Texte intégral
ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin, c’est Dominique FAURE. Bonjour.
DOMINIQUE FAURE
Bonjour.
ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d’être avec nous. Vous êtes ministre déléguée aux Collectivités territoriales et à la Ruralité. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane VERNAY de Ouest France. Bonjour Stéphane.
STEPHANE VERNAY
Bonjour, bonjour.
ORIANE MANCINI
Dominique FAURE, Emmanuel MACRON reçoit aujourd’hui plus de 200 maires victimes de violences, d’agressions, est-ce qu’il y aura de nouvelles mesures pour les protéger, ces maires ?
DOMINIQUE FAURE
Oui, bien sûr. Nous avons, depuis le 17 mai, travaillé, parce que le 17 mai, nous avons annoncé un certain nombre de mesures et qui sont réalité aujourd’hui sur le territoire, et nous travaillons sur de nouvelles mesures qui seront annoncées cette semaine, pour certaines, par le président de la République…
ORIANE MANCINI
Donc ce n’est pas Emmanuel MACRON… si, il fera des annonces aujourd’hui ?
DOMINIQUE FAURE
Mais je pense que, aujourd’hui, c’est vraiment le temps de la reconnaissance pour Emmanuel MACRON, et c’est le temps, je pense, de l’écoute sur leur perception de ce que les maires vivent sur le terrain, c'est le temps du dialogue, et puis, peut-être le temps de certaines annonces, mais elles sont assez nombreuses, et donc, je pense qu’il en annoncera peut-être quelques-unes, mais peut-être pas toutes, en tout cas, en fin de semaine, nous annoncerons, de façon extrêmement précise, les 4 axes autour desquels nous travaillons.
ORIANE MANCINI
Quels sont ces axes ?
DOMINIQUE FAURE
Alors, la protection juridique et la protection psychologique, extrêmement importante des maires, la protection physique en complément de ce que nous avons déjà déployé, de nouvelles mesures judiciaires, et puis, ce rapprochement entre les maires et les Parquets. Donc c’est 4 axes, encore une fois, que je ne peux pas vous dévoiler là, mais sur lesquels…
ORIANE MANCINI
Mais qu’est-ce qu’il y aura en plus de ce qui a déjà été annoncé par la Première ministre et par vous-même ?
DOMINIQUE FAURE
Je ne peux pas vous l’annoncer, là, je vous dis…
ORIANE MANCINI
C’est-à-dire que ça n’allait pas assez loin ce que vous avez annoncé après la démission du maire de Saint Brévin ?
DOMINIQUE FAURE
Après la démission du maire de Saint-Brévin, on a annoncé, vous savez, les 3.400 gendarmes et policiers sur le terrain, le " aller vers " les maires, le dispositif " alarme ", ce pack de sécurité, que votre collègue extrêmement bien décrit juste avant, mais, oui, bien sûr, nous voulons aller plus loin avec des mesures qui pour certaines sont réglementaires, pour d'autres sont juridiques, donc il nous faudra attendre une niche parlementaire pour faire voter, par exemple, le fait que qui s'attaque à un élu est sanctionné de la même façon que qui s'attaque à un gendarme ou un policier. Donc là, c'est plutôt sur le mois d'octobre qu'on aura cette niche qui nous permettra…
ORIANE MANCINI
Mais ça, vous l’aviez déjà dit mi-mai, que vous vouliez aligner les sanctions pénales des atteintes aux élus sur les atteintes aux forces de l’ordre…
DOMINIQUE FAURE
Oui, mais on avance, on avance…
ORIANE MANCINI
Est-ce que vous irez encore plus loin dans ces annonces ?
DOMINIQUE FAURE
Oui…
ORIANE MANCINI
Ou est-ce que vous resterez sur cette échelle ?
DOMINIQUE FAURE
Alors, sur le plan de la sanction, je pense que, aligner les sanctions à celles aux policiers et aux gendarmes, c'est déjà beaucoup, vous savez, c'est autour de 100.000 euros, 7 ans d'emprisonnement fermes, donc, non, on n'ira pas plus loin, mais, par contre, oui, il y a un certain nombre de sujets, comme la protection fonctionnelle que l'on veut rendre automatique, mais l'idée n'est pas de vous dévoiler…
ORIANE MANCINI
Ce qui veut dire concrètement ?
DOMINIQUE FAURE
Ce qui veut dire que les maires seront protégés automatiquement sans délibération en conseil municipal, parce que, parfois, certains hésitent à le faire, donc l'idée, c'est qu'ils soient protégés sur le plan fonctionnel automatiquement.
