hier un spectacle navrant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, le spectacle était navrant, tout le monde en sera d’accord, le spectacle était navrant. Double spectacle navrant, d’abord, l’opposition, qui a perdu le sens des responsabilités, c’est ce que vous dites, sans doute, notamment les députés LR qui, eux, sont prêts à voter le pass vaccinal…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais les LR, revenons-y, vous avez madame PECRESSE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors, allez-y, mais moi, je vous parlerai de la majorité après…

AMELIE DE MONTCHALIN
Madame PECRESSE, elle est candidate à la présidentielle, avec un certain nombre de ses amis, elle fait le tour des plateaux de télévision depuis quelques jours, pour dire qu’elle est évidemment responsable pour le pass vaccinal, mais du coup, il se pose une question, soit, elle n’est pas capable de tenir ses troupes, puisque, hier, les députés LR, dans l’hémicycle, ont voté contre le pass vaccinal, son porte-parole, Aurélien PRADIE, son porte-parole, a voté contre le pass vaccinal, les députés LR hier étaient plus nombreux hier à voter contre qu’à voter pour. Soit, et là, c’est encore plus dangereux, ça veut dire que ça s’appelle la duplicité, ça veut dire que d’un côté…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais non, les députés ont voté, non, le refus de prolonger la discussion…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, non, plus tôt dans la soirée, plus tôt dans la soirée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ont voté contre…

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous aviez un amendement d’un député LR qui voulait supprimer le pass vaccinal, vous avez 30 députés LR, dont le porte-parole de madame PECRESSE qui a voté pour la suppression du pass vaccinal dans le texte, et vous n’avez que 4 députés LR, 4, qui étaient en fait en phase avec la candidate qu’ils défendent, donc soit madame PECRESSE ne tient pas ses troupes et qu’elle n’est pas en capacité d’avoir une majorité le jour venu, soit, et c’est encore plus grave, ça s’appelle la duplicité, c’est que vous dites à la télé des choses, mais que dans l’hémicycle, vous faites autre chose, comme ça, vous gagnez coûte que coûte à tous les coups, pile, je gagne, face, je gagne ; ça s’appelle la duplicité, c’est irresponsable, et je pense qu’il faut que les Français comprennent bien qu’aujourd’hui, vous avez un grand contraste, vous avez un gouvernement qui assume, qui a les mains dans le cambouis, qui gère une crise, oui, au jour le jour, madame PECRESSE dit qu’on la gère au jour le jour, mais heureusement qu’on la gère au jour le jour, elle a un plan quinquennal, le Covid se gère comme ça avec 5 ans devant nous, avec un grand plan, une grande stratégie, évidemment qu’il y a une stratégie et une cohérence, la vaccination, la protection des soignants, l’école. Et vous avez en face une opposition, notamment de cette droite, qui est prête à toutes les outrances, qui n’est rassemblée au fond que sur une chose, vouloir le pouvoir, il n’y a aucune cohérence, et qui est dans la duplicité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, duplicité, dites-vous, des LR, mais amateurisme de la majorité, pardon, pardon, le gouvernement était capable, enfin, la majorité gouvernementale est incapable d’organiser un débat efficace, et de faire voter dans les délais un texte que la majorité juge essentiel !

AMELIE DE MONTCHALIN
Jean-Jacques BOURDIN, je ne vous laisserai pas inverser les rôles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il ne s’agit pas d’inverser les rôles…

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous avez une majorité qui est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il s’agit de responsabiliser les uns et les autres, Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais attendez, la responsabilité, non, mais reprenons le fil, depuis un an et demi, le pass sanitaire, les mesures ont été débattues 12 fois dans l’hémicycle, 12 fois, la majorité a été au rendez-vous, je ne vous laisserai pas dire que hier soir, que la semaine dernière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A minuit, où étaient les députés de la majorité ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais ils étaient au travail, quand vous avez une alliance contre nature, quand vous avez du théâtre, quand vous avez de la manoeuvre, quand vous avez, au fond, le grand bal des hypocrites qui s’organise, je ne vous laisserai pas dire que la responsabilité de ce spectacle navrant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La coresponsabilité…

AMELIE DE MONTCHALIN
Dont les députés de la majorité qui, eux, étaient prêts à débattre, qui étaient là, qui ont repoussé tous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils n’étaient pas là suffisamment nombreux…

