Interview de Mme Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et de la Prévention, à RTL le 25 mai 2022, sur la variole du singe, la situation face au Covid et la crise des urgences.

Texte intégral

BENJAMIN SPORTOUCH
Bonjour Brigitte BOURGUIGNON.

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bonjour.

BENJAMIN SPORTOUCH
Merci d'être avec nous ce matin sur RTL pour votre première interview depuis votre nomination. Alors après le Covid, une autre maladie inquiète, Madame BOURGUIGNON, c'est la variole du singe. On a cinq cas aujourd'hui en France, c'est bien ça ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Oui, c'est cinq cas avérés.

BENJAMIN SPORTOUCH
Avérés. Est-ce que vous vous attendez à une flambée de la maladie ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
On n'attend pas de flambée de la maladie, on prend les décisions qui s'imposent, c'est-à-dire la vigilance qu'il faut avoir dans ce cas. Et puis, parce que c'est un virus qu'on ne voyait plus en Europe. Aujourd'hui, nous sommes en vigilance avec les autorités sanitaires, et nous demandons, et des recommandations ont été apportées, aux professionnels de santé, aux établissements, pour repérer, détecter et signaler, ensuite, on isole les cas lorsqu'il y en a, lorsqu'ils sont avérés, et puis, voilà, ils sont chez eux, à domicile…

BENJAMIN SPORTOUCH
Ils sont isolés, mais la Haute autorité de santé préconise de vacciner les personnes au contact de personnes infectées, les soignants en particulier, est-ce que vous allez suivre cette préconisation ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr que nous suivrons la préconisation dès lors qu'elle sera établie. Nous avons entendu cet avis, nous sommes déjà prêts, les stocks sont là…

BENJAMIN SPORTOUCH
Les stocks sont là, vous avez des stocks de vaccins ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr, nous avons les stocks stratégiques, parce que, vous savez, il s'agira d'une vaccination ciblée, on ne parle pas, bien sûr, d'opération vaccinale totale, ce seront vraiment des opérations ciblées. Moi, je vais…

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est-à-dire au-delà des soignants, c'est-à-dire, ceux…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Au-delà des soignants, les cas contacts.

BENJAMIN SPORTOUCH
Les cas contacts, qu'ils soient soignants ou pas…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Et nous allons voir avec mes homologues européens dès lundi, nous allons en discuter ensemble, pour voir un peu quelles seront les stratégies que nous allons adapter, mais voilà, pour l'instant, la situation n'est pas incontrôlée…

BENJAMIN SPORTOUCH
Elle est sous contrôle…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Elle est sous contrôle, elle est maîtrisée, elle est surtout en alerte…

BENJAMIN SPORTOUCH
Et vous avez des médicaments antiviraux pour les malades non vaccinés ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Oui…

BENJAMIN SPORTOUCH
On a tous les stocks qu'il faut ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Tout est là, mais maintenant, la vigilance s'impose. Et puis, il faut éviter cette propagation aussi…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais justement, est-ce que vous en savez plus sur le mode de transmission de ces cas infectés, est-ce qu'il y a un lien entre eux ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Alors, c'est plus du contact physique, les tissus, la peau, donc, voilà, et c'est pour cela qu'il faut isoler les personnes et les cas contacts aussi, faire en sorte qu'elles vaccinées.

BENJAMIN SPORTOUCH
Alors, autre virus, bien sûr, le Covid, on a l'impression que la pandémie est derrière nous, est-ce que c'est le cas, Brigitte BOURGUIGNON ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Alors, non, vous ne m'entendrez pas dire que la pandémie est derrière nous, il y a toujours ce risque, et je demande aux personnes d'ailleurs les plus fragiles de continuer à avoir les gestes barrières, de continuer à se protéger…

BENJAMIN SPORTOUCH
A se vacciner aussi ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
A se vacciner, bien sûr…

BENJAMIN SPORTOUCH
Parce que les plus de 60 ans doivent normalement faire une deuxième dose de rappel…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr, oui, c'est ça, donc…

BENJAMIN SPORTOUCH
Et c'est le cas ou il n'y en a pas tant que ça qui y vont ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Pour l'instant, vous savez, ça peut se concevoir, et ça va mieux, il y a une tendance baissière, alors, bien sûr, les gestes se relâchent, et puis, les personnes peut-être pensent moins à aller recourir aux vaccins, aujourd'hui, il faut remettre bien sûr ce sujet sur la table et bien indiquer que, à l'automne, on peut avoir de nouveau une épidémie qui revient ou une petite flambée, donc il faut être toujours en vigilance…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais le plus dur est derrière nous ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Le plus dur est derrière nous, nous maîtrisons la situation, vous l'avez vu, la vaccination y est pour beaucoup, et donc il faut continuer à maîtriser cette situation.

