Interview de M. Laurent Panifous, ministre délégué, chargé des relations avec le Parlement, à France Info le 5 décembre 2025, sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

HADRIEN BECT
Bonjour Laurent PANIFOUS,

LAURENT PANIFOUS
Bonjour,

HADRIEN BECT
Et merci d'être avec nous ce matin. L'heure de vérité approche pour le Premier ministre, pour le Gouvernement, avec le vote en principe ce matin, en tout cas aujourd'hui, sur la partie recette du budget de la Sécurité sociale, avec quand même pas mal de mouvements ces dernières heures au niveau des mesures compromises hier soir sur une hausse moindre de la CSG sur le capital. Là, l'engagement du Gouvernement ce matin à ne pas augmenter les franchises médicales, on sait que c'était une mesure urticante pour beaucoup de monde, et notamment vos oppositions Vous êtes prêts à tout lâcher, là, ça y est ?

LAURENT PANIFOUS
Non, pas du tout. Ecoutez, ce qu'on a pu voir hier, et qui était un moment très important dans la construction de ce budget, dans la tentative qui est la nôtre de trouver un compromis, de faire en sorte que la France ait un budget pour la Sécurité sociale, c'est un compromis qui hier a été fait de l'autre côté. On parle beaucoup des compromis qui sont faits envers la gauche. Hier soir, c'était l'inverse. C'était envers la droite, avec, vous l'avez dit, une CSG qui était ciblée sur tous les revenus du patrimoine. Hier soir, la volonté qui a été celle de la droite, et qui a été entendue par une majorité de députés, donc aussi par la gauche, d'épargner les petits épargnants. Et donc non, pas de concession qui serait déraisonnable. Une cible, on l'a dit, de 20 milliards pour vraiment qu'il y ait une réduction des déficits. Pour cela, des compromis qui sont faits sur certains sujets envers la gauche, sur d'autres sujets envers la droite.

HADRIEN BECT
Pardon de le dire comme ça, mais il ne ressemble plus vraiment à grand-chose, votre budget, là.

LAURENT PANIFOUS
Ah, je ne partage pas du tout. C'est un budget... Nous avions une copie initiale qui avait une cible à 17 milliards de déficit, c'est-à-dire pour réduire le déficit prévisionnel. Si nous n'avions rien fait, il y a des concessions qui sont faites, il faut trouver des ressources. La CSG était une mesure qui avait été mise sur la table en première lecture du budget de la Sécurité sociale. La droite a fait savoir qu'elle n'acceptait pas que les petits épargnants soient touchés. Hier, le Gouvernement, et ça a été son rôle, a présenté un amendement qui essaie de faire consensus entre la volonté de trouver des recettes, la proposition de la gauche, qui était cette CSG sur les revenus du patrimoine, et les exigences de la droite d'épargner, encore une fois, les petits épargnants. Le Gouvernement a proposé cet amendement de compromis qui a été validé assez largement, si vous regardez les résultats.

MATHILDE SIRAUD
Sur cette question des franchises médicales, on sait que c'était une mesure l'une des plus inflammables de ce texte et de ce budget de la Sécurité sociale. Combien ça va coûter de revenir sur le doublement des franchises médicales ? Et est-ce qu'encore une fois, ce n'est pas pour amadouer la gauche ? Vous avez besoin des voix du Parti Socialiste. Là, c'est un geste en leur direction.

LAURENT PANIFOUS
Oui, clairement, il n'y a pas de doute, c'est un geste en direction de la gauche. On savait que c'était un sujet, comme vous dites, assez inflammable, mais le Gouvernement met sur la table des mesures pour atteindre cette cible de 20 milliards, qui est une réduction des déficits.

MATHILDE SIRAUD
On en est à combien ce matin ?

LAURENT PANIFOUS
Alors ce matin, je n'ai pas le chiffre exact. Hier après-midi, nous en étions à 20,1 milliards. Vous voyez, on est très près de la cible. Mais à chaque heure qui passe, des amendements sont votés, et le compteur du déficit bouge. Et l'engagement qui a été nôtre, Amélie DE MONTCHALIN l'a fait hier, elle l'a redit et elle le refera tous les jours, c'est de donner précisément l'état du déficit au regard des compromis, des amendements qui sont votés. Sur la question des franchises, le Premier ministre l'a dit hier, dans l'hémicycle, devant les députés, il a dit qu'il n'y aura pas de passage en force. C'est une mesure qui pourrait relever du pouvoir réglementaire du Gouvernement. Et le Premier Ministre a dit très clairement, devant la représentation nationale, s'il n'y avait pas de majorité au sein de cet hémicycle, alors il ne prendrait pas, lui, cette mesure alors qu'il pourrait le faire. Et c'est cette méthode, c'est cette recherche de compromis, il n'y aura pas de mesure prise contre l'avis de la majorité des députés.

