Texte intégral
ORIANE MANCINI
Bonjour Aurore BERGÉ.
AURORE BERGÉ
Bonjour.
ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. On est ensemble pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Stéphane VERNAY de Ouest-France. Bonjour Stéphane.
STEPHANE VERNAY
Bonjour Oriane. Aurore BERGÉ, bonjour.
AURORE BERGÉ
Bonjour.
ORIANE MANCINI
C'est aujourd'hui que Sébastien LECORNU va donc annoncer son choix après avoir renoncé au vote sur le budget. Ce sera 49.3 ou ordonnance ?
AURORE BERGÉ
C'est le Premier ministre qui l'annoncera dans les heures qui viennent.
ORIANE MANCINI
Il ne vous a rien dit ?
AURORE BERGÉ
C'est le Premier ministre qui l'annoncera, c'est normal, c'est normal que ce soit le Premier ministre évidemment qui annonce.
ORIANE MANCINI
Donc, vous le savez.
AURORE BERGÉ
Mais ce n'est pas tant qu'on a renoncé au vote parce que le fait est qu'on a acté, malheureusement, qu'il n'y avait pas de possibilité d'aller au vote après des heures et des heures et des heures de débat. On aurait pu renoncer plus tôt dans ces cas-là. On ne l'a pas fait, on a accepté l'idée justement d'aller au bout, d'aller en Commission Mixte Paritaire avec l'Assemblée et le Sénat, de relancer les débats en cette rentrée, sauf qu'à un moment je pense que les Français sont lassés, pour ne pas dire autre chose. Il faut qu'il y ait un budget, il faut qu'il y ait un budget rapidement et puis dans des conditions très claires qu'on a édictées, notamment pour les entreprises, parce que je sais les inquiétudes que ça génère qu'il n'y ait aucune modification fiscale pour les entreprises l'an prochain.
ORIANE MANCINI
Mais quelle est votre préférence juste, pour vous ?
AURORE BERGÉ
Je n'ai pas de préférence entre les deux. Moi le sujet c'est : à un moment, est-ce qu'il y a un esprit de responsabilité quand même qui peut exister au sein de l'Assemblée nationale ? Parce que je pense qu'on entend tous la même chose sur le terrain. On entend tous la même chose, c'est-à-dire que les Français veulent qu'on passe à autre chose et qu'on passe à autre chose vite. Parce que sinon, un certain nombre de projets de loi qui nous tiennent à cœur ne pourront pas être mis en débat à l'Assemblée nationale ou au Sénat, tout simplement parce que tout le temps, le Parlement va être pris par la question budgétaire.
STEPHANE VERNAY
Le Premier ministre a écrit aux entreprises ce week-end, il doit écrire à l'ensemble des parlementaires aujourd'hui. Est-ce qu'il le fera ? Si la décision est déjà prise, ça sert à quoi d'envoyer un courrier aux parlementaires aujourd'hui ?
AURORE BERGÉ
Je pense que c'est une question de respect vis-à-vis de l'ensemble des forces parlementaires. Il y a à la fois des discussions qui se passent, et c'est normal, avec les présidents de groupe, mais s'exprimer à l'ensemble des parlementaires, je pense que c'est utile, à la fois pour expliquer la méthode, la nécessité de la méthode qui aura été retenue, et puis démontrer qu'encore une fois, jusqu'au bout, on a cherché la capacité de compromis. Et d'ailleurs, ce ne sera pas la copie initiale du Gouvernement qui sera prise.
STEPHANE VERNAY
Dans ce courrier, le ministre va apporter quelques précisions ou compléments par rapport aux annonces qu'il a faites vendredi, notamment sur la partie recettes ?
AURORE BERGÉ
Sur la partie fiscale, il s'est exprimé justement vis-à-vis des entreprises dès hier. Et donc là, je crois que les choses, elles ont été clarifiées, parce que vous savez que le vote, il est en deux parties. On vote d'abord les dépenses, et puis ensuite, on vote la question des recettes. Donc sur la question des dépenses, c'est parfois plus facile de se mettre d'accord que sur la question des recettes et la question fiscale. Et nous, ce qu'on voulait, et je crois que c'est la demande majoritaire des Français et des entreprises, c'est la question de la stabilité. En fait, ils en ont marre qu'en permanence, les règles changent. Ils veulent à la fois sortir de la question de l'incertitude, parce que l'incertitude, en économie, elle est mortelle, et donc garantir qu'on ait une stabilité normative, une stabilité réglementaire, une stabilité fiscale. Et c'est ce qu'il a dit hier.