AMELIE DE MONTCHALIN
Ils ont repoussé tous les amendements, tous les amendements qui étaient des amendements d’affaiblissement, des amendements de déni, vous savez que dans les discussions hier soir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand il s’agit de prolonger les débats, ils n’étaient plus là, Amélie de MONTCHALIN, suffisamment nombreux, c’est vrai ou c’est faux ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est vrai ou c’est faux, je vous pose la question, c’est vrai ou c’est faux ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment, quand vous avez des gens qui n’ont qu’un objectif, ce n’est pas de débattre du fond, ce n’est pas de faire avancer les débats, ce n’est pas de s’opposer sur des quelconques mesures, c’est de mettre en scène du théâtre, le théâtre, le coup de rideaux, c’est le théâtre, si les oppositions pensent que ce que nous devons aux Français, ce que nous devons aux soignants, ce que nous demandons dans cette pandémie qui épuise le pays, c’est du théâtre, c’est aller se coucher tôt, c’est ensuite allé pousser des cris de joie, vous voyez l’indignité, vous avez 130.000 morts dans notre pays, vous avez des soignants qui sont épuisés, vous avez 3.500 personnes en réanimation, autour de chaque lit de réanimation, vous avez 3, 4, 5 personnes en continu, et vous avez une opposition qui se dit que ce qu’on va faire hier soir, voyez, lundi 3 janvier, alors qu’ils ont travaillé la semaine dernière, les députés de la majorité, en commission, pour faire avancer les textes, ce spectacle, je crois que ce n’est pas digne, ça affaiblit la démocratie, et les Français ne sont pas dupes, la duplicité, elle est dans ceux qui a télé disent les choses, dans l’hémicycle, disent autre chose. Elle est dans ceux qui n’ont pas aujourd’hui ni de cohérence n’ont pas de lisibilité, et surtout affaiblissent notre… au fond, notre rôle, c’est quoi, c’est de faire tenir un pays uni dans une crise difficile, évidemment, ça demande de la responsabilité, évidemment, ça demande… vous savez, les députés de la majorité, qu’est-ce qu’ils font ? Ils prennent leurs responsabilités, ils sont menacés aujourd’hui. Certains voient leur maison personnelle brûler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Menacés de mort, mais pas que les députés de la majorité d’ailleurs…

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous ceux qui sont favorables au pass sanitaire.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, et d’ailleurs, vous avez bien remarqué qu’hier soir, eh bien, il y avait beaucoup de gens qui à la télé sont favorables, et pour appuyer sur le bouton le sont beaucoup moins. Vous aviez hier un autre spectacle navrant, c’est les complotistes, c’est les Antivax, ceux qui mettent en danger la vie des Français, qui, devant l’Assemblée, font pression…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parlez de Florian PHILIPPOT ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, je parle de toute cette mouvance minoritaire qui pense que par la pression, par la menace, par l’invective, par les fausses informations, par les mensonges, vous faites avancer quoi que ce soit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Florian PHILIPPOT qui promet de communiquer sur les noms de ceux qu’il appelle les coupables, les coupables, ce sont les députés qui sont favorables au pass vaccinal, pour lui…

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, les marchands de peur, ils ont fait beaucoup de mal à notre pays, ils ont mis en danger la vie de beaucoup de personnes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est un appel à la violence ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais bien sûr, mais ce n’est pas qu’un appel, vous la voyez la violence, quand vous avez des domiciles particuliers personnels de députés qui sont incendiés, quand vous voyez sur les réseaux sociaux le niveau de violence, de haine qui est aujourd’hui déversé, je pense que ces hommes et ces femmes qui ont accès au micro, qui ont accès aux médias, qui peuvent se mettre en scène, font un grand mal à notre pays, et surtout, ils mettent en danger des vies, je pense qu’il faut qu’on soit lucide, il y a évidemment des inquiétudes, il y a évidemment des gens à qui il faut qu’on explique les choses, avec des arguments, je dirais, humains, de proximité, mais vous avez derrière des gens qui pensent qu’ils peuvent faire de la politique sur la vie des Français, c’est très grave, et je peux vous dire que sur ce sujet, évidemment, nous ne sommes pas dupes, et je pense que nous avons tous une responsabilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment allez-vous réagir ? Comment réagissez-vous ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais à chaque fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment devant ces violences, devant ces insultes, devant ces menaces ?

