Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre des transports, à CNews le 7 mars 2019, sur la thématique des transports dans le Grand Débat national, le financement des infrastructures de transport et le projet de privatisation d'Aéroports de Paris.

Texte intégral

CLELIE MATHIAS
A 07h23, c'est l'heure de l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH, qui reçoit ce matin la ministre des Transports, Elisabeth BORNE.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La question lancinante sur les ronds-points, les routes, et au cœur du Grand débat, améliorer les transports. Soyez la bienvenue Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les transports, c'est vous. Bonjour, bonne journée. Dans 8 jours c'est la fin officielle du Grand débat, mais on a le sentiment que ça va se prolonger.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, tout le travail pour tirer parti de toutes les contributions qui ont été proposées dans le Grand débat, va démarrer, et par contre les réunions d'initiatives locales vont se terminer, et les contributions sur la plateforme aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais le président de la République va continuer à faire quelques rencontres avec les présidents de région, c'est-à-dire que le Grand débat continue pour lui.

ELISABETH BORNE
Alors, le président de la République avait annoncé qu'il rencontrerait des élus de toutes les régions, donc il n'a pas terminé ces rencontres, et il va les continuer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lui, il continue, lui. Les élus ou d'autres, si les citoyens veulent, pour eux c'est fini.

ELISABETH BORNE
Non, les réunions d'initiatives locales et les contributions, s'est terminé, par contre les rencontres que le président de la République avait annoncées avec les élus de chaque région, vont continuer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que c'est bon pour lui et c'est moins bon pour les autres.

ELISABETH BORNE
C'est-à-dire qu'il tient les engagements qu'il avait pris.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Engin je veux dire, le Grand débat.

ELISABETH BORNE
Il tient les engagements qu'il avait pris de rencontrer les élus de toutes les régions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les décisions seront-elles retardées ou prises à la date approximative qui avait été prévue ?

ELISABETH BORNE
Enfin, de calendrier se déroule comme prévu, il y aura dès la semaine prochaine des réunions thématiques, là, sur les quatre thèmes du débat, et puis ensuite les deux week-ends suivants, des réunions dans chacune des régions avec des citoyens, donc ce calendrier se déroule normalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous confirmez que dimanche le Premier ministre vous réunit, tous les ministres, pour savoir où vous allez, ce que vous allez proposer ?

ELISABETH BORNE
On se réunit dimanche, notamment pour préparer des réunions thématiques de la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on peut dire que les deux campagnes, nationales avec les sujets liés au grand débat, et la campagne européenne vont s'enchaîner l'une avec l'autre.

ELISABETH BORNE
Alors là, ce n'est pas une campagne, le Grand débat c'est pour écouter les difficultés des Français, pour écouter aussi leurs propositions, et puis comme vous le dites, il y aura la campagne des européennes qui démarrera ensuite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans l'enchaînement ou la continuité. Développer le service public des transports, c'est bon pour le mode de vie, c'est bon pour le pouvoir d'achat, on l'a entendu partout avec les Gilets jaunes et tous les Français. Qu'est-ce que vous allez suggérer, vous ? Qu'est-ce qui émerge ? Et pour vous, dites-moi deux ou trois idées neuves en matière de transport, pour les Français.

ELISABETH BORNE
Alors, d'abord je pense que ce que cette crise a montré, c'est que pour beaucoup de Français, les transports ça peut être une source de difficultés, et ce n'est pas une surprise, moi c'est ce que je porte depuis des mois, qu'il faut améliorer les transports du quotidien. Mais ce que j'ai noté dans les débats, c'est que les Français veulent plus d'accompagnement individuel. On a une forme d'injustice, quand vous êtes dans une grande ville par exemple, vous avez des transports en commun et votre employeur prend en charge 50 %…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les territoires ruraux sont pénalisés. Qu'est-ce que vous allez faire, par exemple, est-ce que l'idée d'un versement forfaitaire transports progresse ?

ELISABETH BORNE
Donc, moi j'ai engagé des discussions avec les employeurs pour qu'on puisse systématiser un accompagnement des Français qui ont des difficultés pour le déplacement domicile-travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous êtes favorable, vous, et vous proposez un forfait.

