Interview de M. Olivier Véran, ministre délégué chargé du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement, à BFMTV le 3 novembre 2022, sur les grandes orientations du projet gouvernemental sur l'immigration, notamment la régularisation d'immigrés travaillant sur des métiers en tension, l'inscription aux fichiers des personnes recherchées des étrangers ayant reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et sur la mise en examen d'Agnès Buzyn sur la gestion de la crise Covid.

Texte intégral

PHILIPPE CORBE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour Philippe CORBE.

PHILIPPE CORBE
Porte-parole du gouvernement, on a bien besoin de vos lumières ce matin parce qu'on n'a pas tout compris ce que nous a dit hier Gérald DARMANIN concernant les grandes lignes du projet de loi immigration qui sera présenté au début de l'année, enfin qui sera examiné au Parlement début de l'année. premier plan, ce qui peut-être a attiré le plus attention, ce nouveau titre de séjour pour les sans-papiers qui travaillent aujourd'hui ou qui travailleraient dans ce qu'on appelle des métiers en tensions, c'est-à-dire le bâtiment, la restauration, là où on manque de bras. Est-ce que ça veut dire dans la philosophie, est-ce que ça veut dire que vous voulez relancer l'immigration du travail comme dans les années 60 ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire qu'on vise à améliorer les dispositifs qui sont actuellement en vigueur dans notre pays. Vous savez par exemple vous parlez des travailleurs qui sont en situation irrégulière dans notre pays.

PHILIPPE CORBE
Ils travaillent en fait…

OLIVIER VERAN
Oui et qui travaillent dans les métiers en tensions, restauration, BTP, etc… il y a une circulaire 6qui s'appelle la circulaire Valls du nom de son auteur qui permet aujourd'hui à un chef d'entreprise qui aurait salarié une personne en situation de clandestinité depuis plus de 8 mois, si la personne est depuis plus de 5 ans dans notre pays, dans ce cas-là l'employeur peut demander à ce que son salarié reste cette fois-ci dans des conditions régulières en France et donc il doit entamer des démarches qui parfois peuvent d'ailleurs coûter à l'employeur jusqu'à 8 à 10 000 euros, ce qui veut dire qu'on compte sur sa bonne volonté pour régulariser une situation qui pourrait justifier de l'être au regard des besoins de la France en matière de travail.

PHILIPPE CORBE
Juste pour clarifier, c'est l'employeur qui doit aller voir l'administration en disant en fait j'ai fauté, j'emploie illégalement un sans-papiers, j'aimerais…

OLIVIER VERAN
J'aimerai qu'il reste, il a les moyens de subsistance, j'aimerai bien qu'il reste. Et là on lui dit, écoutez depuis la circulaire Valls, on lui dit, on va engager une régularisation, en tout cas on va lui donner un titre de séjour régulier pour lui permettre de continuer à travailler. Par contre vous l'employeur on va vous demander de payer au titre des politiques d'intégration, ça ne marche pas bien. Et donc ce qui est proposé par les 2 ministres, c'est Gérald DARMANIN et Olivier DUSSOPT qui est en charge de travail et qui sont tous les deux en charge de ces textes à venir, ça veut dire on inverse la charge de la preuve. C'est-à-dire que quelqu'un qui est en situation irrégulière dans notre pays mais qui occupe un travail, c'est-à-dire qu'il peut subvenir à ses propres besoins pour lui et éventuellement sa famille, qu'il est intégré dans le pays, qui parle français, qu'il respecte les valeurs républicaines, il peut dans ce cas-là, il pourrait demain engager lui-même la démarche consistant à obtenir un titre de séjour et conserver son emploi.

PHILIPPE CORBE
Je vous arrête sur un point, vous dites éventuellement sa famille parce que quand on a posé la question à Gérard DARMANIN hier soir sur BFM TV, il a dit que ça n'ouvrait pas du droit au regroupement famille.

OLIVIER VERAN
Ça n'ouvre pas le droit au regroupement familial mais il y a des situations où les gens sont en clandestinité avec des proches, parfois des enfants sur le territoire national.

PHILIPPE CORBE
D'accord ils sont déjà sur le territoire français.

OLIVIER VERAN
Voilà ça n'ouvre pas de droit.

