Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, à Sud Radio le 8 mars 2022, sur la politique économique et les sanctions contre la Russie.

Texte intégral


PATRICK ROGER
Bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

PATRICK ROGER
Les sanctions économiques contre la Russie, les chiffres et conséquences aussi de cette guerre en France, les prix de l'énergie, la dette, l'inflation, autant de questions que nous allons aborder, mais avant de voir la riposte économique aussi à la Russie, l'annonce ou les annonces d'Emmanuel MACRON hier soir, premier meeting de campagne, sous le signe du pouvoir d'achat. Le président candidat veut supprimer par exemple la redevance audiovisuelle, on rappelle, c'est 138 euros, je crois, ou 139…

OLIVIER DUSSOPT
138…

PATRICK ROGER
Actuellement par an aujourd'hui, comment vous allez combler ce manque de rentrées pour les finances publiques ?

OLIVIER DUSSOPT
Comme nous l‘avons fait pour la taxe d'habitation, nous avons supprimé la taxe d'habitation sur les résidences principales, ça représente une économie d'en moyenne 700 euros par ménage et par an, que nous avons compensé en faisant des économies, en maîtrisant les dépenses, et la redevance télé est aujourd'hui un impôt qui est à la fois assez impopulaire, mais surtout, qui est injuste, si vous gagnez 1.200, 1.300 euros, vous payez une redevance télé de 138 euros. Si vous gagnez 10.000 euros par mois, vous payez la même. Et donc plutôt que de laisser survivre un impôt injuste et avec un rendement finalement assez moyen, nous préférons supprimer cette redevance, c'est du pouvoir d'achat pour les Français, et nous garantirons bien évidemment le financement de l'audiovisuel public…

PATRICK ROGER
Eh bien, oui, parce que ça représente quoi, c'est 3,2 milliards à peu près, c'est ça ?

OLIVIER DUSSOPT
Alors, c'est 3,2 milliards d'encaissés par l'Etat, mais il faut savoir que l'audiovisuel public perçoit 3,8 milliards. Pourquoi cette différence, parce que…

PATRICK ROGER
Oui, c'est France Télévisions, Radio France, et puis quelques autres chaînes…

OLIVIER DUSSOPT
Oui, mais pourquoi une différence entre 3,2 et 3,8 milliards d'euros, parce que lorsque vous payez la redevance télé, certains ménagent ne la paient pas, notamment ceux qui ont les revenus les plus bas, cela représente 600 millions d'exonérations que l'Etat compense à l'audiovisuel public. Ce qui démontre d'ailleurs qu'une partie assez conséquente, presque 20%, de la redevance perçue par l'audiovisuel public relève déjà d'une dotation budgétaire.

PATRICK ROGER
Oui, bon, d'accord. Mais alors, comment vous allez financer cet audiovisuel public si vous n'avez plus ces rentrées de la redevance, parce que vous n'allez pas faire trois milliards d'économies, on voit déjà que vous avez beaucoup de dépenses par ailleurs ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous continuerons à financer l'audiovisuel public, c'est une évidence, et nous garantirons le financement de l'audiovisuel public, après, nous allons rendre 3,2 milliards…

PATRICK ROGER
Au même niveau qu'aujourd'hui ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous l'avons toujours fait. Nous allons rendre 3,2 milliards aux Français…

PATRICK ROGER
Mais non, mais bien sûr, mais vous l'avez toujours fait, mais vous aviez la redevance, aujourd'hui, vous n'auriez plus la redevance…

OLIVIER DUSSOPT
Nous allons rendre 3,2 milliards d'euros aux Français, et nous allons rendre 138 euros par an aux Français. Et je pense notamment aux Français qui ont les revenus les plus modestes, et que cela aidera bien.

PATRICK ROGER
Oui, bon, et donc, vous vous engagez à financer à la même hauteur en fait l'audiovisuel public ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais nous l'avons toujours dit, et nous avons, au cours de ce quinquennat, accompagné l'audiovisuel public pour faire des économies et pour faire des plans, pour mettre en oeuvre des plans de modernisation, tout ça est évidemment…

PATRICK ROGER
C'est ce que vous allez demander quand même, de faire davantage d'économies ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais pardon, c'est déjà le cas. C'est déjà le cas.

