Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à France Info TV le 17 février 2022, sur le rapport annuel de la Cour des comptes, le départ des troupes françaises du Mali, l'élection présidentielle, la fonction publique et les démarches en ligne.

Texte intégral

SAMUEL ETIENNE
C'est l'heure de retrouver l'invitée de la matinale, avec Alix BOUILHAGUET, comme chaque matin. Alix, ce matin vous recevez la ministre de la Transformation et de la Fonction publique, Amélie de MONTCHALIN.

ALIX BOUILHAGUET
Oui. On va un petit peu quand même parler de la campagne, ou pas, d'Emmanuel MACRON, à venir, ou pas, quand, eh bien je ne sais pas si on le saura tout à l'heure. Et puis aussi peut-être du gros enjeu qu'il y a en ce moment au Mali.

SAMUEL ETIENNE
Et de la Cour des comptes aussi je crois.

ALIX BOUILHAGUET
De la Cour des comptes.

SAMUEL ETIENNE
L'invitée de la matinale.

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Merci d'être avec nous ce matin. Un mot d'abord, effectivement, sur le rapport annuel de la Cour des comptes, qui a été rendu, et qui souligne que les aides liées à la pandémie ont été trop largement versées. Vous savez à peu près de combien ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, on a fait un choix pendant cette crise, c'était le choix du travail, et le choix de la croissance. C'est pour ça d'ailleurs que l'on a fait un plan de relance, qui fonctionne. Le choix du travail, c'était de protéger les emplois, notamment avec le chômage partiel, le fameux " quoi qu'il en coûte ", le fonds de solidarité (microcoupure son) … choix payant.

ALIX BOUILHAGUET
Mais justement, le fonds de solidarité, il est dans le viseur, puisque c'est un fonds qui était destiné à aider effectivement les entreprises en difficultés, mais il aurait arrosé très large, trop large, donc la Cour des comptes demande aujourd'hui à l'Etat de récupérer ces…

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, évidemment nous avons un suivi, nous luttons contre toutes les types de fraudes. Et un certain nombre d'ailleurs de contrôles ont eu lieu, sur une toute petite partie d'entreprises qui peut être ont été dans des déclarations qui ne correspondaient pas à leur réalité. Mais moi je suis très fière d'une chose, c'est que grâce au fonds de solidarité, grâce au chômage partiel, grâce au quoi qu'il en coûte, nous sommes aujourd'hui le pays qui n'a pas un chômage qui augmente, il baisse au contraire. Nous sommes le pays qui a réussi à créer des emplois entre 2019 et fin 2021. Nous sommes un pays surtout qui a de la croissance, et qui a la croissance qui permet déjà de réduire notre dette, qui permet déjà de réduire notre déficit. Donc, évidemment…

ALIX BOUILHAGUET
Donc l'Etat va récupérer les sommes indues.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, on va déjà commencer sur le chômage partiel d'Elisabeth BORNE…

ALIX BOUILHAGUET
Mais, ce n'est pas beaucoup, justement la Cour des comptes dit que ça ne va pas très vite.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, moi je ne pars pas du principe qu'il y a des fraudes massives, maintenant il y aura toujours des contrôles, et on avait fait un choix : on délivre les aides très vite, et ensuite on fait les contrôles. Et tous ceux qui ont pu demander des aides sans avoir de justification, savent très bien que le contrôle arrivera après. Mais c'était aussi un choix de confiance avec les entreprises, de confiance avec les Français, parce que la croissance c'est ça qui in fine permet qu'il y ait de l'emploi, permet de faire baisser le chômage, et permet de faire le contraire de ce qui avait été fait en 2008, souvenez-vous, à l'époque il y avait eu une crise, à l'époque le gouvernement, notamment avec Valérie PECRESSE, ministre du Budget, avait serré toutes les dépenses publiques, moyennant quoi ? Plus de chômage, plus d'impôts, zéro croissance. Ce n'est pas le choix qu'on a fait. Et donc on assume, mais évidemment on est rigoureux, et donc s'il y a des abus, ils seront évidemment sanctionnés.

ALIX BOUILHAGUET
On vous entend. Dans une heure Emmanuel MACRON fait une Conférence de presse sur l'engagement de la France au Sahel. Est-ce que c'est la fin de l'opération Barkhane, c'est-à-dire le départ des troupes françaises du Mali ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, ce que fait le président déjà dans une heure, c'est non seulement une Conférence de presse, mais c'est aussi une Conférence de presse avec les Européens, parce qu'il n'y a pas que la France qui s'est engagée au Sahel, il y a tous les Européens, qui ont souhaité…

ALIX BOUILHAGUET
Oui, mais c'est vrai qu'en 2014, c'est la France qui était en point sur le dossier.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, et le président de la République fait cette Conférence de presse avec les leaders africains.