HADRIEN BECT
Mais ce que vous nous dites ce matin, c'est que malgré ce que certains pourraient appeler des renoncements, ce que vous appelez des compromis, la cible, en termes de déficit, reste la même.

LAURENT PANIFOUS
La cible est à 20 milliards.

HADRIEN BECT
Ça ne bougera pas. On ne sera pas à 15, à 14.

LAURENT PANIFOUS
Non, ce n'est pas ce que je dis. Ce que je dis c'est que c'est la cible qui est affichée par le Gouvernement, la volonté de trouver vraiment une réelle réduction des déficits. Le déficit à la fin sera celui qui sera construit par l'Assemblée nationale. Ce sont les députés qui votent. Encore une fois, il n'y aura pas de fameux 49.3. Les députés votent. Nous, ce que nous nous engageons à faire, c'est de dire en toute transparence aux députés où en est l'état du déficit au regard de ce qui aura été voté.

MATHILDE SIRAUD
Alors avant le vote solennel prévu mardi, il y a ce vote prévu ce matin sur la partie recette du budget de la Sécurité sociale, est-ce qu'à l'heure où on se parle, vous êtes rassuré ce matin, vous êtes confiant sur l'issue de ce vote ?

LAURENT PANIFOUS
Ce sont des mots que j'essaie d'éviter. Mais écoutez, hier, nous avons réussi à passer cette étape qui est une étape très importante de la fiscalité sur le patrimoine, parce que là aussi un sujet irritant. Ecoutez, moi, depuis le début, je crois qu'il y a une volonté d'une majorité de députés, de parlementaires plus largement, de trouver une solution et de faire en sorte qu'on ait un budget, et chacun a conscience que ce budget qui va sortir de l'hémicycle sera un budget qui ne sera ni de droite, ni de gauche, ni du centre. Ce sera un vrai budget de compromis, c'est assez inédit. Et je crois que c'est possible. Donc oui, je réponds à votre question, je crois que la recette, la P2, ce qu'on appelle la P2, la partie recette du budget, il faut qu'elle soit votée, sinon les choses s'arrêtent, soyons très clair.

MATHILDE SIRAUD
Sinon c'est terminé, il n'y aura pas de budget de la Sécurité sociale si ça ne passe pas ce matin.

LAURENT PANIFOUS
Donc le vote de ce matin est aussi important... C'est terminé. Le texte partira au Sénat, tel quel. C'est-à-dire qu'il n'y aura pas eu de vote de l'Assemblée nationale, donc le texte partira au Sénat. Et la seule issue possible alors, ce qui paraît hautement improbable, c'est que le texte du Sénat et le texte de l'Assemblée, au cours d'une navette qui peut être infinie, soient identiques. C'est comme ça, ce sont les procédures. Ce qui est hautement improbable. Donc on peut considérer que nous n'aurions pas de budget de la Sécurité sociale.

MATHILDE SIRAUD
Beaucoup de rebondissements hier dans l'hémicycle, on en a parlé, mais aussi des débats qui se sont considérablement tendus. Ça a été noté, souligné. Le Premier ministre, notamment Sébastien LECORNU, durcit le ton à propos des dégâts que pourrait causer l'absence de budget.

SEBASTIEN LECORNU, PREMIER MINISTRE
Vous avez un risque financier à ne pas avoir de texte pris pour la Sécurité sociale. Cela vous dérange, cela vous déplaît, mais je vous l'ai dit, nous n'endosserons pas n'importe quoi. Et le seul fait qu'il puisse être écrit qu'en l'absence de PLFSS, la Sécurité sociale puisse être hors de contrôle, devrait au contraire créer un ressaisissement sur ses bancs et un sentiment de responsabilité. On n'est pas en train de dire qu'il y aura des invasions de sauterelles ou des météorites. Nous sommes en train de dire que par définition, l'absence de texte ne peut pas avoir les mêmes conséquences que si un texte est pris.