ORIANE MANCINI
Il aura lieu à quelle heure le Conseil des ministres ?
AURORE BERGÉ
Il aura lieu quand il aura lieu.
ORIANE MANCINI
Vous avez bien une heure ?
AURORE BERGÉ
Non, mais il aura lieu rapidement, il aura lieu rapidement.
ORIANE MANCINI
Vous savez ce que vous allez faire aujourd'hui quand même.
AURORE BERGÉ
Je sais à peu près ce que je vais faire aujourd'hui, heureusement.
ORIANE MANCINI
Ce matin, cet après-midi, ce soir ?
AURORE BERGÉ
Il aura lieu dans les prochaines heures, il aura lieu dans les prochaines heures. Et c'est important de toute façon qu'on se réunisse. Et encore une fois, je pense que sincèrement, ce qui compte pour les Français, c'est qu'on passe à autre chose.
ORIANE MANCINI
Mais est-ce que vous croyez qu'il renie sa parole sur le 49.3 ?
AURORE BERGÉ
Mais je pense qu'il n'a pas renié, c'est-à-dire qu'il a passé tout le débat parlementaire…
ORIANE MANCINI
Après avoir martelé "il n'y aura jamais de 49.3", si ce soir il annonce le 49.3…
AURORE BERGÉ
Mais vous avez bien vu quand même que dans tout le débat parlementaire, c'est sans 49.3. Alors qu'il aurait pu à chacun couper les débats parlementaires. Parce que le 49.3, c'est ça. C'est le Gouvernement qui dit : "Écoutez, de toute façon, on voit que ce sera une impasse, donc on coupe les débats et on arrête tout." Ce n'est pas ce qu'il a fait. Jusqu'au bout, on a laissé le débat parlementaire se faire. Quand vous actez l'idée et que les groupes parlementaires eux-mêmes le disent… J'ai entendu La France Insoumise le dire, j'ai entendu le RN le dire, j'ai entendu le groupe des forces républicaines le dire, que de toute façon, il n'était pas possible qu'un vote permette d'adopter le budget. Bon ben, si les groupes eux-mêmes le disent, c'est qu'à un moment, il faut activer l'idée qu'il va falloir faire différemment.
ORIANE MANCINI
Mais est-ce que vous disiez quand même que le 49.3, c'est moins pire que les ordonnances ?
AURORE BERGÉ
Je ne répondrai pas à cette question parce que c'est au Premier ministre d'y répondre. Encore une fois, ce qui compte, c'est quelle sera la copie. La copie, elle sera respectueuse du travail parlementaire parce que ce n'est pas la copie initiale du Gouvernement. C'est une copie qui garantit stabilité fiscale et normative pour les entreprises, ce qui était essentiel. C'est une copie qui fait le choix du travail, la question de la prime d'activité ou la question des allégements de charges.
ORIANE MANCINI
Donc vous approuvez toutes les mesures qu'on a annoncées vendredi ?
AURORE BERGÉ
Mais est-ce que toutes les mesures m'enchantent ? Non, toutes les mesures n'enchanteront pas les oppositions, c'est le principe même d'un compromis. Moi, ce que je veux, c'est surtout, un, qu'on donne un budget au pays, qu'on donne un budget vite au pays, qu'on garantisse la stabilité fiscale et normative, qu'on fasse le choix du travail et qu'on passe à autre chose.
STEPHANE VERNAY
Juste une question technique, si jamais c'était le choix du 49.3 qui se faisait, combien est-ce qu'il y aura de 49.3 ? Et combien de motions de censure à suivre ? Recettes, dépenses, vote final, c'est au moins trois 49.3 à l'Assemblée ?
AURORE BERGÉ
Les motions de censure, vous savez, ce n'est pas à moi de répondre, c'est les groupes d'opposition qui décident de les déposer, donc s'il fallait les déposer…
STEPHANE VERNAY
Mais pour chaque 49.3, il y a potentiellement une motion de censure.
