Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à CNews le 5 janvier 2026, sur l'intervention militaire américaine au Venezuela, l'autonomie stratégique européenne en matière de défense, l'accord UE-Mercosur, l'incendie meurtrier à Crans-Montana, l'antisémitisme et le projet de loi de finances pour 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Aurore Bergé - Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ;
  • Sonia Mabrouk - Journaliste

Média : CNews - Europe 1

Texte intégral

SONIA MABROUK
La grande interview sur CNews et Europe 1. Mon invitée, ce matin, est la ministre en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la lutte contre les discriminations, Aurore BERGE, bonjour,

AURORE BERGE
Bonjour,

SONIA MABROUK
Bienvenue à vous. Évidemment, je souhaite à tous nos auditeurs, téléspectateurs et à vous-même une bonne année.

AURORE BERGE
Merci, également.

SONIA MABROUK
Et c'est une année, Aurore BERGE, qui a démarré sous le signe de la force, du coup de force. Nicolas MADURO, capturé, exfiltré, menotté, et dès aujourd'hui sera donc présenté un juge aux États-Unis pour trafic de drogue et terrorisme. Donald TRUMP assure qu'il tient le Venezuela. Il prévient d'un effet domino Mexique, Colombie, Groenland. Emmanuel MACRON, Aurore BERGE, a-t-il bien fait de légitimer sans nuance l'action américaine sur le Venezuela, compte tenu de tout ce qui va se passer ?

AURORE BERGE
Plusieurs choses. Déjà, je crois que le monde se porte mieux sans Nicolas MADURO. Et je crois qu'il n'y a que la France insoumise, Jean-Luc MELENCHON, pour regretter la déchéance d'un dictateur qui a affamé son propre peuple. Il y a 8 millions de Vénézuéliens qui ont été déplacés. Et au-delà même de ce qui s'est passé au Venezuela, quand on parle du narcotrafic, on parle aussi du Venezuela et de la manière avec laquelle Nicolas MADURO a organisé la déstabilisation d'un certain nombre de nos États. Donc ça, c'est la première des choses. Deuxième sujet, c'est qu'il faut acter, qu'aujourd'hui, il y a la question de la force, la question de l'ordre des prédateurs, forme de retour de l'impérialisme, qu'il soit américain, qu'il soit russe, qu'il soit chinois.

SONIA MABROUK
On peut l'acter avec des nuances, avec des conditions. Pourquoi Emmanuel MACRON ne l'a-t-il pas fait ?

AURORE BERGE
Le président de la République, il ne s'est jamais écarté du droit international. Par contre, il a toujours dit une chose très claire, et dès 2017, il était souvent seul à le dire, mais je crois qu'il l'a dit avec raison, c'est qu'il a toujours parlé de la nécessité du retour de la puissance et que cette puissance, c'est la question de l'autonomie stratégique. Quand on double le budget de nos armées, on fait quoi ? On réarme notre pays.

SONIA MABROUK
Aurore BERGE, on va y revenir.

AURORE BERGE
Quand on met 150 milliards d'euros sur la table pour l'autonomie stratégique européenne, on réarme aussi cette capacité-là.

SONIA MABROUK
La classe politique française a vivement réagi aux propos du président français. La gauche parle de honte. Le RN, tout en condamnant le régime de MADURO dénonce le fait que le président français ne soit pas soucié du tout de la question de la souveraineté des peuples. Dominique DE VILLEPIN parle de soumission. Pourquoi Emmanuel MACRON s'est-il aligné totalement sur la position américaine ?

AURORE BERGE
Je ne pense pas qu'il y ait d'alignement de la part du président de la République française. Je pense qu'il y a juste la conscience de la nécessité, aujourd'hui, de la puissance.

SONIA MABROUK
La puissance chez les autres.

AURORE BERGE
Mais non, mais notre propre puissance. Mais il y a eu 20 ans de désarmement de notre pays. Il y a eu 20 ans de désarmement militaire de la France. On a doublé le budget des armées. On ne le fait pas au hasard. On ne le fait pas par volonté seule du président de la République, mais par nécessité justement de ce réarmement. La puissance, c'est ça qui précède le droit. C'est ça qui permet ensuite au droit de s'exercer.

