Texte intégral
LAURE CLOSIER
Vous êtes ministre chargé du Logement. Est-ce que ça va enfin être intéressant de réinvestir dans le logement quand on est un investisseur privé ? C'est en tout cas votre promesse ce matin.
VINCENT JEANBRUN
C'est plus qu'une promesse, c'est un engagement ferme. C'est l'engagement du Gouvernement, si effectivement les parlementaires nous donnent un budget cette semaine. Et c'est surtout l'engagement qui a été pris par ce que j'appelle "l'équipe de France du logement", c'est-à-dire le Gouvernement, l'ensemble des professionnels du secteur, de la construction jusqu'aux agents immobiliers en passant par le logement social. Et c'est tous ensemble qu'on a signé autour du Premier ministre vendredi dernier un pacte de relance pour le logement avec des objectifs chiffrés, extrêmement clairs. Deux millions de logements d'ici 2030. Deux millions de logements, c'est considérable, mais c'est un objectif tenable. Tout le monde s'y est engagé. Et d'ailleurs, je veillerai à ce que nous nous réunissions extrêmement régulièrement pour pouvoir avoir un comité de suivi pour que ce ne soit pas juste des paroles en l'air, juste des annonces, mais bien un objectif très, très concret.
LAURE CLOSIER
Donc, il faut rendre ce levier d'investissement intéressant pour les particuliers et pour les institutionnels. Pour ça, exit le statut du bailleur privé dont on a dit beaucoup de mal sur BFM Business en disant que ça ne changerait rien sur les intérêts, les loyers perçus, l'intérêt des propriétaires. C'est un nouveau dispositif que vous proposez. Comment ça va fonctionner ?
VINCENT JEANBRUN
Le plan logement, c'est énormément de mesures. Un choc de confiance pour que le propriétaire soit rassuré. Un choc de simplification pour qu'on construise plus vite. Et vous venez de le dire, un choc fiscal qui permettra aux épargnants français de dire : "Avant j'avais l'impression que ça rapportait plus et que c'était plus sécurisé d'avoir mon argent en épargnant dans un PEA par exemple, plutôt qu'investir dans la pierre." Aujourd'hui, ce choc d'investissement, c'est leur dire un message très clair : "Vous aurez un avantage fiscal conséquent." C'est tellement conséquent qu'entre nous, c'est du jamais vu par rapport à ce qui s'est fait ces dernières années, de sorte que oui, ça va redevenir pleinement utile d'investir dans la pierre et rentable. Pourquoi c'est important ? Parce que le sujet, ce n'est pas tant de faire plaisir aux épargnants, ce n'est pas tant de faire plaisir au monde du logement que de faire en sorte que les Françaises et les Français puissent se reloger à nouveau. Or, on ne dort pas dans un PEA. Donc, il faut réinvestir dans la pierre. Un chiffre tout bête : un quart des familles françaises dorment dans un logement qui est la propriété d'un petit épargnant qui a investi dans un logement et qui le met en location. Donc, c'est considérable de remobiliser cette épargne et c'est pour ça qu'on a mis le paquet. Pour paraphraser les professionnels de l'immobilier, jusqu'ici, le monde du logement était en salle de réanimation. Là, on est en salle de réveil et on va commencer la kiné et on va se remettre debout sur les deux pieds et on va avancer bien fort.
LAURE CLOSIER
Ce choc fiscal conséquent, les investisseurs, ils vous écoutent sur BFM Business. C'est-à-dire que concrètement, vous proposez quoi ?
VINCENT JEANBRUN
On peut y aller. Dites-leur. On y va.
LAURE CLOSIER
Non, mais on y va, mais on gagne combien ? C'est-à-dire qu'il faut que je fasse une ristourne de combien sur mes loyers pour que ça fonctionne ? C'est quoi les conditions de ressources ? C'est quoi ?
VINCENT JEANBRUN
L'idée, c'est de produire du logement partout, pour tous. Ça veut dire que d'abord, on est sur un dispositif qui n'est pas zoné. Vous vous souvenez, le PINEL, on était sur des zones déjà denses, etc.