HADRIEN BECT
PLFSS, projet de loi de financement de la Sécurité sociale, je précise. Je précise.

MATHILDE SIRAUD
Absolument. C'est bien de le préciser. Laurent PANIFOUS, vous qui êtes en contact permanent avec les parlementaires, est-ce que ce genre de dramatisation, est-ce que cette façon d'alerter sur les comptes publics, sur un déficit hors de contrôle en cas d'absence de vote, est-ce que c'est la meilleure stratégie pour convaincre les députés de voter ?

LAURENT PANIFOUS
Je pense que le Premier ministre a fait cet exercice hier de clarification dans l'hémicycle lui-même, parce qu'il y a une petite musique que nous entendons depuis maintenant quelques jours, qui est de dire finalement : "Ne pas voter le budget de la Sécurité sociale, ce n'est pas si grave". Et je crois qu'il était important, en tout transparence, dans le rôle d'information qui est celui du gouvernement vis-à-vis des parlementaires, et c'est ce qu'a promis à la fois le Premier ministre et la ministre Amélie DE MONCHALIN, c'est de donner en toute transparence les faits, et uniquement les faits. Ne pas voter le budget de la Sécurité sociale, contrairement à ce que disent certains députés et responsables politiques, c'est gravissime. C'est un déficit qui serait alors de 30 milliards, mais ce seraient également des investissements arrêtés dans les hôpitaux. Dans les EHPADs, je veux parler des EHPAD, si vous me laissez juste deux secondes sur la question.

HADRIEN BECT
Que vous connaissez parce que vous êtes directeur d'EHPAD.

LAURENT PANIFOUS
Les établissements médico-sociaux, les établissements pour personnes en situation de handicap, les créations de postes, les aides aux structures en déficit, s'il n'y a pas de budget de la Sécurité sociale, c'est 30 milliards de déficit. Donc…

HADRIEN BECT
Justement, ces 30 milliards de déficit qui ont été expliqués hier aux députés à l'Assemblée nationale comme étant le risque si le budget ne passe pas, on parle d'un déficit sur l'ensemble de l'année 2026 s'il ne devait pas y avoir de budget du tout. Les Français qui nous écoutent, qui nous regardent, peuvent se dire : "L'année dernière, on a été dans la même configuration. Finalement, il y a eu une loi spéciale qui a duré quelques semaines, quelques mois, et après, il y a eu un accord pour un budget". Don on pourrait se dire : "Peut-être qu'il y a une dramatisation qui est un peu excessive".

LAURENT PANIFOUS
Alors si vous avez écouté entièrement le Premier ministre, il a rappelé ce rôle d'information. Il n'y a pas de loi spéciale sur le budget de la Sécurité sociale. Ça n'existe pas. La loi spéciale qui est souvent évoquée n'existe que pour le budget de l'État. Donc il n'y a pas cet outil juridique. Il n'existe pas.

MATHILDE SIRAUD
On a vécu cette situation il y a un an, puisque vous savez très bien, Michel BARNIER, c'était pile il y a un an, tombait sur le budget de la Sécurité sociale. Finalement, on en a voté un quelques semaines, quelques mois plus tard. Et qu'est-ce qui s'est passé pour les Français ? Il n'y a pas eu de changement, finalement.

HADRIEN BECT
La carte Vitale a continué à fonctionner, par exemple.

LAURENT PANIFOUS
Là, je suis d'accord sur une chose, quand vous parliez de dramatisation. Moi, ce que je crois qu'il est important, c'est de dire aux Français la vérité. 30 milliards de déficit si on n'a pas de budget de la Sécurité sociale. Les conséquences très difficiles pour les établissements médico-sociaux, j'en sais quelque chose, pour les hôpitaux et autres. Mais dire, comme l'a dit le Premier ministre, qu'il y aurait une pluie de sauterelles, ce n'est pas vrai, que les cartes Vitale ne marcheront pas, ça n'est pas vrai, il ne faut pas dire cela. Est-ce que les députés, est-ce que le Gouvernement, en janvier, en février, en mars, se remettra autour de la table pour recommencer à essayer de trouver un budget de la Sécurité sociale ? Qu'est-ce qui aura changé en janvier, février ou mars ? Quels seront les bougées, les concessions supplémentaires qui pourraient être faites, sans faire craquer un côté ou l'autre de l'hémicycle ? Parce que je veux rappeler quand même l'exercice que nous sommes en train de faire, exercice... extrêmement difficile.

