Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à France Bleu Alsace le 8 mars 2022, sur la défense des droits des femmes handicapées.

Intervenant(s) :

  • Sophie Cluzel - Secrétaire d'État chargée des personnes handicapées

Circonstance : Déplacement de la secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées à l'occasion de la Journée du droit des femmes, Strasbourg, 8 mars 2022

Prononcé le

Texte intégral

JOURNALISTE
A l'occasion de cette Journée du droit des femmes, la secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées, est à Strasbourg aujourd'hui.

AUDE RASO
Et elle est aussi sur France Bleu Alsace, elle est notre invitée. Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

AUDE RASO
Votre venue, c'est l'occasion de mettre en lumière la difficulté pour les personnes handicapées à être parents, à avoir une vie affective aussi. C'est vraiment plus difficile pour une femme handicapée que pour un homme.

SOPHIE CLUZEL
C'est difficile pour les personnes en situation de handicap, et particulièrement pour les femmes, en effet, d'avoir accès à une parentalité, à une vie intime, affective, sexuelle, mais aussi également à s'insérer dans la société, plus que les autres personnes en général.

AUDE RASO
C'est une double-peine, finalement, être femme et être personne handicapée.

SOPHIE CLUZEL
C'est une double-peine pour certaines choses, par exemple pour l'accès à l'emploi, puisque c'est une des premières causes de discrimination, le handicap, là ce n'est pas lié aux femmes, mais en effet il y a beaucoup de préjugés encore, des préjugés parfois des stéréotypes sexistes qui affectent l'ensemble des femmes, mais particulièrement les femmes en situation de handicap. Une présomption de sensibilité, de capacité de rentabilité moindre, pour toutes les femmes, et quand elles sont en situation de handicap, une notion aussi de vulnérabilité. Donc il faut surmonter en plus tous ces stéréotypes et ces préjugés.

AUDE RASO
Justement, sur les stéréotypes, je lisais sur le site d'APF France handicap, des témoignages de femmes sur ces petites phrases du quotidien qui font mal. Je vous en lis quelques-unes : "On ne s'habille pas comme ça quand on est handicapé", une autre c'est "Avec une femme, ce n'est déjà pas facile, mais si en plus elle est en fauteuil, on n'a pas fini", comme si finalement on ne pouvait pas être femme quand on est handicapée.

SOPHIE CLUZEL
Vous avez raison, ce sont des phrases qui font très très mal, et là j'appelle vraiment la citoyenneté de tout un chacun pour faire très attention. Parce que, quand on est en situation de handicap, rappeler peut-être qu'aussi 80% des handicaps sont invisibles, vous parlez de handicap visible, mais il faut aussi comprendre son voisin, son voisin de travail, son collègue de travail, parce qu'il en va vraiment de la dignité et de la reconstruction parfois, quand il y a une situation de handicap qui survient au cours de la vie. 80% des handicaps surviennent au cours de la vie. Donc le handicap, que je pense que nous sommes tous concernés, tous mobilisés. Changer ce regard, faire attention à l'autre, et faire tomber ces stéréotypes, c'est important.

AUDE RASO
Plus d'un tiers des femmes handicapées subissent des violences physiques et sexuelles de la part de leurs partenaires, c'est absolument énorme, c'est même à peine croyable. Comment on fait pour enrayer ça ?

SOPHIE CLUZEL
Alors on forme. On forme beaucoup, on a mis aussi le numéro 39 19 en accessibilité totale pour toutes les situations de handicap, on a mis le 114 pour pouvoir faire des SMS en toute discrétion, justement pour essayer d'alerter. On forme aussi le recueil de la parole de ceux qui prennent cette parole, c'est-à-dire les gendarmes, c'est-à-dire les commissariats, parce qu'encore une fois, je vous disais, 80% de handicaps sont invisibles, il y a des situations de handicap très complexes comme l'autisme ou les troubles de fonctions cognitives ou la déficience intellectuelle, où la personne elle-même est parfois sous emprise sans le savoir. Donc c'est pour cela que nous travaillons avec les associations, pour faire prendre conscience aux femmes, qu'il y a des situations qui ne sont pas normales. Et puis on les forme avec les centres de vie et de ressources affectives et sexuelles, partout, qu'on développe dans toutes les régions, pour faire prendre conscience de ce record, cette connaissance aussi que certains rapports ne sont pas normaux, dans la violence, qu'elle soit verbale ou qu'elle soit physique.

AUDE RASO
Vous parliez de la vie sexuelle des personnes handicapées, vous participez tout à l'heure à une table ronde pour favoriser la vie intime des personnes handicapées. Il y a un tabou encore aujourd'hui, en 2022, autour de ça ?

SOPHIE CLUZEL
Oui, il y a un tabou, mais là aussi, c'est pareil, nous travaillons vraiment à la racine, c'est-à-dire informer et former, avec les centres de ressources de vie intime, affective et sexuelle, avec les services d'accompagnement à la parentalité. Quand on a décidé d'être parent en situation de handicap, quelle que soit la situation de handicap, qu'elle soit physique ou justement avec des troubles de fonctions cognitives, eh bien nous accompagnons ces parents, nous leurs avons ouvert aussi des nouveaux droits, qui sont le droit à la parentalité, pour pouvoir avoir un forfait, dès la naissance de l'enfant, de 900 €, pour embaucher justement une aide humaine, pour tout simplement parfois, quand on est empêché de donner son bain ou que l'on a des complexités à comprendre vraiment ce que veut l'enfant, eh bien donc 900 € d'un forfait, mensuel, qui permet tout de suite d'embaucher quelqu'un, un forfait aussi d'aide technique, ça parait tout simple, mais une table à langer qui doit monter, descendre, parce que vous êtes en fauteuil, eh bien voilà, ce forfait vous permet d'acheter cette table. Donc, être accompagnateur, travailler avec les personnes elles-mêmes, et informer. Et puis nous avons mis aussi une circulaire dans tous les établissements médicaux-sociaux, pour que les directeurs des établissements forment leur personnel, soient très sensibles à cette notion d'intimité quand on est en établissement ou en foyer collectif.

AUDE RASO
Merci Sophie CLUZEL d'avoir été sur France Bleu Alsace, je précise que vous venez de sortir un livre "La force des différents". On peut y lire entre autres, un entretien avec l'athlète handisport Marie-Amélie LE FUR, où elle parle justement de son rapport à la féminité.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 mars 2022