ALIX BOUILHAGUET
Est-ce que c'est la fin de l'opération Barkhane ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui est certain, c'est que d'abord, ce n'est pas la fin de la lutte contre le terrorisme, au Niger, au Burkina, dans toute cette zone du Sahel…

ALIX BOUILHAGUET
Est-ce que les troupes françaises vont quitter le Mali ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc, les troupes françaises, je peux vous dire, ne vont pas arrêter de se battre contre le terrorisme en Afrique. Le président précisera les modalités…

ALIX BOUILHAGUET
Donc, elles seront redéployées ces troupes, en dehors du pays ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Et le président va expliquer comment on s'adapte, comment on s'adapte à une situation qui est nouvelle. C'est qu'il y avait un pays qui nous avait demandé de l'aide en 2014, le Mali, qui aujourd'hui ne souhaite plus, vu les décisions qu'ils ont prises, d'ailleurs avoir de l'aide de quiconque, puisque c''est un pays qui est en train de se refermer sur lui-même, et donc le statu quo n'est plus possible. C'est ce que président précisera dans les heures qui viennent.

ALIX BOUILHAGUET
Et, est-ce qu'on ne touche pas aussi aux limites de ce type d'opération, c'est-à-dire des Français qui ont commencé par se faire applaudir, justement en arrivant en 2014 au Mali, et puis équipe qui se font aujourd'hui détester par la population locale ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, la première chose que je peux vous dire, c'est d'abord les Français, avec les armées, avec les engagements aussi européens, ont mené une lutte très dure. 57 Français sont morts dans ce combat, et je peux vous dire aujourd'hui que dans beaucoup de pays, au Niger, au Burkina, dans tous les pays environnants, les Etats, les gouvernements, les populations, ont besoin de cet appui.

ALIX BOUILHAGUET
Donc il y a encore de la demande.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a quelques jours, il y a eu une très grosse opération qui a été menée dans cette région, avec beaucoup de terroristes qui ont été neutralisés. C'est aussi au service des populations que nous le faisons, mais le président a été très clair, vous vous souvenez, au Sommet de Pau, nous ne sommes dans ces pays qu'à la demande de leur gouvernement. C'est très important et c'est pour ça que d'ailleurs le Sommet Union africaine - Union européenne d'aujourd'hui, non seulement il pose le sujet de la sécurité, mais il pose aussi le sujet de la solidarité, de la prospérité, de l'éducation, de l'économie, parce que c'est au-delà des enjeux des militaires que nous devons aller.

ALIX BOUILHAGUET
On vous entend. A 53 jours, si le compte est bon, du 1er tour de la présidentielle, est-ce que ça ne serait pas, pour Emmanuel MACRON, une sorte de désaveu, finalement, d'avoir à retirer les troupes françaises du Mali ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, les enjeux de sécurité, comme pour l'Ukraine, les enjeux géopolitiques, nos enjeux globaux, les enjeux européens, ne sont pas des enjeux que vous maniez en ayant en tête une élection présidentielle. Vous les avez en tête, en ayant en tête les enjeux en particulier. Protéger des Français, assurer la paix, assurer la stabilité. Par ailleurs, ce qui aurait été un désaveu, c'est de considérer que nous fermions les yeux sur une situation politique nouvelle au Mali, ou ça aurait été tout simplement de dire : eh bien la lutte contre le terrorisme ne nous concerne plus. Ce n'est ni l'un ni l'autre que nous faisons, et président expliquera la manière de faire, en étant aussi président du Conseil de l'Union européenne, et c'est très important qu'on considère que c'est bien notre région européenne et la région africaine qui est concernée.

ALIX BOUILHAGUET
On en parle, la candidature d'Emmanuel MACRON, c'est quand ? Alors, certains disent que ça pourrait être samedi prochain, samedi 26, au moment du Salon de l'agriculture. Vous n'êtes pas dans le secret des dieux ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, moi je ne suis pas le président de la République, et je ne suis pas candidate. Donc je ne vais pas parler à sa place. Ce que je sais, c'est qu'on est très nombreux au gouvernement, dans la majorité, une majorité d'ailleurs qui s'élargit…

ALIX BOUILHAGUET
A souhaiter, mais est-ce que c'est imminent ?

AMELIE DE MONTCHALIN
A le souhaiter. Après, ce que j'entends aussi, c'est qu'il y a un certain nombre d'oppositions qui ont très envie qu'il se présente, mais je peux vous dire quelque chose, ce n'est pas contre les oppositions que le président, s'il devient candidat, sera candidat, c'est pour les Français, pour la France, pour son avenir, pour un projet.

ALIX BOUILHAGUET
Donc vous n'avez pas la date en tête.

AMELIE DE MONTCHALIN
Autant de discussions, qui ne dépendent pas d'une date, mais qui dépendent de cette discussion sacrée, que tout président, que tout candidat, en vue de la présidentielle, mène avec les Français.

