Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à France Info le 5 janvier 2022, sur les finalités du passe sanitaire et le débat sur le passe vaccinal au Parlement.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
C’est la petite phrase qui met le feu aux poudres, au cours d’un entretien avec les lecteurs du "Parisien Aujourd’hui en France" Emmanuel MACRON explicite sa stratégie face au virus, il défend le pass sanitaire, explique qu’il serait impossible concrètement de rendre le vaccin obligatoire, et il justifie la pression sur les Français non vaccinés, je le cite, "j’ai très envie de les emmerder, on va continuer de le faire jusqu’au bout, c’est ça la stratégie." Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Ministre en charge des Relations avec le Parlement. Est-ce que vous aussi, de bon matin, vous avez envie d’emmerder les 5 millions de Français non vaccinés ?

MARC FESNEAU
De bon matin j’ai envie de dire qu’on a 271 000 cas hier et qu’on a besoin que les non vaccinés entendent le message que leur envoient le gouvernement, le Parlement, la plupart des parlementaires d’ailleurs, le président de la République, et que leur envoient aussi les Français qui sont vaccinés, qui est celui de la responsabilité. Le président a lui choisi, d’ailleurs dans une formule un peu choc, effectivement, de dire des choses, qui sont des choses importantes, la vérité c’est qu’aux urgences, et encore plus en réanimation, on a des personnes qui sont non vaccinées, que c’est ça qui vient engorger les services de réanimation, que c’est ça qui fait aussi qu’on est obligé de déprogrammer un certain nombre d’opérations et il y a un appel à la responsabilité qui doit être…

MARC FAUVELLE
Un appel à la responsabilité est-ce que ça se fait avec ces mots-là ou est-ce que vous ne pensez pas que ça va aussi les braquer plutôt que les convaincre d’aller prendre rendez-vous ?

MARC FESNEAU
Je rappelle que le président de la République, la première fois, s’est exprimé sur les questions vaccinales, non pas dans le process vaccinal puisque c’était il y a plus d’un an désormais, mais au mois de juillet dernier pour dire qu’il fallait qu’on aille vers quelque chose qui soit plus de contraintes à ceux qui n’étaient pas vaccinés. c’est une stratégie qui est assumée depuis le début, c’est une stratégie française, qui n’est pas une stratégie, vous l’avez rappelé, d’obligation vaccinale, parce que ça n’a pas d’intérêt, parce qu’on ne peut pas l’appliquer, la vérité, on veut bien tout faire, on ne va pas emprisonner les gens, comme dit le président de la République, on ne va pas leur donner, y compris à des gens modestes, surtout à des gens modestes, des amendes de 1000 à 2000 euros, il a raison de dire ça, mais simplement il faut que les gens se vaccinent, on a maintenant un recul, plusieurs milliards de citoyens du monde ont été vaccinés, il y a un recul y compris scientifique, puisque c’était l’argument qu’on nous opposait il y a un an, nous on y opposait un autre qui était quand même que les données scientifiques étaient bonnes, et c’est ça qui vient mettre en danger ceux qui ne sont pas vaccinés d’abord, et c’est à eux que je pense, et aux drames familiaux qu’on a, on a encore eu des personnalités célèbres cette semaine, et donc je pense que c’est ça la responsabilité qu’on a.

MARC FAUVELLE
Marc FESNEAU, il y a trois semaines, Emmanuel MACRON, dans l’interview qu’il a donnée à TF1, promettait de ne plus blesser les Français, ce sont des mots, pour vous, ce mot-là en particulier, qui ne blessent pas ?

MARC FESNEAU
Moi je vais vous dire, je vois bien que ça produit un électrochoc pour certains, si c’est ça qui est sur la table, moi je trouve que c’est salvateur, parce que je vais vous dire, moi ce qui…

MARC FAUVELLE
Vous le diriez vous aussi ?

MARC FESNEAU
Mais chacun le dit avec les mots qu’il veut, peu importe, chacun a son vocabulaire, mais moi je vais vous dire ce qui me blesse, ce qui me blesse c’est de voir que depuis plus d’un an on est sur une stratégie vaccinale, qui s’avère payante pour ceux qui l’ont suivie, et c’est 92 % des Français, quand vous êtes, comme vous et moi, à croiser des Français tous les jours, qui vous disent "quand même, à un moment, la contrainte elle pèse sur tout le monde alors qu’il faudrait que ceux qui ne sont pas vaccinés prennent leur part de responsabilité", donc c’est ça qu’il faut faire parce que c’est leur intérêt à eux d’abord et donc c’est ça qui est important.

MARC FAUVELLE
Ces propos d’Emmanuel MACRON ont provoqué une nouvelle suspension des débats à l’Assemblée, du coup le pass vaccinal n’est toujours pas adopté, les oppositions demandent la présence immédiate, enfin pas à 7h14 du matin, la présence immédiate aujourd’hui de Jean CASTEX…

MARC FESNEAU
Hier c’était à 1h du matin !

MARC FAUVELLE
C’était à 1h du matin, après… est-ce qu’il va venir, tout d’abord, le Premier ministre, s’expliquer devant l’Assemblée pour permettre la reprise des débats ?