AURORE BERGÉ
Si le 49.3 était engagé et c'est la décision du Premier ministre, alors vous savez que chaque groupe a ensuite le droit de déposer une motion de censure. Donc c'est ce qui se décidera dans les heures qui viennent et c'est aux oppositions de vous répondre.
STEPHANE VERNAY
Mais combien de 49.3 il faudrait ?
AURORE BERGÉ
Ce n'est pas à moi de répondre. C'est juste qu'on puisse, encore une fois, garantir le budget. Ça fait 18 mois qu'on parle du budget avec trois Premiers ministres différents, mais ça fait 18 mois qu'on parle de copies budgétaires et que du coup on n'a pas le temps de parler d'autre chose. Pour moi il y a des choses qui m'importent, quand il y a eu des violences faites aux femmes, quand on parle de loi cadre, la question de la sécurité des Français, la question de la pénitentiaire, sans doute aussi des Français qui sont attachés à la loi sur la fin de vie. Il y a d'autres sujets, je pense, qui mériteraient d'entrer à l'Assemblée nationale et au Sénat.
ORIANE MANCINI
Et le Parti Socialiste qui envisage une non-censure, il le dit par la voix d'Olivier FAURE, par la voix de Boris VALLAUD, le patron du groupe à l'Assemblée, est-ce que vous dites "le pari est gagné" ?
AURORE BERGÉ
On le verra à la fin. En tout cas, ce que je note, c'est qu'on a à la fois un socle, ce socle il est constitué de Renaissance, du MoDem, d'Horizons et des Républicains. Il y a des nuances, vous le savez très bien, mais c'est un socle qui réussit à tenir malgré tout depuis la première formation de ce Gouvernement, c'est-à-dire depuis le Gouvernement de Michel BARNIER, on a réussi à continuer à avancer ensemble et on a un Parti Socialiste qui a pris des engagements et qui les a tenus. Aussi parce qu'en face, le Gouvernement a tenu ses engagements. En termes de transparence, c'est-à-dire on a fait exactement ce qu'on ferait et aussi sur la capacité à aller chercher un compromis.
ORIANE MANCINI
Mais vous qui venez de la droite, vous ne dites pas Sébastien LECORNU, il a trop cédé aux socialistes ?
AURORE BERGÉ
Je dis qu'il fait en fonction des réalités qu'à un moment, faire de la politique, c'est aussi être lucide.
ORIANE MANCINI
Vous ne pensez pas qu'il est allé trop loin sur les mesures ? Il n'est pas trop à gauche ce budget pour vous ?
AURORE BERGÉ
Non, mais comme certains vous diraient, est-ce qu'il est trop à droite ? Parce que ça s'appelle un compromis. Ce n'est pas le budget, sans doute, que les socialistes auraient voté s'ils étaient en majorité absolue. Ce n'est pas le budget qu'on aurait fait adopter si on était en majorité absolue. Personne n'ayant de majorité absolue, ni même relative, il va bien falloir qu'on se fasse à l'idée du compromis politique dans notre pays.
ORIANE MANCINI
Vous n'êtes pas inquiète en ce moment des mesures ?
AURORE BERGÉ
Non, parce que de toute façon, vous voyez bien que, un, sur le budget de la Sécurité sociale, on a quand même réussi à réduire la question du déficit. Alors, oui, j'aurais préféré qu'on aille encore plus loin, mais, on a quand même réduit de plusieurs milliards d'euros le déficit de la Sécurité sociale, donc c'est quand même mieux que l'année dernière. Et là, on a dit une chose très claire, c'est qu'on n'accepterait jamais un budget s'il était au-dessus des 5 % de déficit. Donc on tiendrait cet engagement, qui n'est pas un engagement de circonstances, qui est un engagement absolument nécessaire, aussi en termes de crédibilité sur les marchés financiers. Ce qui veut dire de crédibilité pour les Français, pour demain pouvoir emprunter, parce que ça les concerne très directement.
STEPHANE VERNAY
Il y a des questions d'être à 4,7 %, là où aujourd'hui on est à 5 %, c'était le seuil que s'était fixé Sébastien LECORNU, mais il dépendra…
AURORE BERGÉ
Il sera tenu.