SONIA MABROUK
La puissance précède le droit international.

AURORE BERGE
Moi, j'en suis persuadée. Si vous n'avez pas de puissance, comment vous êtes en capacité de faire respecter le droit ?

SONIA MABROUK
Mais avant de récupérer notre puissance.

AURORE BERGE
Dire notre droit ne suffit pas, il faut dire les deux. Il faut acter le réarmement, avoir une puissance suffisante pour ensuite permettre au droit de s'exercer.

SONIA MABROUK
Marine LE PEN a défendu sans surprise la souveraineté des nations. Elle a eu une position plutôt, certains diront, équilibrée. Alors qu'Emmanuel MACRON s'est quand même aligné sur un coup de force. Comment vous expliquez un tel renversement des rôles ? Une sorte d'inversion totale dans la classe politique française.

AURORE BERGE
Ce qui est étonnant de la part du Rassemblement national et de Marine LE PEN en particulier, c'est que quand vous regardez ce qui s'est passé sur la souveraineté au sein même du continent européen et singulièrement sur la question de l'Ukraine avec, de facto, là il n'y a aucun doute, évidemment sur la volonté impérialiste de la Russie et sur le fait que la Russie a choisi d'envahir l'Ukraine pour tenter une annexion. C'est déjà le cas en 2014 sur la Crimée. C'est aussi le cas, évidemment, depuis plusieurs années. Vous avez bien vu que le Rassemblement national a un double standard et un double discours en fonction de celui qui aurait la puissance impérialiste.

SONIA MABROUK
Est-ce que vous vous alignez sur Emmanuel Macron ? Est-ce que vous vous dites : "Ne parlons pas de la souveraineté des peuples, quelque soit ce qu'on pense de MADURO".

AURORE BERGE
La question de la souveraineté des peuples, elle se pose. Et le président de la République l'a posée. Il l'a posée immédiatement et le jour même en disant qu'évidemment personne ne pouvait regretter la chute de Nicolas MADURO. Quand même, on parle d'un dictateur qui est tombé et le monde se porte mieux sans lui. Mais qu'évidemment, ça n'était pas aux États-Unis de poser les conditions sur ce qui se passerait le jour d'après au Venezuela ni sur l'extraction du pétrole, …

SONIA MABROUK
Il ne l'a pas dit.

AURORE BERGE
Bien sûr que si, il l'a même écrit sur les réseaux sociaux de manière à ce que les Français puissent le lire et puissent constater. Et puis, il a des échanges avec l'ensemble de nos partenaires. Les États-Unis sont un partenaire et nous nous sommes toujours comportés comme tels avec les États-Unis. Ce qui ne veut pas dire qu'à un moment, on ne dit pas un certain nombre de choses, mais ce sont des partenaires.

SONIA MABROUK
Mais on dit quoi ? L'Union européenne est totalement tétanisée, TRUMP agit sans se soucier de rien du tout et comme d'ailleurs un état de puissance et l'Europe acte sans rien dire. Comment vous expliquez cette impuissance et même cette insignifiance aujourd'hui ?

AURORE BERGE
Il y a un risque d'insignifiance, il y a un risque d'effacement qui serait l'effacement de l'Union européenne. Mais justement, face aux nouveaux impérialismes, face aux prédateurs, ceux qui disent que la France seule, ça suffit, n'est pas possible. Ceux qui disent que la France seule peut agir, ça ne marche pas.

SONIA MABROUK
Pardonnez-moi, regardez l'Union européenne, quel numéro ?

AURORE BERGE
Ça ne fonctionne que dans un espace européen beaucoup plus intégré. Mais ça ne fonctionne que si vous avez ce réarmement. Pour la première fois, on commence à défendre nos intérêts stratégiques. On le fait face à la Chine sur l'acier. C'est totalement nouveau, ça n'était pas le cas auparavant. On le fait en mettant 150 milliards d'euros sur la table pour le réarmement militaire aussi et de nos intérêts stratégiques militaires au sein de l'Union européenne.

