Texte intégral
Quelques instants pour vous rendre compte de l'action du Gouvernement de ces dernières semaines.
Depuis le mois de septembre, nous avons suivi une ligne simple et constante, repousser le désordre, car il n'y a pas de progrès social dans le désordre, qu'il n'y a pas de croissance économique dans le désordre, il n'y a pas de rayonnement de la France à l'étranger dans le désordre.
Gouverner dans ce contexte politique difficile que nous connaissons impose de tenir cette ligne sans céder ni à la facilité des postures, ni à la tentation du commentaire permanent. J'ai fait le choix avec les ministres de négocier et de rechercher des compromis utiles au pays. Le compromis n'est ni un renoncement, ni une confusion. La Ve République s'est d'ailleurs construite dans le dialogue entre le Gouvernement et le Parlement, de Michel DEBRÉ à Michel ROCARD en passant par Jacques CHIRAC. Mes prédécesseurs ont montré qu'il était possible de parvenir à des compromis parlementaires sans disposer d'une majorité absolue. Ils ont tous montré que la clarté n'excluait jamais le compromis dès que le cap était tenu. Ce travail ne peut être crédible qu'à une condition : rester à distance des calculs partisans.
Le Gouvernement n'est pas là pour préparer une élection, mais pour faire avancer le pays dès maintenant. C'est un travail exigeant, parfois ingrat, mais nécessaire. C'est ainsi que le budget de la sécurité sociale a été définitivement adopté par le Parlement, sans recours à l'article 49 alinéa 3 de de notre Constitution. C'est une première depuis 2022. Le déficit est réduit grâce à des mesures d'économie encore plus importantes que dans les deux dernières lois de financement de la sécurité sociale. L'essentiel a été sauf, notre modèle social est protégé, l'accès aux soins est garanti. Pour autant, et on le sait, ce texte n'épuise pas la question de la réduction des déficits qui sont encore trop élevés. D'autres décisions seront nécessaires. Mais le texte voté constitue une base solide et responsable, quoiqu'en disent certains.
Concernant le projet de loi de finances, la situation est différente. L'Assemblée nationale n'a pas discuté des dépenses de l'État et la commission mixte paritaire a échoué, au bout de seulement 30 minutes, à rapprocher les positions de l'Assemblée nationale et du Sénat. Prendre le temps de bâtir un bon budget dans une démocratie comme la France n'est pas une faiblesse. En attendant, une loi spéciale est en cours de discussion au Parlement. Elle permettra au 1er janvier de lever l'impôt et de faire fonctionner les services publics. Ce n'est pas pour autant un budget et beaucoup d'effets négatifs sont à attendre si la situation perdurait. Il faut donc un budget en janvier et notre déficit doit être réduit à moins de 5 % du PIB en 2026. Je reste persuadé que cela est possible si les calculs politiques sont mis de côté. Le Parlement prendra ses responsabilités, le Gouvernement aussi. Avec les différents ministres, nous allons tenter de faire converger, y compris pendant les fêtes, tous les groupes politiques afin de définir les grandes thématiques qui nous permettront de trouver une solution.
Je vois 5 grandes familles de sujets sur lesquels nous devons parvenir à un accord. En premier lieu, évidemment, l'agriculture, car l'ensemble des dispositifs d'aide au secteur agricole et viticole sont dans le budget et nous ne pouvons pas faire défaut à ces hommes et à ces femmes qui travaillent dur et font la fierté de notre pays.
Ensuite, alors que les Français éliront leur maire en mars prochain, il nous faut aboutir sur le financement de nos collectivités locales. Elles participent à l'activité économique de nos territoires, à l'accompagnement de nos concitoyens et sont une force essentielle pour la transition écologique à travers des dispositifs comme le Fonds vert. À l'heure où je vous parle, le consensus n'est pas au rendez-vous. Ce budget doit aussi permettre d'améliorer l'offre de logement dans le pays. La situation actuelle n'est pas satisfaisante. C'est pourquoi nous devons converger vers des solutions dès 2026 avec notamment la mise en place du statut du bailleur privé.