PHILIPPE CORBE
Mais est-ce que ça légaliserait leurs proches, leurs épouses par exemple qui seraient en situation illégale sur le territoire français, est-ce qu'elles seraient automatiquement régularisées si leurs époux qui travaillent dans une cuisine ou dans le bâtiment étaient régularisés ?

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui la circulaire Valls ne prévoit pas une régularisation systématique de tout le monde.

PHILIPPE CORBE
Et ça, ça ne changerait pas. Donc l'épouse resterait illégale.

OLIVIER VERAN
Ce qu'il faut comprendre Philippe CORBE, parce que vous allez me poser beaucoup de questions pratiques. Je vais le dire dès le début de l'interview, il n'y a pas eu hier en conseil des ministres la présentation d'un projet de loi sur l'immigration.

PHILIPPE CORBE
Une grande interview dans le journal Le Monde.

OLIVIER VERAN
Il y a une grande interview qui pose les bases d'une discussion et d'une concertation, juste un mot quand même sur la méthode, il va y avoir un grand mois de discussions, de concertations avec les partenaires sociaux et les forces politiques de notre pays. À l'issue de quoi au mois de décembre il y aura un débat avec toutes les forces politiques à l'Assemblée nationale et au Sénat et ensuite probablement en tout début d'année prochaine, il y aura sur la base de ces réflexions et ces discussions un projet de loi qui sera présenté puis discuté au Parlement. Ce que je me dire, c'est que ce sont des grandes lignes, c'est des tendances, c'est les idées qui sont les nôtres qui ont été présentées hier par les deux ministres.

PHILIPPE CORBE
Oui mais delà de ces grandes lignes…

OLIVIER VERAN
Je vous dis ça parce que vous allez me demander, combien, qui, au bout de combien de temps etc.

PHILIPPE CORBE
Exactement.

OLIVIER VERAN
Ca s'appelle un projet de loi et ce n'est pas l'objet.

PHILIPPE CORBE
Puisque vous parlez les grandes lignes, les grandes lignes en elles-mêmes elles sont importantes, cette idée par exemple du titre de séjour elle a suscité beaucoup d'interrogations dans la classe politique. Marine LE PEN par exemple parle de régularisation de clandestins, l'expression régularisation massive a été utilisée par les 3 candidats à la présidence des Républicains Bruno RETAILLEAU, Eric CIOTTI ou Aurélien PRADIE qui était à ce micro de BFM TV RMC hier matin, on l'écoute, voici ce qu'il disait.

- Extrait Aurélien PRADIE.

PHILIPPE CORBE
Reprenons l'expression, régularisations massives, un c'est bien une régularisation de certains sans-papiers qui travaillent, c'est bien régularisation, une nouvelle procédure de régularisation ?

OLIVIER VERAN
C'est un changement de méthode d'attribution…

PHILIPPE CORBE
C'est une régularisation.

OLIVIER VERAN
C'est un changement de méthodes d'attribution d'un visa permettant à des gens de travailler sans demander à l'employeur mais en proposant à l'employé d'attester le fait qu'il subvient à ses besoins.

PHILIPPE CORBE
C'est une régularisation.

OLIVIER VERAN
Appelez ça comme vous voulez, je vous dis il n'y a rien de massif.

PHILIPPE CORBE
Est-ce que c'est massif justement, est-ce que c'est massif ?

OLIVIER VERAN
Attendez je vais quand même prendre le temps de répondre, vous m'avez interrogé sur ce qu'a dit Marine LE PEN. Marine LE PEN lors de son meeting à Perpignan pendant la campagne présidentielle qu'a-t-elle dit ? Elle a dit que la France devait accueillir, voire elle a même parlé de nationalité, nationalisation pour les étrangers qui servent le pays. Là on ne parle pas de nationalisation. on parle de permettre à des personnes qui aujourd'hui occupent des postes absolument fondamentaux pour faire tourner notre économie qui sont en France, qui parlent le français, qui respectent les règles de la République de pouvoir au lieu de le faire en situation d'illégalité de le faire en situation de légalité, leur permettant d'ailleurs et les obligeant d'ailleurs à payer par exemple des impôts et des charges pour l'Etat. Je voudrais juste vous donner un cas pratique parce que sinon on est dans quelque chose de théorique. J'ai un bon copain restaurateur à Grenoble, il a plusieurs restaurants et régulièrement il m'appelle…

PHILIPPE CORBE
Il a des sans papiers ?

