Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État en charge des retraites, à France Info le 4 janvier 2022, sur le Pass vaccinal en discussion, le Pass sanitaire en entreprise et la vaccination dans le cadre de la médecine du travail.

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Laurent PIETRASZEWSKI, bonjour. 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonjour Alix BOUILHAGUET. 

ALIX BOUILHAGUET
Mes meilleurs voeux, merci d’être avec nous ce matin. 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonne année, et bonne année à vos téléspectateurs. 

ALIX BOUILHAGUET
Le Pass vaccinal est discuté à l’Assemblée nationale depuis hier. Alors, à minuit il y a eu un petit coup de théâtre, suspension surprise des discussions. Est-ce que c’est de nature à remettre en cause l’adoption de ce projet de loi ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, je ne le crois pas. Les présidents vont se retrouver aujourd’hui pour déterminer à nouveau… 

ALIX BOUILHAGUET
Ils se retrouvent à 10h00, c’est ça, ce matin.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Voilà. Le calendrier et tout cela va suivre son cours. Vous savez, en la matière on parle de quelque chose de sérieux, on parle d’une épidémie. Moi j’attends que l’opposition parlementaire ait ce comportement sérieux, raisonnable, et puisqu’elle veut venir en nombre, eh bien qu’elle débâte, qu’elle ne fasse pas de l’argutie de procédure. 

ALIX BOUILHAGUET
Mais, est-ce que le gouvernement n’a pas été un peu présomptueux, c’est-à-dire caler sur 24 heures des débats qui sont quand même des débats importants, est-ce que ça n’était pas présomptueux de sa part ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Alors, vous savez, ceux qui sont en réanimation aujourd’hui chez moi, les médecins qui oeuvrent à Armentières ou à Lille, vous savez que j’ai joint ce matin, qui m’ont appelé pour savoir si ce projet de loi allait bien avancer dans les temps, ils travaillent tous les jours, tous les jours après minuit, et donc je crois que les parlementaires doivent aussi partager cela, l’attente forte de nos soyons en réanimation, qui eux veulent que se Pass sanitaire devienne un Pass vaccinal. 

ALIX BOUILHAGUET
Il devait être appliqué dès le 15 janvier, ce sera impossible à tenir pour le coup. 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, on verra ça après la réunion de la Conférence des présidents de 10h00, en tous les cas le gouvernement fera le maximum pour que cette disposition puisse être en vigueur le 15 janvier.

ALIX BOUILHAGUET
Sur le Pass vaccinal, c’est vrai qu’en lui-même il y a beaucoup de critiques, est-ce que vous pouvez entendre que les gens puissent finalement avoir du mal à comprendre qu’on instaure un Pass vaccinal, pour un virus qui reste transmissible malgré la vaccination ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI 
Eh bien, Alix BOUILHAGUET, il faut redire les choses quand même, c’est bien la vaccination qui nous protège des formes graves, et cela quel que soit le type de variant. Aujourd’hui tout le monde vous le dit, je vous parlais des soignants que j’ai régulièrement au téléphone, que ce soit à Lille ou Armentières, je pense que tout le monde peut avoir le même échange que celui que j’ai. Donc la réalité c’est que nous avons un vaccin qui est protecteur. Quelle est la situation épidémique ? Nous sommes face à une 5e vague du variant Delta et nous avons aussi variant Omicron qui se diffuse. Il faut que nous réagissions, il faut que nous ayons des mesures qui sont tout à fait adaptées, exceptionnelles, plus de 200 000 cas par jour. Il faut prendre des mesures sérieuses et adaptées. 

ALIX BOUILHAGUET
Vous vous souhaitez que la médecine du travail elle joue un rôle important dans la vaccination, est-ce que déjà ça fonctionne et est-ce que vous avez une idée du nombre de doses qui ont été faites dans le cadre de la médecine du travail ?

 LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, la médecine du travail, notre médecin du travail, vous savez, celui qu’on rencontre opportunément, régulièrement dans le cadre de l’entreprise ou du service de santé, eh bien c’est un tiers de confiance, un tiers privilégié. Ils sont déjà acteurs, je les ai mobilisés depuis plusieurs mois. Vous savez, le président de la République m’a demandé il y a maintenant plus d’un an et demi, d’assurer la protection des salariés dans cette période de Covid, et puis avec le gouvernement de Jean CASTEX il m’a demandé de prendre en charge toute la santé au travail, c’est bien pour protéger les salariés. Nous avons, pour vous donner une idée, plus de 2 millions d’injections qui ont été réalisées par les professionnels de santé au travail, dans cette campagne vaccinale. Donc ils sont pleinement mobilisés et ils le seront pleinement dans les jours qui viennent. 

ALIX BOUILHAGUET
La médecine du travail, elle doit aussi convaincre 2 millions de salariés qui sont récalcitrants. Comment elle va faire pour essayer de les convaincre ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
C’est tout l’objet des plans d’action que j’ai demandés. En anticipation j’ai fait passer une nouvelle circulaire à la médecine du travail, le 22 décembre, je leur ai demandé de prévoir pour la fin de cette semaine, ils y sont en ce moment en train de les écrire, des plans d’action, propre à chaque service… 

ALIX BOUILHAGUET
Concrètement, ça va passer par quoi ? Comment on convainc ces récalcitrants ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Eh bien tout simplement parce que la médecine du travail, elle, elle peut se projeter. Le médecin du travail il peut aller dans l’entreprise, c’est ça d’ailleurs la grande nouveauté de ces plans d’action, c’est que nous allons avoir les actions de rencontres, de vaccination dans les entreprises, grâce à la médecine du travail. C’est un des éléments particuliers mots nouveaux qu’il y aura dans ces plans d’action dans les jours qui viennent. 

