Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à RTL le 7 avril 2022, sur l'épidémie de Covid-19 et l'ouverture de la deuxième dose de rappel de vaccin aux personnes âgées de 60 ans et plus.

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour Yves CALVI, bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Bonjour.

YVES CALVI
Vous êtes ministre des Solidarités et de la Santé, nous vous accueillons avec Alba VENTURA, merci beaucoup d'être sur RTL ce matin. Les Français ont besoin d'entendre le ministre qui a affronté une pandémie comme nous n'en n'avions jamais connue, certains sont inquiets, avons-nous retiré trop tôt notre masque Monsieur le ministre ?

OLIVIER VERAN
La réponse est non, et comme les scientifiques l'avaient anticipé, comme nous l'avions d'ailleurs annoncé, nous avons atteint un pic du rebond épidémique il y a quelques jours, ça fait cinq jours maintenant que ça baisse, j'avais annoncé un pic attendu pour début avril, ça a été le cas, j'avais annoncé quelque 140.000, 150.000 contaminations par jour en moyenne, c'est le cas, ce qui valide a posteriori notre stratégie, qui nous a permis de rendre plus de libertés aux Français avec le retrait du port du masque obligatoire ou du pass vaccinal, sans mettre en danger leur santé, puisqu'on peut désormais attendre un pic sanitaire qui ne sera pas du tout aux niveaux que nous avons connus auparavant, dans les prochains jours, et donc ça ne met pas en péril l'hôpital.

YVES CALVI
Je n'ai, pardonnez-moi, jamais personnellement connu autant de « covidés » dans mon entourage, jamais, ça me paraît incroyable, comment l'expliquez-vous ?

OLIVIER VERAN
D'abord…

YVES CALVI
Et je ne suis pas le seul, sinon je ne vous poserais pas la question.

OLIVIER VERAN
Statistiquement, ces personnes de votre entourage qui sont aujourd'hui Covid+ sont celles et ceux qui n'avaient jusqu'ici pas été touchées par le virus, donc peut-être que vous avez un entourage, ou particulièrement prudent, ou avec des activités sociales qui ne les ont pas exposées auparavant, parce qu'il y a à peu près 6 % de personnes qui sont recontaminées, le reste ce sont des primo-contaminations. Et vraiment les modèles Pasteur étaient intéressants, si vous les regardez, je les avais présentés il y a quelques semaines, ils nous disaient qu'on atteindrait quelque 150.000 cas par jour et d'ici au début avril c'est ce qui arrive, donc ça reste beaucoup de contaminations, Yves CALVI, 150.000 contaminations par jour, personne ne dit que l'épidémie est terminée, ce que je dis c'est que là où certains redoutaient que nous ayons levé trop tôt les mesures et que nous soyons repartis pour une vague avec un impact hospitalier fort…

YVES CALVI
C'était bien le sens de ma question.

OLIVIER VERAN
Non, ce n'est pas ce à quoi nous assistons et ce n'est pas ce qui va arriver.

ALBA VENTURA
Donc là vous nous dites qu'on a passé le rebond, c'est exact ? Pardon, mais…

OLIVIER VERAN
Nous avons passé le pic du rebond.

ALBA VENTURA
Le pic du rebond, est-ce qu'il y a de nouveaux variants à l'horizon, est-ce que vous voyez arriver de nouveaux variants dans les modélisations ?

OLIVIER VERAN
Non, c'est surtout de la meilleure nouvelle d'ailleurs. Je reste évidemment prudent, mais il n'y a pas aujourd'hui, sur la planète, de variant identifié, avec un signal d'alerte de l'OMS, pouvant laisser penser à une vague mondiale comme celle que nous avons connue avec les Alpha, les Delta, les Omicron, et j'en passe, ce qui ne veut pas dire que ça ne peut pas arriver, et je ne dis pas que la pandémie est arrière nous, certainement pas, et d'ailleurs je continue de dire aux Français de se protéger dans la période. Vous l'avez dit, 150.000 contaminations par jour, ce n'est pas rien, quelque 8000 malades à l'hôpital pour Covid, 1200 en réanimation, ce n'est pas terminé, mais ce qui est intéressant, et ce sur quoi j'insiste ce matin, c'est la dynamique qui n'est plus une dynamique de hausse, vers une vague, telles que nous les avions connues, mais une dynamique qui commence à être baissière, à l'instar de ce qu'on observe en Europe.