ELISABETH BORNE
Moi je suis favorable à ce que tous les Français qui ont des difficultés pour leurs déplacements domicile-travail, vous savez, il y a des Français qui font plus de 30 km aller-retour tous les jours en voiture, donc il faut effectivement les accompagner, ça c'est un premier point. On a aussi mis en place des aides, une prime à la conversion pour accompagner les Français qui veulent changer de voiture. C'est une prime qui a très bien marché en 2018, puisqu'il y a plus de 300 000...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On en est à combien ?

ELISABETH BORNE
300 000 ménages qui en ont bénéficié en 2018, mais certains nous disent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en 2019, ça continue, non ?

ELISABETH BORNE
Ça continue, mais certains Français nous disent : vous nous donnez 2 000 ou 4 000 €, mais la voiture coûte 6 000 €, et comment on fait pour cette différence ? Et donc là on va regarder comment on peut avoir une solution simple, pour aider encore mieux les Français à changer de voiture, pour avoir une voiture qui pollue moins et qui consomme moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous confirmez qu'en 2020 vous encouragerez l'existence de petites voitures navettes, vous en aviez parlé ici avec nous sur Cnews, est-ce que vous le confirmez, des voitures autonomes, c'est-à-dire sans chauffeur ?

ELISABETH BORNE
Je vous confirme. En fait, l'objectif c'est que sur tout le territoire on puisse proposer des services, pour qu'on ne soit pas systématiquement obligé de prendre une voiture et d'avoir deux voitures, voire trois voitures, quand il faut conduire les enfants par exemple à la piscine, voilà, il y a beaucoup de ménages en France qui ont besoin d'avoir deux ou trois voitures. Il faut qu'on propose d'autres services, du transport à la demande et par exemple avec des navettes autonomes. Donc en effet, à partir de 2020, on veut autoriser des services de navettes autonomes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien de places dans les navettes ?

ELISABETH BORNE
C'est des navettes de 10, 12 places.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui les fabrique ? C'est encore les grands constructeurs ?

ELISABETH BORNE
Alors, on a deux start-up en France, l'une qui est à côté de Toulouse et l'autre à côté de Lyon. Donc je pense que c'est une force pour notre pays d'être en avance sur ces navettes autonomes, et donc il faut développer les services avec ces navettes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez, Elisabeth BORNE, en discussion hier, une nouvelle fois, avec le les sénateurs, et la question du financement revient. Alors, est-ce que le Grand débat peut conclure à la nécessité de faire payer, sous une forme ou une autre, les transporteurs routiers ou les poids lourds étrangers qui traversent la France à l'oeil ? Est-ce que vous voulez, vous, est-ce que ça peut aboutir ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je vous confirme, voyez qu'il y a beaucoup de réunions auxquelles je participe, où les gens nous disent : on voit des files de camions qui traversent notre pays, qui du coup usent nos infrastructures, voire nécessite qu'on on fasse des contournements de Bourgs, et ces poids lourds, on en a un certain nombre qui font le plein en Belgique ou au Luxembourg, qui traversent le pays, qui refont le plein en France... en Espagne pardon. Et donc effectivement je pense que il y a une attente, qu'on puisse les faire payer, participer, je pense que c'est une bonne idée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais vous, vous le dites, il faut qu'ils participent, ce n'est pas une taxe pour les Français mais c'est une taxe pour les autres qui profitent de la France, c'est ça ?

ELISABETH BORNE
Absolument, absolument, donc ça me semble une bonne idée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les amendes qui provenaient des radars, elles servaient à financer les infrastructures. Les Gilets jaunes en ont cassé, d'après ce qu'on a entendu, plus de 60 %, c'est-à-dire à peu près 500 millions. Est-ce que vous avez demandé à Christophe CASTANER de les remplacer déjà et où vous allez trouver les sous pour 2020 ? Mais on ne veut pas d'amende sur les radars, il y en a qui préféreraient qu'il n'y en ait plus.

ELISABETH BORNE
Le problème, si on casse les radars, c'est qu'on ne surveille plus les excès de vitesse, et du coup il y a beaucoup plus d'excès de vitesse depuis que ces radars ont été détruits, donc c'est le premier sujet. Vous savez, les excès de vitesse c'est aussi la mortalité sur les routes. Mais effectivement, en 2019 on avait un trou dans le financement des infrastructures. Le gouvernement n'a évidemment pas voulu que les Français soient pénalisés, parce qu'on n'avait pas d'amendes radar, et donc on trouvé une solution pour boucler le budget 2019 pour les financements des infrastructures…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais moi j'ai dit 2020.

