Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, à Radio J le 17 janvier 2022, sur le passe vaccinal, la situation sanitaire dans les écoles et l'accueil des handicapés à l'école.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Nathalie ELIMAS, bonjour, bienvenue.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Le pass vaccinal est donc entre les mains du Conseil constitutionnel, où l'ont envoyé les oppositions, notamment parce que les contrôles d'identité dans les cafés ou les cinémas inquiètent, c'est l'argument du Parti socialiste, comment pouvez-vous rassurer ?

NATHALIE ELIMAS
Je veux d'abord, avant de rassurer, moi ce que je veux souligner quand même c'est l'irresponsabilité des oppositions, on l'a vu lorsque le texte est arrivé en première lecture à l'Assemblée nationale, on le voit encore aujourd'hui, il y a une urgence Monsieur BARBIER, on a plus de 320.000, 340.000 cas de contamination par jour, sur Omicron ou sur Delta, donc c'est compliqué, dans la population en général, c'est compliqué aussi dans nos écoles, peut-être que l'on va en reparler…

CHRISTOPHE BARBIER
On va en reparler.

NATHALIE ELIMAS
Donc ce pass vaccinal il a un intérêt, notre objectif il est simple, vacciner, aller chercher les non-vaccinés, le plus possible, pour sortir le plus vite, et collectivement de cette crise sanitaire, c'est ça l'objet, et rien d'autre Monsieur BARBIER.

CHRISTOPHE BARBIER
Néanmoins les libertés publiques c'est important, qu'un garçon de café puisse demander une pièce d'identité pour vérifier si ce n'est pas un faux pass, ça pose une question.

NATHALIE ELIMAS
Ecoutez, le Conseil constitutionnel a été saisi, il va répondre, moi ce que je constate, j'entends toutes ces questions, elles sont évidemment légitimes, ce que je constate c'est que le pass vaccinal va être encore une fois, et de quelques jours, décalé.

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, mais ce n'est pas grave, c'est quelques jours, Omicron n'est pas si méchant, et il chasse Delta qui l'est plus.

NATHALIE ELIMAS
Omicron n'est pas méchant, en tout cas il est très contagieux, on le voit, on a des difficultés quand même, il faut le dire, regardez ce qui se passe dans l'école, ce n'est pas simple pour nos élèves, ce n'est pas simple pour nos professeurs, donc moi je pense que, au contraire, et même à l'inverse, c'est une course contre la montre et que chaque jour compte.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors justement, à l'école, après la colère de la semaine dernière, est-ce que la situation est revenue à la normale, notamment sur le contrôle et l'accueil des éventuels cas contacts ?

NATHALIE ELIMAS
Les protocoles ont été ajustes depuis la rentrée scolaire. On s'est ajusté pourquoi ? parce qu'on s'est rendu compte que c'était très complexe à mettre en place pour les familles, c'est très complexe à mettre en place dans le suivi pour les professeurs, on a vu les files d'attente devant les pharmacies, donc on l'a assoupli ce protocole, il y a désormais trois autotests, comme vous le savez, une seule attestation. Qu'est-ce qu'on fait ? En fait on teste. Alors, évidemment il y a un effet de loupe, plus on cherche, plus on trouve les cas positifs, mais dans même temps les cas positifs sont isolés, les autres peuvent rester en classe, et là on est dans notre objectif, celui qui est porté ardemment depuis bientôt deux ans par le ministre de l'Education nationale, le ministre des écoles ouvertes, Jean-Michel BLANQUER, c'est vraiment notre objectif, et tous ces protocoles qui ne cessent de s'ajuster, eh bien justement ils sont là en ce sens, au soutien de cette politique.

CHRISTOPHE BARBIER
Et les masques FFP2 pour les enseignants, ils arrivent ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, ils arrivent. Alors, deux choses. Effectivement des masques avaient bien sûr été distribués aux professeurs, c'était des masques en tissu, nous avons distribué, déjà nous commençons, des masques chirurgicaux, et dans le même temps, comme cela a été annoncé la semaine dernière, notamment par Jean-Michel BLANQUER, bien sûr des masques FFP2 arrivent dans les écoles pour nos professeurs en maternelle ou pour les professeurs qui travaillent avec des élèves en situation de handicap et qui ne peuvent pas justement porter le masque, donc ils sont plus vulnérables.