HADRIEN BECT
Il faudrait repartir de zéro, si le budget n'était pas validé ?

LAURENT PANIFOUS
C'est fort probable, mais il n'y a pas d'autre hypothèse pour nous, il n'y a pas d'autre horizon pour nous que de faire en sorte que, mardi, il y ait un budget de la Sécurité sociale qui soit voté.

MATHILDE SIRAUD
Mais quand même cette note que vous avez fait circuler hier, la note de la direction de la Sécurité sociale justement sur les conséquences de l'absence de budget, on a vu que ça avait surtout électrisé beaucoup l'hémicycle et les débats. Est-ce que ce n'était pas contre-productif, finalement ?

LAURENT PANIFOUS
J'ai constaté les conséquences de cette note, mais cette note avait une seule ambition, c'est donner factuellement les conséquences de l'absence de vote, et de couper court à ce qui pouvait se dire, et au côté, finalement, pas si grave que ça, que nous n'ayons pas de budget. Non, c'est grave, c'est très grave. Il ne faut pas dire n'importe quoi, il ne faut pas dire que plus rien ne fonctionnera. Mais en revanche, la dérive de la Sécurité sociale, les grandes difficultés que vont rencontrer nos établissements médico-sociaux, mais pas seulement, nos hôpitaux également, ça, c'est une réalité. Et ça sera dès janvier, parce que les investissements, les recrutements dans les établissements, toutes les mesures d'accompagnement des structures en déficit, vous considérez que quelques semaines ou quelques mois, ce n'est pas grave, croyez-moi, comme ancien directeur…

HADRIEN BECT
C'est l'idée que certains peuvent peut-être avoir.

LAURENT PANIFOUS
Oui. Et c'est pour ça que de temps en temps il y a besoin de clarification. Et le directeur d'établissement que j'étais, il n'y a finalement pas si longtemps que ça, lui, regarde ça avec beaucoup d'attention.

HADRIEN BECT
Vous restez avec nous Laurent PANIFOUS, ministre des Relations avec le Parlement. On a parlé du budget et des conséquences de ce budget de la Sécurité sociale s'il devait ne pas être adopté. On va ensuite parler du vote. Qui va voter quoi ? Ce n'est pas si simple, y compris avec vos partenaires. D'abord, l'essentiel de l'actualité, l'info en une minute, à 9h moins le quart. Théo METTON-REGIMBEAU.

(…)

MATHILDE SIRAUD
De retour sur le plateau de France Info, ce matin, avec Laurent PANIFOUS, ministre délégué, chargé des relations avec le Parlement. Donc, on l'évoquait en détail, ces rebondissements hier dans l'hémicycle, ces nouvelles mesures amendées, modifiées. Et ce vote prévu ce matin sur la partie recette. Si jamais ce vote était favorable, il y aura un autre vote d'autant plus décisif, mardi, un vote solennel cette fois-ci sur l'ensemble du texte. Sébastien LECORNU continue de croire qu'il y a ce qu'il appelle une voie de passage. Concrètement, quand on regarde ce qui peut se passer, il y a déjà 210 voies contre ce texte qui sont assurées, qui sont acquises. Si on parle de La France insoumise, du Rassemblement national, de l'UDR. Concrètement, vous comptez sur qui ? Parce que ce n'est pas les seuls Marconistes ou le Modem qui vont pouvoir faire le compte.

LAURENT PANIFOUS
Vous avez raison. C'est pour ça que c'est un exercice qui est difficile. C'est pour ça que nous ne sommes sûrs de rien, mais c'est aussi pour ça que le Gouvernement est là et que moi, je me suis engagé dans ce Gouvernement, c'est faire en sorte qu'on trouve une solution et d'aller chercher tous ceux que vous n'avez pas cités, c'est-à-dire tous les autres, parce que chaque député qui fait partie de cet ensemble de députés qui essaie sincèrement, alors peut-être qu'à la fin ils ne le feront pas, peut-être qu'à la fin ils ne soutiendront pas, mais ce que je vois moi comme ministre chargé des Relations avec le Parlement, c'est qu'en dehors des extrêmes, il y a des gens qui veulent trouver des solutions à condition qu'on les écoute, à condition qu'on cherche des compromis, parfois du côté droit, parfois du côté gauche, mais nous avons l'impérieuse nécessité d'aller discuter avec tous les écologistes, les communistes, les socialistes, et LIOT, qui est un groupe d'opposition, mais qui est un groupe important dont j'étais président il y a quelques mois. Voilà, tous ces groupes-là ont vocation à essayer de faire en sorte de nous aider qu'eux puissent adopter le budget sécuritaire, pas pour faire plaisir au Gouvernement, parce qu'eux considèrent que c'est important pour notre pays.