OLIVIER VERAN
Je vais finir, régulièrement il m'appelle en disant j'ai une dizaine de postes de serveurs à pourvoir. Bon je n'arrive pas. J'ai mis des annonces partout à Pôle emploi, dans les missions locales, j'en recrute mais pas suffisamment, des étudiants mais pas suffisamment.

PHILIPPE CORBE
Peut-être problème de formation en France par ailleurs.

OLIVIER VERAN
A la fin des fins viennent pour me demander de prendre le boulot des jeunes qui ont été étudiants, certains sont en situation irrégulière depuis peu, et qui disent moi ce boulot, je veux le prendre. Il dit j'ai deux options ou je mets la clé sous la porte ou j'accepte de les embaucher. Il dit ce qui est un peu gênant c'est que je suis à la merci d'une descente de police, ces jeunes là j'en suis garant, ils bossent, ils ont un salaire, ils veulent payer des impôts, ils parlent parfaitement le Français et je veux pouvoir les garder. donc ce restaurateur moi je veux pouvoir lui dire qu'il n'est plus dans une situation d'illégalité, qu'il y a du contrôle qui est effectué, qu'il y a des règles à respecter mais qu'il ne va pas être obligé de mettre la clé sous la porte de ses restos.

PHILIPPE CORBE
C'est très intéressant ce vous vous dites puisque c'est donc l'argument, c'est d'abord la situation économique, une demande du patronat qui est assez ancienne mais qui est de plus en plus pressante avec les difficultés à occuper certain nombre de postes. Est-ce que c'est massif, en gros combien de personnes ça concerne ? Vous allez me dire, oui nous on n'a pas encore fait la liste des métiers en tension, on verra, mais est-ce que ça se compte en milliers, en dizaine de milliers, en centaines de milliers, je dis ça parce que en fait des métiers en tension, il y en a, il y a des centaines de milliers de postes. Vous n'allez pas…

OLIVIER VERAN
non l'objectif Philippe CORBE numéro un, c'est de mettre en relation les métiers à pourvoir avec les personnes en France qui n'ont pas d'emploi qui sont au RSA ou au chômage, c'est notre objectif prioritaire et la Première ministre a encore présenté un plan pour cela il y a quelques semaines parce qu'il y a des départements aujourd'hui où vous avez plus de chômeurs de catégorie A enfin moins de chômeurs de catégorie A qu'il y a d'emplois en CDI à pourvoir. Donc le plein emploi ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on veut faire en sorte que tous ceux qui n'ont pas aujourd'hui d'emplois en trouvent un.

PHILIPPE CORBE
Mais vous l'avez dit votre ami restaurateur il ne trouve pas.

OLIVIER VERAN
Une fois qu'on a dit ça, il y a encore des métiers dans l'agriculture, dans la restauration, dans le BTP où on a besoin de main-d'œuvre, de personnes qui peuvent occuper ces postes…

PHILIPPE CORBE
… 400 000, plusieurs centaines…

OLIVIER VERAN
On ne parle pas de 400 000, je crois que les ministres ont abordé la question de quelques milliers, c'est le cas aujourd'hui en tout cas avec la circulaire Valls, on parle de 7 à 8000 par an.

PHILIPPE CORBE
Donc ce sera dans ces eaux là quelques milliers de régularisations...

OLIVIER VERAN
Nous verrons en fonction des règles, il n'y a pas de plan caché de naturalisation.

PHILIPPE CORBE
Mais ce sera fixé par la loi…

OLIVIER VERAN
Ou de régularisation massive.

PHILIPPE CORBE
Ce sera fixé par la loi l'objectif ?

OLIVIER VERAN
On est dans quelque chose de pragmatique, d'humain et d'efficace.

PHILIPPE CORBE
Mais justement est-ce que ce sera fixé par la loi, ce sera seulement, je ne sais pas 5000, 10 000 cette année ou 50 000, ce sera fixé par la loi ?

OLIVIER VERAN
Ce qui pourrait être fixé dans le droit, c'est la liste des métiers dit à tensions de manière à permettre à des employeurs qui en définitive n'arrivent pas à recruter de pouvoir aller chercher comme on le fait d'ailleurs de tout temps dans notre pays. En réalité on change une règle pour la rendre plus efficace, plus pragmatique et sans doute plus juste. Mais je vais vous donner un ou 2 autres exemples parce que je pense que c'est important de fonctionner à partir de ça. J'ai été encore contacté parce qu'il se trouve que j'ai été ministre de la Santé il y a pas longtemps et donc on m'appelle souvent pour des questions de dossiers de soignants, une infirmière syrienne qui est arrivée en France il y a un mois, elle a fait une demande d'asile, on sait que quoi qu'il arrive elle n'aura pas de réponse avant 6 mois.