CHRISTOPHE BARBIER
En zone d'éducation prioritaire, là où vous vous exercez plus particulièrement, est-ce qu'il y a plus d'écoles fermées qu'ailleurs, plus de classes fermées qu'ailleurs ?

NATHALIE ELIMAS
Non, je ne peux pas dire ça, et puis franchement moi je suis très attachée, il ne faut pas stigmatiser l'éducation prioritaire, il n'y a pas plus de difficultés…

CHRISTOPHE BARBIER
Mais on sait que c'est souvent dans des quartiers où il y a moins de facilités sociales.

NATHALIE ELIMAS
Oui, mais justement parce que nous avons une politique d'aller vers qui est très dynamique, justement nous allons vers les populations qui sont les plus fragiles, ou vers les populations qui sont les plus éloignées, mais il n'y a pas plus ou moins d'écoles fermées, ou de classes fermées, parce qu'on est ou pas en éducation prioritaire.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, polémique ce week-end autour de l'accueil des handicapés à l'école, après les déclarations d'Eric ZEMMOUR, est-ce qu'il faut chercher néanmoins à inclure coûte que coûte les enfants handicapés à l'école, même si on n'a pas les moyens derrière à mettre ?

NATHALIE ELIMAS
Deux choses pour vous répondre Monsieur BARBIER. D'abord, moi je fais beaucoup de déplacements chaque semaine, deux, trois déplacements par semaine, je les vois ces élèves en situation de handicap qui sont dans nos écoles, vous savez elles sont belles nos écoles, elles sont belles nos classes, c'est beau de les voir tous ensemble nos élèves justement…

CHRISTOPHE BARBIER
Mais ce n'est pas facile pour les enseignants tous les jours.

NATHALIE ELIMAS
Ce n'est pas facile pour les enseignants, on a évidemment accompagné, on met des moyens supplémentaires, parce que bien sûr… alors, certains élèves en situation de handicap ont besoin d'un AESH, d'une personne qui les accompagne en permanence…

CHRISTOPHE BARBIER
Accompagnant d'élève en situation de handicap.

NATHALIE ELIMAS
D'autres moins, et puis pour les élèves qui sont plus lourdement handicapés il y a des solutions encore qui sont différentes, c'est gradué, c'est proportionnel, en tout cas c'est formidable l'inclusion dans nos écoles, c'est formidable de les voir tous ensemble, et on s'enrichit de nos différences, contrairement à ce que dit monsieur ZEMMOUR, qui divise, qui stigmatise et qui fracture.

CHRISTOPHE BARBIER
Et pour certains handicaps, ou pour certaines périodes de la vie, quand on est jeune, est-ce qu'un établissement spécialisé ce n'est pas mieux ?

NATHALIE ELIMAS
Mais il y en a des établissements spécialisés, et parfois c'est nécessaire, et parfois c'est là qu'il faut aller, mais parfois ça ne l'est pas, tout dépend du handicap de la personne. Quand on a un handicap léger, évidemment qu'un élève doit être inclus dans nos écoles.

CHRISTOPHE BARBIER
D'après les associations de parents concernés 35.000 enfants sont dépourvus d'AESH, ces accompagnants d'élèves en situation de handicap, alors qu'ils en auraient besoin, est-ce qu'on a les moyens de notre politique, et on sait que les AESH ne sont pas très bien rémunérés non plus ?

NATHALIE ELIMAS
On a déjà, massivement, renforcé le nombre d'AESH, on a travaillé sur leur statut, désormais il y a un statut, on a travaillé à la rémunération des AESH, mais vous avez raison on part de loin, ça c'est la première chose. Et puis la deuxième chose, il y a quelque chose qu'il faut pointer aussi parce que, pour qu'il y ait un AESH dans une classe il faut qu'à l'origine, en amont, il y ait une notification, une notification de la MDPH, la maison du handicap, ça ce sont les… au niveau des conseils départementaux. Je crois qu'il y a un travail à faire à ce niveau-là, pour que les notifications soient plus justes.

CHRISTOPHE BARBIER
Petite crise dans la majorité, Edouard PHILIPPE se met en retrait avec son mouvement Horizons, de la maison commune Ensemble citoyens, parce que le président MACRON n'a pas voulu que Horizons et Agir, un autre club, fusionnent. C'est inquiétant ?