HADRIEN BECT
Concernant, par exemple, le Parti Socialiste, vous dites au Parti Socialiste "Votez pour" ou, à minima, "Abstenez-vous".

LAURENT PANIFOUS
Non, je dis au Parti Socialiste, bien sûr, "Votez pour", et ce que je veux dire est ce qu'il est particulièrement important.

HADRIEN BECT
On sait qu'une abstention peut aussi être "Positive", entre guillemets, mais ce n'est pas en l'essence.

LAURENT PANIFOUS
Si à la fin tout le monde s'abstient et que vous n'avez que le Bloc central qui vote pour, ça ne passera pas, parce que vous avez bien fait la démonstration qu'il y a des extrêmes qui vont faire en sorte de faire tomber, et ce qui est assez paradoxal, quand vous avez les voix de l'extrême-gauche qui veulent aller contre la suspension de la réforme des retraites, c'est totalement contre-intuitif, mais leurs électeurs vont apprécier. Quand vous avez l'extrême-droite qui dit soutenir les entreprises et qui vote 30 milliards, qui essaye de faire voter 30 milliards d'impôts supplémentaires dans le PLF, là aussi, les chefs d'entreprise pourront apprécier. Mais il y a quelque chose que je veux vous dire sur la conséquence, ou pas, quand on est d'opposition sur le fait de voter, d'accompagner ce budget. Il y a quelque chose de tout à fait unique dans ce qu'on est en train de vivre et qui n'existait pas jusqu'à aujourd'hui. Vous avez un marqueur qui est : "Je vote le budget, je suis dans la majorité, je vote contre le budget, je suis en opposition". Et c'est quelque chose d'extrêmement important dans l'esprit des parlementaires. Ce qui est en train de se passer aujourd'hui, et dont il faut avoir vraiment conscience pour comprendre ce qui est en train de se passer, c'est qu'aujourd'hui, voter pour ce budget, ce n'est absolument pas soutenir le Gouvernement. Voter ce budget, ça n'est pas participer à la majorité qui gouverne aujourd'hui, c'est quelque chose d'important et c'est quelque chose d'inédit. Le Parti socialiste et les autres peuvent voter sans pour autant se compromettre. Voter ce budget, ça ne sera pas soutenir le Gouvernement, ça sera soutenir le budget de la sécurité sociale. Ça n'est jamais arrivé.

HADRIEN BECT
En même temps, voter ce budget, c'est aussi permettre à Sébastien LECORNU de se maintenir à Matignon, lequel Sébastien LECORNU est un très proche d'Emmanuel MACRON. Et vous savez très bien que certains nombres de partis politiques, de groupes politiques n'ont pas particulièrement envie d'être associés à Emmanuel MACRON de près ou de loin.

LAURENT PANIFOUS
Je sais, c'est pour ça aussi que cet exercice est particulièrement difficile, mais c'est pour ça aussi que je viens de faire cette précision. En rien, que ce soit un député LIOT, un député socialiste, en rien, le fait de voter ce budget fera en sorte qu'il sera considéré comme un soutien du président de la République, du Premier ministre, du Gouvernement ou de quelconque majorité.

MATHILDE SIRAUD
Vous en êtes où des comptages ce matin ? Ça va se jouer à combien de voix près selon vos estimations ? C'est votre travail à vous en tant que ministre chargé des Relations avec le Parlement ?