Je pense aussi à l'ensemble des dispositifs pour nos concitoyens d'outre-mer et en particulier au plan de refondation économique pour la Nouvelle-Calédonie. Enfin, ce budget pour 2026 doit nous permettre de continuer à préparer l'avenir de notre pays. Cela passe par les investissements dans la recherche, dans les universités et dans la formation pour les jeunes. Ces 5 grands thèmes doivent nous permettre de nous rassembler. Et je veux être très clair, nous devons y arriver. Je veux maintenant m'adresser plus particulièrement à ceux parmi les Français qui, en cette période, expriment une grande inquiétude. Au monde de l'entreprise et aux travailleurs d'abord.
Grâce à vous, aujourd'hui, notre croissance tient, elle est même supérieure à la moyenne européenne, le taux d'emploi le plus haut de ces 40 dernières années. Quant à l'inflation, elle a été ramenée à moins de 1 %, ce qui est bon pour le pouvoir d'achat. Mais le Gouvernement a conscience que l'absence durable de budget et le manque de visibilité sont un danger pour l'investissement, pour l'emploi et pour la croissance. Elles se construisent par des décisions cohérentes et durables. Elles nécessitent donc de la stabilité politique et des choix en matière de fiscalité. Je veux aussi m'adresser aux agriculteurs. Votre situation exige du respect et de la détermination.
Sur le traité du Mercosur, la position de la France est ferme : aucun accord ne sera accepté s'il fragilise nos filières ou impose une concurrence déloyale. Le texte a évolué mais le compte n'y est toujours pas. Par ailleurs, sur la politique agricole commune, la France mène une négociation offensive pour garantir le revenu des agriculteurs et notre indépendance alimentaire. Les semaines à venir seront absolument décisives. Enfin, face à l'épizootie qui menace le cheptel bovin français, l'État, avec l'aide des vétérinaires, des éleveurs, a vacciné plus du tiers des 750 000 bovins des dix départements du Sud-Ouest en moins d'une semaine. J'ai demandé à la ministre de l'Agriculture de travailler avec la communauté scientifique pour mettre au point un test fiable pour détecter la maladie. Je recevrai de nouveau les organisations professionnelles agricoles dès le 5 janvier 2026.
Budget, économie, agriculture, au-delà de ces trois sujets, je veux aussi vous présenter les priorités du Gouvernement pour la rentrée. Plusieurs textes seront présentés au Conseil des ministres, d'autres seront débattus au Parlement. Nous agirons pour améliorer le fonctionnement de nos services publics par le projet de décentralisation et la réforme de l'État qui seront présentés dans les toutes prochaines semaines. Nous agirons pour votre sécurité en actualisant la loi de programmation militaire pour accélérer le réarmement de notre pays, en renforçant les polices municipales pour mieux lutter contre les incivilités du quotidien et en mobilisant tous les services de l'État contre le narcotrafic. Nous agirons aussi pour la vie quotidienne des Français en poursuivant le déploiement des Maisons France santé pour lutter contre les déserts médicaux, en adoptant une stratégie énergétique claire et souveraine, en défendant notre autonomie et nos engagements climatiques, en particulier dans nos outre-mer, en créant l'allocation sociale unique pour faciliter l'accès aux droits, pour lutter contre la fraude et garantir que les revenus du travail soient toujours plus importants que ceux de la solidarité.
En cette veille de Noël, je veux vous dire une chose simple notre pays connaît des difficultés, mais il connaît aussi des succès dans les secteurs économiques, environnementaux, scientifiques, industriels et culturels, à l'intérieur du pays comme à l'international, et nous devons les amplifier. Tout ne se réduit pas aux discussions budgétaires, même si elles sont très importantes. Le cap est clair, nous n'avons pas le droit de nous résigner à l'impuissance, nous irons au bout avec sérieux, patience, et détermination.
Je vous souhaite à toutes et à tous de belles fêtes de Noël avec une pensée particulière pour celles et ceux qui les passeront seuls et aussi pour celles et ceux qui travaillent, dont les agents du service public pendant les fêtes. Joyeux Noël et bonne fin d'année !
Source https://www.info.gouv.fr, le 13 janvier 2026