PATRICK ROGER
Il y a des économies, mais…

OLIVIER DUSSOPT
Depuis cinq ans, l'audiovisuel public se modernise, se réforme, et a une trajectoire d'économies, des économies qui se mesurent à quelques dizaines de millions d'euros, donc, eh bien, rapportés 3,8 milliards, cela reste assez relatif, mais c'est déjà le cas, et donc nous continuerons à financer l'audiovisuel public, mais nous rendons aux Français ces 3,2 milliards d'impôts, donc cette redevance.

PATRICK ROGER
Oui, ou est-ce qu'il va y avoir aussi peut-être davantage de publicités sur l'audiovisuel public…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a déjà…

PATRICK ROGER
Il y en a, mais c'est limité, c'est encadré…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a déjà beaucoup de publicités, ne faisons pas les débats trop rapidement et ne mélangeons pas les étapes…

PATRICK ROGER
Eh bien, non, mais c'est le président de la République qui a annoncé ça hier soir…

OLIVIER DUSSOPT
Le président de la République a annoncé que nous supprimerons la redevance télé, comme nous avons supprimé la taxe d'habitation, parce que lorsqu'un impôt est injuste, il vaut mieux le supprimer.

PATRICK ROGER
Il n'y aura pas de privatisation de chaînes, comme l'évoquent d'autres candidats, non mais ça a été évoqué, puisque c'est dans le débat de la présidentielle…

OLIVIER DUSSOPT
Les autres candidats ne sont pas les miens, ce n'est pas parce que tel ou tel candidat a une idée farfelue que nous sommes obligés de la reprendre.

PATRICK ROGER
Oui. Deux autres points, donc la prime Macron, elle pourrait être triplée, c'est ça, c'est celle qui est exonérée de charges sociales à hauteur de 1.000 euros à peu près…

OLIVIER DUSSOPT
Alors, c'est, pardonnez-moi, mais il faut être précis, c'est 1.000 euros possibles de prime totalement exonérée, et cela peut monter à 2.000 euros lorsqu'il y a un accord d'intéressement ou de participation…

PATRICK ROGER
Oui, ça peut être doublé. Oui, oui, mais alors, comment vous allez faire, vous allez contraindre les employeurs à tripler ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous sommes déjà sur la base du volontariat, lorsqu'qu' on parle de 1.000 euros et de 2.000 euros avec un accord de participation, c'est un plafond, et par exemple, en 2021, il y a à peu près 3.900.000 salariés qui ont bénéficié de cette prime de pouvoir d'achat, que certains appellent la prime Macron, pour un montant moyen de 560 euros, parce que toutes les entreprises n'ont pas versé une prime égale à 1.000 euros ou égale à 2.000 euros, c'est en fonction des moyens des entreprises et de la volonté des entreprises de mettre en place cette prime.

PATRICK ROGER
Oui, donc quand Emmanuel MACRON dit : on va tripler, il dit aux employeurs…

OLIVIER DUSSOPT
C'est un triplement du plafond, et donc c'est beaucoup plus de liberté donnée aux entreprises pour accompagner leurs salariés.

PATRICK ROGER
Oui, alors, il y a aussi comme autre annonce, mais là, cette fois-ci, qui est plus une déclaration d'intention, le chef de l'Etat dit que les aides gouvernementales sur l'essence seraient donc améliorées autour toujours de l'indemnité kilométrique, et puis, l'indemnité inflation, c'est ça ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous avons plusieurs choses à souligner, la première chose, c'est que depuis le début de l'hiver, il y a une crise de l'énergie, bien avant le conflit en Ukraine, et nous avons pris des mesures, le chèque énergie, la revalorisation du barème kilométrique, le blocage des prix de l'électricité et du gaz, et nous avons mis en place l'indemnité inflation de 100 euros pour tous les Français qui gagnent moins de 2.000 euros par mois, à l'heure où nous parlons, sur les 38 millions de Français éligibles à cette prime, 36,7 millions ont déjà touché cette prime. Et nous travaillons pour récupérer les relevés d'identité bancaire d'indépendants, de salariés à domicile, pour qui, les Urssaf notamment n'ont pas les relevés d'identité bancaire et ne peuvent par conséquent pas verser la prime. Et nous allons même mettre en place une plateforme pour que ceux qui ont été oubliés, parce que leurs coordonnées n'étaient pas disponibles, puissent faire valoir leurs droits. Donc nous tenons cet objectif-là. Hier, le président de la République a dit…

