Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à RTL le 29 décembre 2021, sur les nouvelles mesures sanitaires (Jauge dans les salles de spectacles, pas de concerts debout, interdiction de manger dans les cinémas...)

Texte intégral

STEPHANE CARPENTIER
Ce matin, sur RTL, on s'intéresse donc au monde de la culture et aux nouvelles mesures sanitaires prises par le gouvernement pour freiner la pandémie. Jauge limitée à 2.000 personnes dans les salles de spectacles, fin des concerts debout, interdiction de manger dans les cinémas. On n'a pas entendu Roselyne BACHELOT depuis ces annonces de lundi soir, 36h plus tard, vous voilà, Madame la Ministre de la Culture, dans le studio rouge de RTL…

ROSELYNE BACHELOT
Je voulais réserver ma déclaration à RTL.

STEPHANE CARPENTIER
C'est un plaisir de vous accueillir. C'est un vrai nouveau coup dur pour ce secteur culturel, vous avez peut-être entendu dans notre journal, à 07h30, ce patron de théâtre à Rouen, qui craint de devoir fermer après ces énièmes mesures. Les professionnels, ils en ont marre d'être la variable d'ajustement dans cette crise sanitaire, est-ce qu'aujourd'hui, la culture est sacrifiée ?

ROSELYNE BACHELOT
La culture n'est pas sacrifiée, et d'ailleurs, je dis à ce dirigeant de théâtre…

STEPHANE CARPENTIER
C'est ce qu'il dit…

ROSELYNE BACHELOT
Qu'il n'est pas touché par les mesures gouvernementales. Donc la culture continue, ce qui menace la culture, effectivement, c'est la pandémie, ce ne sont pas les mesures gouvernementales. D'ailleurs, il y a un certain nombre d'annulations qui se sont d‘ores et déjà déroulées, du fait des équipes artistiques touchées par ce variant Omicron. Et il faut absolument juguler cette crise qui peut menacer la culture. Donc jauge limitée à 2.000 places, c'est l'immense majorité des salles de spectacles et des théâtres sur l'ensemble du territoire, qui continue de la même façon, en respectant les consignes sanitaires, le port du masque, le pass sanitaire qui va devenir un pass vaccinal. Donc voilà, nous sommes dans une démarche d'anticipation, pour faire en sorte que l'épidémie Omicron ne nous submerge pas, et que nous puissions ainsi protéger le monde de la culture. Le monde de la culture n'est absolument pas la variable d'ajustement, bien au contraire…

STEPHANE CARPENTIER
On ne les avait pas vues arriver, ces mesures, pardon Madame la Ministre, lundi, on n'en avait pas entendu parler, quand c'est tombé comme ça, ce monde de la culture, il a sans doute été surpris ?

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien, le monde de la culture est comme nous, à regarder et à suivre l'évolution de cette pandémie, et nous, nous prenons des mesures justement en anticipation pour éviter ce qui s'est passé et ce qui se passe d'ailleurs dans un certain nombre de pays, c'est-à-dire la fermeture, le monde de la culture n'est pas fermé, il continue. Alors, il y a un certain nombre de concerts, concerts debout en particulier…

STEPHANE CARPENTIER
Pas des moindres, quand même…

ROSELYNE BACHELOT
Qui sont touchés, parce qu'on comprend bien la dangerosité qu'il peut y avoir sur certaines manifestations. Mais voilà, on sort, moi, j'étais hier au spectacle de Vincent DEDIENNE, aux Bouffes du Nord, une jauge de 500 places, il y avait 500 personnes qui ont vécu un moment formidable, et les places sont réservées jusqu'au 29 janvier, donc ça continue…

STEPHANE CARPENTIER
Ça, c'est pour les petites structures, Madame BACHELOT, mais par exemple, ORELSAN, il a dû décaler toutes ses dates du mois de janvier, il devait lancer sa grande tournée, on parle quand même d'un garçon qui vend beaucoup de disques en ce moment. Il y a le festival de BD d'Angoulême aussi qui est annulé pour cette année, ça, c'est un énorme rendez-vous aussi…

ROSELYNE BACHELOT
Oui, mais bien sûr, il y a des annulations qui sont…

STEPHANE CARPENTIER
130, 130 déjà…

ROSELYNE BACHELOT
Qui sont causées par ce variant Omicron, mais nous allons accompagner ces structures, comme nous l'avons fait d'ailleurs jusque-là. Je rappelle que c'est près de 14 milliards d'euros qui ont été alloués à la culture pour la protéger, il y a un certain nombre de mesures qui d'ores et déjà ont été prises, par exemple, j'en cite quelques-unes, l'activité partielle qui était possible quand il y avait une perte de chiffre d'affaires de 80 %, nous l'avons abaissée à 65 %, ce qui permet de prendre en compte un certain nombre de structures, un certain nombre de spectacles, nous finançons, par l'intermédiaire du Centre national de la musique, qui est donc un des opérateurs du ministère de la Culture, des assurances, des assurances annulations, nous prenons en charge ces assurances, et nous sommes en train de travailler avec Bruno LE MAIRE à adapter à cette nouvelle phase, d'adapter nos aides. Je rappelle que c'est une mesure temporaire, une mesure de trois semaines, qui est destinée à taper la pandémie et à protéger le secteur culturel.