SONIA MABROUK
Aurore BERGE, vraiment, on défend nos intérêts par rapport à l'Algérie, on défend nos intérêts aujourd'hui par rapport aux États-Unis ?

AURORE BERGE
Regardons les votes de ceux qui parlent en permanence de souveraineté, et qui, au Parlement européen, ici de Sarah KNAFO à Jordan BARDELLA, refuse ce réarmement européen. On a besoin d'une Europe puissante, parce que face aux nouveaux impérialismes, face aux États-Unis, face à la Russie, face à la Chine, je veux les deux.

SONIA MABROUK
Ce n'est pas antinomique parfois ? Souveraineté nationale et souveraineté européenne vont de paire pour vous ?

AURORE BERGE
Si on ne parle que des mots, si on ne met que souveraineté, mais que derrière on ne met pas les questions budgétaires, on y reviendra sans doute sur la table, qu'elles soient françaises ou européennes, alors ça n'est pas possible. Si on ne défend pas nos intérêts stratégiques industriels, alors ça n'est pas possible. Si on ne défend pas nos frontières, alors ça n'est pas possible. Et si on a des doubles standards permanents, notamment sur la question de l'Ukraine, alors ça n'est pas possible.

SONIA MABROUK
Heureuse de vous l'entendre dire. Alors comment fait-on par rapport au Mercosur ? La colère des agriculteurs ne va pas faiblir. On voit que la ministre de l'Agriculture promet que la PAC sera bien remboursée en centimes près, mais la colère ne faiblit pas. Là, c'est l'Europe qui percute les intérêts de la France, et ça va être signé dans quelques jours.

AURORE BERGE
Déjà, moi je ne dis pas que ça va être signé dans quelques jours. Ce que je sais, c'est que fin décembre…

SONIA MABROUK
Qu'est-ce qui vous fait penser aujourd'hui ? Alors que la France a tenté de ramoter certains pays sans succès, ça ne sera pas signé.

AURORE BERGE
Ce n'est pas vrai ce non-succès.

SONIA MABROUK
C'est dans neuf jours.

AURORE BERGE
Déjà, tout le monde nous disait que ce serait ratifié fin décembre. Est-ce que ça a été ratifié fin décembre ? Non.

SONIA MABROUK
Il y a un sursis d'un mois.

AURORE BERGE
Non, ce n'est pas un sursis. C'est de la négociation. Et ça s'appelle justement du rapport de force. Et c'est là que la force française peut s'exercer. Pourquoi ? Parce qu'on a des alliés, notamment l'Italie, puisque vous savez très bien qu'avec Giorgia MELONI, il y a eu une alliance stratégique entre la France et l'Italie pour refuser la ratification au mois de décembre et dire qu'on poserait des conditions.

SONIA MABROUK
Nous sommes le 5 janvier. Vous signez aujourd'hui que ce ne sera pas signé dans une dizaine de jours ? Aurore BERGE, vous nous dites, ce matin, que ce ne sera pas signé ?

AURORE BERGE
Les conditions, on a posé... Moi, ce que je dis, c'est que la France a toujours posé des conditions préalables avant toute éventualité de signature. Les conditions préalables, c'est quoi ? Le renforcement des contrôles à nos frontières, mais aussi depuis les pays importateurs eux-mêmes. C'est déjà le cas. Le fait qu'enfin, on ait ce qu'on appelle des clauses miroirs.

SONIA MABROUK
Vous plaisantez, pour les Ukrainiens, il n'y a quasiment… Enfin, elles sont extrêmement faibles. Les paysans disent eux-mêmes que c'est insuffisant.

AURORE BERGE
Il y a des contrôles qui ont été renforcés. Ce qu'on appelle aussi les clauses miroirs. Les clauses miroirs, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on n'importe pas ce qui a des standards plus dégradés que les autres.

