Texte intégral
MAUD BREGEON
Bonjour à tous.
OLIVIER BOY
La France a donc un budget. "Il est temps de passer à autre chose", voilà ce qu'a dit hier soir le Premier ministre Sébastien LECORNU. Vous allez nous dire donc quelles sont maintenant les priorités du Gouvernement et surtout nous dire si on a tort, peut-être, de penser que rien ne pourra se faire d'ici la présidentielle. Mais avant cela, vous avez écouté attentivement, vous aussi, la chronique de François LENGLET : "À trop protéger, les jeunes, on ne leur rend pas service." Pourquoi est-ce que vous avez retoqué cette idée du MEDEF d'un "CDI jeune" avant même qu'il ait eu le temps, quelque part, de vous en parler ou de le défendre ?
MAUD BREGEON
Il faut protéger la jeunesse, il faut surtout les encourager. Et les encourager, ça consiste à faciliter leur arrivée sur le marché du travail. C'est ce qu'on a fait depuis 2017 avec la mise en place de dispositifs de formation, avec l'augmentation des apprentis. Vous savez qu'on a presque un million d'apprentis en France et ça, c'est une vraie réussite. Pour autant, et pour en revenir à la question de la proposition du MEDEF qu'on a découverte dans la presse, j'invite le MEDEF à aller échanger avec les partis politiques. Côté Gouvernement, nous estimons…
OLIVIER BOY
C'est un coup bas de le faire sans vous prévenir comme ça dans la presse ?
MAUD BREGEON
Non, non, non, non, je dis juste qu'on découvre ça et on n'a pas d'autres commentaires à faire si ce n'est de dire qu'on n'est pas certain que le nivellement par le bas aide les jeunes à entrer sur le marché du travail.
OLIVIER BOY
C'est-à-dire la logique de dire : si on peut licencier plus facilement un jeune, même s'il n'est pas bien formé, s'il est en dehors de l'emploi, on le prend, on peut s'en séparer plus facilement, mais en échange on va le former. C'est une logique qui peut s'entendre.
MAUD BREGEON
La question du chômage des jeunes, c'est une vraie question.
OLIVIER BOY
1 400 000 jeunes sans emploi, sans formation aujourd'hui, qui sont en dehors du circuit.
MAUD BREGEON
Et donc la question qu'on doit se poser c'est : comment est-ce qu'on facilite leur entrée sur le marché du travail ? Il y a une question posée sur l'orientation et l'orientation scolaire, qui est une évidence. Comment est-ce qu'on propose des dispositifs de formation, des études, qui soient en lien, si je puis dire, avec les besoins du marché du travail ? Comment est-ce qu'on facilite leur intégration dans les entreprises ? Comment est-ce qu'on facilite les mobilités ? Mais ce n'est certainement pas en dégradant leurs conditions de travail au sens large qu'on va améliorer et faire diminuer le taux de chômage des jeunes.
OLIVIER BOY
Est-ce que vous êtes fâchée avec les patrons en ce moment ? Patrick MARTIN qui estime qu'il n'y a qu'eux qui paient pour le budget adopté hier.
MAUD BREGEON
Absolument pas et je peux venir ce matin à vos micros en disant une chose simple : pour 99,9 % des entreprises, le cadre fiscal sera stable. C'est-à-dire qu'il sera le même en 2026 qu'en 2025. Il y a sûrement des chefs d'entreprise qui nous écoutent ce matin, de TPE, de PME, d'ETI, des commerçants, des entrepreneurs : leurs impôts n'augmenteront pas en 2026 par rapport à 2025.
OLIVIER BOY
Il y a peut-être Bernard ARNAULT qui vous écoute également, le patron de LVMH, sur RTL. Lui, il a dit, je cite : "Taxer un maximum les entreprises, ça crée du chômage". Vous lui répondez quoi, à Bernard ARNAULT qui vous écoute ?
MAUD BREGEON
Je réponds d'abord que le chômage a baissé depuis 2017 et ce sous l'impulsion de la politique menée par le président de la République et par les Gouvernements successifs. Ensuite, un budget, c'est des choix. On a fait le choix, d'une part, de ne pas augmenter les impôts des Français, des ménages. Les Français qui nous écoutent ce matin ne verront pas l'impôt augmenter en 2026, je pense que c'est très important pour beaucoup de familles françaises. Ensuite, encore une fois, pour 99,9 % des entreprises, la fiscalité n'augmentera pas. Est-ce qu'on demande un effort spécifique à environ 300 entreprises ? La réponse est oui.