STEPHANE CARPENTIER
Le secteur de la culture, il ne dément pas le fait que vous l'aidiez depuis le début de l'histoire, ça, il n'y a aucun problème là-dessus, ils l'ont tous dit.

ROSELYNE BACHELOT
Merci…

STEPHANE CARPENTIER
Sauf qu'ils se demandent aujourd'hui si vous avez la main face aux têtes de l'exécutif, quand ils disent : on va s'en prendre, on va viser la culture aujourd'hui, est-ce que vous arrivez à dire non ou à freiner les choses ?

ROSELYNE BACHELOT
Mais, moi, j'essaie d'avoir une attitude qui concilie à la fois la défense du monde culturel et le fait de combattre cette crise sanitaire, je le répète, c'est la crise sanitaire qui menace la culture…

STEPHANE CARPENTIER
D'accord, mais on est allé au cinéma ces derniers mois, on le disait, il n'y a pas de cluster dans les cinémas, on pouvait aller au théâtre, il n'y a pas de souci, on pouvait aller en concert, on a fait un concert test Indochine, dans une salle parisienne, il n'y avait pas de souci. Pourquoi il y a des soucis, là ?

ROSELYNE BACHELOT
Vous avez raison de rappeler ce concert test que nous avons aidé, 29 mai, ACCOR ARENA avec Indochine, mais la configuration n'est plus du tout la même…

STEPHANE CARPENTIER
En quoi ?

ROSELYNE BACHELOT
Nous étions avec le concert test, avant même l'apparition du variant Delta, évidemment, bien loin de voir la mutation causée par Omicron, donc les leçons qu'on a pu tirer du concerte test du 29 mai sont maintenant obsolètes, et organiser un nouveau concert test, c'est quelque chose qui est tout à fait possible, mais ça prend du temps, parce qu'il faut évidemment respecter une démarche scientifique, faire en sorte qu'il y ait un groupe témoin, qu'un certain nombre de critères, de constatations soient faits, c'est-à-dire, ça prend un mois, un mois et demi, on ne peut pas se permettre d'attendre pour taper le variant Omicron. Donc, moi je comprends très bien, le concert test, et les conclusions qu'on en a tirées le 29 mai, ça ne marche plus maintenant.

STEPHANE CARPENTIER
Les artistes, ils ont réagi avec humour, mais quand même colère, vous les avez vus sur les réseaux sociaux, ceux qui vendent beaucoup de disques aujourd'hui qui sont vraiment les stars, Hoshi, Eddy de PRETTO, Grand Corps Malade, il y avait aussi Julien DORE, ils ont transformé leurs concerts en meetings, et se présentent à la présidentielle en tant qu'artistes, comment vous réagissez à ça, vous ?

ROSELYNE BACHELOT
Oh, je réagis en… je comprends, parce qu'il y a de la déception, il y a de l'amertume, il y a du regret, mais je sais aussi et je connais ces artistes, que ce sont des gens responsables, ils le disent d'ailleurs…

STEPHANE CARPENTIER
Oui, mais ils n'arrivent pas à comprendre pourquoi leurs concerts avec des milliers de personnes sont annulés et reportés, pas possibles dans des Zénith par exemple, et qu'on va faire des meetings politiques.

ROSELYNE BACHELOT
Alors, là, nous nous heurtons à la même chose dans la Constitution que ce qui s'est passé pour les cultes, c'est-à-dire, c'est le Conseil constitutionnel, c'est une mesure constitutionnelle, c'est sûr que sur le plan sanitaire, il vaudrait mieux que ces mesures, ça touche les meetings politiques, ce n'est pas possible parce que le Conseil constitutionnel, c'est la liberté…

STEPHANE CARPENTIER
Vous seriez pour, vous ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi, je n'ai pas à trancher, c'est le Conseil constitutionnel…

STEPHANE CARPENTIER
Vous pourriez donner un avis…

ROSELYNE BACHELOT
C'est le Conseil constitutionnel qui en décidera, mais évidemment, j'en reviens à ces artistes, je suis sûre qu'ils ne se transformeront pas en meetings politiques, d'abord, parce que… en candidats à la présidentielle, parce que ça impliquerait un certain nombre de contraintes à observer, et puis…

STEPHANE CARPENTIER
Madame la Ministre, si jamais ils disent…

ROSELYNE BACHELOT
Je continue, permettez que j'aille au bout de ma phrase, en plus, si dans ce concert, surgissait par exemple une zone de contamination, leur responsabilité serait engagée, et je pense que, non, non, c'est un mouvement d'humeur, mais je suis sûre qu'ils se comporteront en personnes responsables, je les connais, j'en suis sûre.