AMELIE DE MONTCHALIN
La justice est saisie, les députés qui reçoivent des menaces de mort anonymes ou pas, d’ailleurs, c’est rarement anonyme, parce qu’on retrouve en général les personnes qui les envoient, saisissent les tribunaux. Et ensuite, il y a des condamnations, ça s’appelle l’État de droit, moi, je pense que, voyez, dans un pays, les choses s’organisent, et la démocratie est un fait majoritaire, si certains, voyez, ont un esprit de revanche, veulent à tout prix retrouver le pouvoir, c’est ce qui se passe aujourd’hui dans la droite de madame PECRESSE, vous savez, elle nous dit : j’assume, je suis une droite décomplexée, moi, ce que je vois, c’est que c’est surtout la décomplexion de vouloir à tout prix les postes, c’est de vouloir dire tout et son contraire, pour retrouver le pouvoir, parce que nous ne serions qu’une parenthèse d’illégitimes, et qui, au fond, n’avons pas, la démocratie, c’est le droit de chacun à se présenter à des élections, de les remporter, d’agir, de rendre compte, et de se présenter à nouveau à des élections.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, réunion à Matignon hier autour de Jean CASTEX, vous y étiez, le Premier ministre a insisté sur la continuité du service public, assurer cette continuité, alors, on va savoir comment, mais quel l’absentéisme aujourd’hui dans la Fonction publique, le taux d’absentéisme ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, il n’y a pas de taux d’absentéisme général, il y a des sujets très locaux, c’était le but de la réunion d’hier, vous savez, ça fait 18 mois qu’avec le président de la République, nous avons une ligne : ne plus jamais revivre ce qui a pu se passer au premier confinement, c’est-à-dire avoir certains services publics qui ont fermé. Notre ligne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, aucun service public ne fermera, aucun service public ne réduira l’accueil au public ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aucun service public ne sera, et c’est notre engagement depuis 18 mois, ne laissera les. Français sans service public à disposition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne réduira l’accueil ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc, c’est évidemment les questions d’accueil, vous savez, on a une charte depuis l’automne 2000, c’est 4 points, et les Français savent que c’est respecté depuis effectivement 18 mois, d’abord, c’est qu’on protège les usagers des agents, dans les lieux, avec les gestes barrières qui s’imposent pour qu’on soit en sécurité. La deuxième chose, c’est que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir…

AMELIE DE MONTCHALIN
C’est qu’on ait un accès au service public par tous les moyens, avec des guichets qui sont ouverts, avec du téléphone, avec des rendez-vous, avec parfois des visioconférences pour ceux qui le demandent, bref, que nous restions ouverts, et que le service public, il accueille chacun. Troisième élément, que nous ne prenions pas de retard, qu’il n’y ait pas de délai, parce que les dossiers doivent être traités, et le quatrième élément, il est crucial, c’est que le service public, pendant ces 18 derniers mois, il a beaucoup innové, il a notamment beaucoup innové pour aller vers les personnes les plus fragiles, plutôt que d’être une administration qui attend au guichet, que les gens viennent au guichet avec un problème, nous avons inversé la logique, la Caisse d’Allocations familiales a appelé les femmes seules, la Caisse d’Assurance vieillesse a appelé les retraités les plus précaires et les plus modestes, et cette démarche de dire : on va vers les plus fragiles, c’est un apprentissage de la crise, et je peux vous annoncer que jeudi, je réunis tous les directeurs de tous les services publics de France pour à la fois faire le point sur la continuité, mais aussi voir comment nous pouvons faire perdurer ce nouveau service public qui a émergé, parce que c’est une leçon de la crise utile, je vous donne un exemple, on a pendant cette crise fait une innovation, quand vous êtes au RSA ou au minimum vieillesse, à partir de 2022, parce qu’on l’avait expérimenté pendant la crise, et on va le poursuivre, vous êtes automatiquement inscrit à la complémentaire santé solidaire. A quoi ça sert, ça sert à lutter contre ce qu’on appelle le non-recours, ça sert- à dire : on fait moins de paperasse, ça veut dire que le service public, il se met vraiment à votre service, en particulier quand vous êtes vulnérable, quand vous êtes fragile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire, Amélie de MONTCHALIN, des ouvertures plus larges ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça veut dire des horaires qui peuvent être plus larges…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des horaires plus larges, des horaires, je ne sais pas, le week-end ou une réponse le week-end…

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça peut être des horaires décalés, oui, ça peut être aussi des rendez-vous téléphoniques, c’est-à-dire que vous vous présentez, vous dites : voilà, j’ai un cas compliqué ou vous appelez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais parce qu’à partir du vendredi jusqu’au lundi, on ne peut plus joindre un service public !