SONIA MABROUK
Thierry BRETON a dit lui-même que ces clauses miroirs, ces fameuses clauses de sauvegarde, en réalité, sont très difficiles à appliquer, très difficiles à mettre en œuvre. Vous le contestez ?

AURORE BERGE
En fait, c'est difficile à mettre en œuvre si vous ne mettez pas de contrôles. Évidemment, les deux vont de pair. Et si vous êtes défaitiste, moi, je ne suis pas défaitiste par nature. Au contraire, je pense que si on veut de la puissance et de la force, il faut être extrêmement constant dans la manière avec laquelle on négocie, dans laquelle on assume ce rapport de force. Et ce rapport de force sur le Mercosur, c'est que oui, nous avons des alliés européens. Oui, nous avons notamment l'Italie qui est à nos côtés. Et que nous avons posé des conditions préalables. Et que si ces conditions préalables ne sont pas respectées, la France a toujours dit alors qu'il n'y aurait pas l'éventualité d'une signation française.

SONIA MABROUK
Mais est-ce que vous dites ce matin que dans une dizaine de jours, il ne sera pas signé ?

AURORE BERGE
Ce que je dis, c'est qu'il nous reste une dizaine de jours pour négocier, et pour négocier pied à pied, pour garantir qu'évidemment, jamais notre agriculture française comme européenne ne soit sacrifiée.

SONIA MABROUK
Avant d'évoquer le reste de l'actualité, je voudrais évidemment revenir sur le terrible drame en Suisse à Crans-Montana. Les 40 corps ont été identifiés. Parmi eux, le bilan s'alourdit pour les Français. Neuf Français font désormais partie de ces victimes. Calvaire des familles, choc par rapport à l'horreur. Interrogation et désormais enquête évidemment. Avec le gérant français, connu par la justice française pour des affaires passées liées notamment au proxénétisme, je le souligne aussi, on verra ce que cela donne. Qu'est-ce que tout cela vous inspire ?

AURORE BERGE
Déjà, énormément d'émotion et d'empathie. On a neuf Français qui ont été retrouvés morts. Je pense évidemment à leurs familles. Je me mettais à la place des parents qui attendaient que les corps puissent être identifiés pendant des heures qui ont dû leur paraître absolument insurmontables et interminables. La coopération qui s'est organisée. Je pense à nos médecins qui accueillent beaucoup de grands brûlés pour permettre justement à la fois de sauver des vies et permettre cette reconstruction de celles et ceux qui ont subi ce drame. Il y a une enquête qui est ouverte. Il faudra qu'elle fasse toute la lumière sur les responsabilités de chacun.

SONIA MABROUK
Juste avant les fêtes de Noël, autre sujet, Aurore BERGE, cela fait partie également de vos combats dans votre ministère. On apprenait qu'un homme s'était approché d'une zone de jeu à l'aéroport, dans un aéroport français, zone dans laquelle il a menacé des enfants juifs de jeter leur kippa s'ils ne lui laissaient pas la place avant de s'exclamer "cochons, danses, cochons". Et toujours à l'aéroport de Roissy, cette fois, ce sont des agents qui ont parlé, je cite, c'est l'expression qui a été utilisée, "Sales sionistes de merde" en présence d'une femme qui les a filmés. Comment se fait-il aujourd'hui que tous ces antisémites agissent à visage découvert ? Comment expliquer un tel antisémitisme aussi décomplexé, aussi désinhibé ?

AURORE BERGE
L'antisémitisme, il est décomplexé, désinhibé depuis le 7 octobre. C'est pour ça que j'agis et qu'on agit évidemment. Quand j'ai relancé les assises de lutte contre l'antisémitisme, c'était pour que chacun prenne la mesure de ce qui se passe, pour refuser ce risque d'indifférence ou de banalisation, comme si on pouvait s'habituer à ce que l'antisémitisme fasse partie de notre quotidien, ce que j'appelle une forme d'antisémitisme d'atmosphère. On accepte l'idée que des enfants dans un aéroport puissent être interpellés, vraisemblablement par un Britannique qui vient les importuner, qu'on vienne être importuné dans un café.