ALIX BOUILHAGUET
Et vous pensez que ça, c’est un élément de nature à faire basculer les salariés qui ne souhaitent pas se faire vacciner ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, parce que en fait à chaque fois on est dans un schéma, pour ceux qui ont encore de la distance avec la vaccination, d’incompréhension, de doute, et ce lien avec le médecin du travail qui est un tiers privilégié, eh bien ce lien se fait naturellement, il se fait pour des tas d’autres raisons, dans la vie professionnelle il se fera et il se fait, je peux vous le dire, j’ai des témoignages nombreux de médecins du travail qui me le disent, il se fait régulièrement à ce moment-là. 

ALIX BOUILHAGUET
Si ça ne bouge pas, s’il n’y a pas d’effet d’entraînement, est que le Pass vaccinal en entreprise, est-ce que ça reste une mesure totalement inenvisageable ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Nous avons, avec Elisabeth BORNE, consulté les partenaires sociaux. Vous savez, nous le faisons à de très nombreuses reprises, quasiment toutes les semaines depuis cette crise sanitaire, et ils ont été tous extrêmement prudents sur ce Pass sanitaire en entreprise. Il y a donc un Pass vaccinal, qui concerne donc l’ensemble des Français qui vont dans des établissements… 

ALIX BOUILHAGUET
Mais le Pass sanitaire, en entreprise, c’est définitivement écarté, on ne reviendra pas dessus, même si les 2 millions de salariés… 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ce n’est pas à l’ordre du jour, et nous avons déjà 1,8 million de salariés français qui vont passer dans le cadre de la symétrie des règles, à ce Pass vaccinal, c’est ceux notamment qui travaillent dans des établissements recevant du public, eh bien c’est sûr cela que nous allons nous concentrer, mais la médecine du travail, va se concentrer sur ses près de 2 millions qui eux ne sont pas encore vaccinés, que vous évoquiez tout à l’heure. 

ALIX BOUILHAGUET
Depuis hier, le télétravail est obligatoire, 3 jours voire 4 jours par semaine. Est-ce que ça a un sens, alors que finalement Omicron il n’est pas si dangereux, il est contagieux certes, mais il n’entraîne pas de cas graves. Est-ce que ça ne risque pas de finalement de bloquer les économies ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
D’abord, il faut toujours être prudent sur les analyses que nous avons sur le variant Omicron. Vous voyez bien que les choses se construisent, vont plutôt dans le sens que vous indiquez, et répondre très clairement, il nous faut éviter d’avoir des hôpitaux sous tension, d’avoir des hôpitaux submergés Eh bien pour se faire, il nous faut réduire de 20 % nos interactions sociales. Quoi de mieux que le télétravail ? 

ALIX BOUILHAGUET
Même si effectivement n’entraine pas forcément de la réanimation ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le télétravail est un élément de réduction des liens. 

ALIX BOUILHAGUET
Ça n’entraîne pas forcément une embolie dans les hôpitaux Omicron. 

LAURENT PIETRASZEWSKI Mais il est aussi beaucoup plus contagieux, aussi Alix BOUILHAGUET, vous le savez bien, donc ce variant est beaucoup plus contagieux, il faut limiter la diffusion de ce variant, quoi de mieux que le télétravail 3 jours par semaine, d’ailleurs j’en profite, je suis avec vous ce matin, pour redire : ce n’est pas une option, ces 3 jours et 4 à chaque fois que cela est possible, et il y a de nombreux emplois dans notre pays qui sont télétravaillables. 

ALIX BOUILHAGUET
Ce n’est pas une option, vous venez de le dire, parce qu’il va y avoir des amendes, 1 000 € par salarié, ça peut aller jusqu’à 50 000 € par entreprise. Est-ce qu’il y a un profil type d’entreprises récalcitrantes ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, il n’y a pas de profil type d’entreprises récalcitrantes, il y a surtout un profil des entreprises qui jouent le jeu, parce qu’elles sont très largement majoritaires. 

ALIX BOUILHAGUET
A combien de pourcents, enfin, on estime ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je vais vous donner une petite idée. Depuis le début de la crise sanitaire nous avons au niveau de l’Inspection du travail réalisé près de 500 mises en demeure pour une application imparfaite notamment du protocole national des entreprises. Eh bien dans 90 % des cas les entreprises se mettent à niveau, moi je l’ai été représentant de l’employeur, eh bien vous savez, quand vous recevez une mise en demeure de l’inspecteur du travail, vous vous dépêchez de vous mettre en conformité. Alors il y a de rares entreprises qui se penchent… 

ALIX BOUILHAGUET
Lesquelles ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
On ne va pas les nommer, les citer, ce sont des situations vous savez un peu exceptionnelles où on a parfois des employeurs qui ne sont pas très connectés avec cette dimension sanitaire de leur métier. 

ALIX BOUILHAGUET
C’est plutôt des grosses entreprises ou des petites entreprises ? 

LAURENT PIETRASZEWSKI
Pas forcément, à chaque fois moi je le dis, la meilleure façon d’avoir un dialogue dans l’entreprise, c’est de s’appuyer sur les représentants du personnel, les partenaires sociaux. Eh bien quand on s’appuie sur les partenaires sociaux, les représentants les salariés, souvent ça avance, c’est d’ailleurs la meilleure façon de créer le lien avec l’employeur s’il est un peu éloigné de cette situation sanitaire. 

ALIX BOUILHAGUET
Laurent PIETRASZEWSKI merci. Merci beaucoup d’avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 5 janvier 2022