PHILIPPE CORBE
Et que l'asile lui sera accordé puisqu'elle est syrienne.

OLIVIER VERAN
Il lui sera accordé parce qu'elle est syrienne, mais donc ça veut dire que pendant 6 mois, on la regarde en lui disant vous ne pouvez pas travailler donc vous allez vivre de la charité, alors il y a des associations qui font ça très bien mais sauf qu'il se trouve qu'il y a plein d'hôpitaux et notamment l'hôpital dans lequel elle veut travailler qui a besoin d'elle. Et donc plutôt que de lui dire vous allez attendre pendant 6 mois, un an avant de pouvoir commence à travailler, on va dire manifestement, manifestement vous allez être amené à rester chez nous et à pouvoir travailler pour subvenir à vos besoins et en plus occuper un poste pour lequel on a besoin de vous. Quand je dis l'efficacité, le pragmatisme et l'humanisme, c'est ça.

PHILIPPE CORBE
Juste une précision parce qu'il y a d'autres critiques qui viennent de différents camps y compris une partie de représentants syndicaux qui disent mais attention nous on aimerait qu'il y ait des augmentations de salaires, s'il y avait des augmentations de salaires peut-être davantage de gens qui sont français ou qui sont en situation régulière en France aimeraient faire ces postes là, au fond est-ce que ça ne va pas tirer les salaires vers le bas ?

OLIVIER VERAN
ça ne va tirer les salaires vers le bas, d'abord il faut qu'on travaille en parallèle sur l'attractivité des métiers dit à tensions, parce qu'il y a des métiers, on l'avait vu avec les chauffeurs de bus scolaire par exemple, quand vous avez que quelques heures de travail hebdomadaire et que c'est des horaires morcelés, c'est compliqué, donc on fait en sorte de travailler avec les branches professionnelles pour qu'en plus de cette activité ils puissent avoir des activités complémentaires pour vivre correctement de leur métier, donc ça n'empêche pas du tout travaillé là-dessus. Mais mon copain restaurateur grenoblois, il a augmenté les salaires.

PHILIPPE CORBE
Il les a augmentés.

OLIVIER VERAN
Il a augmenté les salaires et il propose d'avoir du temps qui n'est pas morcelé avec un travail qui n'est plus haché, ça reste compliqué Philippe CORBE, dans les endroits où vous êtes déjà quasiment au plein emploi ce qui est le cas dans mon territoire, ça devient très compliqué parfois de recruter.

PHILIPPE CORBE
Mais vous voyez quand je vous écoute, vous décrivez des situations différentes et qu'on connaît et qu'on entend en permanence des reportages sur BFM TV ou RMC Ou ailleurs, ce n'est par quelques milliers de postes, c'est plus que ça, ça ne va pas régler la situation de tous les restaurants ou la plupart des restaurants de France si ça se limite à 5000 ou 7000. Je dis ça parce qu'en fait on a l'impression que cette idée qui a été lancée hier matin a eu beaucoup d'écho peut-être plus que vous ne l'imaginiez et que au fil de la journée vous avez une certaine manière rabattu un peu votre ambition, que finalement vous vous êtes dit, là on a peut-être un peu trop d'audace, on va dire à tensions, ça ne va être que quelques milliers d'étrangers qui seront régularisés.

