Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à Sud Radio le 2 février 2020, sur un bilan de la politique en faveur des personnes handicapées.

Texte intégral

Sophie CLUZEL 
Secrétaire d'État, chargée des Personnes handicapées

Sud Radio, Patrick Roger – 8h15

3 février 2022

PATRICK ROGER
Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

PATRICK ROGER
On a beaucoup parlé handicap ces derniers jours à la suite des déclarations controversées d'Eric ZEMMOUR. On y reviendra tout à l'heure. On va évoquer aussi le dernier comité interministériel du quinquennat Macron qui aura lieu tout à l'heure. Juste avant quand même, une question et ce qu'on vous dit au gouvernement sur la déclaration d'Olivier VERAN hier soir : "le pire est derrière nous". Quels sont les indicateurs pour dire ça ?

SOPHIE CLUZEL
Les indicateurs sont que les chiffres freinent d'entrées en réanimation, d'entrées en hospitalisation donc c'est ça que l'on veut. C'est pouvoir baisser cette pression hospitalière, mais il faut aussi écouter ce qu'il a dit derrière. C'est qu'il faudra vraiment des indicateurs qui se confortent pour pouvoir dire justement que petit à petit on va pouvoir lever certaines règles, qui sont certainement restrictives pour les Français mais très utiles et qui fonctionnent. En effet la vague, le pic est atteint et donc ça décroît. Mais attention, on a encore des réanimations qui sont très, très je dirais installées avec du Covid et nous ce que l'on veut, c'est pouvoir reprendre les programmations pour toutes les personnes donc on a encore du travail.

PATRICK ROGER
Oui. Il y en a qui disent avec ironie : "Oui évidemment, ça va aller beaucoup mieux dans la dernière ligne droite pour la campagne électorale d'Emmanuel MACRON".

SOPHIE CLUZEL
Non ! C'est toutes les mesures qu'on a prises qui portent. C'est la vaccination massive des Français, c'est le fait que les Français ont tenu bon sur les restrictions et sur les gestes barrières. C'est comme ça qu'on peut dire que maintenant, le pic a commencé à passer. Il faut encore que la vague continue à refluer, notamment dans les services de réanimation.

PATRICK ROGER
Dans les hôpitaux.

SOPHIE CLUZEL
Oui, bien sûr.

PATRICK ROGER
Dans les hôpitaux où il y a urgence. On était avec le CHU de Bordeaux : on met des toiles de tentes derrière pas à cause du Covid mais un problème d'organisation bien avant le Covid. C'est ce qu'ils nous disaient tout à l'heure.

SOPHIE CLUZEL
Oui. Et puis tous les soins déprogrammés qu'il faut reprogrammer. Voilà, il faut encore faire beaucoup d'effort.

PATRICK ROGER
Oui, donc vous organisez ce matin le dernier comité interministériel au handicap du quinquennat. C'était l'une des priorités d'Emmanuel MACRON. Il y a en France 12 millions de personnes en situation de handicap, 8 millions en fait d'aidants. Alors évidemment, tous ne sont pas à un même niveau. Qu'est-ce que vous allez annoncer lors de ces derniers comités ?

SOPHIE CLUZEL
Alors d'abord, dire qu'il y aura 15 ministres présents autour de Jean CASTEX puisque c'est, en effet, l'ensemble du gouvernement qui est mobilisé. Que ça soit le ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de l'Emploi, Culture, Sport, nous travaillons vraiment pour améliorer la vie des personnes handicapées. Leur participation, leur citoyenneté, la prise en compte de leurs besoins partout où elles veulent, que ça soit dans l'école, dans l'emploi, dans les études supérieures et là nous avons vraiment des résultats. Je voudrais dire que vraiment, le regard que l'on porte…

PATRICK ROGER
Alors quels résultats ? Le bilan justement parce qu'il y a parfois des chiffres un peu controversés. On y reviendra en fait tout à l'heure.

