Interview de Mme Caroline Cayeux, ministre chargée des collectivités territoriales, à France Bleu Périgord le 30 septembre 2022, sur les efforts du gouvernement en faveur des zones rurales.

Texte intégral

 

JOURNALISTE
La Dordogne et la ville d’Eymet accueillent ce week-end le Congrès national des maires ruraux, 400 maires attendus de toute la France pour parler des problématiques de la campagne, avec trois ministres, et justement ce matin on reçoit la ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, Caroline CAYEUX, elle vient à Eymet, elle est avec nous en direct sur France Bleu Périgord pour répondre à vos questions Louis de BERGEVIN.

LOUIS DE BERGEVIN
Bonjour Caroline CAYEUX.

CAROLINE CAYEUX
Bonjour.

LOUIS DE BERGEVIN
Il y a beaucoup de petites communes, de villages, la ruralité en général, qui se sentent abandonnées, ou en tout cas mal comprises, c’est un sentiment ou c’est la réalité ?

CAROLINE CAYEUX
Vous savez le gouvernement, depuis le premier quinquennat, a mis en place beaucoup de politiques phares pour justement ces zones rurales et en particulier je pense à « Petites villes de demain » qui est un dispositif qui s’inscrit dans " l’Agenda rural ", qui lui-même avait 181 mesures pour améliorer les conditions de vie des habitants des petites communes en les accompagnant quand elles font moins de 20.000 habitants et aujourd'hui, en Dordogne, 20 " Petites villes de demain " sont opérationnelles et ont des projets de redynamisation de territoire via 3 milliards d’euros qui sont alloués par l’Etat pour ce programmes. 20 " Petites villes de demain " en Dordogne, c’est aussi un certain nombre de mesures qui sont mises en place, avec des avancées substantielles, je pense aux maisons France Services, il y en a 35 en Dordogne, avec un bus itinérant, et ils signent le retour des services publics à moins de 30 minutes de chez soi.

LOUIS DE BERGEVIN
Il y a des choses qui sont faites, c’est ce que vous nous dites ce matin Caroline CAYEUX, je me permets quand même de vous citer, on pose la question ce matin à nos auditeurs, sur les avantages et les inconvénients de vivre à la campagne, il y a des choses qui reviennent, " je peux affirmer qu’ici la médecine est déplorable ", c’est un commentaire qu’on a eu, " il n’y a pas de réseaux dans certaines zones rurales, donc pas de portables ", " nos gouvernants ne pensent que pour les villes ", il y a quand même un sentiment d’être loin, d’être parfois abandonné dans ces petites communes malgré ce qui est fait. Est-ce qu’il y a encore du travail à faire ?

CAROLINE CAYEUX
Oui, bien sûr. Vous savez, moi ma priorité, évidemment, c'est d'être à l'écoute des élus locaux, je suis élue moi-même depuis 21 ans, et mes déplacements, partout en France, ainsi que les congrès, sont l'occasion d'échanger avec les habitants, de parler des bonnes pratiques, et de réunir les idées portées par les acteurs locaux, mais concernant la santé le gouvernement a mis en place plusieurs politiques phares, pendant le dernier quinquennat, pour améliorer la situation dans les zones les moins bien pourvues, je pense aux assistants médicaux qui déchargent les médecins de certaines tâches, permettent d'augmenter de 10% la patientèle qui est suivie, je pense aussi à la suppression du numerus clausus, et je pense au rythme de création des maisons de Santé pluriprofessionnelles, puisqu'il y a près de 1900 structures recensées en janvier 2022 ans, qui ont augmenté de 300 en 2017 dans les zones rurales. Donc, vous voyez, le gouvernement se penche vraiment sur ces territoires ruraux, et moi ma volonté c’est qu’il n’y ait aucun territoire oublié de la République.

