Texte intégral

La ministre de la transition énergétique a présenté un projet de loi relatif à l'accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants et au fonctionnement des installations existantes.

Ce projet de loi, finalisé après la consultation du conseil national de l'évaluation des normes, du conseil national de la transition écologique et de la mission interministérielle de l'eau, a pour objet de poser un cadre d'accélération des procédures administratives liées à la réalisation des futurs projets de construction de nouveaux réacteurs électronucléaires en France, et ainsi de raccourcir les délais de réalisation de ces projets, lorsqu'ils sont localisés à proximité immédiate ou à l'intérieur du périmètre de sites nucléaires existants. Il contribue également à sécuriser certaines procédures administratives concernant les projets de construction de nouveaux réacteurs électronucléaires ainsi que certaines procédures existantes relatives aux réacteurs électronucléaires existants.

Il s'inscrit dans le contexte, d'une part, de l'urgence d'une crise climatique qui menace nos écosystèmes, nos sociétés, l'avenir des jeunes générations et, d'autre part, d'une crise de souveraineté et de sécurité d'approvisionnement en énergie en 2022 à la suite du conflit ukrainien.

Le développement de l'énergie nucléaire est l'un des trois axes de décarbonation pour sortir durablement de notre dépendance aux énergies fossiles inscrits dans le discours de Belfort, au même titre que le développement des énergies renouvelables et que les mesures de sobriété et d'efficacité énergétiques amenant des économies d'énergie dans l'ensemble des secteurs d'activité. 

C'est un impératif climatique, un impératif pour le pouvoir d'achat des Français et un impératif pour l'indépendance énergétique. Ce texte fait suite à l'annonce, le 6 octobre 2022, du plan de sobriété visant à réduire de 10 % notre consommation d'énergie dans les vingt-quatre prochains mois, et à un premier projet de loi pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables, actuellement en discussion au Sénat.

Si ce texte vise à accélérer le cadre procédural complexe dans lequel s'inscrit la création de nouveaux réacteurs, il ne préempte pas la place de l'énergie nucléaire dans le mix énergétique français. Une grande concertation a justement été lancée le 20 octobre 2022 sur l'avenir de notre mix énergétique, pour préparer la prochaine loi de programmation énergie climat qui sera soumise au Parlement en 2023. 

Ce texte ne modifie pas les exigences ni les procédures existantes en matière d'autorisations environnementale et de sûreté nucléaire (autorisation de création). Il permet en outre une participation extensive du public aux futurs projets de nouveaux réacteurs nucléaires, et garantit ainsi le plein respect du principe de participation du public inscrit dans la Charte de l'environnement. Il y aurait ainsi, pour tout projet de construction de réacteur EPR, au moins un débat public préalable et deux voire trois enquêtes publiques préalables dans le cadre du processus administratif. 

De façon plus détaillée, pour accélérer les projets de construction de nouveaux réacteurs nucléaires, le projet de loi vise à rendre possible la mise en compatibilité des documents locaux d'urbanisme de façon plus rapide. Il permet aussi de garantir le contrôle de la conformité au respect des règles d'urbanisme dans le cadre de l'instruction de la demande d'autorisation environnementale ou d'autorisation de création du réacteur, tout en dispensant de permis de construire les installations et travaux portant sur la création d'un réacteur électronucléaire et des équipements et installations nécessaires à son exploitation. 

Il permet également de mener en parallèle, à compter de l'obtention de la première autorisation environnementale, l'instruction de l'autorisation de création et les activités préliminaires à la construction d'un nouveau réacteur (terrassement, clôtures ou parkings nécessaires au chantier, constructions de locaux annexes). Les activités liées à la spécificité du nucléaire, par exemple la construction de bâtiments destinés à recevoir des combustibles nucléaires, ou le bâtiment réacteur ne pourront débuter qu'une fois validée l'autorisation de création. 

À l'instar du projet de construction de la première paire d'EPR2 envisagé à Penly, ce projet de loi permet la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en bord de mer, à condition qu'ils soient construits à proximité immédiate ou à l'intérieur du périmètre d'un réacteur électronucléaire existant. 

Au regard de l'intérêt particulier pour la Nation de ces projets nucléaires, tant en termes de lutte contre le changement climatique que de sécurité énergétique, ce texte prévoit aussi la possibilité de mesures d'expropriation avec prise de possession immédiate pour les projets de réacteurs électronucléaires reconnus d'utilité publique, afin de sécuriser l'accès au foncier.