PATRICK ROGER
Ça veut dire que vous avez dépensé combien pour ça, à peu près aujourd'hui ?

OLIVIER DUSSOPT
Vous savez, 36,7 millions multipliés par 100, ça fait 3,67 milliards…

PATRICK ROGER
Voilà, d'accord, non, mais c'est ça, non, mais bien sûr…

OLIVIER DUSSOPT
C'est comme à l'école, il suffit d'ajouter des zéros, voyez, donc…

PATRICK ROGER
Bien sûr, bien sûr.

OLIVIER DUSSOPT
Par contre, le président de la République a dit que dans le cadre du plan de résilience, que nous allons mettre en place, que nous préparons autour du Premier ministre pour aider l'économie française face aux conséquences de la guerre en Ukraine, il y aura des mesures sur l'essence, parce que l'essence augmente très fortement, du fait de l'augmentation des cours, et c'est un sujet sur lequel nous travaillons, les modalités, elles ne sont pas arrêtées, mais nous travaillons pour justement continuer à protéger les Français.

PATRICK ROGER
Oui, alors, on avait Christophe RAMOND tout à l'heure, président du Conseil départemental du Tarn, comme d'autres élus, qui demande, et le Tarn, c'est un département extrêmement rural, vous connaissez, vous l'Ardèche, on a besoin de sa voiture, évidemment, aujourd'hui, l'essence à 2 euros ou à 1,90 euro, 2 euros, il dit qu'il faudrait aller plus loin dans les aides, et notamment, eh bien, restaurer une diminution en fait des taxes, la fameuse TIPP flottante, on en a déjà parlé…

OLIVIER DUSSOPT
Elle n'a jamais marché…

PATRICK ROGER
Oui, alors, voilà, c'est ça que vous dites, qu'elle n'a jamais marché…

OLIVIER DUSSOPT
Elle n'a jamais marché, la TIPP flottante, elle a été essayée deux fois, et à chaque fois que vous mettez en place une TIPP flottante, les résultats du flottement, si on peut dire, interviennent au moment où les cours ont changé d'orientation, et donc c'est toujours…

PATRICK ROGER
Mais là, on est dans une trajectoire longue quand même…

OLIVIER DUSSOPT
C'est toujours à contretemps, nous travaillons, nous, sur d'autres dispositifs, la revalorisation du barème kilométrique, on l'a évoquée, l'indemnité inflation qui permet d'accompagner les Français face à la hausse des prix et pas seulement à la hausse des prix du carburant, et aujourd'hui, nous avons plusieurs hypothèses sur la table, il est trop tôt pour dire comment nous allons intervenir, nous le ferons dans le cadre du plan de résilience, qui sera annoncée au courant du mois de mars.

PATRICK ROGER
Oui, c'est ça, alors l'indemnité inflation qui pourrait être de quel ordre alors ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais je viens de vous dire…

PATRICK ROGER
Non, non, mais vous dites que c'est sur la table, mais à peu près, en fait, s'il y a une fourchette ?

OLIVIER DUSSOPT
Que les modalités ne sont pas arrêtées…

PATRICK ROGER
Oui, et il n'y a pas de fourchette en fait pour l'instant ?

OLIVIER DUSSOPT
Même s'il y en avait une, je ne le dirai pas…

PATRICK ROGER
Et il n'est pas question, et vous le dites ce matin, Olivier DUSSOPT, il n'est pas question quand même de diminuer les taxes sur l'essence, comme vous le réclament certains ?