OLIVIER VERAN
mais l'enjeu n'est pas, pardon je n'ai pas un enjeu de l'audace, l'enjeu est de répondre aux demandes des français en la matière et en parallèle de cela nous sommes aussi capables de dire parce que c'est important de le dire que celles et ceux qui n'ont pas vocation à rester dans notre pays ne doivent pas rester dans notre pays, et que nous devons être beaucoup plus efficace pour mener des campagnes d'expulsion lorsque les gens ne sont pas amenés à rester et que l'efficacité, le pragmatisme et l'humanisme c'est aussi être capable de dire à quelqu'un qui vient d'un pays où manifestement il n'y a pas de guerre où la personne n'est pas en danger de par sa situation personnelle, qu'il est devenu illusoire, excessif et même injuste de l'autoriser à avoir jusqu'à 12 recours aux bien vérifier qu'en fait il ne pourra pas rester en France et que dans l'intervalle de plusieurs années il n'aura pas pu prendre de postes, pas pu occuper de travail, pas pu subvenir à ses besoins. donc c'est de dire en réalité de regarder l'ensemble de la focale de l'immigration et de se dire il y a ceux qui sont amenés à rien fait et ça tombe bien parce qu'en plus on a plutôt envie qu'ils restent, ils sont en capacité de subvenir à leurs besoins et il y a ceux qui sont venus qui ont tenté leur chance pour x ou y raisons, il ne me revient pas de le juger, mais qui n'ont pas vocation à rester et ces personnes là en contrepartie elles vont sortir plus efficacement du territoire.

PHILIPPE CORBE
Il y a aussi tout un aspect plus répressif pour simplifier dans ce texte et notamment ce qu'on appelle les OQTF, les obligations de quitter le territoire français, l'une des mesures annoncée par Gérald DARMANIN, c'est l'idée que ceux qui ont reçu comme cela une un avis d'expulsion, une OQTF seraient inscrits au fichier des personnes recherchées. Deux choses, d'abord ça ne serait pas dans la loi ça, ce n'est pas, ça ne relève pas des initiatives, ça peut être faite demain matin, il n'y a pas de passer par le Parlement. Et deuxièmement qu'est-ce que ça change en fait qu'ils soient rajouter un autre fichier, qu'est-ce que ça change dans les faits, est-ce que ça va permettre d'expulser ou de reconduire à la frontière d'étrangers qui ont reçu cet avis d'expulsion ?

OLIVIER VERAN
Ça va permettre de mieux surveiller, mieux contrôler, mieux identifier et donc oui à l'arrivée de mieux expulser les personnes qui n'ont plus vocation à être dans le pays.

PHILIPPE CORBE
De les ajouter…

OLIVIER VERAN
Regardez, je vous ai parlé de mon infirmière syrienne ou de mon restaurateur grenoblois, je peux vous donner un autre exemple, j'ai été interpellé aussi par des gens très bien de mon territoire, mais qui ont parlé d'un jeune Malien qui n'a pas de travail mais qui espérant trouver un, mais qui est là depuis 4 ans et c'est compliqué, mais il est loin de sa famille et qui me disent il faudrait faire une démarche auprès du préfet pour lui demander de rester, ça simplifiera peut-être. Oui il n'a pas de boulot aujourd'hui mais peut-être que demain il en aura pas, peut-être demain il en trouvera un. Bon aujourd'hui il vit de la charité, etc.

PHILIPPE CORBE
Il a une OQTF.

OLIVIER VERAN
il a reçu une OQTF, je ne fais pas la démarche auprès du préfet considérant que la situation n'est pas aujourd'hui de nature à lui permettre de rester durablement en France, d'occuper un emploi et encore moins de faire venir sa famille.

PHILIPPE CORBE
Mais s'il est ajouté à un registre cet individu, s'il est ajouté à un autre registre qu'est-ce que ça va changer concrètement ?

OLIVIER VERAN
Ce que le ministre de l'Intérieur veut, c'est plus d'efficacité dans notre capacité à faire partir des gens qui n'ont pas vocation à rester.

PHILIPPE CORBE
Mais en quoi l'ajouter à un registre, ça change quelque chose ?

OLIVIER VERAN
Je vous l'ai dit dans l'identification, le contrôle éventuellement les méthodes de surveillance, tout cela sera encore une fois soumis à concertation, à discussions et de ces concertations naîtront un certain nombre de propositions annexes qui permettront d'attester du côté efficace de telle ou telle mesure.

PHILIPPE CORBE
Alors pour faire simple on sait que le gouvernement n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale, donc pour que ce texte soit adopté, rentre en application il faut que vous ayez une majorité, vous ne l'aurez pas avec des voix de gauche sur ce texte, donc vous avez besoin des voix des Républicains. Est-ce que ce titre de séjour n'est pas de mesures, ne risque pas de vous empêcher d'avoir de majorité sur ce texte ? Est-ce que pour tout vous dire, est-ce que vous n'allez pas en fait retirer cette mesure quand vous verrez que vous n'aurez pas de majorité si elle reste dans le texte ?