ELISABETH BORNE
Et donc, pour 2020, on va réfléchir notamment à cette hypothèse de faire payer les poids lourds.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... les poids lourds, les poids lourds, par exemple, 500 millions. Après le Grand débat, est-ce que vous serez favorable à la suppression de la limitation générale de la vitesse à 80 km, ou que chaque région ou département traite en fonction et en connaissance de cause ?

ELISABETH BORNE
Alors c'est des demandes qui viennent dans le débat, vous savez qu'on avait annoncé dès le départ qui aurait une évaluation de la mesure début 2020, donc on va effectivement regarder comment, enfin s'il faut adapter cette mesure, en tout cas on ne va pas reculer sur l'ambition en termes de sécurité routière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pendant tout le débat on a entendu des régions, des élus, des usagers s'inquiéter de la réduction des dessertes locales, régionales, des TGV ou des trains, les trains et les gares qui font vivre des territoires. Et je prends, moi, deux exemples que j'ai vus ou entendus, la protestation des élus des Hauts de France et des Alpes du Nord et des Alpes du Sud, il y a un train de Grenoble à Gap, d'après ce que j'ai vu, qui risque de disparaître, et même la gare, qui attire à la fois les touristes et les gens, des habitants de nouveaux dans la région, peuvent être atteintes. Est-ce que l'Etat, dans ces cas-là, aide les communes pour les sauver, en même temps ?

ELISABETH BORNE
Sur les dessertes TGV, moi j'ai dit très clairement pendant la réforme ferroviaire, que je défends un modèle de TGV, qui ne dessert pas uniquement les métropoles mais qui va au-delà des lignes à grande vitesse, et qui dessert bien des villes moyennes comme c'est le cas aujourd'hui dans les Hauts-de-France. Donc j'ai demandé à la SNCF de prendre en compte cette politique qui est la mienne, et donc du coup ils vont reproposer une autre... ils vont faire d'autres propositions sur la desserte TGV des Hauts-de-France. Sur les petites lignes, ce qu'on appelle improprement des petites lignes, c'est des lignes très importantes pour la desserte des territoires, moi j'étais allée dans les Hautes-Alpes il y a quelques mois, en train de nuit du reste, et j'avais dit qu'on allait faire les études pour la remise en état de cette ligne Grenoble – Gap.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, l'Etat sauvera à la fois les lignes, et les gares, quand il faut les rénover.

ELISABETH BORNE
L'Etat est présent pour les études, et l'Etat sera au rendez-vous pour le financement des travaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a dit que les transports c'est important pour le mode de vie et le pouvoir d'achat, hier Guillaume PEPY et Philippe COY, qui est le patron des représentants de 24 500 bureaux de tabac, vont s'accorder pour que les buralistes puissent vendre des billets SNCF. Est-ce que vous êtes d'accord favorable à cette idée, si ça marche ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est une bonne idée. Il y a de plus en plus de gens qui achètent leur billet de train sur Internet, mais tout le monde n'est pas à l'aise avec Internet ou n'a pas accès à Internet, donc la SNCF va maintenir aussi la possibilité d'acheter ses billets par téléphone, c'était un numéro surtaxé, il ne le sera plus, et puis qu'on ait d'autres solutions pour acheter ses billets de train, par exemple dans les bureaux de tabac…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dites oui.

ELISABETH BORNE
Ça me paraît une très bonne solution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'ils s'entendent, et les deux parties en tireront le meilleur avantage, et les usagers aussi. A Genève s'ouvre aujourd'hui le salon mondial de l'auto. Vous y allez, vous n'y allez pas ?

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je ne vais pas aller à Genève, on a eu le Mondial de l'automobile en France à l'automne dernier, et puis on a accueilli également le centenaire de l'Association des constructeurs automobiles, donc on a pu échanger avec eux sur les évolutions des automobiles, les automobiles de demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'il y a d'énormes innovations, qu'on va voir comme à Paris, à Genève, et cette année à cause de l'urgence climatique, on voit bien que l'effort c'est sur les voitures électriques.