SONIA MABROUK
Des agents quand même, hein, de l'aéroport.

AURORE BERGE
Et redire aussi qu'on ne laisse rien passer. C'est-à-dire qu'avec le ministre des Transports et Philippe TABAROT, on a saisi évidemment l'aéroport de Paris pour faire toute la lumière sur ce qui s'est passé. À chaque fois qu'il y a eu des faits qui ont mis en cause des agents d'aéroports de Paris, des contrôleurs aériens, il y a eu des sanctions immédiates et extrêmement sévères. Soit des licenciements qui ont été immédiatement prononcés.

SONIA MABROUK
Et la justice ensuite. Est-ce que la justice est à la hauteur de la réponse qu'on voit ?

AURORE BERGE
Justement, le suivi des assises, c'était quoi ? C'était garantir qu'il y ait une circulaire de politique pénale qui soit prise. Mais une circulaire de politique pénale, c'est quoi ? C'est une instruction qui est donnée à l'ensemble des procureurs de la République pour justement garantir à la fois la célérité, la manière avec laquelle on va vite sur ces affaires pour ne pas les laisser traîner, les mettre tout en haut de la pile et garantir aussi la sévérité dans la manière avec laquelle on rend la justice. Et oui, il faut aller plus loin. Dans quelques jours, il y aura à l'examen une proposition de loi que j'avais d'ailleurs moi-même co-signée quand j'étais redevenue députée, celle de Caroline YADAN, que je soutiens pleinement. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on voit que finalement le nouvel eldorado de l'antisémitisme, c'est l'antisionisme. Et donc, il faut réussir à mieux caractériser les nouvelles formes d'antisémitisme.

SONIA MABROUK
Vous-même, dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale, vous aviez lancé que l'antisémitisme, aujourd'hui, se résumait, c'est ce que vous avez dit, à trois lettres. LFI, vous avez beaucoup fait réagir. Évidemment, les banques...

AURORE BERGE
Mais je le maintiens et je peux le redire sur votre plateau ce matin.

SONIA MABROUK
LFI, vous mettez un signe d'égalité.

AURORE BERGE
Oui, je vois et je constate tous les jours que nous avons, malheureusement, des Français juifs qui ont peur de la banalisation de l'antisémitisme, qui ont peur de l'indifférence que ça pourrait provoquer, et qui ont peur des conséquences que ça peut avoir sur eux et sur leurs enfants. Et dans une semaine où nous allons commémorer, cette semaine, des attentats, plusieurs attentats, et notamment celui d'Hypercacher. Et je recevrai, d'ailleurs, vendredi, avant de me rendre sur les lieux de la commémoration, les familles des victimes de ces attentats. Quatre victimes, vous vous en souvenez, dans l'attentat de Hypercacher. Ce que je dis, c'est qu'on ne peut jamais rien laisser passer sur la question de l'antisémitisme et à qui que ce soit. Aujourd'hui, cette nouvelle forme d'antisémitisme, oui, elle s'exerce aussi avec les députés de la nation et avec la France.

SONIA MABROUK
Beaucoup de Français juifs et au-delà d'ailleurs, quelles que soient les communautés, s'interrogent quand même sur l'absence d'un discours fort d'Emmanuel MACRON d'une prise de décision. Que craint-il ? Pourquoi a-t-il peur, Emmanuel MACRON ?

AURORE BERGE
Il y a eu un discours extrêmement fort et je pense que l'ensemble des Français juifs et j'espère l'ensemble des Français s'en souviennent, c'est que nous sommes le seul pays au monde d'avoir commémoré les victimes de l'attentat du 7 octobre.

SONIA MABROU
C'est une chose, la commémoration, c'est autre chose de prendre des actes et d'être présent.

AURORE BERGE
Et les actes, c'est notamment ceux que je prends parce que j'ai cette responsabilité.

