Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, sur l'initiative européenne pour le financement des écosystèmes d'innovation, à Paris le 8 février 2022.

Intervenant(s) :

  • Bruno Le Maire - Ministre de l'économie, des finances et de la relance

Circonstance : Annonce de l'initiative européenne pour le financement des écosystèmes d'innovation

Prononcé le

Texte intégral

Bonjour à tous,

Merci à tous de votre participation à cette initiative " Scale up Europe " qui est un moment important dans la construction de la souveraineté européenne et de l'indépendance européenne.

Il y a 2 ans, nous étions confrontés à la plus grave crise économique que l'Europe ait eu à connaître depuis 1929. Nous avons pris les bonnes décisions au bon moment. Nous avons protégé nos salariés, nous avons protégé nos entreprises et nous avons réussi à éviter une crise économique, une crise sociale et peut-être aussi une crise politique, parce que nous avons pris ensemble les bonnes décisions économiques et que nous avons fait preuve de solidarité.

Nous avons fait le choix de la puissance et de l'indépendance. Les résultats sont là. L'Europe redémarre vite, l'Europe redémarre fort et elle a devant elle la possibilité de jouer les premiers rôles au 21ème siècle entre la Chine et les Etats-Unis. Et c'est bien cela le défi maintenant. La protection, c'est réussi. La relance, c'est réussi.

Le défi maintenant, c'est d'être dans les premiers rôles aux côtés de la Chine et des Etats-Unis. Pour cela, il y a un défi, c'est l'innovation et le financement de l'innovation. J'ai eu l'occasion de le dire hier : il n'y a plus de souveraineté politique sans souveraineté technologique. Il faut donc que nous investissions massivement dans l'innovation, dans les nouvelles technologies, dans les technologies de rupture pour rester au niveau de la Chine, des Etats-Unis.

Pourquoi ne pas réussir mieux économiquement et technologiquement que la Chine ou les Etats-Unis ? Et c'est possible. L'Europe ne doit pas avoir peur de son pouvoir, de sa puissance. Nous sommes le premier marché mondial. Nous avons des startups exceptionnelles. Nous avons des laboratoires exceptionnels. Nous avons des universités exceptionnelles et nous avons une créativité exceptionnelle.

Qu'est-ce qui manque ? L'argent. Alors, je sais bien que c'est un peu tabou en Europe, mais c'est ce qui manque. Ce qui manque, c'est l'argent pour financer nos startups. Alors, des startups, il y en a plein. Des startups, formidables startups allemandes, espagnoles, italiennes, françaises, belges, grecques. Mais ces startups, elles ont du mal à grandir. Et dès qu'elles grandissent, elles sont rachetées, en particulier par nos amis américains. Alors, vous voyez un peu ce qu'il y a de choquant et de décevant à investir autant d'argent public dans l'émergence des startups, pour qu'au bout du compte, ces startups grandissent, se développent et réussissent aux Etats-Unis ou ailleurs.

Ce modèle-là est fini. Nous n'en voulons plus. Nous voulons bâtir un nouveau modèle dans lequel nous aurons des capacités d'investissement pour grandir dans ces fameuses entreprises Scale up où là, le ticket n'est plus un million ou 10 millions d'euros.

Le ticket moyen, cher Nicolas Dufourcq, est à 200 ou 300 millions d'euros. Donc ça veut dire que le fonds, il doit avoir au minimum un milliard d'euros de taille d'investissement pour pouvoir investir dans ces Scale up. Combien y a-t-il de fonds d'investissement en Europe qui peuvent investir un milliard d'euros ? Deux, eh bien, nous en voulons au minimum 10 dans les prochaines années.

Et c'est cela l'objectif de cette réunion aujourd'hui au plus haut niveau, et je remercie tous les ministres des Finances, en particulier toi, cher Christian, de leur présence aujourd'hui. Il nous faut passer de 2 à 10 fonds au minimum, voire 20 fonds dans les prochaines années, capables d'investir un milliard d'euros chacun dans ces entreprises de la tech, dans ces startups, dans ces scale up, pour qu'elles puissent se développer industriellement, technologiquement et créer la prospérité et les emplois dont nous avons besoin sur le territoire européen.

L'objectif, au bout du compte, c'est donc ces 10 à 20 fonds capables d'investir chacun plus d'un milliard d'euros dans les scale up, qui vont nous permettre d'avoir demain en Europe 10 entreprises technologiques qui auront 100 milliards d'euros de valorisation chacune d'ici à 2030.

Voilà l'objectif qui est fixé, 10 à 20 fonds, un milliard d'euros de capacité d'investissement chacun au minimum pour avoir 10 entreprises technologiques évaluées chacune à plus de 100 milliards d'euros d'ici 2030, c'est-à-dire dans moins de 10 ans. Pour ça, il faut que nous amorcions la pompe et il faut une grande initiative au plus haut niveau, avec l'impulsion politique et l'impulsion financière nécessaire.

C'est ce que nous vous annonçons aujourd'hui avec Christian Lindner, avec Nadia Calvino, avec tous les ministres qui sont présents, la création d'un fonds de fonds européen dans lequel nous allons mettre dès aujourd'hui 3,5 milliards d'euros. Ce sera le fonds de fonds européens le plus important jamais créé pour financer les scale up.

La France mettra 1 milliard d'euros, l'Allemagne 1 milliard d'euros, la Banque européenne d'investissement 500 millions d'euros. La BPI 500 millions d'euros. Merci, cher Nicolas Dufourcq. 3,5 milliards d'euros au total pour parvenir à créer ce premier fonds de fonds capable de financer les scale up à la hauteur de ce qui est nécessaire pour faire concurrence à la Chine et aux Etats-Unis.

L'objectif, c'est, au bout du compte, de parvenir dans les prochaines semaines à une capacité totale de 10 milliards d'euros pour ce fonds de fonds. Nous avons amorcé un milliard d'euros pour la France, un milliard d'euros pour l'Allemagne, 3,5 milliards d'euros d'argent public au total grâce aux différents investissements. Beaucoup d'Etats membres qui soutiennent.

Vous voyez bien que c'est l'ensemble des Etats européens qui, finalement, se rassemblent pour cette grande initiative, avoir enfin un fonds européen capable de mettre des tickets qui se chiffrent en centaines de millions d'euros avec un objectif total de 10 milliards d'euros, 3,5 milliards d'euros dès maintenant sur la table pour que, tout simplement, nos entreprises technologiques grandissent, se développent, créent des emplois sur le territoire européen et nulle part ailleurs.

Merci à tous.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 14 février 2022