NATHALIE ELIMAS
Non, moi ça ne m'inquiète pas. Vous savez, les partis politiques, c'est vrai, ça structure la vie politique, très bien, mais je pense que les Français s'en contre-fichent.

CHRISTOPHE BARBIER
Et alors pourquoi leur faire cette petite scène de ménage en public ?

NATHALIE ELIMAS
Mais, le soutien d'Edouard PHILIPPE au président de la République il a été dit, il a été redit, il ne pose pas question, donc ce qui est important aujourd'hui, vous savez, ce n'est pas de rassembler les formations politiques, c'est que le président de la République soit soutenu par des personnalités comme Edouard PHILIPPE, comme Richard FERRAND, comme François BAYROU, et toutes celles et ceux qui voudront venir à son soutien, et l'objectif, le seul, l'unique, c'est de rassembler les Français.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a un deuxième objectif pour Edouard PHILIPPE, c'est de préparer les législatives en essayant d'avoir le plus de députés « Philippistes ».

NATHALIE ELIMAS
Mais avant les législatives, Monsieur BARBIER, il y a l'élection présidentielle, et l'objectif aujourd'hui, et l'enjeu, et l'intérêt, et toute l'importance, bien sûr c'est de rassembler ces personnalités autour du président de la République, quand il sera candidat, justement parce que les partis politiques c'est presque suranné Monsieur BARBIER. Ok, ça structure la vie politique, mais qui aujourd'hui est encarté ? Il suffit d'aller regarder le nombre d'adhérents, le nombre de personnes qui sont encartées dans les formations politiques, pour comprendre que le logiciel, en tout cas l'intérêt, l'envie des Français, il est ailleurs.

CHRISTOPHE BARBIER
D'où peut-être l'envie des Français de gauche d'aller vers Christiane TAUBIRA, ça vous inquiète cette candidature, ça pourrait réveiller la gauche et menacer Emmanuel MACRON ?

NATHALIE ELIMAS
Ce n'est pas la candidature de Christiane TAUBIRA qui m'inquiète, enfin je suis un peu surprise, c'est le désoeuvrement de la gauche surtout moi ce qui m'interpelle dans ces candidatures successives, et puis primaire, et puis plus primaire, et puis… bon, voilà, laissons-les faire. En tout cas les électeurs de la gauche social-démocrate, eh bien ils ne sont pas perdus, il y a un candidat qui les entend, qui les écoute…

CHRISTOPHE BARBIER
MACRON est encore de gauche, MACRON peut encore parler à la gauche, à cette gauche-là ?

NATHALIE ELIMAS
MACRON, le président de la République, le candidat de 2017, et probablement, et je l'espère, et vraiment je suis très impatiente de cela, c'est le candidat du en même temps, c'est le candidat du rassemblement des Français, qu'ils viennent de gauche, ou qu'ils viennent de droite, autour d'un projet.

CHRISTOPHE BARBIER
Votre cabinet ministériel est l'objet d'une enquête administrative en gestion des ressources humaines pour des dysfonctionnements, le mot harcèlement est même prononcé, alors quelle est votre version des faits, quels sont ces dysfonctionnements ?

NATHALIE ELIMAS
Je vous remercie de me poser la question et de me permettre de répondre, parce qu'effectivement depuis ce week-end je suis victime d'une attaque d'une grande violence, grande violence à titre personnel, mais je pense aussi beaucoup ce matin à mes enfants, qui ont très mal vécu ce week-end quand ils ont vu leur mère accusée de harcèlement, parce que dès lors qu'on accuse de harcèlement, vous savez, dans la presse, sur les réseaux sociaux, on n'est déjà plus accusé, on est déjà coupable de harcèlement. Ce qui se passe très précisément, c'est une enquête interne pour observer le fonctionnement des ressources humaines du cabinet, enquête interne ce n'est pas une enquête judiciaire, ce n'est pas une enquête préalable, c'est une enquête administrative, ça c'est la première chose. Le fonctionnement RH du cabinet, le fonctionnement des ressources humaines du cabinet, ce n'est pas une accusation, « ELIMAS accusée de harcèlement », ce sont deux sujets bien distincts, Monsieur BARBIER. C'est comme si, dans l'entreprise, dans le privé, l'Inspection du travail venait faire un audit, c'est exactement ce qui est en train de se passer. Tous les membres de mon cabinet ont été entendus, depuis les secrétaires, les chauffeurs, les conseillers, la ministre, tout le monde a été entendu, et il y aura un rapport qui sera rendu dans quelques semaines. J'ajoute que ce rapport n'a pas vocation à être public, moi ça ne me gênera pas de le rendre public puisque je suis assez sereine, voyez, mais ce qui se passe aujourd'hui c'est effectivement des fuites extrêmement malveillantes pour me déstabiliser, probablement.