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais France Services, c’est 2.000 lieux d’accueil partout dans le pays qui accueillent à moins de 15 à 20 minutes de chez eux les Français, ils sont ouverts le samedi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d’accord...

AMELIE DE MONTCHALIN
Ils sont ouverts le soir, il y a des France Services dans les gares, donc évidemment qu’on innove, et la continuité du service public, ce n’est pas quelque chose qu’on a découvert hier, c’est un combat quotidien que les agents publics ont mené en innovant, en s’adaptant, en télétravaillant aussi beaucoup plus, en innovant dans leur manière de servir les Français, et c’est à leur honneur, et évidemment, nous y travaillons pour que ça continue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas d’absentéisme majeur dans la Fonction publique, donc la continuité du service public sera assurée, vous vous y êtes engagée, le télétravail dans la fonction Publique, où est-ce que vous en êtes ?

AMELIE DE MONTCHALIN
J’en suis à ce que, aujourd’hui, 50% des agents qui travaillent hors de Paris télétravaillent, aujourd’hui, télétravaillent plutôt 1 ou 2 jours, et donc, on va monter à 3 jours, comme dans le privé. Et dans les ministères parisiens, c’est entre trois quarts et parfois plus de 85% des agents qui télétravaillent, là aussi, ils vont télétravailler 3 jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les entreprises publiques qui ne joueront pas le jeu seront sanctionnées ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Les entreprises publiques, comme toutes les entreprises seront sanctionnées, et les collectivités, les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les collectivités, oui…

AMELIE DE MONTCHALIN
Les hôpitaux, l’ensemble des employeurs publics, vous savez, nous, on a un système qui s’appelle le contrôle de la légalité, on fait respecter les obligations, et je peux vous dire que je suis très vigilante, j’étais hier, voyez, avec des maires, dans une sous-préfecture pour vérifier que quand on dit : au travail, dès qu’on peut télétravailler, on fait 3 jours de télétravail, parce que c’est une bonne protection contre cette pandémie, ça permet de respecter les gestes barrières, ça s’applique pleinement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il y a une autre bonne protection, ce sont les masques FFP2, est-ce que vous allez distribuer des masques FFP2 à tous les agents des services publics ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur ce sujet, comme depuis le début de la crise, s’il y a des solutions, vous savez, parfois, certains, j’entends notamment à l’extrême gauche, aussi, parfois à droite, on a l’impression que le FFP2, c’est la solution miracle, si c’était miraculeux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
LE FFP2 protège six fois mieux que les masques chirurgicaux…

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, donc on a demandé un avis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans certaines circonstances…

AMELIE DE MONTCHALIN
On a demandé un avis au Haut conseil de santé publique, à la Haute autorité de santé pour savoir quelle était la bonne doctrine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les avis ont été rendus, beaucoup d’avis ont été rendus sur les masques FFP2, Amélie de MONTCHALIN…

AMELIE DE MONTCHALIN
C’est une discussion que nous aurons, voyez, autour du Premier ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi vous ne l’avez pas déjà, pourquoi est-ce que vous ne distribuez pas déjà des masques FFP2 dans la Fonction publique, je ne comprends pas, aux enseignants par exemple, je ne sais pas, moi !

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais on en distribue à toutes les personnes immunodéprimées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez pourquoi, parce qu’ils coûtent cher…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils coûtent cher, Amélie de MONTCHALIN, six fois plus…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais est-ce que vous pensez, honnêtement, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n’est pas une question d’argent ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Est-ce que vous pensez honnêtement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, j’oublie !

AMELIE DE MONTCHALIN
Le quoi qu’il en coûte, que certains nous mettent à la figure, est-ce que c’est un problème de coût…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, j’oublie, alors j’oublie, est-ce que vous avez du stock ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On a des stocks, on a évidemment une doctrine, on a des discussions sur la manière d’organiser les choses, après, je ne veux pas non plus obliger les gens à mettre un masque FFP2, le masque chirurgical, il protège très bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup moins bien…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et puis, je peux vous dire que mettre un FFP2 toute la journée dans des circonstances, notamment d’enseignement, etc., ce n’est pas forcément confortable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais quand on est au contact avec le public, peut-être peut-on porter ce masque…