LAURE CLOSIER
Il faut quand même avoir des locataires, sinon ce n'est pas intéressant.
VINCENT JEANBRUN
Non mais ça veut dire que si vous trouvez le modèle économique, y compris dans la ruralité, pour faire deux, trois logements, ça marche aussi. On arrête de construire tout le temps au même endroit. Là, au fond, le marché était déjà saturé, première chose. Deuxième chose, on veut du logement pour tous. Ça veut dire que ce logement, il doit être abordable. Donc effectivement, les loyers à mettre en face, ils sont plafonnés à trois niveaux : intermédiaire, social, très social. En face de ces loyers plafonnés, vous avez un avantage qui va permettre de produire un abattement. Je ne vais pas être trop technique, mais globalement, vous achetez un bien. Sur la valeur du bien, vous allez pouvoir appliquer ce pourcentage. Ce pourcentage, il est à 3,5% si vous êtes sur de l'intermédiaire, un peu plus si vous êtes sur du social, encore un peu plus si vous êtes sur du très social.
LAURE CLOSIER
Donc, plus vous baissez votre loyer, plus vous gagnez en…
VINCENT JEANBRUN
C'est plafonné, mais vous avez un plafond à 8 000, 10 000, 12 000 euros de cet avantage. Donc, prenons le plafond maximum 8 000 euros. Vous avez des revenus qui arrivent grâce aux loyers que vous percevez. Ces loyers, vous les minorez dans votre déclaration d'impôts avec les charges. C'est déjà le cas aujourd'hui. Et vous les minorez en plus de ce plafond. Si on prend un loyer intermédiaire, on a un plafond de 8 00 euros. Imaginons qu'à la fin, il vous reste 6 000 euros. Ça vous fait 6 000 moins 8 000 d'abattement. Il vous reste moins 2 000. Ces 2 000, vous pouvez les mettre en abattement sur votre revenu global, c'est-à-dire même parfois pouvoir changer de tranche d'imposition grâce à ça.
LAURE CLOSIER
Grâce à ça. Ça, c'est sur le neuf.
VINCENT JEANBRUN
C'est sur le neuf. Et vous avez la même logique sur l'ancien à condition effectivement de réaliser des travaux. C'est-à-dire que vous avez le prix d'acquisition plus un pourcentage de travaux qui est pour le moment de 30%. Et si vous réalisez cet achat à plus 30 % et que vous louez à des tarifs, comme je l'ai évoqué, intermédiaires-social, très social, vous avez là aussi la possibilité de faire cet abattement. Ça veut dire que si vous calculez bien votre coût, et c'est là où il faut que l'investisseur comprenne bien son marché, c'est sûr, mais pour ça, il sera accompagné par les agents immobiliers, par le secteur bancaire, pour faire en sorte de pouvoir vraiment investir. Et cela a un impact très, très fort sur son reste à charge et donc sur sa fiscalité.
LAURE CLOSIER
Sur l'ancien, vous dites, pour l'instant, de 30% du prix d'achat pour les travaux. Ça paraît beaucoup aujourd'hui à certains commentateurs, notamment à cause de Ma Prime Rénov' qui a été quand même beaucoup réduite. Est-ce que c'est possible ? 30 % du montant d'un bien, ça fait beaucoup de travaux quand même ?
VINCENT JEANBRUN
En fait, ça dépend vraiment du prix d'achat au départ. Puisque si vous n'achetez pas très cher, 30 %, vous pouvez l'atteindre très vite, d'une part. Deuxièmement, Ma Prime Rénov', pardon, je m'inscris en faux totalement, on a défendu âprement le budget de Ma Prime Rénov' et donc pour le budget 2026, Ma Prime Rénov' est consolidée, le budget est totalement mobilisé et justement, Ma Prime Rénov' a été énormément reconcentrée sur la rénovation globale, c'est-à-dire la rénovation complète du logement. Avant, vous aviez beaucoup plus de petits gestes, on pouvait faire un point, l'isolation ou le toit. Là, c'est la rénovation globale qui est prioritairement financée, ce qui signifie qu'atteindre les 30 % et être soutenu par Ma Prime Rénov', c'est tout à fait possible et c'est d'ailleurs l'objectif.