OLIVIER DUSSOPT
Beaucoup le réclament, en général, ceux qui n'exercent pas de responsabilités proposent les solutions les plus faciles, ça, c'est assez courant ; nous regardons tous cela d'extrêmement près évidemment, nous avons privilégié d'autres modalités d'intervention, et je le répète, il y a un plan de résilience qui est en train d'être préparé pour accompagner l'économie française face aux conséquences de la guerre en Ukraine, et c'est dans le cadre de ce plan que nous ferons les annonces autour du carburant.

PATRICK ROGER
Alors le plan résilience, c'est un peu la suite du quoiqu'il en coûte pour le Covid…

OLIVIER DUSSOPT
Non, parce que c'est…

PATRICK ROGER
Eh bien, un petit peu, non, Olivier DUSSOPT ?

OLIVIER DUSSOPT
L'objectif sera d'être extrêmement ciblé…

PATRICK ROGER
Oui ça va coûter combien ?

OLIVIER DUSSOPT
L'économie française n'est pas l'économie la plus directement exposée à l'économie russe, je prends quelques exemples, mais, les exportations de la France vers la Russie, c'est 1,3% des exportations françaises, et les importations de la Russie vers la France, c'est 1,6%. Par contre, nous avons quelques entreprises qui sont plus particulièrement exposées, parce que très présentes en Russie et qui peuvent subir des effets indirects, et nous subissons des effets indirects, et les effets indirects, il y en a deux, c'est l'augmentation du prix de l'énergie, notamment le gaz, et c'est l'augmentation du prix du blé, la France, de manière générale, n'est pas cliente ni de la Russie ni de l'Ukraine en matière de blé, je dis bien de manière générale. On trouvera toujours un importateur qui achète quelque…

PATRICK ROGER
Mais bien sûr, bien sûr, mais il y a des conséquences…

OLIVIER DUSSOPT
Par contre, l'absence de production en Ukraine et les blocages, les sanctions économiques contre la Russie font augmenter le cours du blé, donc nous avons une préoccupation sur laquelle nous travaillons avec Julien DENORMANDIE pour accompagner les éleveurs notamment directement concernés.

PATRICK ROGER
Mais ce plan de résilience, un dernier mot, il n'est pas chiffré, là, pour l'instant, aujourd'hui…

OLIVIER DUSSOPT
Non, pas encore, parce que nous travaillons sur une identification des conséquences de cette crise, nous regardons aussi comment l'économie réagit, nous sommes dans une période de croissance, et c'est tant mieux, notre objectif est d'être le plus précis possible, de protéger à la fois les entreprises, mais aussi les ménages. Hier, le président a dit que le bouclier tarifaire, que nous avons mis en place sur le gaz et l'électricité, jusqu'au mois de juin, devra certainement être prolongé au-delà du mois de juin, pour protéger les Français de l'augmentation du prix du gaz et de l'électricité ; vous savez, ce bouclier tarifaire, il est très efficace, parce qu'il protège. Imaginez que si nous ne l'avions pas mis en place au mois de février, la facture d'électricité des Français aurait été multipliée 1,5, elle aurait augmenté de 50%, ça n'a pas été le cas parce qu'il y a un bouclier, et évidemment, il faut le dire et le répéter parce que tout le monde trouve l'énergie trop chère, et c'est normal, parce que personne… tout le monde aimerait payer son électricité moins chère, mais sans le bouclier tarifaire du gouvernement, le gaz aurait augmenté de 40 %, et l'électricité aurait augmenté de 50%, ce qui est quand même considérable comme protection.

PATRICK ROGER
Oui, et du coup, entre cela et puis les autres conséquences de ce conflit, quel peut être l'impact aussi sur les finances publiques, l'impact donc de cette guerre aujourd'hui ?