OLIVIER VERAN
je ne suis pas un historien de la politique, mais je connais encore, enfin je connais quand même un petit peu l'évolution des idées politiques et des programmes politiques depuis les 20 dernières années dans notre pays, il me semble que rien de ce qui a été proposé hier, rien de ce qui a été proposé hier par les 2 ministres de l'Intérieur et du Travail le sont incompatibles avec les projets, les campagnes, les propositions non seulement de la droite républicaine mais pour partie une partie de la gauche républicaine. Et donc moi je considère que sur cette question de l'immigration comme d'ailleurs sur la question générale du travail, des retraites ou de la sécurité intérieure, nous avons vocation à faire majorité avec des parlementaires notamment des parlementaires issus de la droite républicaine. et je pense que les Français pardonnez-moi aurait un peu de mal à comprendre que pour des questions de posture ou de congrès d'un parti politique des députés refusent de voter par principe en caricaturant quelque chose qu'ils auraient pu porter eux-mêmes s'ils avaient été au pouvoir.

PHILIPPE CORBE
Olivier VERAN, petite parenthèse sémantique, il y a une formule qui a été utilisé par Gérard DARMANIN dans Le Monde, dans les couloirs de l'Assemblée, sur BFM TV hier soir, il faut être méchant avec les méchants et gentils avec des gentils. Est-ce que ce n'est pas un vocabulaire d'enfants ? C'est par exemple ce que dit Marine LE PEN dit ce matin, il infantilise les Français, au fond qu'est-ce que ça veut dire être gentil avec les gentils, méchant avec les méchants, l'important c'est de respecter la loi ou ne pas respecter la loi. On n'est pas là, vous n'est pas là pour juger les gens s'ils sont gentils ou pas ?

OLIVIER VERAN
Je crois que les Français en ont assez d'avoir, de constater qu'il y a des personnes qui sont en situation irrégulière sur notre territoire qui ont commis des délits et qui restent sur le territoire national. ce que veut dire le ministre de l'Intérieur qui a toujours le sens des formules d'ailleurs et je le salue, c'est qu'il y a des personnes, c'est horripilant et on l'a vu avec des faits divers absolument sordides et qu'il nous faut donc la plus grande fermeté et la plus grande efficacité.

PHILIPPE CORBE
Qui sont les gens qui sont les méchants d'ans l'histoire ?

OLIVIER VERAN
Quand vous avez pardonnez-moi quelqu'un qui est en situation irrégulière qui commet délit après délit, voire des agressions à la personne et qui est en centre de détention administrative en attente d'être expulsée, cette personne doit être expulsée. On doit être capable de le dire.

PHILIPPE CORBE
Ca c'est le méchant d'accord.

OLIVIER VERAN
On doit être capable de le dire, et je vous ai parlé aujourd'hui d'humanisme ce matin, d'humanisme, d'efficacité et de pragmatisme. Ce qui veut dire à peu près pardonnez-moi la même chose.

PHILIPPE CORBE
Olivier VERAN, puisque vous dites que vous saluez le sens de la formule de Gérald DARMANIN, il a utilisé une autre formule en début de semaine, il a parlé d'éco terrorisme à propos de ce qui s'était passé à Sainte-Soline, il y a eu plusieurs dizaines de gendarmes blessés, il y a eu aussi des militants écolos blessés, il y a des gendarmes qui ont reçus des boules de pétanques, il y a une députée écolo qui a porté plainte contre X. Le ministre de l'Intérieur avait parlé d'ecoterroriste et vous avez été interrogé à ce sujet hier lors du compte rendu du conseil des ministres à deux reprises, vous n'avez-vous pas repris le terme écoterrorisme et donc on a posé la question hier soir à Gérald DARMANIN sur BFM TV, pourquoi est-ce que le porte-parole du Gouvernement ne reprend pas cette formule, voici ce qu'il vous a dit.

- EXTRAIT DARMANIN

PHILIPPE CORBE
Olivier VERAN, vous avez peur des mots selon Gérald DARMANIN.

OLIVIER VERAN
Philippe CORBE, est-ce que ça me choque qu'il y ait plus de 60 gendarmes.

PHILIPPE CORBE
Non mais ce n‘est pas la question, ça choque tout le monde. Non mais est-ce que c'est de l'écoterrorisme ?