SONIA MABROUK
Est-ce que vous n'êtes pas la seule à le faire ?

AURORE BERGE
C'est le président de la République qui m'a confié cette responsabilité. Ce n'est peut-être pas un hasard s'il m'a demandé, à moi, d'avoir cette responsabilité de la lutte contre l'antisémitisme et ensuite, elle est partagée. Je vous parlais du ministre des Transports, du ministre de l'Intérieur évidemment, du ministre de la Justice, du ministre des Affaires Européennes. On est tous sur le pont pour garantir que dans toutes les politiques publiques que nous menons, que ce soit sur la question des financements des associations, qu'ils soient Français ou européens, soit la question de l'application des décisions de justice, de la protection des lieux de culte et des lieux de vie juive ou tous les lieux qui peuvent exister et toutes les personnes qui pourraient être impactées, la même politique soit tenue.

SONIA MABROUK
Dans l'actualité, Aurore BERGE, c'est le budget. Le budget qui revient donc en débat à l'Assemblée nationale. La ministre des Comptes publics, Amélie DE MONTCHALIN, a de nouveau prévenu dans Le Journal du dimanche, hier, les Français verront ceux qui cherchent à tout bloquer. Est-ce que ceux qui bloquent sont forcément des agents du chaos ? Est-ce qu'on peut ne pas être d'accord avec vous et ne pas être un agent du chaos ? Rassurez-nous.

AURORE BERGE
On a totalement le droit de ne pas être d'accord. Mais je pense que les Français, ils ont surtout une seule hâte, c'est qu'on passe à autre chose. Je pense qu'ils n'ont pas forcément envie que, ni compris ce matin d'ailleurs, sur votre antenne, on continue à parler des questions budgétaires. On a commencé cette émission en parlant d'un risque d'un nouvel ordre mondial, en parlant de la force, en parlant des questions militaires. Moi, j'ai hâte qu'on puisse avoir un budget pour nos Armées. Ce n'est pas des mots en l'air, c'est une nécessité. On ne pourra pas franchir des nouveaux paliers, on ne pourra pas faire de nouveaux investissements dans notre pays si on n'a pas de budget. Donc, peut-être qu'on pourrait accepter l'idée qu'on fait un budget qui n'est pas le budget rêvé ni du gouvernement de la République française, ni des partis politiques qui se sont représentés à l'Assemblée nationale, mais un budget d'intérêt national parce que les heures qu'on vit commandent cela au pays.

SONIA MABROUK
Quelques questions rapides pour conclure, Aurore BERGE. Un mot d'abord sur les municipales. Ça approche et d'abord dans la capitale, à Paris, vous avez décidé de ne pas suivre les consignes de renaissance. Parti, je le rappelle, dirigé par l'ancien Premier ministre Gabriel ATTAL et vous avez préféré soutenir Rachida DATI, ministre qui elle-même soutient, en tout cas, est ministre d'Emmanuel MACRON. Comment vous expliquez que le parti ne la soutienne pas dans ce cas ?

AURORE BERGE
Ecoutez, moi, j'ai fait un choix qui est un choix de clarté. Le choix de clarté, c'est quoi ? Je veux qu'on gagne Paris.

SONIA MABROUK
Donc, le parti a fait le choix de la confusion.

AURORE BERGE
Je veux qu'on gagne Paris parce que je suis une élue francilienne, je suis une élue de la Grande Couronne et j'ai vu toutes les difficultés que nous rencontrions au quotidien à voir la gauche qui gouverne à Paris. Donc, moi, je veux que Paris change et pour que Paris change, il faut gagner Paris et celle qui peut gagner Paris, c'est Rachida DATI. Donc, moi, je veux qu'on puisse réussir l'union la plus large autour d'elle et il se trouve qu'en plus, c'est ma collègue au sein du Gouvernement, que nous travaillons main dans la main ensemble.

SONIA MABROUK
Je vous demande pourquoi le parti ne la soutient pas ?

AURORE BERGE
Il faut lui poser la question.