SOPHIE CLUZEL
Non mais les chiffres… Alors je pense que ce qu'on peut dire de façon majoritaire, c'est que le chemin vraiment dans ce qu'on appelle le droit commun, c'est-à-dire à l'école, dans l'emploi, maintenant est ancré. On a 20% de plus d'enfants handicapés scolarisés chaque année. On a 35% de plus d'accompagnants pour justement les accompagner et réussir leur parcours de scolarisation. On a cinq fois plus d'étudiants dans les études supérieures depuis cinq ans. Et sur l'emploi, on a enfin le chômage qui a baissé : 5 points de moins en cinq ans sur le taux de chômage des personnes en situation de handicap. Donc il y a un mouvement maintenant qui est ancré, c'est cette société inclusive qu'on a construit. Ça ne se construit pas en un instant, on a encore beaucoup de chemin à faire. Les moyens sont là, le regard change. On a fait la grande campagne nationale justement pour changer le regard sur le handicap et les Français nous le disent : oui, les personnes handicapées sont des citoyens à part entière ; ce sont nos collègues de travail, c'est mon petit copain d'école, c'est la personne qui va vivre à côté de chez moi - parce qu'on travaille sur l'habitat. Donc c'est vraiment un ensemble de choses qui font qu'on a mis les moyens : je rappelle quand même 17% d'augmentation du budget handicap en cinq ans dans l'ensemble des domaines. Donc bien sûr que certaines fois ça ne va pas…

PATRICK ROGER
Il y a encore beaucoup à faire.

SOPHIE CLUZEL
Mais bien sûr, bien sûr.

PATRICK ROGER
Parce que c'était une des priorités. Alors qu'est-ce que vous allez dire ce matin en dehors de ce bilan ? Est-ce qu'il y a encore des choses en fait à tracer, à annoncer ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr. D'abord sur l'emploi parce qu'on ne lâchera rien. On a mobilisé les entreprises privées, publiques, on a mobilisé les organisations syndicales. Ça, il faut que ça se sache. Il faut que les entreprises plus publier leurs résultats. Pourquoi ? Parce que comme ça, quand les personnes frappent à la porte de l'entreprise, elles n'hésitent pas à dire qu'elles sont en situation de handicap. Le baromètre emploi handicap, il sera publié le 10 mars. Ça, c'est important.

PATRICK ROGER
C'est un nouveau baromètre.

SOPHIE CLUZEL
Un nouveau baromètre qui va permettre aux entreprises volontaires de pouvoir dire : voilà quel est mon taux d'emploi, voilà le nombre d'apprentis en situation de handicap. 75% de plus d'apprentis handicapés.

PATRICK ROGER
Et ça, ce sera obligatoire dans les entreprises ?

SOPHIE CLUZEL
Volontariat.

PATRICK ROGER
Volontariat, pour l'instant.

SOPHIE CLUZEL
Moi, je passe toujours de l'obligation à l'envie, c'est comme ça que ça marche. Parce que l'obligation, elle y est depuis 35 ans et on stagnait.

PATRICK ROGER
Quel est le taux d'emploi d'ailleurs ? Parce que vous avez dit tout à l'heure qu'il s'était amélioré de 5%. Aujourd'hui il est de combien ?

SOPHIE CLUZEL
Le chômage a baissé de 19 à 14%. Il est encore trop fort mais rappelez-vous, avant il était du double. Maintenant il a baissé. Mais surtout moi ce qui m'importe, c'est ce taux d'emplois directs. Je vous rappelle qu'on est à 3,8% alors que l'obligation est à 6% donc il faut qu'on augmente. Et c'est ce qu'on a fait avec l'apprentissage encore une fois. Je voudrais redire l'apprentissage, le duo day. 33 000 offres de duo day, 17% ont débouché sur de l'emploi. L'aide à l'emploi, près de 30 000 contrats signés, 70% en CDI.