STEPHANE CARPENTIER
Et qu'est-ce que vous leur direz s'ils se rebellent et ils disent : moi, mon concert, je le fais quand même ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, ce concert évidemment sera interdit, bien sûr, puisqu'il y a des dispositions qui sont prises, se présenter comme candidat à la présidentielle pour faire d'un concert… pour pouvoir impunément avoir des spectateurs, ce n'est pas possible, et puis, les meetings politiques (sic), c'est payant, pas les concerts…

STEPHANE CARPENTIER
Puisqu'on parle de politique…

ROSELYNE BACHELOT
Les meetings politiques ne sont pas payants, pas les concerts, plus exactement…

STEPHANE CARPENTIER
Puisqu'on parle de politique, la campagne présidentielle, bien sûr, ces prochains mois, il y a élection au mois d'avril, est-ce que là, avec des décisions comme ça, et on sait que les clients de ces concerts, de cette culture, ce sont des jeunes, est-ce que vous n'allez pas vous éloigner un petit peu justement de cette jeunesse ?

ROSELYNE BACHELOT
Je crois que les jeunes, comme vous dites, d'abord, je n'aime pas beaucoup ces généralisations, les jeunes, les vieux les retraités, ça ne veut rien dire, il y a des jeunes très différents, quand on regarde d'ailleurs dans les études d'opinion, ceux qui plaisent, ceux qui attirent les suffrages des jeunes, on voit qu'Emmanuel MACRON est bien implanté aussi dans le secteur des jeunes ; les jeunes ne sont pas des gens irresponsables, les jeunes aussi ont… et ils le savent, ils savent justement que cette pandémie Omicron touche principalement les jeunes, ce qui n'était pas le cas des variants précédents…

STEPHANE CARPENTIER
Ils ont envie de vivre en ce moment, ils ont envie de faire la fête…

ROSELYNE BACHELOT
Ils ont envie de vivre, eh bien, justement, ils ont envie de vivre, ils ont envie de vivre, qu'est-ce qui menace leur santé ? C'est la pandémie. C'est la pandémie.

STEPHANE CARPENTIER
Donc vous ne trouvez pas du tout injuste ce genre de mesures qui ont été prises ?

ROSELYNE BACHELOT
Ne placez pas les choses sur l'injustice, oui, c'est injuste cette pandémie, c'est quelque chose… nous vivons une tragédie, bien sûr, et on essaie de la combattre de la meilleure façon.

STEPHANE CARPENTIER
Les cinémas justement dont on disait que tout allait bien dans les cinémas, on ne va pas pouvoir manger de pop-corn, ne plus manger dans les salles obscures, pourquoi ?

ROSELYNE BACHELOT
Parce que, à ce moment-là, évidemment, vous avez essayé de manger du pop-corn avec un masque…

STEPHANE CARPENTIER
Non, ce n'est pas facile, ce n'est pas évident…

ROSELYNE BACHELOT
Ce n'est pas facile, oui, et effectivement, dans cette pandémie à Omicron…

STEPHANE CARPENTIER
Mais source de contamination, ça…

ROSELYNE BACHELOT
La diffusion… et la protection est bonne avec un masque, dès qu'on quitte le masque, évidemment, la diffusion du virus se fait de façon beaucoup plus forte, alors c'est une question économique, parce que le modèle économique des cinémas fonctionne en grande partie…

STEPHANE CARPENTIER
Ça rapporte beaucoup…

ROSELYNE BACHELOT
En partie, oui, c'est un élément important du modèle économique des cinémas, mais là aussi, on est dans une situation difficile, et on aidera les cinémas, on les a toujours aidés, j'ai toujours été à leurs côtés, ils ont surmonté la crise, une crise difficile, grâce au gouvernement. Et on va continuer.

STEPHANE CARPENTIER
Tout ça, ça va coûter combien encore au gouvernement ? Vous avez déjà une idée du coût à venir des prochaines semaines ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, non, on va adapter. C'est assez facile à voir quand on – j'allais dire quand on ferme – parce que, effectivement, là, fermeture administrative, c'est assez facile de voir, là, il va falloir faire du cousu main, et on va continuer, il n'y a pas de problème. On l'a toujours fait.

STEPHANE CARPENTIER
Merci d'avoir dit les choses ce matin, en direct sur RTL. La ministre de la Culture, Roselyne BACHELOT, était notre invitée. Et juste le festival de BD d'Angoulême qui est annulé, là aussi, il va y avoir de l'aide, ils le demandent urgemment ?

ROSELYNE BACHELOT
Mais bien sûr. Mais bien sûr, il va y avoir de l'aide, on va les accompagner, on n'a jamais laissé tomber le monde de la culture depuis 2 ans, pourquoi voulez-vous qu'on arrête !

STEPHANE CARPENTIER
Les choses sont dites. Merci de l'avoir dit ce matin sur RTL, première prise de parole donc, entretien qu'on va retrouver bien sûr en détail sur l'appli RTL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 décembre 2021