LAURE CLOSIER
Il y avait une sorte d'engorgement quand même des dossiers en cours et que du coup, ça allait être compliqué pour ceux qui arrivaient sur le marché.
VINCENT JEANBRUN
Ce n'est pas la même chose. Il y a eu quelques difficultés les années précédentes. Aujourd'hui, on est dimensionné pour lutter contre la fraude, c'est un des problèmes. On a dimensionné le budget pour pouvoir être capable d'absorber le stock, c'est un stock important de dossier, à peu près 80 000, et puis surtout le flux entrant. Et je vous annonce ce nouveau statut fiscal sur le neuf comme sur l'ancien avec Ma Prime Rénov' qui sera évidemment dimensionnée pour.
LAURE CLOSIER
Donc tout ça, c'est ce qui est dans le budget, donc ça va être mis en place. Il y a après ce plan…
VINCENT JEANBRUN
Il nous reste quelques motions de censure, il faudra juste que les parlementaires, comme nous, ils ont envie qu'on relance le logement en France, accordent leur confiance au Gouvernement jusqu'à la fin de la semaine.
LAURE CLOSIER
Le plan logement que vous lancez, c'est un autre point. Là, vous avez décidé aussi d'accélérer avec des promesses d'assouplissement réglementaire et normatif. Votre modèle, c'est Notre-Dame ou les Jeux Olympiques. Concrètement, qu'est-ce qu'on va avoir derrière cet assouplissement ?
VINCENT JEANBRUN
Je le disais, il y a le choc d'investissement, on en a parlé, le choc de simplification, un choc de confiance. Dans le choc de simplification, il faut s'inspirer de ce qui a fonctionné. On est déjà les mieux-disants au monde en termes de normes et l'idée, ce n'est pas de diminuer la qualité de ce qu'on construit, mais peut-être arrêter de remettre des normes sur des normes. Donc la première des simplifications, c'est arrêter de rajouter de la complexité, d'une part, et deuxièmement, s'inspirer des Jeux Olympiques en matière de logement. Là, c'est toutes les procédures administratives qui sont compressées. Et puis, le "Notre-Dame" de la construction, c'est-à-dire aller au plus simple dans, là aussi, les démarches pour les matériaux utilisés, pour les procédures, pour être dans l'efficacité du résultat et non pas dans l'anticipation. Ce que je veux dire, par exemple, c'est qu'avant, il faut démontrer sur des plans que vous respectez telle norme d'isolation. C'est un peu le modèle d'aujourd'hui. Demain, c'est : on a construit, on teste et on se rend compte que c'est efficace, donc tout va bien.
LAURE CLOSIER
Oui, mais l'un des premiers problèmes, c'est quand même l'accès au foncier. Donc, celle-là, ça ne change rien, sur ce que vous me dites.
VINCENT JEANBRUN
Oui et non. D'abord, parce que quand vous gagnez du temps dans la construction, vous gagnez de l'argent. Et quand vous simplifiez et qu'il y a moins d'étapes et moins de procédures, vous gagnez aussi de l'argent. Donc, le produit in fine, il sort moins cher. Et ensuite, sur le foncier, dans le plan logement, il y aura cette volonté d'accélérer de manière très, très forte la reconversion de ce qu'on appelle les friches. Mais quand on dit friches, ce n'est pas une zone désertée, forcément. C'est tout simplement une zone d'activité qui est en perte de vitesse, par exemple. Vous avez aux entrées de villes, partout sur notre territoire, ce qu'on a connu, vous savez, le centre commercial où vous avez…
LAURE CLOSIER
C'est quoi ça ? C'est les zones moches ?
VINCENT JEANBRUN
Non, mais les zones d'activité. Et aujourd'hui, à l'heure où on se fait livrer la moitié de nos produits, on peut reconvertir ces zones qui sont déjà artificialisées et en faire des véritables morceaux de villes avec des commerces, des équipements publics et du logement.