YVES CALVI
Quand on est au pic du rebond, ça veut dire que maintenant vous nous annoncez que ça va baisser, si je comprends bien.

OLIVIER VERAN
Ça baisse depuis cinq jours, ça baisse d'environ 5 % désormais, depuis cinq jours, donc ça doit être conforté dans la durée, en tout cas nous n'assistons pas au raz-de-marée des 500.000 cas que nous avions connu il y a quelques semaines.

ALBA VENTURA
Olivier VERAN, est-ce que les Français continuent de se faire vacciner, est-ce qu'il y a une bonne cadence, ou pas, ou est-ce que ça freine ?

OLIVIER VERAN
Alors, les primo-vaccinations sont quasiment au point mort parce que nous avons atteint un taux de couverture vaccinale parmi les plus élevés au monde, c'est ce qui nous permet d'ailleurs de franchir le rebond épidémique avec un impact sanitaire et hospitalier faible, faible, et c'est tant mieux. Nous continuons d'avoir les vaccinations de rappel, pour les 80 ans et plus, je crois qu'hier c'était 25.000 injections sur une journée, ça veut dire que le rythme de la vaccination de rappel a plutôt tendance à s'amplifier, et nous allons d'ailleurs proposer de l'amplifier encore dans les jours à venir puisque, suite à une saisine des autorités sanitaires européennes, que j'avais faite, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, nous allons pouvoir continuer de recommander la deuxième dose de rappel pour les 80 ans et plus, mais nous allons pouvoir ouvrir, ce n'est pas une recommandation, c'est une ouverture, c'est-à-dire pour celles et ceux qui le souhaitent, cette deuxième dose de rappel pour les Français âgés de 60 ans et plus s'ils sont à six mois de leur dernière injection de rappel. Pourquoi ? parce que, et d'ailleurs j'ai une recommandation en ce sens d'Alain FISCHER et de la Haute autorité de santé, on sait qu'une deuxième vaccination de rappel, quand on a 60 ans et plus, réduit de 80 % le risque d'hospitalisation, de réanimation et de décès, même si ce risque est moins élevé aujourd'hui qu'il était avec les variants précédents, et lorsqu'il n'y avait pas de couverture vaccinale, il y a un risque résiduel, on peut le réduire par quatre, donc on le propose, et ça répond aussi à une demande d'un certain nombre de nos concitoyens qui, bien qu'ils n'aient pas 80 ans, se disent le virus circule beaucoup en ce moment, je serais quand même plus rassuré si je pouvais avoir un rappel.

YVES CALVI
Vous invitez donc les plus de 60 ans à se faire vacciner, donc avec ce que vous appelez une deuxième dose de rappel et qu'on peut percevoir aussi comme une quatrième d'une certaine façon ?

OLIVIER VERAN
Ça peut être une quatrième dose. Ce n'est certainement pas une obligation, il n'est pas question du pass, etc. on n'en est plus là du tout, en revanche c'est une ouverture, c'est-à-dire que si quelqu'un de 65 ans, diabétique ou non d'ailleurs, décide d'aller en centre pour avoir un deuxième rappel parce que ça fait six mois qu'il a pas été vacciné et qu'il est inquiet, il pourra désormais le faire.

YVES CALVI
On a calculé avec Alba, ça fait 18 millions de Français, nous avons le stock de vaccins ?

OLIVIER VERAN
Ah oui, nous avons largement les stocks. Là aujourd'hui ça concerne 500.000 Français, ce sont 500.000 Français de 60 ans et plus, qui sont à six mois, ou plus, de leur dernière injection, ça ne représente pas une masse importante, mais en période de circulation du virus c'est autant de réduction d'un impact hospitalier, on sait que nos hôpitaux ont besoin de souffler.

ALBA VENTURA
On vote dimanche, comment ça va se passer dans les bureaux de vote, on sait que certains maires ont demandé à leurs assesseurs de porter le masque, est-ce qu'il y a là des recommandations particulières, puisqu'on va se trouver dans des endroits parfois assez confinés pour voter ?

