Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France 2 le 10 janvier 2022, sur l'adaptation du protocole sanitaire mis en place dans les écoles.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
La semaine dernière, le protocole mis en place à l’école a tourné à la galère, pour les professeurs, les responsables d’établissements, pour les élèves, pour leurs parents qui ont passé des heures à faire la queue. Qu’est-ce que vous nous annoncez ce matin qui pourrait permettre de résoudre cette difficulté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D’abord, par rapport à ce que vous décrivez, il faut évidemment dire à quel point ça a été dur, la semaine dernière a été très dure, et on a dit : le mois de janvier est dur. Nous n’y pouvons rien, ce virus, on en connaît les caractéristiques et nos objectifs, puisqu’il faut toujours mesurer ce qu’on fait aux objectifs que l’on a, ça reste toujours d’avoir les écoles ouvertes, d’une part, et d’autre part, d’assurer la sécurité sanitaire maximale.

CAROLINE ROUX
On peut adapter les dispositifs pour que ça se passe mieux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, bien sûr, mais à chaque fois que l’on adapte, il y a aussi – et c’est normal, on le comprend – sur le terrain, le regret que les choses évoluent, le regret qu’il y ait ce changement permanent. Et ce changement permanent, c’est lié aussi aux caractéristiques de ce virus. Donc si vous voulez, la stratégie inspirée par les autorités de santé, nous avons appliqué avec le protocole ce que le Haut conseil à la santé publique nous avait demandé, c’est-à-dire, une stratégie qui appuie sur les tests, et je l’avais annoncée assez à l’avance, et cette stratégie qui appuie sur les tests, évidemment, elle est pénible au quotidien, puisqu’elle oblige à faire des tests et des autotests, et puis, la semaine dernière, il n’y a pas eu autant d’autotests qu’il aurait fallu dans les pharmacies, on en met 11 millions de plus cette semaine, c’est quand même ça l’élément majeur, et puis, on vient en appui par des cellules départementales, à toutes les pharmacies, et de façon générale, à tous les acteurs, y compris évidemment les directions d’écoles, chaque fois qu’ils rencontrent des problèmes, c’est notre organisation de cette semaine qui va monter en puissance avec aussi des personnels pour venir en appui des directeurs d’écoles, département par département, de façon à ce qu’il y ait moins de phénomène de queues…

CAROLINE ROUX
Des personnels pour faire quoi dans les établissements ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour aider administrativement les directions d’écoles, on a 1.300 équivalents temps pleins répartis dans les circonscriptions pour aider les directeurs et les inspecteurs de l’Education nationale, leur travail est extrêmement difficile, dans des circonstances comme celles-là, j’en suis tout à fait conscient, et ce qu’il faut dans des circonstances comme ça, c’est se serrer les coudes, ça me rappelle un peu le moment du déconfinement, vous vous souvenez, il y avait eu en mai 2020 un protocole extrêmement strict, c’était difficile au début, mais c’est aussi ça qui a préparé la suite, et là, ce que j’espère surtout, c’est qu’on atteigne le pic très vite, et que ça nous permette rapidement d’alléger le protocole.

CAROLINE ROUX
Et qu’est-ce que vous faites pour les parents, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour les parents, d’abord, nous avons une règle qui est que, désormais, l’enfant doit être cherché en fin de journée, pas forcément dans la journée elle-même, parce que je sais que ça fait partie des choses très pénibles...

CAROLINE ROUX
Et pendant l’intervalle, il est où l’enfant ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L’enfant est à l’école, bien sûr…

CAROLINE ROUX
Dans une salle…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c’est ce qui se pratique d’ailleurs dans un certain nombre d’endroits. Ça n’est pas facile, rien de ce que nous disons n’est facile.