LAURENT PANIFOUS
Non, je ne vous donnerai pas de chiffres pour une raison simple. Ce que je répète tout le temps, mardi est un moment crucial. Mais la vérité, c'est que pour que le budget soit voté, il faut qu'il soit votable. Et pour que ce soit votable, on peut se planter tous les jours, toutes les heures. Vous avez vu ce qui s'est passé hier dans l'hémicycle, vous avez vu les tensions qu'il peut y avoir. Et croyez-moi, ces tensions ne vont faire qu'augmenter jusqu'à mardi. Donc, faire un état des lieux à cet instant, ce n'est pas possible. À chaque vote, vous avez le chiffre que vous évoquez, théorique, qui n'existe pas. Je n'ai pas ma petite tablette là. Mais la réalité, c'est que je crois qu'il y a une volonté, je le redis, pardon. Et donc, le chemin existe. Mais, on peut trébucher à chaque instant. Et c'est pour ça que c'est un moment de grande gravité. C'est pour ça que le Premier ministre lui-même vient au banc et passe des heures au banc. Ce n'est pas non plus habituel ceci.

MATHILDE SIRAUD
Pour certains, en fait, pour éviter de trébucher justement, il faudrait en revenir au 49.3. Vous avez vu les déclarations de Gérard LARCHER, mais aussi de François HOLLANDE. Si on vous le réclame formellement, est-ce que vous pourriez avoir recours mardi au 49.3 ?

LAURENT PANIFOUS
Non, le Premier ministre l'a dit, non. Ce qui permet, aujourd'hui, ce débat, ce qui fait qu'aujourd'hui, on envisage de peut-être pouvoir y arriver, c'est parce qu'il n'y a pas eu de 49.3. C'est pour ça que, hier, dans l'hémicycle, vous aviez des députés de gauche et de droite sur proposition du Gouvernement qui essaie de faire le compromis en écrivant lui-même ce qui peut être un compromis. Nous y arrivons pourquoi ? Nous y arrivons parce qu'il n'y a pas de 49.3. À partir du moment, à la seconde, où le 49.3 reviendra dans les hypothèses, ce compromis est terminé et vous savez quoi ? Nous n'y arriverons pas. Le Premier ministre l'a dit, il n'y aura pas de 49.3. Le budget de la Sécurité sociale est en train d'être construit par les députés et ce seront les députés qui le voteront.

HADRIEN BECT
Mais pourquoi certains députés, notamment de la gauche, réclament-ils ce 49.3 d'après vous ?

LAURENT PANIFOUS
Parce que le confort du 49.3, une fois qu'on a pu obtenir ses gains, c'est de pouvoir dire : "Ce budget, je ne l'ai pas voté, j'ai négocié, j'ai obtenu des gains, mais je ne me suis pas, quelque part, compromis avec le Gouvernement". Mais ce que je vous dis, c'est pour ça que…

MATHILDE SIRAUD
Vous attendez ce défilé, c'est ce que vous nous dites.

LAURENT PANIFOUS
Peut-être, mais c'est pour ça que je vous disais tout à l'heure, le vote qui va avoir lieu mardi, et je souhaite que mardi, nous ayons ce vote avec un texte votable, c'est un vote qui ne va pas compromettre celles et ceux qui vont voter le budget de la Sécurité sociale avec le Gouvernement. C'est un vote qui va permettre d'avoir un budget de la Sécurité sociale sans être affiché comme un soutien du Gouvernement.

MATHILDE SIRAUD
Dernière question sur le vote de ce budget, est-ce que vous espérez qu'Edouard PHILIPPE revienne à la raison ? Il a eu des propos extrêmement clairs sur ce budget, il ne souhaite pas le voter, d'ailleurs Michel BARNIER dit la même chose ce matin dans les Echos, est-ce que vous appelez Edouard PHILIPPE et ses députés à voter, à revenir à la raison ?

LAURENT PANIFOUS
Edouard PHILIPPE et monsieur BARNIER, on dit quelque chose, c'est qu'ils ne voteraient pas en l'État. Le texte, comme on a pu le voir hier, ne cesse d'évoluer tous les jours au fil des compromis, c'est pour ça que c'est extrêmement difficile.

HADRIEN BECT
Il vous reste beaucoup de temps là quand même.