PATRICK ROGER
Oui. Sur les prestations d'une façon générale, je crois qu'il y a des revalorisations qui doivent avoir lieu encore notamment autour du handicap psychique.

SOPHIE CLUZEL
Alors voilà, on prend en compte tous les types de handicap. Ça aussi, c'était une grande discrimination que des associations nous pointaient du doigt sur le handicap psychique, le handicap mental. Des handicaps qui sont difficiles à évaluer et qui n'avaient pas accès justement à de l'aide humaine pour soutenir leur autonomie. Avec la prestation de compensation du handicap, on ouvre ces critères pour justement permettre à ces personnes de vivre comme vous et moi. Quand je vais dans le métro par exemple, j'ai besoin d'un accompagnant parce que je ne suis pas en capacité de gérer les imprévus. Ça va être possible. Un gros travail qui a été fait avec les associations pour cette prestation de handicap, pour tous ces handicaps invisibles qui étaient souvent discriminés dans l'obtention et dans l'octroi de leurs droits. Maintenant on y travaille d'une façon très constructive avec les départements, je le rappelle.

PATRICK ROGER
Sophie CLUZEL, il y a la campagne électorale. Certains dénoncent un manque d'accessibilité pour les personnes handicapées. Qu'est-ce que vous pouvez leur proposer dans la campagne ?

SOPHIE CLUZEL
D'abord je voudrais redire à tous les candidats qu'il va falloir de façon obligatoire faire toute leur profession de foi en facile à lire et à comprendre, c'est-à-dire simplifier les textes pour que tout le monde puisse comprendre les intentions, les promesses et les professions de foi. C'est obligatoire, et là nous vérifierons vraiment parce que nous avons remis par exemple le droit de vote pour les majeurs protégés sous tutelle, un droit fondamental de dignité. Il faut qu'ils puissent l'exécuter ce droit, donc il faut comprendre maintenant ce que promettent les candidats et les professions de foi. Obligatoire, en facile à lire et à comprendre. Et je salue aussi les associations, notamment le CNCPH, le Conseil national consultatif des personnes handicapées qui est une grosse instance qui représente justement toutes les personnes handicapées, qui travaille justement sur cet observatoire pour bien vérifier que tous les candidats seront au rendez-vous de la compréhension des professions de foi.

PATRICK ROGER
La compréhension, accessible pour tous.

SOPHIE CLUZEL
Oui. Comme vous le dites, pour tous. Ça servira à tous je pense.

PATRICK ROGER
Oui. Il y a une menace pour les candidats, ceux qui ne le feront pas ? Ils auront des amendes, des pénalités ?

SOPHIE CLUZEL
C'est obligatoire et nous vérifierons, et nous pointerons du droit et nous dénoncerons. Je veux dire c'est ça l'intérêt, que les associations s'en emparent.

PATRICK ROGER
Mais j'ai du mal à voir quand même la simplification, ça veut dire quoi ? C'est quelques lignes simplement pour définir un programme ?

SOPHIE CLUZEL
Non. Le facile à lire et à comprendre en fait, c'est une langue qui permet de s'approprier un concept avec un sujet, verbe, complément et qui donc va tout simplement servir à tout le monde pour comprendre les professions de foi de tout un chacun.

PATRICK ROGER
Oui. Avec le scandale de la maltraitance dans les EHPAD d'ORPEA, on pense aussi aux établissements spécialisés qui accueillent des handicapés, parfois d'ailleurs aussi dans le médico-social. D'une façon générale, on manque de personnel et il y eu des scandales par le passé. Est-ce que vous avez demandé vous-même une enquête à la suite en fait de ça ?