OLIVIER VERAN
Je ne vous force pas dans vos questions, vous ne me forcerez pas dans mes réponses. Est-ce que ça me choque qu'il y ait plus de 60 gendarmes qui rentrent chez eux blessés, dont 20 gravement le soir ?

PHILIPPE CORBE
Est-ce que c'est du terrorisme ?

OLIVIER VERAN
Pour avoir été blessés dans un champ lors d'une manifestation illégale, est-ce que ça me choque que des parlementaires portant écharpe participent à cette manifestation illégale ? Est-ce que ça me choque que des dizaines de personnes se revendiquant de l'ultra gauche viennent non pas du tout mues par la volonté de servir l'écologie mais par la volonté d'en découdre, attaquer les forces de l'ordre à coups de boules de pétanque ou de mortier ? Oui.

PHILIPPE CORBE
Est-ce que c'est du terrorisme ?

OLIVIER VERAN
Le ministre de l'Intérieur a les mots qu'il choisit, je ne rentrerai pas dans un débat sémantique.

PHILIPPE CORBE
Mais vous ne les reprenez pas.

OLIVIER VERAN
Je vous dis que je suis tout aussi choqué que le ministre de l'Intérieur et je suis, je pense tout aussi choqué qu'une très large majorité des Français par cette violence.

PHILIPPE CORBE
Tout le monde l'est, ce n'est pas la question. Vous êtes porte-parole du gouvernement, il est numéro trois du gouvernement, il utilise un mot, vous ne le reprenez pas et il dit n'ayez pas peur des mots.

OLIVIER VERAN
Vous voulez, regardez ce que vous essayez de faire, je vous ai dit…

PHILIPPE CORBE
Non j'essaie de comprendre sui c'est du terrorisme ou pas.

OLIVIER VERAN
Je vous ai dit que le ministre avait le sens de la formule, que je respectais et que je m'inscrivais dans ses pas pour l'action qui est conduite.

PHILIPPE CORBE
Mais vous ne reprenez pas cette formule là.

OLIVIER VERAN
Je vous dis que je ne veux pas rentrer dans un débat sémantique, ce n'est pas ça qui compte, pardonnez-moi…

PHILIPPE CORBE
Mais enfin lui il semble assez agacé que vous ne repreniez pas ses termes, il dit que vous avez peur des mots.

OLIVIER VERAN
Ce qu'on définit c'est de la montée d'une firme de violence, d'une forme de violence sociale qu'on retrouve dans la rue les samedis après-midi, les jours de manifestation avec des blacks-blocs, qu'on retrouve dans les champs à l'occasion d'un mouvement à portée écologique mais qui n'a rien à voir avec le militantisme. Je distingue le militantisme et l'activisme de la violence gratuite, et je m'inquiète, comme le ministre de l'Intérieur, d'une forme de banalisation d'une violence qui peut, qui peut, si elle devait se poursuivre, conduire à des remises en question de l'État de droit. Donc je vous dis que nous partageons totalement le même objectif : restaurer la sécurité et que comme lui, je n'oppose pas sécurité et écologie.

PHILIPPE CORBE
Mais vous n'avez pas repris le mot terrorisme, pour ceux qui ne l'auraient pas noté. Juste, Olivier VERAN, la plupart des Français…

OLIVIER VERAN
Mais je peux reprendre tous les mots, comme vous voulez Philippe CORBE, mais ça veut dire, il n'y a pas de définition de ce mot dans le dictionnaire…

PHILIPPE CORBE
Il y a une définition juridique…

OLIVIER VERAN
Je préfère vous dire…

PHILIPPE CORBE
Il y a par exemple un Parquet national antiterroriste, il y a des gardes à vue multipliées par deux, enfin…

OLIVIER VERAN
C‘est parce que je ne veux pas rentrer dans un débat juridique avec les implications que cela comporte, que je vous dis que je rejoins le ministre sur la définition de ce qu'on est en train de décrire. Il faut nommer les choses, je pense que c'est plus important.

PHILIPPE CORBE
Olivier VERAN, la plupart des Français, le grand public vous a découvert lorsque vous avez été nommé ministre de la Santé, c'était au tout début de la crise Covid, vous remplaciez Agnès BUZYN, qui était candidate à la Mairie de Paris, elle s'est exprimée ces derniers jours à plusieurs reprises dans la presse, elle est mise en examen devant la justice de la République pour la gestion de la crise Covid, elle a eu des mots assez durs sur la manière… sur ce qu'elle a vécu comme une sorte d'impossibilité d'alerter le président de la République et le Premier ministre de l'époque. Est-ce que vous avez eu des contacts avec elle depuis ses déclarations dans la presse, dans le Monde et dans d'autres médias, et est-ce que vous comprenez ce qu'on perçoit comme une forme de malaise, de blessure de cette femme politique qui s'est sentie impuissante à alerter le président de la République et le Premier ministre ?