STEPHANE VERNAY
Il sera tenu à condition que la croissance soit bonne cette année.
AURORE BERGÉ
Regardez, l'an dernier, on a tenu exactement ce qu'on avait mis comme objectif en termes de déficit…
STEPHANE VERNAY
Donc, vous n'êtes pas inquiète sur ce point.
AURORE BERGÉ
Donc il n'y a pas de raison qu'on n'y arrive pas. Le principal risque en termes de croissance, encore une fois, c'est que les entreprises renoncent à des investissements, que les entreprises renoncent à recruter, parce que justement, elles se disent qu'il y a un climat d'incertitude tel, qu'elles ne peuvent pas avancer.
ORIANE MANCINI
Mais il est là, ce risque, avec les taxes sur les entreprises qui se…
STEPHANE VERNAY
Sur les grandes entreprises…
AURORE BERGÉ
Là, justement, il n'y aura pas de modifications fiscales par rapport aux règles qui ont été définies l'année dernière. Et je pense que ça, c'est excellent.
ORIANE MANCINI
Ça devait être exceptionnel et elles sont prolongées….
STEPHANE VERNAY
… Sur la contribution.
AURORE BERGÉ
Non, parce que vous savez très bien que c'est un texte qui avait été imaginé par Michel BARNIER pour durer deux ans. Il y a eu une première année…
STEPHANE VERNAY
Deux ans ? Ce n'est pas ce qui a été dit au départ.
AURORE BERGÉ
Deux ans, c'est ce qui avait été dit par Michel BARNIER de manière très claire. Michel BARNIER avait deux ans. Donc il n'y a pas d'évolution fiscale ou normative.
ORIANE MANCINI
Hier, dans Le Parisien, Gabriel ATTAL, le patron de Renaissance, dit qu'on paye encore la dissolution, vous diriez la même chose ?
AURORE BERGÉ
Non, parce que moi je pense qu'il faut surtout passer à autre chose, on ne peut pas être dans le ressentiment par rapport à ce qui s'est produit il y a maintenant 18 mois. En tout cas, je pense que tout ne nous perd pas de ce qui s'est produit au moment de la dissolution. La dissolution, elle était un choix politique du président de la République. On peut le contester, le regretter, on peut considérer qu'il a redonné la parole aux Français. Ça a montré qu'il y avait une fragmentation politique, en effet. Et la question justement qui doit nous être posée par rapport à 2027, c'est face au risque de cette fragmentation politique, est-ce qu'on sait faire ensemble ? Est-ce qu'on sait s'unir ? Est-ce qu'on sait se mettre d'accord sur les conditions justement d'une candidature unique en 2027 ? Ou alors, est-ce qu'on prend le risque de la dispersion absolue ? Et dans ces cas-là, c'est un risque d'effacement politique.
ORIANE MANCINI
Mais il faut qu'il… à la tâche Gabriel ATTAL ?
AURORE BERGÉ
Je pense qu'il faut tous qu'on le fasse. Je pense que c'est la responsabilité d'abord des présidents de partis, évidemment, puisque c'est eux qui peuvent aider à définir les règles, mais je pense que c'est une décision qui doit être collective.
ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il est trop dans le ressentiment vis-à-vis d'Emmanuel MACRON, de la dissolution ?
AURORE BERGÉ
En tout cas, moi ce que je veux, c'est qu'on n'efface pas ce qu'on aura fait pendant les dix dernières années. Parce que moi, je crois que ce qu'on a réussi à faire sur la question internationale et européenne en particulier, sur la question du travail et la réduction du chômage de masse, sur la question de l'innovation, on a des choses qu'on a réussi à faire. Est-ce qu'on a tout réussi ? Est-ce qu'on a tout transformé ? Non, on doit continuer et on doit aller plus loin. Par contre, si on veut avoir l'espoir de pouvoir continuer à faire vivre des idées politiques, ça suppose un socle commun, ça suppose une candidature unique, ça suppose du rassemblement. À défaut, ce sera l'effacement politique et on laissera les Français avoir le choix entre l'espèce de tenaille identitaire, du RN d'un côté, de La France Insoumise de l'autre. Il faudra vivre avec.