SOPHIE CLUZEL
Alors c'est très différent. D'abord ils sont tous gérés par des associations privées non lucratives dans lequel, dans les conseils d'administration, il y a des parents…

PATRICK ROGER
N'empêche qu'il peut très bien y avoir de la maltraitance, même si…

SOPHIE CLUZEL
Il y a les parents, il y a les familles et depuis des années les associations ont travaillé justement sur la bientraitance, sur les recommandations de bonnes pratiques avec la Haute autorité de santé. Evidemment qu'il peut y avoir des dysfonctionnements et de la maltraitance et nous agissons immédiatement. Il y a des alertes, il y a des contrôles, il y a des inspections. Et surtout - surtout - la parole des personnes et des résidents dans les établissements médico-sociaux, elle est prise en compte puisqu'il y a des conseils de la vie sociale. Ils s'expriment. C'est un univers extrêmement différent qui justement, grâce aux associations militantes depuis des années et des années, ont porté une…

PATRICK ROGER
Mais quand même, il y a une alerte du réseau national UNAPEI qui dit : "On manque en fait de personnel, on a une hémorragie en fait de soignants".

SOPHIE CLUZEL
L'UNAPEI est en effet un des plus gros réseaux d'associations gestionnaires. C'est les aides API, c'est près de 4 milliards de fonctionnement par l'État sur l'UNAPE. L'UNAPEI est donc aussi en responsabilité justement de pouvoir attirer les personnels chez eux, la revalorisation que nous avons mis en place notamment la revalorisation dite du Ségur : 183 euros net par mois dans tous les établissements médico-sociaux, et nous continuons de travailler puisque le Premier ministre l'a annoncé. Le 18 février nous aurons une conférence sociale sur les métiers de l'accompagnement, pour travailler sur la reconnaissance des personnels, la possibilité d'avoir des carrières. Donc nous travaillons et aussi avec les départements.

PATRICK ROGER
Et là il y a des emplois vacants, 30 000. C'est vrai, c'est le bon chiffre ou pas ?

SOPHIE CLUZEL
Non, non. Ce n'est pas 30 000.

PATRICK ROGER
C'est un chiffre qui a été avancé en tout cas.

SOPHIE CLUZEL
Ecoutez, je ne demande qu'à le voir ce chiffre.

PATRICK ROGER
Vous avez quel chiffre ? Vous avez un chiffre ou pas, non ?

SOPHIE CLUZEL
Non, nous n'avons pas de chiffre parce que, je dirais, il y a une différence territoriale. Il y a des tensions très importantes sur des bassins que l'on connaît qui sont des bassins d'emploi, je veux dire, en tension régulière. Nous les accompagnons. Nous aurons une grande campagne début février sur le recrutement de ces métiers importants pour les revaloriser. Nous l'avons fait déjà dans les établissements médico-sociaux pour personnes âgées et ç'a fonctionné. Donc voilà, on est aux côtés des opérateurs, associations gestionnaires. J'étais encore en Haute-Savoie pour rencontrer les établissements médico-sociaux qui sont en difficulté, parce que c'est un bassin d'emploi contraint avec l'attrait de la Suisse à côté. À chaque fois je me déplace, je vais voir comment ça se passe et les agences régionales de santé, Pôle emploi…

PATRICK ROGER
Pourtant certains disent quand même que la situation s'est dégradée.

SOPHIE CLUZEL
Mais elle s'est dégradée partout, Patrick ROGER. Partout.

PATRICK ROGER
Mais justement le bilan du quinquennat en fait, de votre travail.

SOPHIE CLUZEL
Non, elle s'est dégradée en termes de recrutement. Je parle de recrutement.

PATRICK ROGER
Oui, bien sûr, bien sûr. Et vous n'avez pas pu améliorer en fait les choses ?

SOPHIE CLUZEL
Est-ce que vous n'avez pas conscience qu'il y a des tensions ?

PATRICK ROGER
Non mais c'était une des priorités du quinquennat pour venir en aide au handicap, d'une façon générale à tout le secteur.