BENJAMIN SPORTOUCH
On peut vacciner les enfants à partir de 5 ans, est-ce que vous pensez qu'en dessous, ce sera le cas bientôt ou pas ou ce n'est pas d'actualité pour vous ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Alors, écoutez, ça, c'est PFIZER qui le dit…

BENJAMIN SPORTOUCH
Oui, PFIZER affirme que son vaccin est prêt…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Ce seront les autorités sanitaires qui nous le diront ou pas, vous savez que nous nous sommes toujours appuyés sur les avis scientifiques pour prendre des décisions…

BENJAMIN SPORTOUCH
Et vous suivrez…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Et pour l'instant, ce n'est pas le cas.

BENJAMIN SPORTOUCH
Alors, Brigitte BOURGUIGNON, on en parlait, on en vient à la crise des urgences présente partout en France, 120 services d'urgence ne sont plus en mesure de remplir leurs missions faute de bras, certains, Madame la Ministre, se voient même contraints de fermer leurs portes, notamment la nuit, à Bordeaux par exemple, je ne pensais jamais dire cela à une ministre, c'est du jamais vu, selon les urgentistes qui parlent de catastrophe à venir pour l'été si on ne fait rien. Est-ce que vous avez un plan d'urgence pour les urgences ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Oui, moi, je préfère éviter les mots naufrage, catastrophe, qui sont très anxiogènes, par contre, je ne nie pas la crise, bien sûr, et nous avons pris pleine conscience de cette crise dès maintenant, le président de la République fait de la santé, vous l'avez entendu, le chantier prioritaire. Nous souffrons surtout d'une pénurie globale de personnels, pas seulement de médecins, c'est aussi d'autres soignants, nous sortons d'une crise qui a affecté ces soignants, qui ont été applaudis pendant des mois et qui sont maintenant très fatigués, moi ma méthode va être celle de la concertation, parce que les situations ne sont pas toutes les mêmes partout en France…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais vous reconnaissez qu'il y a une urgence…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr, vous m'avez entendue, je viens de le dire…

BENJAMIN SPORTOUCH
Oui, et la concertation, elle ne va pas résoudre le problème de postes…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Non…

BENJAMIN SPORTOUCH
Il y a 60.000 personnes de postes d'infirmiers vacants dans les hôpitaux aujourd'hui, est-ce que, concrètement, par exemple, vous allez faire appel à des soignants étrangers, là, dans les semaines qui viennent ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Non, pour l'instant, je ne vais pas vous donner les solutions qu'on va trouver, parce que je vais les construire avec les gens qui sont sur les terrains en ce moment, je vais les rencontrer, j'ai 15 jours devant moi pour le faire, j'ai déjà toutes ces rencontres prévues dans mon agenda, vous l'imaginez bien, je vais aller sur le terrain aussi à leur rencontre, je veux les écouter, je veux les écouter parce que vous savez, des chiffres à l'emporte-pièce, ça ne veut rien dire…

BENJAMIN SPORTOUCH
Oui, mais les urgences sont en grande difficulté…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Oui, je sais…

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est-à-dire que dans 15 jours, vous aurez des mesures à annoncer, concrètes pour les urgences ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr qu'on va prendre des mesures pour faire face à l'été, ce seront des mesures…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais lesquelles ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Justement, on va les construire avec les professionnels et les services concernés, je ne peux pas ce matin vous dire quelles solutions nous… parce qu'elles seront différentes et variées. Par contre, ce que je peux vous dire…

BENJAMIN SPORTOUCH
Oui, mais on ne voit pas, très concrètement, je vous dis, franchement, on ne voit pas…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr, mais, si vous attendiez de moi en 48 heures que je règle le problème des urgences, ce serait fait depuis longtemps par mes collègues…

BENJAMIN SPORTOUCH
J'imagine bien, mais là, il y a urgence…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Nous souffrons d'une situation qui date, non pas d'aujourd'hui, mais qui est un manque d'anticipation depuis des années sur la démographie médicale de ce pays, et donc nous avons, de plus, commencé à réinvestir l'hôpital, réinvestir sur la revalorisation des soignants, ça n'est pas suffisant, parce que la crise est plus profonde que ça.

BENJAMIN SPORTOUCH
Ce n'est pas suffisant, on va y venir, parce que c'est vrai que le président de la République est en poste depuis cinq ans déjà, donc la crise, vous ne la découvrez pas, et c'est vrai qu'on aurait pu imaginer que ce soit anticipé, mais très concrètement, par exemple, les soignants non vaccinés contre le Covid ont été évincés, ils sont 15.000 environ. Est-ce que vu la crise que nous rencontrons aux urgences, vous allez les réintégrer rapidement, le président avait ouvert la porte fin avril à une forme d'amnistie, est-ce que ça va être le cas ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Alors, on ne peut pas me faire dire tout et son contraire, on vient de parler de la crise sanitaire qui n'est pas derrière nous et qui est encore présente, et donc cette vigilance accrue que nous devons avoir pour les patients les plus en difficulté fait que, bien sûr, cette obligation vaccinale demeure, et qu'elle demeurera le temps nécessaire. Donc, ce n'est pas cette question-là, ce n'est pas comme ça qu'on va régler…

BENJAMIN SPORTOUCH
Donc vous n'allez pas les réintégrer tout de suite…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Et ce n'est pas comme ça qu'on réglera le problème.