STEPHANE VERNAY
Ça fait partie des choses que vous allez afficher pour les prochaines municipales. Vous étiez à Bordeaux en décembre, à Nantes la semaine dernière pour soutenir des candidats. Comment est-ce que vous allez vous impliquer dans cette campagne ?
AURORE BERGÉ
Autant que les candidats le souhaiteront évidemment. Donc j'étais à Bordeaux, c'est un candidat Renaissance, mais qui a réussi aussi à faire l'union avec l'ensemble du centre et de la droite. À Nantes, c'est un candidat des Républicains, mais qui a réussi à faire là aussi l'union du centre et de la droite. Et je pense que c'est comme ça qu'il faut qu'on réussisse à fonctionner. Parce que les exemples en plus de Bordeaux et de Nantes sont des villes qui ont malheureusement été abîmées, notamment sur les questions d'insécurité singulièrement à Nantes. Et donc on a besoin face à ça pour gagner de se réunir. C'est un principe assez basique en politique de se dire que c'est en se réunissant qu'on peut gagner.
STEPHANE VERNAY
En fait, il y a beaucoup de villes où il y a une vraie union comme ça entre le centre et la droite républicaine ?
AURORE BERGÉ
Oui, écoutez, j'étais à Rennes. Il y a aussi une union qui a été rendue possible. Lille, avec Violette SPILLEBOUT, elle a réussi. Annecy avec Antoine ARMAND il a réussi. J'espère qu'à Strasbourg, on réussira aussi parce qu'aujourd'hui, il y a des candidats qui sont dispersés. Et je pense que c'est notre responsabilité d'y arriver. Parce qu'encore une fois, si on veut réussir l'alternance dans ces villes, c'est une alternance qui doit se faire en étant unis. Parce que sinon, on donne le sentiment de ne pas savoir exactement où on veut aller, comment on veut se comporter, avec qui on veut gouverner demain. Et donc, on risque de donner une prime aux sortants. Si on ne veut pas donner une prime aux sortants, il faut être réunis.
ORIANE MANCINI
Sauf que dans beaucoup de ces villes, de grandes villes, Renaissance soutient des candidats qui ne sont pas issus de Renaissance. Est-ce que vous le regrettez ?
AURORE BERGÉ
Écoutez, ce n'est pas moi qui ai organisé les élections municipales pour le parti, je n'en suis pas la présidente.
ORIANE MANCINI
Vous n'auriez pas fait la même chose ?
AURORE BERGÉ
En tout cas, moi ce que je veux, c'est qu'il n'y ait pas le risque de l'effacement. On a des grands partis politiques qui, malgré des défaites très importantes dans les élections présidentielles, le Parti Socialiste ou Les Républicains ont survécu. Ils ont survécu, pourquoi ? Parce qu'ils avaient une base arrière. Et la base arrière, c'est quoi ? Une base arrière municipale, départementale, régionale.
ORIANE MANCINI
Que vous n'avez pas aujourd'hui.
AURORE BERGÉ
C'est pour ça que nous, on doit impérativement construire cela. Construire des alliances au niveau local pour venir à garantir d'avoir des élus locaux, d'avoir, je l'espère, des maires et ne pas prendre le risque de la division. Vous le savez très bien, moi, je regrette par exemple à Paris qu'on ne soit pas unis à la candidature de Rachida DATI. Parce que je pense qu'elle peut gagner et je pense que Paris a besoin d'alternance.
ORIANE MANCINI
Donc vous regrettez que Renaissance ait soutenu, soutienne…
AURORE BERGÉ
J'ai dit que je soutenais celle qui est à la fois ma collègue au sein du Gouvernement, qui soutient par ailleurs le président de la République, qui d'ailleurs a réussi une part d'union, parce qu'il y a aussi des maires Horizons qui la soutiennent et il y a d'ailleurs un certain nombre de nos parlementaires, je pense à Sylvain MAILLARD ou mon collègue Benjamin HADDAD qui la soutiennent. Donc je pense que, encore une fois, si on veut gagner, il faut savoir se réunir derrière ceux qui portent le mieux l'étendard nos valeurs. À Paris, c'est Rachida DATI.
ORIANE MANCINI
Qui porte plus de nos valeurs que Pierre-Yves BOURNAZEL.