LAURE CLOSIER
Dernier point, il nous reste quelques instants. Promesse d'un rééquilibrage des rapports locatifs. Là, qu'est-ce que vous voulez faire précisément ?
VINCENT JEANBRUN
C'est ce que j'appelle le choc de confiance. Il ne s'agit pas simplement de rendre rentable l'investissement dans la pierre, il faut aussi que le propriétaire se dise : " je ne veux pas être victime de squat, je ne veux pas être victime d'impayés à répétition ". Et donc, il faut faire en sorte que le propriétaire ait totalement confiance dans le fait qu'il pourra jouir de son bien. Pour ça, on travaille à effectivement ce rééquilibrage entre le locataire et le propriétaire.
LAURE CLOSIER
Le locataire a trop de droits aujourd'hui.
VINCENT JEANBRUN
Ce n'est pas ce que je dis, mais on garantit les droits du propriétaire sur le fait de pouvoir jouir de son bien. Et je souhaite aussi qu'on garantisse les droits des locataires. Je pense notamment au fait de lutter contre les logements insalubres. Il y en a beaucoup trop dans notre pays, d'ailleurs aussi bien dans le parc privé que social. Et par ailleurs, vous avez un problème, c'est les barrières à l'entrée dans le monde locatif. Aujourd'hui, même quand vous gagnez bien votre vie, on vous dit : " Il faut trois fois votre salaire, il faut quatre fois le prix du loyer ", puis il faut des cautions, etc. Je suis assez inspiré par un modèle canadien qui a baissé les contraintes des deux côtés. On rentre beaucoup plus facilement, il y a moins de barrières à l'entrée, les locataires trouvent plus facilement à se loger. En revanche, la contrepartie, c'est qu'on dit au propriétaire : "S'il y a un mauvais comportement du locataire, dans ce cas-là, fin de contrat et effectivement la personne est mise dehors".
LAURE CLOSIER
Mais il y a au total 3% d'impayés et 10% des dossiers seulement de ces 3% vont aux tribunaux. Est-ce que quand on dit ça, quand on dit qu'on va simplifier les relations entre le locataire et le propriétaire, ça ne sert pas finalement à faire payer plus d'assurances alors qu'il y a très peu de cas où c'est vraiment litigieux ?
VINCENT JEANBRUN
Vous savez, il y a quand même quelques cas emblématiques.
LAURE CLOSIER
Quand ça arrive, c'est l'enfer, ça on est d'accord.
VINCENT JEANBRUN
Quand on parle de confiance, je pense qu'il ne s'agit pas de regarder le stock, il s'agit de regarder les symboles. Moi, j'ai été maire pendant dix ans de ma commune de L'Haÿ-Les-Roses. J'ai eu dans le hall de la mairie, j'ai eu dans mon bureau des retraités qui avaient pour seul complément de retraite un petit appartement et le loyer leur permettait de vivre dignement.
LAURE CLOSIER
Oui, mais les symboles, c'est de l'émotion, ce n'est pas de l'information.
VINCENT JEANBRUN
Oui, sauf que quand on parle de confiance, et je pense que sur BFM Business, on sait à quel point les marchés et la consommation dépendent de la confiance des consommateurs. Si on veut relancer l'envie des Français à investir dans la pierre, il faut aussi qu'on soit en capacité de leur dire : " vous pourrez jouir de votre bien et vous ne serez pas spoliés par des impayés, par des squats à répétition ". Tout ça est un tout, mais vous avez raison de le dire, il ne s'agit pas d'être…
LAURE CLOSIER
En réalité, ça se passe bien, souvent.
VINCENT JEANBRUN
Dans la très grande majorité des cas, ça se passe bien et donc c'est pour ça qu'on dit aux Français : " investissez dans la pierre ". On a fait ce qu'il fallait. L'équipe de France du logement est au rendez-vous. J'espère que vous le serez aussi.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 janvier 2026