BENJAMIN SPORTOUCH
Vous dites non…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Par contre, l'urgence qui s'impose à nous pour cet été va demander des mesures sur lesquelles nous travaillons déjà évidemment, pour répondre à cet été et anticiper les besoins croissants…

BENJAMIN SPORTOUCH
Et vous avez une idée quand même de ce que ça peut être…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Bien sûr, on mettra tous les plans possibles qui existent en France…

BENJAMIN SPORTOUCH
Par exemple ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Lorsque nous avons fait appel, vous savez…

BENJAMIN SPORTOUCH
Eh bien, ça veut dire, pardon, ça veut dire, dire aux soignants d'annuler leurs vacances par exemple…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Non, non, excusez-moi, nous sortons d'une crise sanitaire, où nous avons fait montre de tas d'initiatives qui ont été extrêmement performantes et qui ont permis de faire face, il y avait aussi un manque de personnels, et pourtant, nous avons fait face. Aujourd'hui, ce que les Français ne peuvent plus comprendre, c'est qu'ils ne peuvent pas avoir accès, il n'y a pas que les seules urgences et les hôpitaux, il y a aussi l'offre de santé sur les territoires, ce que nous demande le président de la République, c'est de reprendre finalement contact avec aussi bien les soignants que les citoyens, parce que la santé appartient d'abord et avant tout aux citoyens, et que, par endroits, nous n'avons pas accès non plus au quotidien à des médecins…

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est le cas, c'est pour ça qu'ils vont aux services d'urgences d'ailleurs. Et il manque des soignants dans tous les hôpitaux, mais on peut comprendre pourquoi, parce que certains d'entre eux de l'hôpital Saint-Louis à Paris posent à la Une de Paris-Match avec leur feuille de paye, je ne sais pas si vous avez vu ça, c'est assez sidérant, Madame la Ministre, quelques exemples, Grégoire a 28 ans, il est médecin interne, et il gagne 2.080 euros net par mois pour 55 heures par semaine, Camille a 35 ans, elle est infirmière en hôpital de jour, elle gagne 1.916 euros nets, ou encore Sylvie, 59 ans, infirmière de nuit depuis 28 ans, 28 ans, elle gagne 2.600 euros nets. Combien pour vous, Madame la Ministre, serait un salaire correct pour Sylvie, qui gagne de 2.600 euros nets pour 28 ans de bons et loyaux services, ce serait combien à votre avis un vrai salaire ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Je ne rentrerai pas dans ce genre de polémique, d'abord, parce que je vais vous dire quelque chose, moi, les gens qui utilisent un malaise profond qui touche les Français, alors que nous sortons d'une pandémie, je ne les suis pas, j'ai envie de vous dire, nous nous sommes attaqués à ce problème, alors que nous avions une pandémie mondiale, nous avons d'abord revalorisé tous ces soignants, je veux bien qu'on laisse tout derrière, nous venons d'investir cette année 19 milliards, 19 milliards d'investissements, à la fois dans la revalorisation salariale, et à la fois dans les hôpitaux…

BENJAMIN SPORTOUCH
Vous n'irez pas plus loin ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Je n'ai pas dit ça, je suis en train de vous dire que c'était d'abord et avant tout quand même un rattrapage massif dans des endroits où nous avions depuis longtemps sous-investi. Je pense qu'il faut quand même remettre les choses en relief…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais allez-vous augmenter leurs salaires ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Remettre les choses drôles. Ce qu'ils nous demandent, ce qu'ils nous demandent, c'est plutôt de valoriser l'engagement qu'ils ont, parfois, que ce soit le travail de nuit, que ce soit les week-ends, et ça, c'est différent, bien sûr qu'il faut remettre ça au-dessus de la pile et regarder une de ces propositions. Mais régler tout juste par des revalorisations salariales, vous le voyez bien, nous avons revalorisé déjà, il faut aller plus loin, on le sait, mais il faut redonner du sens à tout ça…

BENJAMIN SPORTOUCH
On verra s'ils vous entendent…

BRIGITTE BOURGUIGNON
Et il faut qu'on discute avec eux d'abord et qu'on les écoute.

BENJAMIN SPORTOUCH
Dernière question, Madame la Ministre, est-ce que vous soutenez votre ministre délégué aux Solidarités et au handicap, Damien ABAD, qui est au centre, on le sait, d'accusations de violences sexuelles, des associations féministes ont manifesté hier ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Je ne me prononcerai pas là-dessus, ça ne m'appartient pas.

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est votre ministre, est-ce que vous lui apportez votre soutien ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Ce n'est pas mon ministre, c'est un ministre du gouvernement, et je n'ai pas à soutenir ou ne pas soutenir, je ne me prononcerai pas là…

BENJAMIN SPORTOUCH
Vous soutenez les femmes ?

BRIGITTE BOURGUIGNON
Evidemment, je soutiens les femmes en général, et toujours, j'en suis une…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais sur lui, vous ne vous prononcez pas. Merci Madame la Ministre. Très bonne journée à vous.

BRIGITTE BOURGUIGNON
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mai 2022