CAROLINE ROUX
C’est ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Rien, rien. Par définition, depuis un an et demi, je n’ai pas tellement de bonnes nouvelles à annoncer sur ces fronts-là, simplement, nous sommes quand même le pays qui a réussi à maintenir les écoles ouvertes, et nous n’avons jamais choisi la facilité, la semaine dernière, la facilité, ça aurait été de fermer, comme certains le proposaient, on ne l’a pas fait, parce que, eh bien, c’est ce qui permet quand même d’avoir 95 % des classes ouvertes la semaine dernière, et évidemment, dans des circonstances très dure…

CAROLINE ROUX
Donc pour les parents, juste le fait qu’on puisse…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et puis aussi, le fait que jamais on ne doit être testé plus de trois fois par semaine, puisque, vous savez, nous l’avons dit, « J zéro », comme on dit, c’est-à-dire, le jour qui fait qu’un enfant est considéré comme contaminé, « J zéro » n’arrive qu’une fois par semaine. Et donc, de même, il faut que ce soit très clair, parce que je sais que parfois, il y a eu des incompréhensions sur le terrain, du fait que quand un enfant a été contaminé, ça déclenche le « J zéro », et ensuite, les enfants donc rentrent à la maison le soir, une fois que le test négatif est fait, on revient, on n’attend pas J-2 ou J-4 pour revenir, on revient dès lors qu’on a un test négatif…

CAROLINE ROUX
Donc votre espérance, Jean-Michel BLANQUER, c’est qu’on fera moins la queue pour les parents principalement pour faire des tests, pourquoi ne pas passer aux tests salivaires, on parle de touts petits qui font trois tests nasopharyngés, où parfois c’est les parents qui le font à leurs enfants, dans la semaine, pourquoi ne pas passer aux tests salivaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous faisons des tests salivaires ce qu’on appelle en itératif, c’est-à-dire des campagnes salivaires, ça, ça continue, les tests salivaires pour les enfants, à ma connaissance, n’ont pas eu encore leur homologation de la part des autorités de santé, le jour où c’est possible, c’est évidemment éminemment souhaitable ; j’entendais ce qui était dit auparavant par un responsable sanitaire, il est évident que le plus vite possible, il faut avoir à alléger cette question des tests nasopharyngés, j’en suis le premier conscient…

CAROLINE ROUX
Pour l’instant, à ce stade, et au poste qui est le vôtre, on n’est pas arrivé à la limite de la politique de tests ? Non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je pense que la politique de tests, elle a été clé, vous savez, toute l’année dernière, ce qui nous a permis de maintenir les écoles ouvertes, ça a été la politique de tests. Le contact tracing, comme on dit, avec Omicron, ça devient très compliqué, puisqu’il faut faire beaucoup plus de tests. Alors, 1°) : ce qui est défié, c’est notre capacité à avoir le nombre de tests suffisants, ça, on y arrive, mais deuxièmement, ce qui est défié, c’est aussi tout simplement la capacité à supporter ça, aussi bien de la part des élèves que de la part des familles. Donc il est évident…

CAROLINE ROUX
Ça va tenir ? C’est la question qu’on peut se poser en ce lundi…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça doit tenir, oui, je pense que oui, ça va tenir, en termes logistiques, oui, ça va tenir, après, c’est sur le plan humain, c’est-à-dire le fait que tout le monde est fatigué, tout le monde est lassé de cela, mais en même temps, si on fermait les écoles, je pense que tout le monde serait encore plus fatigué et lassé de la situation. Donc il faut se serrer les coudes, être uni, je pense qu’on a besoin de sérénité aujourd’hui, et c’est aussi le sens de des messages qui sont passés sur le terrain.