AURORE BERGÉ
En tout cas c'est celle qui peut gagner et c'est celle qui avait déjà réussi une part de l'union importante en embarquant avec elle un certain nombre de personnalités issues tant du MoDem, puisque le MoDem la soutient, que d'une partie d'Horizons et une partie des membres de Renaissance.
ORIANE MANCINI
Est-ce qu'elle doit quitter le Gouvernement dès maintenant ? Elle a dit qu'elle quitterait avant les municipales, il est temps qu'elle le fasse dès à présent.
AURORE BERGÉ
C'est une décision qui appartient, pour le coup, au président de la République et au Premier ministre et à eux seuls. Elle a dit très clairement qu'elle ne serait pas en même temps candidate et en même temps ministre de la Culture. Après, le choix du moment où elle devra partir…
ORIANE MANCINI
Là, elle est en même temps en campagne et en même ministre de la Culture
AURORE BERGÉ
On n'est pas encore en campagne officielle, le choix du moment où elle devra partir, c'est le choix…
ORIANE MANCINI
Hier, elle a tenu un meeting, elle est en campagne officielle…
AURORE BERGÉ
Vous savez bien que la campagne officielle, vous en savez bien les règles, vous ici, n'a pas commencé. Donc ça c'est le choix du président de la République et du Premier ministre.
ORIANE MANCINI
Il y a un autre choix de Renaissance qui suscite le débat, c'est celui de soutenir Louis SARKOZY à Menton. Est-ce que vous, vous êtes d'accord avec ce choix ?
AURORE BERGÉ
Moi je n'ai pas d'avis sur le sujet, très honnêtement, moi, je comprends surtout qu'il n'y a pas d'autre candidature à Menton si ce n'est la candidature du Rassemblement National. Donc je crois que les équipes locales qui ont fait ce choix-là ont considéré qu'il fallait soutenir celui qui pouvait battre le Rassemblement national, je crois qu'il a clarifié heureusement ses positions d'ailleurs vis-à-vis de Reconquête et du RN.
ORIANE MANCINI
Donc oui.
AURORE BERGÉ
En tout cas, il faut choisir celui qui permet de gagner face au Rassemblement national.
ORIANE MANCINI
Mais Renaissance, est-ce que ces municipales n'ont pas illustré finalement votre manque d'implantation locale ?
AURORE BERGÉ
Encore une fois, moi je n'ai jamais fait le choix de l'effacement politique et de l'effacement local. J'ai toujours considéré qu'il fallait être présent à l'échelle locale.
ORIANE MANCINI
Donc vous regrettez le choix de Gabriel ATTAL ?
AURORE BERGÉ
Moi j'aurais préféré qu'on soit plus présent à l'échelle locale. Par contre, je vois qu'on a des candidats qui sont très impliqués, que ce soit à Bordeaux, que ce soit à Lille, que ce soit à Annecy. Je vois qu'on a aussi des candidats qui ont réussi à faire l'union et avec lesquels nous sommes particulièrement impliqués. C'est l'exemple de Rennes que je prenais parce que j'y étais encore la semaine dernière. Et puis une possibilité de victoire à Paris parce que moi, je crois que soutenir un membre du Gouvernement qui est candidat, c'est quand même faire le choix de nos valeurs.
STEPHANE VERNAY
Vous évoquiez la nécessité de l'union pour les municipales. Cette nécessité d'union, elle existe aussi pour la présidentielle. Vous militez pour l'organisation d'une primaire du centre pour départager et trouver un candidat unique. Est-ce que c'est possible tant qu'Édouard PHILIPPE refuse toute idée de primaire ?