STEPHANE VERNAY
Emmanuel MACRON a dit qu'il voulait comprendre en profondeur les raisons qui ont conduit à ces événements, il souhaite que s’ouvre un travail minutieux et de plus long terme. Est-ce que vous allez participer à ce genre de choses, et comment est-ce que vous le comprenez, ça veut dire qu'il y a tout un travail à long terme et de second rideau à faire aussi ?
DOMINIQUE FAURE
Il y a à mon avis deux temps, vous avez tout à fait raison, il y a le temps de la protection aujourd'hui…
STEPHANE VERNAY
Que vous avez évoqué…
DOMINIQUE FAURE
Et que j’ai évoqué, et puis, il y a le temps de la réflexion pour comprendre effectivement, d'où l'intérêt de ce dialogue qu'il veut nouer avec les maires, ces quartiers de politique de la ville, vous savez, il y a beaucoup d'argent qui ont été injectés ces dernières années, avec beaucoup de gouvernements qui se sont succédé, et donc la réflexion, c'est celle qui va viser à se dire comment on peut capitaliser sur tout ce qui a été fait, parce que vous entendez sénateurs, députés dire à quel point ça serait bien pire si on n'avait pas fait tout ce que nous avons fait. Mais à quel point il faut réinterroger et voir dans quelle mesure il ne faut pas faire certaines choses autrement, d'autres les prolonger, donc, oui, je pense que le président de la République va nous associer à cette réflexion, au premier rang desquels Christophe BECHU, ministre de la Cohésion des territoires et de la transition écologique, Olivier KLEIN. Et ce travail que j'ai fait sur la ruralité pendant 6 mois d’observation, de rencontres, de compréhension…
STEPHANE VERNAY
Va apporter les éléments…
DOMINIQUE FAURE
Sur la ruralité, je pense que ce travail peut être tout-à-fait fait dans les quartiers de politique de la ville, un travail de terrain pour essayer de comprendre comment on peut, encore une fois, poursuivre, mais aussi réinventer de nouvelles pratiques.
ORIANE MANCINI
Il y aura à peu près combien de mesures qui seront annoncées ? Non mais, combien de mesures, là, vous dites qu’il y aura de nouvelles mesures annoncées à la fois par Emmanuel MACRON, puis, j'imagine, par Elisabeth BORNE, ça représente à peu près combien de nouvelles mesures dans les 4 axes dont vous nous avez parlé ?
DOMINIQUE FAURE
On est autour d’une quinzaine de mesures autour de ces 4 axes…
ORIANE MANCINI
Elisabeth BORNE, elle avait annoncé, lors de la présentation du plan ruralité, qu’il y aurait de nouvelles mesures dont vous nous parlez ce matin, est-ce que ce qui s'est passé ce week-end à L’Haÿ-les-Roses et l'agression de la famille du maire Vincent JEANBRUN a fait modifier ces mesures, est-ce que, du coup, vous en avez durci certaines, est-ce que vous en avez rajouté d'autres ?
DOMINIQUE FAURE
Alors, oui, d’abord, je veux avoir une pensée pour aussi la maire de Pontoise, Stéphanie Von EUW, pour, bien sûr, Vincent JEANBRUN, où nous étions, et pour leur famille, et ce que j'ai énormément apprécié, c'est que, au-delà de la protection de leur famille, eh bien, cette détermination à rester, à faire front. Et je pense que les maires sont vraiment notre rempart de notre République, et il nous faut évidemment les protéger, ce que nous faisons aujourd'hui. En fait…
ORIANE MANCINI
Du coup, il y aura des mesures aussi pour les familles, parce que là, on l'a vu, le maire se trouvait dans sa mairie, c’est son domicile qui a été attaqué avec sa femme et ses enfants à l'intérieur, est-ce qu'il y aura aussi des mesures prévues là-dessus ?
DOMINIQUE FAURE
C'est déjà le cas, sur le plan de la protection, aujourd'hui, à la fois, le domicile des maires, bien sûr, les mairies, sont extrêmement protégés par nos gendarmes et par nos policiers.
ORIANE MANCINI
Combien aujourd'hui il y a de mairies ou de domiciles de maires qui sont protection avec ce qui s'est passé ces derniers jours ?
DOMINIQUE FAURE
Moi, je dirais qu’il y a eu 100 mairies qui ont été fortement dégradées. Il y a beaucoup de menaces, beaucoup de menaces, de la protection, ce que nous appelons rapprochée, à la fois des maires, de par le dialogue qui s'est noué entre les gendarmes, le préfet et les maires, de façon très amplifiée. Je ne veux pas vous donner de chiffre, mais il y a un très grand nombre, bien plus que les 100 qui ont été agressées, endommagées, il y a un grand nombre de de maires qui sont – et de mairies – qui sont protégés. En fait…
ORIANE MANCINI
Vous avez une échelle, sur les 35.000, ça représente à peu près combien de maires aujourd’hui qui sont protégés ?