CAROLINE ROUX
Se serrer les coudes, dites-vous, les syndicats appellent, eux, à une journée de grève jeudi, ils réclament le retour au protocole précédent, c’est-à-dire un cas, une classe fermée, ils réclament aussi des FFP2, des capteurs de CO2, des purificateurs d’air et le recrutement de remplaçants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, sur beaucoup de choses, en réalité, on a un accord, et ce que je tiens à dire, en ligne avec ce que je disais avant, c’est-à-dire en termes de sérénité, c’est que le dialogue social est total, y compris, vous savez, dans la semaine qui a précédé le protocole, il y avait dialogue avec les syndicats, pour expliquer ce que nous allions faire…

CAROLINE ROUX
Oui, vous l’avez annoncé un peu tard du coup…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La situation… non, enfin, je l’ai déjà dit, si ça a été annoncé tard, c’est parce que le Haut conseil nous a donné son avis le 31 au soir, mais les grandes lignes avaient été dites avant. Et ensuite, les syndicats le savent, ils ont évidemment notre oreille tout au long des jours qui viennent, quand je regarde point par point, par exemple, les choses que vous venez de dire, on a accédé donc au fait d’avoir des masques chirurgicaux, sur les masques FFP2, s’il le fallait, nous le ferions, simplement, là aussi, le Haut Conseil à la santé publique nous indique que – jusqu’à présent – le FFP2 n’est pas tellement pertinent en milieu scolaire, et c’est vrai on a l’impression que porter le FFP2 toute la journée n’est pas la solution, s’il le fallait, vous savez, il y a les stocks de FFP2 à l’échelle de la nation.

CAROLINE ROUX
On serait prêt ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On serait prêt.

CAROLINE ROUX
Les capteurs de CO2 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les capteurs de CO2, c’est une compétence des communes, cela fait plusieurs mois que nous recommandons donc leur équipement, j’observe, et j’en suis heureux, que cela accélère, il y a un fonds d’Etat pour aider les communes pour cela.

CAROLINE ROUX
Le recrutement de remplaçants…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le recrutement des remplaçants, nous le faisons, nous avons ouvert déjà pour 6.000 remplacements la possibilité donc, notamment dans le 1er degré, mais aussi dans le second degré, donc de remplacer les professeurs absents actuellement, donc si vous voulez, c’est des sujets qui sur lesquels, je suis, d’abord, 1°) : totalement ouvert, sur lesquels, il y a des premières avancées et sur lesquels, il peut y en avoir d’autres. Donc je pense que…

CAROLINE ROUX
Combien de profs absents en ce lundi, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah, là, je ne suis pas capable de vous le dire ce matin. Je vous le dirai ce soir, jusqu’à présent, la semaine dernière, le chiffre était de 8 %, donc notre principale problématique n’a pas été du côté des professeurs absents, même s’il y en a eu, on a été capable de remplacer dans beaucoup de cas. Notre principale problématique, elle a été dans les queues en pharmacie et les difficultés pour les familles liées à cela.

CAROLINE ROUX
Comment les épreuves de spécialités peuvent se dérouler pour le bac dans le calendrier prévu, notamment, certains préconisent que ce soit reporté de mars à juin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour l’instant, l’enseignement secondaire est quand même moins affecté que l’enseignement primaire par tout ce que nous décrivons, notamment parce que les élèves sont vaccinés, que les règles sont donc différentes, il y a un peu d’élèves absents actuellement, je le sais bien, parfois, des professeurs absents, donc un peu de troubles, mais à ce stade, surtout, nous regardons ce qui se passe, et j’espère surtout qu’on va arriver à un retour à la normale assez vite, qui permettra aux choses de se tenir comme elles se doivent. Je pense qu’il ne faut pas tout de suite…

CAROLINE ROUX
Pour l’instant, la difficulté d’enseigner dans ces conditions-là n’impacte pas les examens de fin d’année ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il faut le souhaiter, vous savez, il ne faut pas dégainer trop vite des solutions qui sont quand même des solutions d’exception, et moi, je veille toujours à l’intérêt des élèves, c’est quand même mon but, c’est 1°) : que les écoles soient ouvertes, 2°) : que les choses se tiennent comme elles doivent se tenir pour garantir la qualité, est allé évidemment abîmée par certains aspects ; je demande à chacun de regarder ce qui se passe dans les autres pays aussi ; nous maintenons beaucoup plus le système scolaire en marche que ça n’est le cas ailleurs, donc c’est quelque chose qu’il faut quand même avoir l’esprit.