SOPHIE CLUZEL
Eh bien nous avons créé 11 500 places dans les établissements spécialisés, nous avons triplé les budgets dans l'Education nationale, nous avons 20% de plus d'élèves scolarisés dans l'Education nationale. Donc bien sûr que le chemin, encore des familles n'ont pas encore les soins appropriés, etc., bien sûr, mais nous le savons. Dans certains territoires il y a des déserts médicaux, mais c'est pour tous les Français ça, ce n'est pas spécifique au handicap. Nous avons des tensions de recrutement, c'est indéniable, et nous mettons justement l'accompagnement pour l'avoir. Donc je pense que le handicap n'a jamais été aussi bien accompagné depuis 5 ans. Et pourquoi ? Parce que c'est une révolution qu'on est en train de faire, et cette révolution c'est justement de pouvoir accueillir, scolariser, employer les personnes, comme vous, c'est-à-dire dans tout un chacun.

PATRICK ROGER
Bien sûr, bien sûr. Bon. Donc, voilà, au-delà de la polémique d'Eric ZEMMOUR sur les déclarations controversées, ça a mis quand même le doigt aussi sur la situation en fait des enseignants. Beaucoup ont écrit en disant : non mais attendez, on n'est pas forcément d'accord avec ZEMMOUR sur tout, mais il affirme des choses que les enseignants n'ont pas les moyens en temps, les conditions d'accueil ne sont pas réunies, et on n'arrive pas en fait à arrimer complètement en fait ces enfants.

SOPHIE CLUZEL
Mais c'est pour ça qu'il faut travailler, c'est pour ça qu'on a rendu la formation initiale des enseignants, obligatoire, en septembre, parce qu'il faut les outillés. C'est pour ça qu'on ouvre les portes…

PATRICK ROGER
Déjà, ils ont énormément de difficultés en fait aujourd'hui avec des classes surchargées.

SOPHIE CLUZEL
Alors, nous avons justement créé des classes spécialisées, si je puis dire, par exemple pour l'autisme, qui est aussi une très grande stratégie qui a été portée depuis 5 ans, avec des moyens très importants dans l'école, pour accompagner les enseignants. Ils ne sont pas seuls les enseignants, quand il y a un enfant handicapé. Soit il y a un accompagnant d'élève en situation de handicap…

PATRICK ROGER
Parce que j'ai vue, toujours en fait dans des courriers qu'on a reçus, enfin bon…

SOPHIE CLUZEL
Mais, tous les enfants n'ont pas besoin d'être accompagnés, et je salue le travail des enseignants. Ce qu'ils ont besoin, c'est absolument de travailler en coopération avec le médico-social. Quand vous êtes parent d'un enfant handicapé, vous avez un trépied si je puis dire, vous avez l'enseignant, vous avez parfois l'accompagnant quand il y en a besoin, mais vous avez aussi toute la rééducation. Et ce que l'on veut, c'est que ces gens travaillent ensemble et que l'enseignant ne se sente plus seul. Et c'est ce qu'on fait avec le grand service public de l'école inclusive, on ouvre les portes. Et vous reparliez de la polémique, mais ça existe partout en France ça déjà, que ce soit en Dordogne, à Marcillac où je suis allée, tous les enfants de l'établissement médico-social ils sont dans l'école, mais avec les professionnels qui les accompagnent.

PATRICK ROGER
Non mais du coup, avec ses déclarations controversées, ça a permis peut-être aussi de mettre en lumière, eh bien qu'il y a besoin aussi toujours d'établissements spécialisés et de personnel, ce que vous disiez en fait tout à l'heure, parce que concrètement…