SONIA MABROUK
Vous avez dirigé Renaissance également.

AURORE BERGE
Mais un parti, ce n'est pas une caserne. Donc, heureusement qu'on a le droit d'avoir des opinions qui puissent être différentes dans un parti politique. En tout cas, moi, j'ai fait un choix de clarté qui est de soutenir un membre du gouvernement qui peut gagner la mairie de Paris parce que je crois qu'on a besoin d'alternance à Paris.

SONIA MABROUK
Rapidement également, les propos du député LFI du Val-d'Oise, Carlos MARTENS BILONGO. Propos tenus sur le Net, la librairie africaine. Il dénonce les habitants du Nord de la France disant, entre autres, qu'ils sont racistes et bêtes. C'est du racisme anti-blanc à vos yeux ?

AURORE BERGE
Déjà, je pense qu'il faut assumer l'idée que ce n'est pas un dérapage, ce député. C'est une forme de best-of de la France insoumise. C'est-à-dire qu'il suffit de regarder et de s'infliger cette émission pour voir, à la fois, une forme de mépris social absolument insupportable pour le mépris de classe à l'encontre de certains Français comme s'il y avait, en fonction de l'endroit où ils habitent, des Français qui seraient plus ou moins intelligents, plus ou moins capables de comprendre les éminents propos de la France insoumise parce que c'est ça qui est dit. Une forme de racisme aussi qui s'exerce à l'encontre des Français qui ne lui ressembleraient pas ou qui ne penseraient pas comme lui. Puisqu'il entend qu'on pense tous comme lui. Mais le racisme, c'est ça, c'est une forme de hiérarchie et puis, c'est la distinction en fonction de la couleur de peau, donc, c'est ça. Et d'ailleurs, les propos qu'il a tenu à l'encontre de Rachida DATI qui sont d'une misogynie crasse, absolue. Donc ce n'est pas un dérapage. C'est ce qu'est la France insoumise. D'ailleurs, je n'ai pas vu un seul cas de la France insoumise condamner ses propos. Je n'ai pas vu qu'il était suspendu. Je n'ai pas vu qu'il était exclu.

SONIA MABROUK
Je n'ai pas vu aussi de réaction de la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël BRAUN-PIVET. Elle est plus rapide quand il s'agit de Charles ALLONCLE lorsqu'il s'agit…

AURORE BERGE
Malheureusement, vous savez qu'on ne peut pas sanctionner un député pour les propos qui ne tiennent pas en dehors de l'hémicycle.

SONIA MABROUK
On peut quand même dire les choses qu'on pense.

AURORE BERGE
Je pense que si elle est interrogée, elle dira évidemment les choses. En tout cas, moi, je les édite.

SONIA MABROUK
Et pour conclure, Brigitte MACRON, qui est revenue sur la polémique déclenchée, Aurore BERGE, par sa phrase "Sales connes" au sujet de féministes venues protester lors du spectacle d'Ary ABITTAN. Elle affirme que, mis à part être l'épouse du président, elle est aussi, Brigitte MACRON, une femme pas toujours mesurée. Incident clos ?

AURORE BERGE
Oui, je pense que déjà un, elle a présenté des excuses en disant qu'elle était désolée si ses propos avaient pu blesser. Pour la connaître et pour travailler aussi au quotidien avec elle, moi, je sais où elle est. Et je sais qu'elle a toujours été du côté des droits des femmes et c'est ça qui compte.

SONIA MABROUK
Et elle est du côté de ces féministes-là ? Vous les considérez comme des féministes ou c'est des néo-féministes ?

AURORE BERGE
Je ne sais pas ce que ça veut dire féministes ou néo-féministes. Moi, ce que j'entends par le féministe, c'est quoi ? C'est la question de l'égalité. C'est garantir l'égalité des droits. C'est garantir que nos filles pourront, demain, avoir les mêmes droits que les nôtres. C'est ça qui est important dans le combat féministe et c'est pour ça que moi, j'en suis la ministre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 janvier 2026