ALIX BOUILHAGUET
Quel rôle, vous, vous souhaitez jouer dans cette élection ? Il y a très peu de femmes quand même autour d'Emmanuel MACRON, il faut bien le remarquer, donc vous, comment vous vous positionnez ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, je suis ministre, et je sers la République…

ALIX BOUILHAGUET
Mais dans une semaine ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Et je peux vous dire que je vais continuer à faire quelque chose de cette campagne, je vais continuer à parler des services publics, des agents publics, en étant dans la réalité de notre pays et dans la réalité des attentes des Français. Regardez, Valérie PECRESSE avait commencé en nous disant qu'elle allait supprimer 200 000 fonctionnaires, qu'elle nous parlait de comités de l'AAH, et en fait beaucoup de mépris sur le travail de ces agents. D'ailleurs je remarque qu'elle a arrêté. Parce que ça a été très mal reçu par les fonctionnaires.

ALIX BOUILHAGUET
Enfin, elle est toujours sur la diminution de postes de 200 000 fonctionnaires.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais elle en parle beaucoup moins. Ça a été très mal reçu par les fonctionnaires, ça a été très mal reçu par les Français, qui ont besoin de services publics, qui ont besoin de services publics près de chez eux, qui ont besoin d'un service public humain, d'un service public efficace. C'est…

ALIX BOUILHAGUET
Une petite parenthèse sur Valérie PECRESSE, vous avez vu son meeting dimanche dernier, vous l'avez trouvée comment ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Le sujet ce n'est pas la forme, le sujet c'est les idées. C'est, est-ce qu'on a un programme des Républicains qui est autre chose que du réchauffé de 2007, de 2017 ? Est-ce que ce projet il correspond aux attentes des Français ? Est-ce que se réclamer de Margaret THATCHER ça correspond ? Donc moi, vous voyez, dans cette campagne, parler du service, parler du travail des agents publics, c'est une chose, c'est aussi lutter à l'inverse contre une forme de clientélisme, avec des gens qui vous disent : la solution c'est de recruter 200 000 personnes. Moi je peux vous dire, aujourd'hui on a un enjeu : l'attractivité de la Fonction publique pour les jeunes, pour déjà renouveler les 100 000 départs à la retraite qui se passent chaque année, et qui est un sujet majeur parce que si on n'a pas les talents, si on n'a pas les compétences, on le voit dans nos hôpitaux, on a besoin de redonner du sens et de la reconnaissance aux métiers publics, et donc ça c'est un enjeu.

ALIX BOUILHAGUET
Il nous reste très peu de temps, 30 secondes. Toutes les démarches numériques elles seront bientôt disponibles, en physique et aussi par téléphone ? Ça représente 150 à 200 démarches les plus utilisées par les Français. C'est quoi précisément ? Ça veut dire qu'on aura quelqu'un, si je veux renouvelle ma Carte vitale, j'appelle ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est précisément quelque chose de très simple, c'est que nous, pour qu'on soit efficace, qu'on soit proche, mais surtout qu'on soit humain, on veut donner le choix aux Français. Ce n'est pas le tout numérique, c'est du sur-mesure. Si vous voulez faire vos démarches en ligne, parce que c'est moins loin de chez vous, parce que vous n'avez pas à vous déplacer, nous faisons en ligne. Si vous voulez avoir…

ALIX BOUILHAGUET
Quel genre de démarche ? Citez-moi deux, trois démarches.

AMELIE DE MONTCHALIN
Toutes les démarches. Les démarches bien sûr d'aides sociales, les démarches des impôts, les démarches de faire une pré-plainte en ligne. Vous avez toutes ces démarches qui permettent de ne pas avoir, je pense aux mères de famille qui, il y a encore une quinzaine d'années, prenaient leur voiture, faisaient des kilomètres pour aller d'un côté, puis de l'autre, on perdait un temps fou, les Français veulent le faire en ligne, on leur permet de le faire en ligne. D'autres nous disent, peut-être parce que ce n'est pas adapté, peut-être parce qu'ils ne sont pas formés, je veux avoir quelqu'un à qui parler. Ça s'appelle France Services. 2 100 lieux en France, ou des bus d'ailleurs, qui se rendent dans les villages ruraux ou dans les villes populaires, pour vous accompagner. C'est aussi le téléphone, si vous voulez avoir quelqu'un en ligne, c'est aussi des démarches que nous supprimons…

ALIX BOUILHAGUET
Merci…

AMELIE DE MONTCHALIN
… pour vous donner accès directement aux droits, je pense aux pensions alimentaires par exemple pour les femmes séparées, qui arrivent directement maintenant, payées et versés. C'est le choix que l'on veut, voyez.

ALIX BOUILHAGUET
Eh bien voilà, les Français ont le choix. Merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN, bonne journée à vous.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 février 2022