CHRISTOPHE BARBIER
Qui vous veut du mal, qui veut vous nuire ?

NATHALIE ELIMAS
Si je le savais Monsieur BARBIER, ça m'arrangerait parce que, évidemment, je vais vous dire, c'est diffamant, d'ailleurs je crois que la diffamation est caractérisée, et si je le savais, écoutez, je pourrais porter plainte probablement. Donc, oui il y a eu des mouvements, dans mon cabinet, mais je vais vous dire exactement comment ça s'est passé. Ces personnes, qui sont parties, à un moment donné ou un autre, eh bien elles ne sont pas parties, elles ne sont pas à la rue, il y a une qui a retrouvé un poste à responsabilité dans un service de la communication, une autre pour laquelle j'ai demandé à mon collègue, Marc FESNEAU, s'il avait un poste, c'est le cas, elle est donc passée d'un secrétariat d'Etat à un ministère plein, les choses se sont extrêmement bien passées, dans la bienveillance. Parfois, dans la collaboration, ça fonctionne, ça dysfonctionne, et à un moment donné il est possible qu'on mette un terme à une collaboration, c'est ça et rien de plus, ce qui s'est passé, mais je peux vous dire que c'est très dur, c'est très violent, encore une fois la violence est inouïe pour mes enfants, vraiment, je vous le dis, mais sur le fond des choses je suis sereine.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a de moins en moins de conseillers dans les cabinets ministériels, pour faire des économies, pour montrer qu'on est de bons gestionnaires, on réduit le nombre de collaborateurs, est-ce que ce n'est pas ça l'origine de la fatigue, de beaucoup de demandes de cabinets ?

NATHALIE ELIMAS
C'est vrai que… alors, ça a été ajusté Monsieur BARBIER. Quand je suis arrivée, moi en juillet 2020, on est passé, par exemple, à huit conseillers pour un secrétariat d'Etat, alors que juste avant il y en avait cinq.

CHRISTOPHE BARBIER
On peut travailler à huit, être présent partout, gérer tous les dossiers ?

NATHALIE ELIMAS
Je vais parler de ce que je sais, de mon cabinet, en tout cas le secrétariat d'Etat a été créé en juillet 2020, on a énormément travaillé, j'ai des collaborateurs qui sont formidables, qui sont extraordinaires, la charge de travail en cabinet ministériel c'est une fonction particulière, on le sait, la charge de travail est très dense, bien sûr, et on le sait, mais ces conseillers, encore une fois, ont déjà été augmentés, pour permettre justement au secrétaire d'Etat, au ministre délégué, et même au ministre, au trois niveaux, ça a été augmenté…

CHRISTOPHE BARBIER
D'avoir plus de monde.

NATHALIE ELIMAS
D'avoir plus de monde justement pour produire et pour être utile d'abord aux Français, et c'est le cas. Vous savez, on a beaucoup travaillé, je le disais encore, dans mon secrétariat d'Etat, on a déployé beaucoup de politiques publiques pour l'égalité des chances, pour lutter contre les inégalités sociales, les inégalités scolaires, j'en suis très fière, et mon équipe a été pour cela à mes côtés, avec beaucoup de volonté.

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous rendez public donc ce rapport.

NATHALIE ELIMAS
Ce rapport, mais moi je n'ai aucun problème à le rendre public, ce que je dis, et ce qui est malveillant, ce sont ces fuites, qui sont sorties, et qui sont infondées, qui sont… il n'y a pas de preuves, il n'y a pas de preuves, la seule volonté, je crois, c'est de me nuire.

CHRISTOPHE BARBIER
Nathalie ELIMAS, merci, bonne journée.

NATHALIE ELIMAS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 janvier 2022