DOMINIQUE FAURE
Moi, je vous dirais que ce centre, et je veux souligner l’importance de ce centre de lutte que nous avons créé, il vise à inviter les maires à d'abord signaler très tôt, et qu'est-ce qui fait qu’un préfet et nos gendarmes ou nos policiers décident de protéger un maire, eh bien, c’est le fait qu’il y a un certain nombre de faits, de plaintes qui ont été déposées, qui s'accélèrent avec une violence qui se rapproche. Et donc j'invite évidemment les maires à signaler extrêmement tôt et à échanger, à dialoguer avec nos gendarmes et nos préfets.
ORIANE MANCINI
Vous nous avez dit 100 mairies qui ont été attaquées pendant ces émeutes, est-ce que vous savez combien de maires ont été agressés depuis le début de ces émeutes ?
DOMINIQUE FAURE
Peu, et heureusement, heureusement, très peu, je vous ai cité la maire de Pontoise, mais, voilà, de l'ordre de 5 grand maximum, et heureusement. Aujourd'hui, l'épouse du maire de L’Haÿ-les-Roses est celle qui est le plus touchée. Mais je veux quand même rappeler qu’au-delà de ces atteintes aux élus eux-mêmes, qui ne représentent, d'une façon générale et indépendamment de ces émeutes, que 5% de nos faits signalés, il y a beaucoup, beaucoup de menaces, beaucoup de cyberviolences, beaucoup d'atteintes aux biens, et autour de 5 % d'atteintes aux personnes et heureusement, mais quand même 90 postes de police, 90 écoles, 50 gendarmeries, donc le nombre d'atteintes aux biens être absolument énorme.
STEPHANE VERNAY
Sur les atteintes aux biens, quel coût ça représente pour les communes, est-ce que vous êtes en capacité de l’évaluer, de nous donner une fourchette, combien ça va coûter pour les collectivités ?
DOMINIQUE FAURE
On a comme référence 2005 où le budget de réparation, de remise en état avait avoisiné les 200 millions.
STEPHANE VERNAY
Oui, mais ça, c’était 2005, aujourd’hui ?
DOMINIQUE FAURE
Voilà, oui, mais aujourd’hui, on est en train de remonter le niveau d'investissement qui va être nécessaire…
STEPHANE VERNAY
Qui va prendre en charge ?
DOMINIQUE FAURE
Gérald DARMANIN, je vous réponds tout de suite, Gérald DARMANIN a annoncé hier déjà une première enveloppe de 20 millions d'euros tout de suite, pour réparer et remplacer les caméras, puisque, là, on est vraiment dans l'urgence et l'absolue nécessité…
ORIANE MANCINI
Les caméras de vidéo protection dans les communes…
DOMINIQUE FAURE
Les caméras de vidéo protection, absolument. Ensuite, le montant des réparations, eh bien, ça va nous remonter au fil du temps, mais il nous faudra quand même des évaluations précises. La première chose, c'est évidemment les mairies se retournent vers leur compagnie d'assurances. Et puis, on ne laissera aucune mairie au bord du chemin…
ORIANE MANCINI
Oui, parce que toutes n’ont pas… toutes les mairies n’ont pas de compagnies d'assurances, qu'est-ce que vous allez faire pour ces mairies-là ?
DOMINIQUE FAURE
Toutes les mairies ont des compagnies d’assurances…
ORIANE MANCINI
Il y a des collectivités qui n’ont pas forcément d’assurance…
DOMINIQUE FAURE
Peut-être certaines n’ont pas pris de contrat d’assurance, mais à ma connaissance, la majorité d'entre elles ont un contrat d'assurance.
ORIANE MANCINI
Est-ce que ça veut dire du coup que vous comptez sur les assureurs, ou est-ce que l'Etat va débloquer un fonds pour aider les collectivités touchées ?
DOMINIQUE FAURE
Nous travaillons sur ce fonds d'urgence, effectivement, pour venir compléter les dégradations qui ont eu lieu sur nos mairies. Mais je veux quand même dire un mot…
ORIANE MANCINI
Mais, juste, oui, non, juste, pardon, le fonds d’urgence, ça sera les mairies font remonter à l'Etat leurs dégâts et elles seront remboursées, ou est-ce qu’il va y avoir une enveloppe qui va être dédiée, répartie entre chaque commune, comment ça va fonctionner ?