CAROLINE ROUX
Je rappelle que vous êtes le ministre de tutelle de la ministre de la Jeunesse et des Sports, je voudrais avoir votre avis sur l’affaire Novak DJOKOVIC, alors la justice l’a autorisé finalement, c’est tombé ce matin, à rester en Australie, est-ce que, comme le dit Roxana MARACINEANU, jouer à Roland Garros sera possible sans être vacciné ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là, Roxana MARACINEANU a pris la position qu’elle devait prendre, je suis évidemment en soutien de ce qu’elle a dit, mais ce qui est important, c’est que tous nos sportifs se vaccinent.

CAROLINE ROUX
Allez, une autre information, Eric ZEMMOUR s’est rendu aux Sables-d’Olonne pour défendre les traditions chrétiennes de la France, et une statue de Saint-Michel dont la justice a ordonné le retrait au nom la loi de 1905, sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, comment est-ce que vous vous positionnez sur ce sujet ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n’ai pas vu particulièrement le cas des Sables-d’Olonne, de façon générale, vous le savez, je suis assez attentif à ce que la laïcité soit respectée et que notre patrimoine culturel aussi soit respecté, et c’est parfaitement compréhensible…

CAROLINE ROUX
C’est le en même temps pour le coup, Jean-Michel BLANQUER...

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, le « en même temps », la France a une tradition multimillénaire, elle a des monuments qui doivent beaucoup à la religion chrétienne, c’est un fait, et il faut faire attention à ne pas avoir une vision de la laïcité qui soit contraire au patrimoine, c’est évident…

CAROLINE ROUX
Donc on la déboulonne ou on ne la déboulonne pas cette statue de Saint-Michel ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, d’abord, 1°) : je ne vais pas me prononcer sur une décision de justice. Ensuite, je ne connais…

CAROLINE ROUX
C’est une décision du tribunal de Nantes qui a ordonné le retrait de cette statue au nom de la défense de la loi de 1905…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comme vous le comprenez, en ce moment, je suis un peu plus sur le variant que sur la décision du tribunal de Nantes…

CAROLINE ROUX
C’est un sujet qui vous intéresse…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je le regarderai, je le regarderai de près, maintenant, je pense que les candidats à la présidentielle ne devraient pas instrumentaliser des décisions de justice, il y a largement du grain à moudre par ailleurs. Et puis, il ne faut pas tendre les choses avec ce genre de chose. Ce qui est important, c’est d’unir les Français dans une période qui est extrêmement difficile, moi, je veux envoyer un message aux familles sur le fait que je sais à quel point c’est dur, mais je crois aussi qu’on va réussir à traverser cela, et j’espère que c’est la dernière vague.

CAROLINE ROUX
Jean-Michel BLANQUER, unir les Français, dites-vous, est-ce que le meilleur moyen, c’était de parler aux Français comme Emmanuel MACRON l’a fait la semaine dernière, en disant qu’il voulait emmerder les non-vaccinés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, parce que les Français savent que le président est toujours très franc, et ça fait partie des choses qui unissent.

CAROLINE ROUX
Bon, très bien, merci d’avoir été notre invité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci.

CAROLINE ROUX
C’est à vous, Thomas !

THOMAS SOTTO
Une interro surprise sur Saint-Michel, et il répond Covid, on appelle ça un hors sujet quand même à l’école. Dans la lutte contre le Covid, rien n’est facile reconnaît Jean-Michel BLANQUER, qui pense que sur le plan logistique, ça va tenir au niveau des tests dans les écoles, c’est sur le plan humain que c’est plus difficile, nous dit le ministre de l’Education, qui se réjouit toutefois que la France soit le seul pays à ne pas avoir fermé les écoles avec 95 % de classes ouvertes ce matin encore. Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 11 janvier 2022