AMELIE DE MONTCHALIN
C’est une discussion que nous avons, nous regardons les choses toujours avec pragmatisme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous regardez, vous regardez, mais enfin, là, il faut agir vite…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et dans les prochains jours, nous avons des discussions interministérielles sur ce sujet, et donc si des annonces doivent être faites, elles seront faites en temps et en heure, mais je tiens à dire quelque chose, quand monsieur CIOTTI, monsieur MELENCHON, avec ces vociférations de clown triste, là, qui montent à la tribune et qui nous expliquent que nous aurions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être clown triste, mais sur les FFP2, Eric CIOTTI est clair, il dit : il faut distribuer ces masques.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais en Italie, vous voyez, il y a des masques FFP2 en très grand nombre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, en Italie, oui, en Autriche et ailleurs…

AMELIE DE MONTCHALIN
La pandémie n’a pas pour autant disparu, donc évidemment, c’est une mesure de protection, il faut qu’on regarde si on doit l’étendre, mais ce n’est pas une mesure miracle, et quand j’entends monsieur MELENCHON nous dire, d’abord, vous savez, on n’avait pas regardé les traitements, on cachait aux Français les traitements, ensuite, on avait caché aux Français la vérité sur les études, on avait caché aux Français la vérité sur les vaccins chinois et russes, maintenant, on cacherait la vérité sur les masques FFP2 ; arrêtons, là aussi, les vociférations de n’importe quoi, si des mesures devaient être prises, si on doit, on peut, si on peut accroître la protection, si c’est réellement efficace, et si certains en demandent, vous savez, aujourd’hui, vous pouvez en acheter, les pharmaciens en disposent, quand vous êtes vous-même immunodéprimé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais dans la Fonction publique, on peut aussi en distribuer, pardon…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais je n’ai pas d’opposition à ce principe, je cherche juste…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez le faire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je cherche juste à ce que ça soit efficace et que ça soit fait dans les bonnes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez le faire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous allons en parler cette semaine, nous avons un certain nombre de… il faut aussi qu’on soit honnête, faire croire aux gens, vous savez, qu’il y a des mesures miracles qu’on n’aurait pas prises jusqu’à maintenant, ça n’a pas de sens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s’agit pas d’une mesure miracle, il s’agit d’une mesure de protection.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais on n’a pas rien contre la protection…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous est-il arrivé à la frontière franco-suisse, Amélie de MONTCHALIN ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il m’est arrivé quelque chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez pris un avion, vous vouliez prendre un avion, et puis, tout à coup, le commandant de bord a dit : non, je n’en veux pas.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il m’a demandé de faire un test, j’ai donc fait un test, puisque les règles avaient changé, et comme beaucoup de Français, c’est une histoire finalement assez banale, eh bien, j’ai dû refaire un test pour monter dans un moyen de transport, parce que les informations que j’avais eues étaient erronées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans l’avion suivant.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais Jean-Jacques BOURDIN, ce sujet, pourquoi j’aimerais en parler un peu plus, parce que, ce qui s’est passé, au fond, c’est banal, ce n’est pas le sujet, ce qui s’est passé surtout, c’est le déchaînement sur les réseaux sociaux de l’extrême droite, des Antivax, qui ont d’abord mis en scène toute une énorme mousse sur un sujet qui n’est pas un sujet de vérité, qui aurait remis en cause ma vaccination, qui a cherché ensuite à désinformer, à alimenter la rumeur, on connaît trop bien ces mécanismes, ce sont des mécanismes qui fragilisent la démocratie, c’est la différence entre l’information, le travail des journalistes, que vous faites, où vous vérifiez les informations, vous regardez ce qui est la réalité, et je n’ai aucun problème avec la réalité, et évidemment que la réalité, c’est que, il fallait un test, je n’en avais pas, parce que les informations que j’avais eues étaient erronées, c’est l’ambassade de France, en Suisse, qui m’avait dit que c’était bon, les règles avaient changé, et donc évidemment, sans aucun passe-droit, j’ai fait un test…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez pris l’avion suivant.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais qu’est-ce qui se passe derrière, c’est pour ça que le président de la République se bat au niveau international, les fake news, la désinformation, les rumeurs, ça fait quoi, ça met des gens en danger, ça abîme la démocratie, ça fait que la démocratie, c’est quoi, au départ, ce sont des citoyens informés qui votent librement, quand l’information ne se base que sur des fake news, ne se base que sur des sujets qui ne sont pas la réalité, je suis évidemment vaccinée, vous n’avez pas de membre de gouvernement aujourd’hui qui appellerait à la vaccination qui ne s’appliquerait pas à lui-même cette mesure de précaution, et donc, soyons sérieux. Je pense que nous avons à faire très attention à la place que prennent ces réseaux sociaux dans un débat démocratique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, je voudrais terminer avec la Fonction publique, les fonctionnaires, Emmanuel MACRON lors de sa campagne promettait la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires, ce qui n’est pas du tout le cas, après 5 ans de quinquennat, puisque le nombre de fonctionnaires a augmenté, non pas le nombre de postes, mais le nombre de fonctionnaires a augmenté, parce qu’il y a de plus en plus de contractuels dans la Fonction publique, c’est une réalité, Amélie de MONTCHALIN. Voilà une promesse non tenue, pourquoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, on va être très clair là-dessus, le président de la République avait dit : mon objectif, c’est que dans l’Etat, il y ait 50.000 personnes de moins dans les ministères, et que nous ayons plus de monde sur le terrain, c’était la promesse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il avait dit 120.000 fonctionnaires de moins…