DOMINIQUE FAURE
Les deux choses vont être menées concomitamment, le fonds d'urgence, nous y travaillons, et on sera en mesure de l'annoncer très, très rapidement, en parallèle de ça, les préfets, avec nos maires, travaillent sur un montant estimé de réparation et de remise en service, parce que l'objectif, c'est quand même de délivrer du service public le plus vite possible, mais le reste à charge, une fois les compagnies d'assurances ayant indiqué quel est le montant, eh bien, c'est ce reste à charge que l'on va accompagner, mais je vois déjà certaines régions, certains départements dire aux maires qu'ils viendront aussi accompagner la réparation de ces dégradations. Donc ce reste à charge, eh bien, nous le travaillerons, départements et régions et Etat main dans la main.
ORIANE MANCINI
Vous êtes aussi en charge de la ruralité, Dominique FAURE, on l'a dit, est-ce que ça a surpris que des villes moyennes, des petites villes soient touchées par ces émeutes qui, cette fois, n’ont pas concerné uniquement les grandes villes et les banlieues ?
DOMINIQUE FAURE
Oui, ça m'a touchée, c'est vrai que, en majorité, ce sont des quartiers de politique de la ville, mais il y a effectivement quelques communes qui ont été dégradées, vous savez, on a un phénomène qui part un petit peu de partout, et il est extrêmement difficile d'y trouver une logique, la même si la mort de Nahel est au départ, est à l'origine des premières violences, on a bien vu que dans les formes de violences, on s'est attaqué même à des centres sociaux, on s'est attaqué à des commerces, on a pillé des commerces, on s'est attaqué à des symboles de la République, donc c'est extrêmement difficile d'en tirer des enseignements et de se dire, pourquoi en ruralité, ils se sont aussi attaqués à des symboles de la République, je pense qu’il faut se réjouir qu’en ruralité, il y a une forme de respect de la République, il y a une forme de reconnaissance de ce que la République apporte à nos concitoyens qui fait que, aujourd'hui, on en a peu eu, en tout cas, oui, ça m'a un peu attristée de voir que, y compris des petites communes, avaient été agressées.
ORIANE MANCINI
Est-ce que ça veut dire qu'il va y avoir de nouvelles mesures ajoutées au plan ruralité, que vous avez annoncé, il y a quelque temps ?
DOMINIQUE FAURE
Non, parce que tout simplement, on est sur le champ de la violence faite aux élus, pour ma part, et c'est général, c'est tous les élus qui bénéficieront de ce champ de protection et de réparation, et pas plus les quartiers de "aller vers ", c'est-à-dire que, ils, pour l'instant, ont quasi fait le tour, chacun sur sa circonscription est allé voir les maires qui dépendent de cette gendarmerie…
STEPHANE VERNAY
Aujourd'hui, dans le contexte qu’on connaît, est-ce que ces référents en fait sont pleinement opérationnels et est-ce que le fait de les avoir vous permet de mieux accompagner les élus en cette période de crise maintenant, là, aujourd'hui ?
DOMINIQUE FAURE
Oui, ça, c'est une réalité, moi, j'en suis à plus de 80 déplacements, la semaine dernière, 5 jours, 5 déplacements, et j'échange évidemment à chaque fois avec préfets, gendarmes, et élus, et ce que je constate, c'est que cet " aller vers ", il est totalement réalité, c'est-à-dire que, précédemment, les maires avaient le numéro de portable d’un ou deux gendarmes, aujourd'hui, ils se parlent très régulièrement, leur famille est évidemment au cœur de la réflexion et du travail qu'ils conduisent ensemble, donc, moi, je vois bien que cet "aller vers " a fonctionné, et il est aujourd'hui réalité.
ORIANE MANCINI
Parmi les autres mesures mises en place par le gouvernement il y a des formations pour les élus qui sont dispensées par le RAID, par le GIGN, pour les aider justement à gérer ces incivilités, combien de maires ont suivi cette formation aujourd’hui ?
DOMINIQUE FAURE
Je ne sais pas vous répondre aujourd’hui sur le nombre de maires formés sur ces sujets, mais, non, je ne sais pas vous répondre aujourd’hui.
ORIANE MANCINI
Vous allez travailler justement à rendre ces formations encore plus connues, pour qu’elles soient encore plus suivies par les maires ?
DOMINIQUE FAURE
Oui, ça fait partie de ce dialogue. On ne peut pas contraindre les maires à aller vers des formations, mais dans le dialogue entre les gendarmes et ce gendarme référent " violences faites aux élus ", et l’élu local, il a forcément une incitation à cette formation, sur la façon de parler aux jeunes, sur un certain nombre d’outils qui peuvent être à la disposition des maires et qui ne sont pas forcément utilisés.
ORIANE MANCINI
Il y a un sondage paru dans Le Fi