AURORE BERGÉ
Moi je pense que ce sera nécessaire de toute façon. Ce sera nécessaire parce qu'on a besoin de se donner à nous-mêmes un élan. Et cet élan, vous le donnez quand vous créez un débat autour de vos idées et pas des idées des autres. Là on parle plus finalement de la question du RN et qui peut battre le RN, que de la question de "qu'est-ce qu'on a à présenter comme projet aux Français ?". Le projet qu'on a à présenter aux Français qui doit aussi à la fois démontrer une continuité par rapport à ce qu'on a apporté au pays avec le président de la République et aussi une part de rupture, notamment sans doute sur des enjeux de méthode. Et puis parce qu'encore une fois, la France de 2017, elle ne sera pas la même en 2027. Ce projet politique, on aura intérêt à le porter ensemble. Et de toute façon, on sait très bien la conséquence si on est dans l'incapacité de le porter ensemble. C'est qu'aucun ne sera qualifié au second tour. Donc on aura ce duel-là. Ce duel-là entre le RN et LFI, ce ne sera pas de la science-fiction, ce ne sera pas de la politique-fiction, c'est malheureusement ce qu'on présentera aux Français et on en sera comptable. On en sera comptable si on n'a pas réussi avant à réaliser l'union et à s'en donner les moyens.
STEPHANE VERNAY
Une primaire au centre, si jamais ça devait se décider, ça se décide quand ? Après les municipales ?
AURORE BERGÉ
Au lendemain des municipales, je pense, avant l'été en tout cas, ça me paraît essentiel.
STEPHANE VERNAY
Et s'il y en a une, vous serez vous-même candidate à cette primaire ?
AURORE BERGÉ
Moi, je fais déjà tout le nécessaire pour que cette primaire puisse exister, pour qu'on puisse parler, pour qu'on puisse dialoguer, pour qu'on puisse être réuni à la même pièce et qu'on avance. Et les municipales démontreront sans doute que, là où on a fait le choix de l'union, peut-être que c'est là où il y a les victoires qui sont au bout du chemin. Là où on a fait le choix de la désunion, c'est un risque important. Donc il faudra qu'on en tire des enseignements.
ORIANE MANCINI
On va parler de la lutte contre les discriminations, Stéphane.
STEPHANE VERNAY
Oui, vous avez lancé l'opération "Talents de France" à La Réunion en décembre, en Bretagne la semaine dernière. En quoi est-ce que ça consiste, en quelques mots ?
AURORE BERGÉ
Pendant longtemps, la lutte contre les discriminations, ça a été une logique de segmentation. Et moi, je ne pense pas qu'il faille faire ça. Je pense qu'il faut une réponse, qu'il y ait une réponse vraiment républicaine. Et la réponse républicaine, c'est quoi ? C'est de dire qu'on a un gâchis humain aujourd'hui, parce qu'on a des talents qui restent à la porte. On a une aberration économique parce que les entreprises nous disent : "On est en pénurie. Des secteurs qui sont stratégiques sur des secteurs de souveraineté". Et donc, je pense que c'est aussi d'ailleurs une réponse politique par rapport à ce qu'on disait sur le RN et La France Insoumise. C'est-à-dire que vous avez d'un côté La France Insoumise qui dit à un certain nombre de Français : "La République ne veut pas de vous. La République doit démontrer au contraire qu'elle a besoin de tous les talents". Et puis, vous avez de l'autre côté le RN, qui considère qu'à un moment, il faudrait faire le tri. Moi, je pense qu'il ne faut pas faire de tri, mais qu'il faut donner à chacun les conditions de réussir. Donc, c'est ça, "Talents de France". Et puis, ce n'est pas pointer les entreprises du doigt, c'est faire avec elles. C'est de dire : "On va embarquer, dès le début", c'est ce que je lancerai dans quelques minutes presque, au Conseil économique et social avec 400 entreprises qui ont accepté de nous accompagner de manière justement à faire ensemble, comment on change les méthodes de recrutement, comment on le fait notamment d'un point de vue territorial, qu'on soit dans un quartier prioritaire ou qu'on soit dans le plus petit village rural, qu'on soit en Hexagone ou qu'on soit en Outre-mer, de manière à ce que tous les talents trouvent leur place dans notre pays uniquement en fonction de leurs compétences et pas en fonction de critères qui ne devraient jamais avoir leur place, que ce soit le sexe, que ce soit le prénom, le nom de famille, l'origine sociale ou l'adresse.
STEPHANE VERNAY
Justement, sur ce point particulier, vous allez lancer, vous êtes en train de lancer un grand testing, 16 000 CV où vous allez répondre à 4 000 véritables offres d'emploi en faisant varier quelques critères pour voir si effectivement... essayer d'objectiver les discriminations sur les prénoms, sur l'adresse.
AURORE BERGÉ
En permanence, on se renvoie des éléments de ressentiment.