ELISABETH BORNE
Absolument, enfin le gouvernement soutient les voitures électriques. On a l'objectif, et c'est dans la loi qui est en cours de... dont la discussion commence au Sénat, d'avoir, de multiplier par 5 les ventes de voitures électriques, et d'ici 2025, donc... pardon, d'ici la fin du quinquennat. Je pense que c'est une bonne solution, vous savez ce n'est pas une solution que pour les villes, il faut avoir en tête que quand on utilise une voiture électrique, ça coûte 2 € pour 100 km, donc c'est une bonne solution et en plus quand vous habitez à la campagne, vous pouvez la recharger dans votre garage, la recharger chez votre employeur, on le fait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A condition d'avoir les bornes.

ELISABETH BORNE
Absolument, donc on va aussi réduire, diviser par deux le coût de raccordement de ces bornes de recharge, donc l'objectif c'est bien de favoriser le développement des véhicules électriques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, vous avez entendu Elisabeth BORNE, les constructeurs qui se plaignent, on a vu Carlos TAVARES dans Le Figaro il y a quelques jours, le patron de PSA, parce que l'Europe exige qu'ils réduisent les émissions de CO2 de 40 %, ils disent 20 % et on ne pourra plus, et que c'est un risque pour les millions de salariés de l'automobile. Est-ce que c'est un risque ou est-ce que c'est de leur part un chantage à l'emploi, pour freiner l'évolution vers l'électrique ?

ELISABETH BORNE
Il y a effectivement beaucoup d'évolutions dans l'industrie automobile, elles deviennent de plus en plus des voitures électriques, évidemment il faut s'y préparer. Il faut s'y préparer, reconvertir les sites industriels, préparer cette reconversion, les salariés aussi. Donc il faut regarder vers l'avenir et évidemment c'est une transition qui doit être accompagnée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au stand RENAULT NISSAN de Genève, je vois ou j'entends, on essaie de tourner la page Carlos GHOSN qui a été libéré hier sous caution, qui a retrouvé non pas sa liberté mais une liberté surveillée, contrôlée, en tout cas il est déterminé à se défendre parce qu'il estime que le Japon n'a pas le monopole de la vérité, même s'il se comporte comme s'il l'avait ; et vous avez remarqué qu'il a remercié tous ceux qui l'ont aidé, mais il n'a pas cité le gouvernement français.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, enfin on ne va pas rentrer dans les débats judiciaires…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne vous demande pas de débat ou de détails, mais est-ce qu'on n'a pas oublié un citoyen, peut-être pour des raisons liées…

ELISABETH BORNE
Je ne pense pas, enfin, je pense que... Enfin, Carlos GHOSN a les moyens de se défendre et en tout cas ce qui est important c'est qu'on a eu une continuité à la Direction de RENAULT, c'est évidemment un groupe très important en France, qui a toute sa place à prendre, justement dans cette transition des nouvelles voitures électriques connectées, demain autonomes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il avait lancé ces projets, mais il ne sera pas là pour le faire, en tout cas il a l'intention, parait-il, de s'expliquer publiquement. Demain à Rome, dans les dossiers que j'ai regardés, il y a un moment important, une histoire qu'on nous rabâche depuis plus de 30 ans. Là, le président du Conseil italien Giuseppe CONTE, va dire oui ou non au tunnel ferroviaire Lyon – Turin, qui est l'objet d'un désaccord entre SALVINI et di MAIO. Est-ce que la France, ce matin vous dites : « Dépêchez-vous de dire oui » ?

ELISABETH BORNE
C'est un projet très important. Vous savez, dans les trafics entre la France et l'Italie, il y a uniquement 8 % du transport de marchandises qui est fait par le ferroviaire. Entre l'Italie et la Suisse c'est 70 %. L'objectif de ce tunnel Lyon – Turin, c'est de permettre de développer le transport ferroviaire, ça veut dire moins de camions dans les vallées, dans les vallées des Alpes, et je pense que tout le monde attend. Donc nous on a signé un traité avec l'Italie, qui prévoit la réalisation de ce tunnel, j'espère que les Italiens nous confirmeront bien demain qu'ils vont réaliser avec nous ce tunnel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce serait bon pour réduire le trafic des poids lourds, pour les gens des vallées, pour en même temps la pollution. Mais en dépit de ce traité de 2017, si di MAIO et SALVINI ne se mettent pas d'accord, etc. et si l'Italie vous dit non, qu'est-ce que vous faites ?