AMELIE DE MONTCHALIN
70.000 dans les collectivités locales, 50.000 dans l’Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
24.000 par an, il avait dit.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui s’est passé, c’est que nous avons effectivement redéployé massivement des agents publics des ministères vers le terrain, dans les commissariats, dans les tribunaux, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans nos sous-préfectures et préfectures, en 2022, ce sont 5.000 personnes qui vont réarmer les préfectures et les sous-préfectures, parce que la fameuse RGPP, vous savez, les grandes coupes sombres de la droite, c’est 40% de moins de personnes au contact des Français, et donc, quand nous faisons les plus et les moins, au vu des besoins, de ce qu’est la France de 2021, nous avons moins de monde à Paris, largement, massivement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y a plus de fonctionnaires en France et moins de monde à Paris, plus de fonctionnaires en France…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc si vous faites la différence entre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la promesse n’a pas été tenue…

AMELIE DE MONTCHALIN
Si vous faites la différence entre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autant ne pas faire de promesse à ce moment-là…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais attendez, entre 2017 et 2021, nous avons le même nombre d’agents publics…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 36.000 emplois supplémentaires en 2020.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et en 2020, vous avez eu une pandémie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 36.600 emplois supplémentaires…

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous avons dû recruter des contractuels, parce que dans les écoles, vous aviez des personnes vulnérables, parce que les hôpitaux, nous avons des besoins. Et ce que je peux vous dire, c’est que, évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez continuer à recruter ?

AMELIE DE MONTCHALIN
La Fonction publique, elle se réforme, elle se transforme, les agents publics aujourd’hui ne font plus les mêmes métiers, ne sont plus au même endroit qu’hier, mais je préfère…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez continuer à recruter ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais bien sûr qu’on recrute, on recrute des enseignants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais est-ce que vous allez continuer à augmenter le nombre de fonctionnaires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, ce qu’on essaie de faire, et ce qu’on va continuer à faire, et ce qui se passe aujourd’hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez recruter des contractuels…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais on ouvre aussi des places aux concours, vous avez aussi une pyramide des âges que vous devez renouveler. Mais moi, ce que je tiens à vous dire, c’est que sur ces agents publics, c’est quoi la doctrine, c’est la doctrine de la droite qui s’entête, qui, par idéologie, vous dit : il faut faire le coup de rabot, le coup de hache, qui vous parle des agents publics comme de petits bâtonnets, qui vous parlent soi-disant d’une administration administrante qui n’existe pas, Jean-Jacques BOURDIN, qui n’existe pas, il n’y a pas d’un côté les fonctionnaires qui servent les Français et ceux qui font de la paperasse ; vous avez une administration qu’on doit moderniser, vous avez une réforme de la haute Fonction publique qu’on est en train de mener, pour que les carrières commencent sur le terrain. Mais je préfère, voyez, être dans la réalité, de voir ce que les Français attendent, de mettre des agents en contact des Français, de redéployer nos forces que d’être dans une vision d’entêtement, d’idéologie, qui a mené en 2007, jusqu’en 2012, à une catastrophe, 12.000 policiers et gendarmes de moins, des militaires pour protéger notre pays en moins, des personnes au contact des Français en moins. Si c’est ça la vision du service public de la droite, je peux vous dire qu’on la combat, et le président est très clair : les services publics, on les réforme, mais ce n’est pas en ayant le coup de rabot, les coupes sombres, qu’on sert les Français, et ce n’est pas ce que les Français demandent non plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Amélie de MONTCHALIN d’être venue nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 5 janvier 2022