STEPHANE VERNAY
Qu'est-ce que vous entendez ?
AURORE BERGÉ
Ceux qui pensent qu'il n'y a plus rien sur la question des discriminations, qu'on a tout fait, qu'il faudrait passer à autre chose, ceux qui considèrent qu'au contraire, on n'en a pas fait assez et donc qui voudraient qu'on critérise. On fait quoi ? On objective et on mesure. C'est le premier départ.
STEPHANE VERNAY
Qu'est-ce que vous pensez pouvoir mettre en évidence avec cette opération-là ?
AURORE BERGÉ
Moi, je ne préjuge pas des résultats avant d'avoir lancé. Par contre, ce que je sais, c'est que l'État ne l'a jamais fait et ne l'a jamais fait dans cette ampleur. Des associations s'en sont emparées, mais pas l'État. Et là, on le fait avec un laboratoire de recherche qui est indépendant. 16 000 CV qui vont être créés de manière à répondre en plus à des offres d'emploi existantes. Ce n'est pas du CV spontané qui, parfois, pourrait faire en sorte qu'il soit plus facilement écarté. 4 000 offres d'emploi dans vingt secteurs d'activité différents. Avec quatre critères : le sexe, est-ce qu'un homme ou une femme est plus défavorisé en fonction de l'emploi ? La question du prénom qui dit parfois aussi beaucoup d'une origine sociale, la question du nom de famille et la question de l'adresse. Et ça, je pense que c'est aussi un domaine de réconciliation. Ne pas opposer d'un côté les quartiers prioritaires de la politique de la ville, et là, la ruralité. Parce qu'en fait, il y a parfois les mêmes difficultés, les mêmes empêchements sur l'accès à l'information, notamment, sur les questions de mobilité, sur les questions de logement, sur la question de la circulation de l'information. Sur le fait qu'on a parfois l'impression que pour réussir, il faudrait forcément partir, quitter son quartier, quitter son village, quitter l'Outre-mer pour venir en Hexagone. Et donc, c'est aussi ça dont on doit parler.
ORIANE MANCINI
Votre combat, c'est aussi la lutte contre l'antisémitisme. Est-ce que vous avez un bilan chiffré définitif des actes antisémites en 2025 ?
AURORE BERGÉ
Alors, il est en train d'être construit et il sera présenté dans les jours qui viennent. Ce qu'on voit, c'est quoi ? Il y a deux tendances. Il y a à la fois une tendance qui est à la baisse. On recule. Et tant mieux sur les actes antisémites, mais qui ne revient pas au niveau d'avant les attentats de 2023. Donc, oui, on recule. Cette année, en 2025 par rapport à 2024. Mais on n'arrive pas à redescendre par rapport à avant le 7 octobre 2023. Attentats terroristes perpétrés par le Hamas. Je le rappelle, 51 Français ont été assassinés dans l'attentat.
ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur une proposition de loi Stéphane ?
STEPHANE VERNAY
Oui, c'est la députée Caroline YADAN qui a déposé une proposition de loi sur la requalification pénale des actes antisémites à caractère antisémite. Je crois qu'elle commence à être examinée à l'Assemblée cette semaine et demain. Pourquoi cette démarche ?
AURORE BERGÉ
Parce qu'on voit que les attaques antisémites ont changé de nature, que ce ne sont pas les mêmes termes qui sont employés, mais que ce sont les mêmes personnes qui sont visées. C'est-à-dire des Français juifs ou dont on pense qu'ils le seraient ou ceux qui soutiennent tout simplement la lutte contre l'antisémitisme. Et donc, on a besoin de cette requalification pénale. C'est un texte qui est important. C'est un texte que le Gouvernement soutient pleinement. C'est un texte d'ailleurs où elle suit scrupuleusement l'avis du Conseil d'État pour répondre à la question juridique. Mais on le voit bien. On voit bien qu'on a une espèce de nouvel eldorado de l'antisémitisme qui s'appelle l'antisionisme et que derrière l'antisionisme, ça permet malheureusement d'avoir encore plus d'attaques à caractère antisémite. Donc c'est ça qu'on doit réussir à bien qualifier et pour bien le qualifier, il faut changer la loi.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2026