Déclaration de M. David Amiel, ministre délégué chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État, sur une proposition de résolution visant à suspendre toute nouvelle création d'instances administratives pour lutter contre le phénomène d'agencification de l'État et rendre plus lisible le fonctionnement de l'administration française, à l'Assemblée nationale le 22 janvier 2026.

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Intervenant(s) : 
  • David Amiel - Ministre délégué, chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État

Circonstance : Discussion à l'Assemblée nationale d'une proposition de résolution

Texte intégral

M. le président
L'ordre du jour appelle la discussion, en application de l'article 34-1 de la Constitution, d'une proposition de résolution visant à suspendre toute nouvelle création d'instances administratives pour lutter contre le phénomène d'agencification de l'État et rendre plus lisible le fonctionnement de l'administration française (no 2206).

(…)
La discussion générale est close.
La parole est à M. le ministre délégué chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État.

M. David Amiel, ministre délégué chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État
La situation des agences est connue et documentée. Les agences sont créées pour accélérer l'action publique et en combler des angles morts, mais leur multiplication crée parfois un paysage morcelé. Certains orateurs ont ainsi dénoncé l'émiettement de l'action publique, le fait que certaines agences se contredisent ou entrent en concurrence dans leurs recrutements et leur mobilisation de l'expertise publique, les difficultés à évaluer leurs actions, la perte générale de lisibilité. Ces constats nous invitent naturellement à des évaluations extrêmement régulières, non par idéologie, mais pour renforcer l'efficacité de l'action publique.

Mme Marie Lebec a rappelé les actions entreprises depuis 2017 pour clarifier, simplifier, évaluer et supprimer les structures qui n'étaient plus efficaces. Depuis l'automne 2025, le gouvernement de Sébastien Lecornu s'est lui aussi employé à corriger les dysfonctionnements de l'organisation de l'action publique chaque fois que cela a été nécessaire.

Plusieurs délégations interministérielles ont ainsi été supprimées ou intégrées aux administrations existantes. La délégation interministérielle aux restructurations d'entreprises a ainsi été intégrée à la direction générale des entreprises (DGE) afin d'assurer un pilotage économique plus direct et plus réactif. De la même manière, la délégation interministérielle aux grands événements sportifs a été intégrée à la direction des sports une fois passés les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Ces décisions produisent des effets immédiats : elles clarifient les responsabilités, raccourcissent les circuits de décision et suppriment les doublons. Parallèlement, nous travaillons à simplifier la communication de l'État pour rendre la parole publique plus lisible et plus sobre. Dans ce cadre, un objectif de réduction des dépenses de communication à hauteur de 300 millions d'euros a été fixé.

Toutefois, ce mouvement de réforme et d'évaluation ne peut se limiter à des décisions ponctuelles. La mission interministérielle État efficace, placée auprès du premier ministre, a donc été créée…

Mme Anne-Laure Blin
Sans parlementaires ni élus !

M. David Amiel, ministre délégué
…pour traiter, au plus haut niveau et de manière transversale, les enjeux de simplification, d'organisation et de performance administratives. L'objectif de renforcement de l'action ministérielle et de l'action publique, pour in fine renforcer l'action au service de l'intérêt général, s'impose à chacun des ministères. En tant que ministre de la fonction publique, j'ai ainsi engagé la réforme des cinq instituts régionaux d'administration (IRA) pour créer un établissement national unique afin de garantir une formation plus cohérente et mieux pilotée des cadres de proximité de la fonction publique.

M. Pierre Cordier
Combien cette réforme nous rapportera-t-elle ?

M. David Amiel, ministre délégué
Il faut cependant éviter les amalgames et les faux débats. La question centrale est celle de l'efficacité de l'action publique et non celle de la dépense publique. Le débat sur l'utilité des agences de l'État porte sur l'organisation de l'action publique, cruciale pour son efficacité. Il est souvent confondu avec un débat sur les politiques publiques sous-jacentes, que ce soit pour les défendre ou les remettre en cause,…

M. Pierre Cordier
Mais pas du tout !

M. David Amiel, ministre délégué
…et ne correspond pas toujours à la réalité budgétaire. À cet égard, je salue les travaux de grande qualité de la commission d'enquête du Sénat sur les missions des agences, opérateurs et organismes consultatifs de l'État, qui nous ont épargné ces mauvaises polémiques. Le rapport de la commission d'enquête apporte une méthodologie solide et des propositions utiles pour rationaliser le paysage institutionnel et clarifier les règles de création de nouvelles structures –? qu'il s'agisse d'agences, d'opérateurs ou de structures mixtes comme les groupements d'intérêt public (GIP).

Mme Anne-Laure Blin
Combien de ces propositions si pertinentes ont-elles été mises en œuvre ?

M. David Amiel, ministre délégué
Lors de la discussion du projet de loi de finances, puis du projet de loi de financement de la sécurité sociale, nous avons longuement débattu des économies budgétaires. Je rappelle que l'État consent aujourd'hui des efforts d'économie massifs et historiques. Le débat porte sur l'efficacité de l'action publique ; j'ai rappelé ce qui avait été engagé depuis 2017 et ce qui a été accéléré depuis cet automne. Cet effort de rationalisation de l'action publique tend à assurer que chaque euro est dépensé de la manière la plus utile pour nos concitoyens.
La proposition de résolution va dans le bon sens, puisqu'elle s'attache à rationaliser l'action publique.

Mme Anne-Laure Blin
À ne créer aucune nouvelle agence ! Pas de haut-commissariat à la diversité et aux diasporas !

M. David Amiel, ministre délégué
Madame la députée, ne serait-ce que pour rapprocher des structures, il faut permettre la création de la structure fusionnée –? je pense que l'objet de la proposition de résolution n'est pas d'empêcher les rapprochements. Elle n'en est pas moins utile, car elle nous incite à travailler toujours davantage pour éviter que l'action publique ne soit émiettée, morcelée, au détriment de la responsabilité démocratique et de l'efficacité publique. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)


source https://www.assemblee-nationale.fr, le 26 janvier 2026