OLIVIER VERAN
Alors, je le dis aux Français, quand ils se sentent fragiles, quand ils ont peur d'être exposés au virus, c'est comme quand ils vont faire leurs courses, c'est comme s'ils vont au restaurant, au théâtre, ou qu'ils vont voir des amis, ils peuvent aller voter en toute sécurité, il y aura évidemment à disposition des masques, vous avez parlé des assesseurs bien sûr, mais pour celles et ceux qui n'en auraient pas, il y aura évidemment du hydro-alcoolique, ils peuvent venir avec leur stylo, on sait faire, on l'a fait à plusieurs reprises. Je dis aux Français voter est fondamental, c'est un devoir démocratique, c'est le cap qu'ils veulent donner à leur pays, on est en train, par exemple, de parler de comment la France a géré la crise Covid, nous avons fait le pari de la confiance dans la vaccination, et dans des mesures rigoureuses, pour protéger les Français, ce qui a été notre seule boussole.

ALBA VENTURA
Et alors dites-nous, est-ce que vous autorisez les personnes Covid, positives, à aller voter ?

OLIVIER VERAN
Oui, les personnes Covid peuvent aller voter, munies d'un masque, de la même manière qu'elles peuvent sortir pour faire leurs courses, y compris d'ailleurs pendant les périodes de confinement, pendant une heure, quand il était impossible de faire autrement. Encore une fois, la vie démocratique est fondamentale, et on le voit bien. Au moment où on parle, encore une fois, de la façon dont on gère une crise Covid, dont on gère une épidémie, des choix que nous avons à faire, le choix de la science par exemple, avec la vaccination, souvenez-vous des polémiques sur la chloroquine, nous avons fait toujours le choix de la confiance dans la science, avec, encore une fois, comme seule boussole sauver des vies, sauver les Français, protéger nos hôpitaux.

ALBA VENTURA
Donc vous êtes confiant pour l'épidémie ?

OLIVIER VERAN
Il en va de l'épidémie, comme du reste, ni excès de confiance, ni fébrilité, nous sommes solides et nous faisons face avec comme seule boussole les Français.

YVES CALVI
Olivier VERAN, l'actualité c'est aussi ces scandales successifs, avec les pizzas surgelées BUITONI, les chocolats KINDER, et certains de nos fromages, des enquêtes sont-elles en cours, quelles sont les informations que vous pouvez nous donner, et les entreprises précitées peuvent-t-elle faire l'objet de poursuites judiciaires ?

OLIVIER VERAN
Alors d'abord ce sont trois affaires qui sont très très différentes. La listeria, par exemple, dans le lait cru, il n'y a pas de malades identifiés, ça a été dans un contrôle dans l'usine qu'ils ont repéré une bactérie, ça arrive. Ce qui s'est passé avec les pizzas Fraich'Up de la marque BUITONI est beaucoup plus grave parce qu'il y a deux enfants qui ont trouvé la mort dans notre pays, ça c'est plus rare. En revanche le nombre de malades liés à des intoxications alimentaires, s'il est plus élevé qu'il l'a été dans d'autres périodes, il représente à peu près le double sur une période de trois mois, donc il n'y a pas de concordance d'affaires, il n'y a pas de lien entre ces trois… ça ne veut pas dire que la santé alimentaire se dégraderait, etc., ça veut dire qu'il y a eu des contrôles qui ont été diligentés et des événements indépendants les uns des autres qui ont nécessité un gros travail d'enquête des services sanitaires français et européens, je les salue.

YVES CALVI
Merci Olivier VERAN d'avoir été avec nous ce matin, ministre des Solidarités et de la Santé, vous nous annoncez donc une deuxième dose de rappel pour les plus de 60 ans, ce que j'appelais moi une quatrième dose il y a quelques instants.

OLIVIER VERAN
Pour ceux qui le souhaitent.

ALBA VENTURA
Qui n'est pas obligatoire.

YVES CALVI
Pour ceux qui le souhaitent, et accessible dès maintenant ?

OLIVIER VERAN
Oui.

YVES CALVI
Merci Monsieur le ministre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 avril 2022