ELISABETH BORNE
Eh bien on ne va pas faire un tunnel tout seul, voyez, mais j'espère bien qu'ils nous diront oui demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc demain c'est la vie ou la survie ou la mort du projet du tunnel.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, en effet il y a une décision qui est attendue demain, moi je compte bien que les Italiens confirment leur engagement, ce traité international qu'on a signé ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut rappeler que c'est, d'après ce que j'ai vu, que c'est un projet de près de 9 milliards d'euros, que les Italiens paieraient à peu près 35 %, la France 25 et l'Europe…

ELISABETH BORNE
L'Europe 40 %, mais l'Europe a dit qu'elle était prête à monter à 50 % pour réaliser ce projet très important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'aéroport de Paris, plutôt Le Bourget, Orly et Roissy, sera privatisé ?

ELISABETH BORNE
C'est effectivement le projet de loi PACTE que défend Bruno LE MAIRE. Moi ce qui m'importe, vous savez, en tant que ministre des Transports, c'est que ces aéroports franciliens fonctionnent bien, répondent bien aux besoins de l'Ile-de-France et du pays. En tout état de cause, la sécurité du transport aérien, la sûreté dans les aéroports, ça restera l'Etat, l'Etat continuera à pouvoir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord, mais les AEROPORTS DE PARIS seront privatisés.

ELISABETH BORNE
C'est bien le projet du gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous vous dites oui. Et il y a sept départements, je crois en majorité l'Ile-de-France, qui disent et qui sont décidés en cas de privatisation, d'entrer dans le capital autour de 30 %, ça c'est une bonne idée, qu'ils soient associés, pour ne pas que ça tombe entre d'autres mains ou alors il faut tout privatiser ?

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est leur choix d'être associé ou pas. Moi j'entends souvent les départements et les collectivités qui nous disent : on n'a pas assez d'argent. Là je note qu'on a des départements qui nous disent : on a des milliards. Ils nous disent qu'ils veulent acheter des actions d'AEROPORTS DE PARIS, peut-être que les électeurs, les citoyens, préféreraient que les départements s'occupent d'entretenir les routes, de développer des collèges, mais voilà, c'est leur choix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais enfin, ce n'est pas les Chinois, l'Arabie Saoudite, les pays du Golfe, devenir majoritaires.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas le but. Non non, enfin je pense que l'on y sera attentif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour la Belgique, l'avion pollue, et j'ai vu qu'il y a une proposition de la Belgique d'une taxe européenne sur le transport aérien et sur le kérosène. Qu'est ce que vous dites ?

ELISABETH BORNE
Ce que je dis c'est que d'abord…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est souvent demandé.

ELISABETH BORNE
Oui, enfin c'est effectivement une demande qui remonte du débat, je pense qu'il faut aussi dire que le transport aérien aujourd'hui il est déjà fortement taxé, quand vous achetez un billet pour faire Paris – Nice, près de 50 % ce sont des taxes. Mais je pense que c'est important que le transport aérien prenne toute sa place dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, en tout cas si on doit aller dans ce sens, on soutiendra une proposition à l'échelle européenne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui le président de la République est à Gréoux-les-Bains, je crois que c'est dans les Alpes de Haute Provence, il va parler d'écologie, donc le débat continue, et on voit que les Gilets jaunes ont été au moins utiles, puisqu'il y a eu ce Grand débat. Les transports c'est donc les frontières, on l'a vu, l'Italie, le Royaume-Uni, on pourrait parler du Brexit, etc. etc. Vous n'avez pas envie d'être sur une liste européenne, vous ?

ELISABETH BORNE
Ça ne fait pas partie de mes projets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire : c'est non ?

ELISABETH BORNE
Non, mais je pense que c'est très important, et cette campagne européenne elle sera l'occasion de montrer que le président de la République porte un projet pour l'Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, la chanson on la connaît…

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est des enjeux très importants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien.

ELISABETH BORNE
Voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ma dernière question : pour conduire la liste, on cite si souvent Agnès BUZYN, qu'au final on a l'impression que ce sera Nathalie LOISEAU.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que ce qui est déjà essentiel, c'est qu'on ait un projet pour l'Europe, qui rassemble les citoyens, pour une Europe de liberté, une Europe qui protège.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ça, mais la tête de liste ce sera Emmanuel MACRON.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'on... Ce n'est pas moi qui vais vous faire des annonces sur la tête de liste pour les européennes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, vous préférez peut-être un jour les municipales, mais on en reparlera. Merci d'être venue pour nous parler des transports, si importants dans la vie quotidienne des Français.

ELISABETH BORNE
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée.

ELISABETH BORNE
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mars 2019