SOPHIE CLUZEL
Mais bien sûr. On ne nie rien, mais je pense qu'il ne connaît absolument pas la situation et la façon dont on travaille, parce que ce n'est pas : je mets un enfant handicapé tout seul à l'école, ça n'existe pas ça. Il a toujours besoin d'orthophonie, parfois, il a toujours besoin d'ergo, il a toujours besoin de psychomotricien. Ce que l'on fait, c'est un travail de coopération, et je salue les associations, parce qu'elles changent, elles sortent des murs des établissements, elles vont dans l'école. Pareil pour l'emploi. On fait de l'emploi accompagné, je le rappelle, parce que certains handicapés, psychiques, mentaux, auront toujours besoin d'être accompagnés. Et on ne nie pas, et c'est pareil dans…

PATRICK ROGER
Oui, bien sûr, ça il ne faut pas le nier…

SOPHIE CLUZEL
Et c'est pareil dans le logement, quand on crée l'habitat inclusif…

PATRICK ROGER
Ils ne sont pas tous au même niveau, malheureusement.

SOPHIE CLUZEL
Exactement. 12 millions de personnes, c'est une situation extrêmement différente. Il y en a que sont totalement autonomes, il y en a qui sont autonomes parce qu'ils sont bien accompagnés, il y en a qui ont besoin de plateaux techniques…

PATRICK ROGER
Finalement, vous ne lui en voulez pas, aujourd'hui, à Eric ZEMMOUR, d'avoir remis sur le dossier sur la table, non ?

SOPHIE CLUZEL
Ce monsieur, oui, enfin à part que…

PATRICK ROGER
Eh bien il a permis de reparler en fait du handicap, finalement, dans la campagne.

SOPHIE CLUZEL
Oui, mais vous savez, dans les médias et sur Sud Radio particulièrement, je pense qu'on parle du handicap, toujours aussi toute l'année, parce que justement le handicap est un sujet sociétal. Et quand on parle du handicap…

PATRICK ROGER
Oui, mais il y a une campagne qui arrive.

SOPHIE CLUZEL
Il y a une campagne qui arrive, mais le handicap est un vrai sujet de société, parce que quand on travaille sur les personnes handicapées, on travaille sur le bien commun de tous. Quand vous faites des aménagements, ça sert à tout le monde. Quand vous mettez de l'accessibilité, ça sert à tout le monde, aux familles nombreuses qui ont des poussettes par exemple, ça sert à tous de s'améliorer. C'est ça la société inclusive, c'est que l'environnement petit-à-petit s'adapte pour le bien commun de tous. Donc, le handicap est un vrai sujet de société.

PATRICK ROGER
Et il a bien fait d'en parler.

SOPHIE CLUZEL
Et surtout, vous faites bien d'en parler, à travers le Comité interministériel du handicap, c'est l'ensemble du gouvernement qui en parle.

PATRICK ROGER
Un mot quand même aussi sur les conjoints, l'allocation pour les conjoints. On sait qu'il y a eu une grande bataille, certaines associations disent que vous n'êtes pas allés jusqu'au bout là, en raison en fait d'une posture idéologique.

SOPHIE CLUZEL
Non, ce n'est pas une posture, c'est là… Depuis 35 ans, nos allocations, nos prestations, sont calculées si vous voulez sur la solidarité nationale et la solidarité familiale. C'est-à-dire qu'on prend en compte les revenus du conjoint pour toutes les prestations, que ça soit le RSA, l'allocation adulte handicapé, l'APA. Si on veut un changement sociétal, on ne va pas encore pointer du doigt les personnes handicapées avec un régime différent. Donc moi ce que j'ai fait tout de suite, j'ai pris en compte une réforme de justice sociale. Depuis le 1er janvier nous avons une amélioration, parce que nous avons remonté le plafond des couples. Ça c'était un engagement que j'avais pris en juillet, nous l'avons obtenu. Donc 120 000 couples ont un gain de 110 € de leur allocation mensuelle. Je voudrais quand même dire qu'on l'a revalorisée cette allocation, en 5 ans c'est 2,5 milliards d'investissements…

PATRICK ROGER
Mais pour vous, il fallait continuer de…

SOPHIE CLUZEL
900 €…

PATRICK ROGER
Il ne fallait pas déconnecter les conjoints.