LAURENT PANIFOUS
Oui mais on y est, on y est tous les jours, on y est du matin au soir jusqu'à minuit, et pardon de vous dire que je ne peux pas connaître à ce stade la copie, parce que hier matin, ce que nous avons évoqué tout à l'heure sur la CSG par exemple, nous ne connaissions pas l'issue finale, et tout ceci se déroule en direct. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de passage en force, parce que ce n'est pas le Gouvernement qui fait une copie qui est proposée aux députés, ce sont les députés qui sont en train de travailler sur la base d'un texte du Gouvernement. Donc laissons le texte faire, les déclarations des responsables politiques, quand ils disent qu'en l'État ils ne le votent pas, ils sont dans leur rôle. Moi ce que je leur demande par contre à ces responsables politiques, c'est mardi. Mardi, quand nous voterons ce texte, c'est d'être à la hauteur du moment.

HADRIEN BECT
On va dézoomer pour terminer cette interview, mais vraiment partir très loin de l'Assemblée Nationale, parce qu'en fait, depuis le début de cette interview, on a essentiellement navigué entre les murs du Parlement pour aller voir un peu ce qu'en pensent les Français. Et il y a ces enquêtes, et notamment cette dernière du CEVIPOV qui est assez frappante, où un tiers des Français estiment que le problème aujourd'hui, ce n'est pas l'insécurité, ce n'est pas les déficits, c'est la vie politique. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

LAURENT PANIFOUS
Je peux comprendre qu'ils pensent cela, je vois la difficulté qui est celle du Parlement à faire un budget pour le pays, un budget d'État, un budget de la sécurité sociale. Je vois que l'absence de majorité, des oppositions très difficiles provoquent une qualité des débats qui est parfois difficile. Et je me mets à la place de celles et ceux qui sont derrière leurs écrans et qui disent que ces femmes et ces hommes politiques ne sont pas à la hauteur. Mais moi ce que je veux dire aux Françaises et aux Français, ce que je dis tous les jours autour de moi, c'est qu'il ne faut pas forcément écouter celles et ceux qui crient dans cet hémicycle. Il faut aussi voir qu'il y a des femmes et des hommes politiques au Sénat, à l'Assemblée, qui travaillent sérieusement. Et je pense qu'il faut leur donner aussi la parole à eux et pas forcément regarder toujours ce qui crie dans l'hémicycle.

HADRIEN BECT
Quand vous avez le Parti socialiste qui dit : "On ne veut pas discuter avec Sébastien LECORNU tant qu'il n'enlève pas le 49.3 et puis qui, quelques semaines après, vient en disant : "En fait s'il y avait le 49.3 ça nous arrangerait", est-ce que ce n'est pas typiquement le genre de choses où les Français se disent qu'on n'y comprend plus rien ?

LAURENT PANIFOUS
C'est déroutant, c'est pour ça qu'il faut avoir un cap, il faut être clair. Pour commencer cette phase budgétaire, le compromis qui a été accepté par le Premier ministre, j'étais de ceux, président du groupe LIOT, qui avait demandé au Premier ministre lui-même de renoncer au 49.3 pour que le débat soit possible. Je ne vais pas moi-même, alors je suis rentré dans le Gouvernement donc bien sûr je le soutiens, mais je ne vais pas maintenant vous dire qu'il faut le retirer. De la cohérence, de la constance, de la clarté. Les oppositions ont demandé au Premier ministre de retirer le 49.3 pour permettre le débat et le compromis et pour que nous puissions continuer. Le Premier ministre le fait, on ne lui demande pas un mois et demi après de revenir à sa décision. C'est un compréhensif pour les Françaises et les Français, je suis d'accord. Je vous le redis, parce que c'est particulièrement important, pardon. Il y a beaucoup de femmes et d'hommes politiques qui font un travail sérieux, ça ne se voit pas forcément, mais ils existent.

MATHILDE SIRAUD
Mais vous parlez de clarté, le compromis c'est tout sauf de la clarté. On n'a jamais autant parlé de confusion dans cette Assemblée nationale. Vous comprenez ce paradoxe ?

LAURENT PANIFOUS
Je comprends le paradoxe, mais moi ce que je dois vous dire, à ma place, c'est qu'au sein de cette confusion, il y a je crois une majorité de gens qui travaillent sérieusement. Après, on ne va pas reprocher à la droite de défendre des positions de droite. Il y a une grande diversité d'opinions politiques et peut-être que ça émergera à nouveau en 2027, en tout cas je le souhaite. Et vous avez des femmes et des hommes de gauche qui défendent ardemment leurs positions de gauche. C'est non seulement leur droit, mais c'est leur devoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2025