MARC FESNEAU
Non mais, il y avait le ministre VERAN, j’étais aux côtés du ministre VERAN, le Premier ministre il viendra s’il juge opportun de venir dans ces débats, simplement il a dit un certain nombre de choses hier aux questions au gouvernement, je ne pense pas que ce soit son rôle de répondre aux oukases nocturnes ou matinales des oppositions, son rôle, il y a Conseil de défense, il y aura des travaux ce matin, il y a Conseil des ministres…

MARC FAUVELLE
Donc c’est plutôt non.

MARC FESNEAU
En tout cas je trouve que cette façon qu’ont parfois les oppositions de venir avec des actes un peu comminatoires, de dire "on vient, on convoque", comme si on était dans une convocation de je ne sais quelle nature, "le Premier ministre", ne me convient pas.

MARC FAUVELLE
Le calendrier de la mise en application, Marc FESNEAU, au 15 janvier, c’est-à-dire dans 10 jours maintenant, il peut encore tenir ?

MARC FESNEAU
Ça reste un objectif. J’ai été assez heureux de voir hier qu’avant ces débats, en fin de soirée l’opposition et la majorité avaient trouvé un terrain de compromis sur un amendement d’une députée socialiste, on va peut-être en reparler…

MARC FAUVELLE
On va en parler dans un instant, un dernier mot sur le calendrier.

MARC FESNEAU
Non, mais ce que je veux dire c’est que, en termes d’ambiance on était capable de le faire, les débats reprendront cet après-midi à 15h, j’espère que la raison l’emportera, parce que le sujet, c’est ce que j’ai dit tout à l’heure, le sujet c’est la vaccination du maximum de Français pour éviter la situation dans laquelle on pourrait se trouver.

MARC FAUVELLE
Alors, les députés, avant cette interruption, ont décidé de restreindre un petit peu le pass vaccinal pour les moins de 16 ans, finalement les ados qui ne sont pas vaccinés pourront continuer à produire un test pour participer à certaines activités périscolaires et extrascolaires, lesquelles ?

MARC FESNEAU
Alors, un, l’hypothèse de démarrage c’était pass vaccinal, enfin pass sanitaire transformé en pass vaccinal pour les mineurs, l’atterrissage qu’on a eu hier c’est de faire en sorte que dans les activités scolaires et périscolaires on puisse rester dans un pass sanitaire pour les moins de 16 ans. Pourquoi ? Parce qu’on voit bien que ça pouvait entraver…

MARC FAUVELLE
C’est-à-dire un test suffit pour les non vaccinés.

MARC FESNEAU
Un test suffit.

MARC FAUVELLE
Par exemple pour aller jouer au basket, en club, un test suffira ?

MARC FESNEAU
Oui, le ministre VERAN hier a dit au banc qu’il prenait l’engagement de regarder toutes les situations, vous permettrez que ça ne soit pas dans la loi parce que ça donne des rigidités, mais l’objectif, la philosophie générale, c’est de ne pas priver les jeunes, au moment où ils sont parfois restés chez eux, ils n’ont pas pu avoir des activités sportives, ils n’ont pas pu avoir un certain nombre d’activités culturelles je pense, et donc dans le décret d’application…Olivier VERAN a pris l’engagement devant les députés hier - et un engagement du gouvernement, un engagement d’Olivier VERAN, c’est un engagement - de faire en sorte que le maximum d’activités, scolaires évidemment, et périscolaires, je pense aux activités sportives ou culturelles, puissent avoir lieu, après, dans le détail, c’est le décret qui précise ça.

MARC FAUVELLE
Pour être très clair Marc FESNEAU, ça veut dire que pour les ados non vaccinés de 11 à 16 ans un test suffira, donc pour aller en club de sport, mais en revanche pas pour aller au restaurant ou au cinéma ?

MARC FESNEAU
Ça, ça va être une discussion, on en a parlé d’ailleurs avec Cécile UNTERMAIER, la députée sociale, au restaurant ça pose une question…

MARC FAUVELLE
Ça pose quelques questions parce qu’en dessous de 16 ans il faut l’autorisation de papa, maman, pour se faire vacciner.

MARC FESNEAU
Oui, et comment on fait dans un restaurant, et comment vous demandez aux restaurateurs, vous avez un jeune, vous dites "il a 15 ou il a 16 ?", et comment vous faites pour savoir s’il a 15 ou il a 16 ?

MARC FAUVELLE
Eh bien vous contrôler !

MARC FESNEAU
Voilà, et on nous avait dit, dans d’autres débats, et toujours l’opposition, qu’il fallait arrêter de demander aux restaurateurs de faire du contrôle, donc on va regarder sur la question restauration, mais l’objectif ce n’est pas… je pense, les 11-16 ans, le sujet ce n’est pas qu’ils puissent aller au restaurant ou pas, là il y a des dispositions qui existent, le sujet des 11-16 ans c’est qu’ils puissent avoir des activités scolaires, périscolaires, et qu’ils ne soient pas privés de ces activités, et je suis assez content de l’atterrissage qu’on a trouvé hier.

MARC FAUVELLE
Tout ça promet encore quelques beaux débats à l’Assemblée nationale lorsqu’ils vont reprendre.

MARC FESNEAU
Ils vont reprendre.

MARC FAUVELLE
Merci beaucoup Marc FESNEAU, ministre des Relations avec le Parlement.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 6 janvier 2022