OLIVIER DUSSOPT
Aujourd'hui, il est trop tôt pour le mesurer parfaitement pour deux raisons, d'abord, nous avons besoin d'un peu de temps pour mesurer les conséquences sur tel ou tel secteur de l'économie, et les aides que cela nécessite, et puis, il y a un deuxième aspect qui est très difficile à mesurer, mais c'est vrai pour la France, pour l'Europe et pour le monde entier, c'est quelles sont les conséquences de ce conflit et de cette guerre en Ukraine sur le niveau de la croissance mondiale, le niveau de la croissance européenne, les hypothèses sont très larges, parce que ça dépend de la durée du conflit, ça dépend de son intensité, ça dépend de nouvelles mesures qui seront très certainement prises…

PATRICK ROGER
Et là, vous c'est en train de réviser justement le niveau de croissance, on était aujourd'hui sur…

OLIVIER DUSSOPT
On a une croissance qui est à 7% en 2021, et nous avons une hypothèse de croissance pour 2022 qui est à 4%, aujourd'hui, il est trop tôt pour la remettre en cause…

PATRICK ROGER
Mais elle risque quand même d'être impactée, forcément…

OLIVIER DUSSOPT
Comme toutes les croissances mondiales, lorsqu'il y a une guerre, lorsqu'il y a des blocages économiques, et lorsqu'il y a une flambée des prix de l'énergie, ça a des conséquences sur la croissance…

PATRICK ROGER
Et conséquences aussi sur le niveau de l'inflation ?

OLIVIER DUSSOPT
Oui, aussi, et nous l'avons vu avec le mois de février, depuis le mois de décembre et jusqu'au mois de février, des montants d'inflation qui sont plus élevés que d'habitude, principalement tirés par l'énergie.

PATRICK ROGER
On pourrait être à combien au niveau de l'inflation ?

OLIVIER DUSSOPT
Au mois de février, nous étions presque à 3%, qui est beaucoup plus important…

PATRICK ROGER
Presque à 3 %, on disait déjà d'ailleurs que c'était un peu sous-évalué, les chiffres qu'on avait avancés, de 2,7, 2,8, alors que dans la zone euro, on était à 5%.

OLIVIER DUSSOPT
Mais nous nous appuyons sur…

PATRICK ROGER
Non, non, mais je dis ça parce que ce sont les chiffres…

OLIVIER DUSSOPT
Nous nous appuyons sur l'INSEE, si vous voulez, mais il y a des chiffres qui peuvent circuler, chacun a sa vérité, la vérité des chiffres du gouvernement…

PATRICK ROGER
Non, mais on sait qu'il y a des choses qui sont…

OLIVIER DUSSOPT
Ce sont les chiffres de l'INSEE, et je crois que personne ne les a jamais remis en cause.

PATRICK ROGER
Oui, un mot aussi, Olivier DUSSOPT, sur ce que vous mettez en place sur les sanctions économiques, notamment aussi la saisie des avoirs éventuellement des oligarques, vous en êtes où aujourd'hui, puisque donc à Bercy, vous avez des douanes sous votre autorité…

OLIVIER DUSSOPT
Les douanes, la direction générale des Finances publiques…

PATRICK ROGER
Alors, comment faites-vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Et TRACFIN. Nous identifions d'abord, puisqu'il ne s'agit pas de saisir, et d'abord, avant de parler de saisie, on parle de gel, il ne s'agit pas de geler les avoirs de tous les Russes, nous ne sommes pas en guerre avec les Russes, et nous ne sommes pas opposés aux Russes, nous avons une liste, parce qu'il y a eu 4 paquets de sanctions, avec une liste où sur laquelle il y a plusieurs centaines de…

PATRICK ROGER
Moi, j'avais compris quand même qu'il y avait une guerre économique…

OLIVIER DUSSOPT
Plusieurs centaines de noms, soit de personnes, soit d'entités qui font l'objet de sanctions, lorsque vous avez des noms de personnes, il s'agit d'identifier les avoirs bancaires, d'identifier les avoirs immobiliers, d'identifier d'éventuels véhicules de luxe, des bateaux par exemple, et nous les gelons. Geler, ça n'est pas saisir, pour geler, c'est une décision administrative, par exemple, si je gèle vos avoirs bancaires, vous ne pouvez plus utiliser vos comptes en banque, si je gèle votre appartement ou votre maison, vous pouvez l'habiter, mais vous ne pouvez ni la vendre ni la louer…

PATRICK ROGER
Et là, c'est opérationnel aujourd'hui déjà ?