LOUIS DE BERGEVIN
Vous avez peut-être vu cette étude qui est parue ce matin révélée par France Bleu sur le nombre de médecins généralistes en France, la moyenne c'est 83 pour 100.000 habitants, en Dordogne on est à 67, il y a des gens qui ont parfois du mal à trouver un médecin, il y a des gens qui pendant deux ans ne consultent pas de médecin parce qu'ils n'en n'ont pas, on est encore loin du compte ?

CAROLINE CAYEUX
On est encore loin du compte, c'est certain, et c'est toute la volonté du ministre de la Santé d'améliorer justement les installations des médecins, et donc c'est un programme que le gouvernement va mettre en place avec ces créations de maisons de Santé pluriprofessionnelles qui permettent aux médecins d'être défrayés de charges administratives et de pouvoir se consacrer à leur patientèle, mais c'est vrai, je suis consciente qu'il y a du travail à faire, mais nous allons nous en emparer.

LOUIS DE BERGEVIN
Donc la solution, enfin ce que vous dites, c’est qu’on peut aider les médecins justement à s'installer, c'est quand même parfois difficile encore. Le gouvernement proposait aussi de rajouter une année d'internat pour les études de médecine générale et d'inciter, ou d'obliger, les étudiants à venir s'installer dans des zones de déserts médicaux, ils pourraient être incités ou carrément les obliger à venir ?

CAROLINE CAYEUX
Non, je crois que l'obligation a montré ses limites, elle n’est pas très efficace, les exemples internationaux en attestent, mais ce que nous voulons ce sont des médecins qui s'investissent dans nos territoires, et donc moi je leur dis venez voir l'attractivité de nos territoires, installez-vous en Dordogne par exemple, où il y a de si beaux paysages et une vie tout à fait… qui met l'environnement au coeur de son projet.

LOUIS DE BERGEVIN
Et ça fonctionne ça ? On n’a pas l'impression aujourd'hui ça marche.

CAROLINE CAYEUX
Ecoutez, je pense qu’en le faisant plus, en le faisant mieux, en vantant nos territoires, vous savez il n’y a pas que la Dordogne qui est en pénurie de médecins, je suis d’un département, dans l’Oise où les retraités ne sont pas remplacés, partout nous devons séduire des jeunes, les aider à s’installer, et améliorer évidemment leur connaissance du territoire, parce que souvent ils ne connaissent pas ces territoires, et on s’aperçoit aussi aujourd'hui, avec une autre étude, que depuis le confinement les jeunes, avec des familles, veulent s’installer en dehors des métropoles, veulent aller dans des territoires avec un environnement de qualité, avec des circuits courts, et donc ce qu’il faut montrer c’est que chaque département a ses qualités, a des moyens de séduire.

LOUIS DE BERGEVIN
Le président de la Dordogne, Germinal PEIRO, qui donc connaît le sujet, dit qu'il faudrait aller plus loin, déconventionner par exemple les médecins qui s'installent à Bordeaux pour qu'ils ne touchent plus l'argent de l’Assurance maladie et donc les inciter à venir dans ces zones plus restreintes, c'est une solution pour vous ?

CAROLINE CAYEUX
Il y a beaucoup d'idées qui sont mises sur la table, le ministre de la Santé y travaille, et je crois que nous allons avoir bientôt, à la suite de réunions de travail avec justement les élus de ces territoires, de nouvelles mesures qui, je espère, seront opérantes, et permettront de mettre en oeuvre une nouvelle réforme à la suite de cette mission lancée conjointement, d'ailleurs par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et le ministère de la Santé, pour se concerter avec l'ensemble des parties prenantes sur les conditions de succès de cette réforme.

LOUIS DE BERGEVIN
Donc vous ne voulez pas obliger les médecins à s’installer dans les zones rurales.

CAROLINE CAYEUX
Non.

LOUIS DE BERGEVIN
Merci beaucoup Caroline CAYEUX, ministre déléguée chargée des Collectivités rurales, vous êtes à Eymet pour le Congrès des maires ruraux de France, bonne journée.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 3 octobre 2022