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas ce qu'elle dit…

PHILIPPE CORBE
Eh bien, en fait, c'est comme ça qu'on comprend…

OLIVIER VERAN
Non, elle ne dit pas qu'elle s'est sentie impuissante, et je pense qu'elle a fait beaucoup d'interventions médias depuis pour permettre de davantage clarifier les choses…

PHILIPPE CORBE
Pour corriger.

OLIVIER VERAN
D'abord, redire ce que je dis depuis le début, je suis arrivé à la tête d'un ministère de la Santé qui était en cours de préparation et qui avait été mobilisé comme il le fallait par ma prédécesseure Agnès BUZYN, qui est un grand médecin et qui a été une grande ministre de la Santé…

PHILIPPE CORBE
Et qui est visiblement blessée de ce…

OLIVIER VERAN
Je le dis, et je conçois parfaitement qu'elle puisse se sentir injustement mise en cause, mais je n'ai pas non plus à juger du fonctionnement de la justice de mon pays, moi-même, je pourrais rendre compte à la justice le moment venu, et je respecte le fonctionnement…

PHILIPPE CORBE
Pour l'instant, elle est la seule mise en examen…

OLIVIER VERAN
Je respecte le fonctionnement de la justice de mon pays…

PHILIPPE CORBE
Vous la soutenez ? Vous la soutenez, vous espérez qu'elle ne sera pas condamnée ?

OLIVIER VERAN
Je n'ai pas à interférer, je n'ai pas intervenir dans une affaire de justice qui est ouverte, et vous le savez, Philippe CORBE…

PHILIPPE CORBE
Mais vous comprenez cette blessure, parce que, franchement, quand on la lit dans Le Monde, son journal, c'est une blessure d'une femme qui a eu l'impression d'être impuissante…

OLIVIER VERAN
Je redis mon amitié, et elle n'a pas dit qu'elle était impuissante, je redis mon amitié pour Agnès BUZYN, et je redis que les choses avaient été préparées, et que tous les entretiens que j'avais eus, même avant d'être nommé, avant de savoir que je deviendrais ministre, attestent qu'elle était sensibilisée, et je peux aussi confirmer qu'au plus haut niveau de l'Etat, tout le monde était au faîte, sensibilisé, en ordre de marche, préparé pour cette bataille collective que nous allions être amenés à conduire face au Covid.

PHILIPPE CORBE
Vous avez été entendu, vous, Olivier VERAN, vous craignez une mise en examen éventuellement comme Agnès BUZYN ?

OLIVIER VERAN
Mais, moi, je n'ai jamais craint quoi que ce soit de la justice de mon pays…

PHILIPPE CORBE
Mais ça peut arriver…

OLIVIER VERAN
Parce que je lui fais confiance. J'attends d'être auditionné par la justice, par la cour de justice de la République, j'ai été perquisitionné, ce qui est déjà pas mal, et j'attends, c'était il y a plus de 2 ans, et j'attends d'être convoqué un jour prochain.

PHILIPPE CORBE
Olivier VERAN, porte-parole du gouvernement qui n'a donc pas repris le mot d'éco-terrorisme.

OLIVIER VERAN
Mais ce n'est pas ça, mais si vous voulez, je le reprends, qu'est-ce que vous voulez, mais moi, je ne veux pas être un porte-parole qui répète une info…

PHILIPPE CORBE
Eh bien, je soulignais, juste…

OLIVIER VERAN
Mais vous cherchez à mettre des points, je le redis, je n'ai aucun point avec…

PHILIPPE CORBE
Non, je soulignais que vous n'aviez pas utilisé ce…

OLIVIER VERAN
Je n'ai aucun point sur la façon dont le ministre de l'Intérieur et moi-même appréhendons une même situation, et je crois que les Français le partagent.

PHILIPPE CORBE
Merci d'avoir été sur BFM TV et RMC ce matin.


Source : Service d'information du gouvernement, le 4 novembre 2022