OLIVIER DUSSOPT
Oui, nous le mettons en place, nous avons déjà gelé des navires qui essayaient de contourner les mesures de gel, et nous avons à l'échelle de l'Union européenne gelé les avoirs de la banque centrale russe dans les différentes banques européennes…

PATRICK ROGER
Mais comment vous faites le tri des oligarques-là ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais parce qu'il y a des listes de noms qui sont établies non pas au niveau français, mais au niveau européen, parce que c'est important de le faire au niveau européen, et même en coordination avec les Américains et avec les Britanniques, et ce sont des oligarques ou des personnes qui sont repérés pour leur proximité avec le régime et le gouvernement…

PATRICK ROGER
Mais ce matin, vous n'êtes pas encore en mesure de chiffrer justement ce gel à peu près, en France…

OLIVIER DUSSOPT
… Et puis, par ailleurs, nous sommes dans un Etat de droit, et dans un Etat de droit, nous pouvons prendre des mesures de gel d'avoirs, nous respectons aussi le secret fiscal, et nous respectons les données personnelles des personnes qui sont concernées, vous pouvez être l'objet de sanctions, avoir du patrimoine en France, faire l'objet d'un gel, mais ce n'est pas pour ça que vous méritez, si je puis dire, que l'ensemble de vos avoirs soient mis sur la place publique.

PATRICK ROGER
Oui, eh bien, d'un côté, il y en a qui eux ont des bombes sur la tête, donc on peut comprendre que d'un autre côté…

OLIVIER DUSSOPT
Mais, c'est toute la différence…

PATRICK ROGER
Non, non, mais…

OLIVIER DUSSOPT
Mais c'est toute la différence entre un Etat de droit, nous sommes un Etat de droit, c'est ce que je disais tout à l'heure, nous sommes dans un moment dans lequel nous gelons des avoirs et du patrimoine, si nous devons aller vers de la confiscation ou de la saisie, ça passera par des procédures pénales et des débats contradictoires, parce que nous respecterons l'Etat de droit.

PATRICK ROGER
Oui, est-ce qu'on peut obliger TOTAL à partir de Russie, c'est ce que demandait par exemple Yannick JADOT qui était à notre micro hier matin ?

OLIVIER DUSSOPT
Obliger, non, TOTAL est une entreprise qui a sa gouvernance, et je sais que Bruno LE MAIRE a des discussions avec le patron de TOTAL pour voir comment on peut bien coordonner les positions, mais il y a des moments, peut-être parce que nous sommes dans une compagne, où les solutions simplistes sont mises sur la table, il n'y a pas de solution simplistes dans une crise aussi complexe.

PATRICK ROGER
Oui, Vladimir POUTINE a dit hier qu'il pourrait rembourser en roubles aujourd'hui, on sait que la valeur a perdu près de 50%, ça va avoir forcément aussi un impact ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais tout ça s'inscrit dans ce qu'on appelle les contre-sanctions, et lorsqu'on est dans une période comme celle que nous vivons avec des sanctions qui sont prises par l'Union européenne, par les Etats-Unis, par la Grande-Bretagne, nous savons nécessairement que la Russie est en capacité de prendre des décisions de réponse ou de contre-sanction, ça peut être le fait de s'appuyer sur une devise qui a beaucoup perdu de sa valeur, ça peut être d'autres mesures économiques, tout ça est à prendre en compte, et tout ça explique aussi que nous sommes obligés d'être prudents sur le calcul des conséquences économiques, puisque chaque décision peut avoir une modification.

PATRICK ROGER
Merci Olivier DUSSOPT…

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

PATRICK ROGER
Ministre en charge des Comptes publics, qui était l'invité ce matin de Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2022