SOPHIE CLUZEL
L'individualisation des prestations sociales est un vrai sujet de société, mais pour tous, quelle que soit la situation, que l'on soit, je veux dire, à cause de la pauvreté au RSA, à cause de l'éloignement de l'emploi, etc., parlons-en, mais pour tous.

PATRICK ROGER
Un dernier mot. Il y a les Jeux olympiques qui vont s'ouvrir, il y aura les Jeux paralympiques début mars.

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr.

PATRICK ROGER
Est-ce que vous irez sur place, ou pas ?

SOPHIE CLUZEL
Oui, j'y vais, c'est prévu, je serai à l'ouverture soutenir tout simplement nos para-athlètes. C'est quelque chose de très important, c'est là aussi avec une diffusion télévisuelle qui va nous permettre de comprendre ces Jeux paralympiques…

PATRICK ROGER
Oui, et est-ce que vous vous êtes interrogée aussi pour un boycott quand même ?

SOPHIE CLUZEL
Non, moi, je…

PATRICK ROGER
Diplomatique, de la Chine, quand même, de la Chine où d'une part il y a vous le savez, ce problème en fait des droits de l'homme. Il y a eu en fait le virus qui vient de là-bas et la Chine n'a pas ouvert ses portes en fait à tout le monde pour mener des enquêtes. On peut s'interroger quand même, non, pour y aller ou pas ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr que nous nous sommes interrogés, mais moi je pense que soutenir nos paras-athlètes, c'est ainsi que je l'ai fait, c'est les 3e Jeux olympiques où je vais, puisque j'ai été à Pyeongchang, j'ai été à Tokyo et je serai à leurs côtés à Pékin, parce que je pense que c'est extrêmement important. Ils se sont entraînés depuis des années et des années, les para-athlètes sont des athlètes extrêmement performants, il faut les soutenir, j'irai pendant 4 jours, parce qu'après je suis obligée de revenir vite, puisque le 9 mars j'ai la réunion ministérielle des ministres européens du handicap, dans le cadre de la présidence française…

PATRICK ROGER
Et vous et vous ferez la campagne avec Emmanuel MACRON ?

SOPHIE CLUZEL
Evidement que je serai, quand le président se déclarera…

PATRICK ROGER
Mais il est déjà en campagne là.

SOPHIE CLUZEL
Je pense que nous avons la chance, là, de pouvoir justement poursuivre un grand projet de société, qui change la donne. Emancipation, pouvoir d'agir des personnes en situation de handicap, mais bien au-delà, des Français. Et franchement, regardez les résultats que nous avons, que ce soit sur le chômage, sur l'emploi, sur le… Sur l'emploi c'est phénoménal, on a fait près de 800 000 contrats d'apprentissage avec Elisabeth BORNE. C'est colossal.

PATRICK ROGER
Enorme, mais beaucoup de gens qui n'arrivent pas en fait à trouver du personnel…

SOPHIE CLUZEL
Et c'est pour ça qu'il faut les accompagner.

PATRICK ROGER
Et encore beaucoup de gens au chômage, par ailleurs, donc quand même…

SOPHIE CLUZEL
Le chômage a baissé drastiquement. Drastiquement il a baissé, nous sommes là à côté justement, de ceux qui ont besoin d'accompagnement, c'est pour ça que le service public de l'emploi est mobilisé, que ce soit pour les jeunes, Un jeune une solution, et je pense que vraiment, avec les conditions justement économiques qui ont été stabilisées, il y a une croissance, donc il y a une appétence pour l'emploi. Nous serons aux côtés des Français pour cela justement.

PATRICK ROGER
Merci Sophie CLUZEL, secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées, d'avoir été l'invitée ce matin de Sud Radio.

SOPHIE CLUZEL
Merci.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2022