OLIVIER BOY
Il est assez solidaire, Bernard ARNAULT, selon vous ?
MAUD BREGEON
Je ne me permettrais pas ce type de critique. Je veux expliquer ici pourquoi est-ce qu'on le fait. On le fait parce qu'encore une fois, il fallait réduire le déficit et ce déficit sera maintenu à 5 %, et parce qu'il fallait investir dans des politiques absolument essentielles. Je prends notamment l'exemple du réarmement militaire avec 6,5 milliards de plus pour les moyens des armées l'année prochaine et on voit bien, vu le contexte international qu'on traverse, que c'est absolument nécessaire.
OLIVIER BOY
Est-ce que c'est l'ultime échec d'Emmanuel MACRON d'avoir aussi perdu le soutien des patrons ?
MAUD BREGEON
Je ne crois pas que le président de la République ait perdu le soutien des patrons. Et je crois que le président de la République a fait beaucoup, beaucoup, pour les entreprises depuis 2017. On lui a d'ailleurs souvent reproché d'être trop "pro-business", de trop donner aux entreprises.
OLIVIER BOY
C'est-à-dire que les classes populaires lui disaient qu'il était le "Président des riches" ; s'il perd aussi les patrons, il a tout perdu de son soutien politique.
MAUD BREGEON
Si j'écoute une partie de la gauche, La France Insoumise, le président de la République, encore une fois, a été bien trop "pro-business", bien trop allant dans son rapport avec le monde économique et avec les entreprises. La réalité, c'est qu'on est le pays le plus attractif d'Europe depuis cinq ans, c'est que la croissance française tient, que l'économie française tient, que le chômage a baissé, encore une fois. Je sais que ce n'est plus vraiment à la mode de dire du bien du président de la République et de la politique menée depuis 2017, mais sur ce plan-là, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Emmanuel MACRON a mené et mène une politique économique qui a permis de tirer l'économie française vers le haut.
OLIVIER BOY
Alors, la France a donc un budget. Sébastien LECORNU, je le disais en amorce... mais je vous cite cette phrase, une confidence que j'ai lue dans L'Opinion, je cite : "Je n'ai pas d'argent, je n'ai pas de majorité et je n'ai pas de temps." Ça veut dire qu'il ne va rien se passer jusqu'en 2027, si on essaie de comprendre cette phrase ?
MAUD BREGEON
C'est vrai qu'on est dans un contexte extrêmement difficile. Ce serait plus simple s'il y avait un déficit à 2 % et une majorité avec 380 députés à l'Assemblée nationale. Pour ça, il aurait fallu gagner les élections, il ne me semble pas que ça ait tout à fait été le cas.
OLIVIER BOY
Donc, il ne va rien se passer ?
MAUD BREGEON
Le Premier ministre, pardon, dit une chose très simple et qui est de bon sens : il y a ce qui peut attendre 2027 – et il y aura des débats à la présidentielle, que personne ne s'inquiète – et il y a l'urgence. Et l'urgence, ça ne peut pas attendre 2027. Quand on parle de la souveraineté, de notre indépendance en matière d'énergie, en matière d'agriculture – on a vu les agriculteurs défiler dans les rues ces derniers mois –, en matière de réarmement militaire face au contexte international, entre les États-Unis, la Russie, ce qui se passe en Ukraine... Ça, ça ne peut pas attendre.
OLIVIER BOY
Sur les agriculteurs, vous le citez vous-même, Emmanuel MACRON, il les voit, les agriculteurs, aujourd'hui à Vesoul, en Haute-Saône. Est-ce qu'il va pouvoir leur dire, les yeux dans les yeux, que le Mercosur ne va pas s'appliquer en attendant que ça passe devant la justice européenne ?
MAUD BREGEON
Le président de la République a une position très claire et constante sur le Mercosur. Il a demandé un report, il l'a obtenu. Il a posé sur la table des exigences, il en a obtenu certaines. On oublie de le dire, mais ce traité a considérablement évolué sous l'impulsion de la France.
OLIVIER BOY
Mais Ursula von der LEYEN a dit que peut-être ça va s'appliquer en attendant l'arrêt de la Cour de justice.
MAUD BREGEON
Et ensuite, nous avons voté contre, puis le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l'Union européenne, ce qui devrait suspendre le processus d'adoption de ce traité.
OLIVIER BOY
Ça va être le cas ou pas ?
MAUD BREGEON
C'est un vote démocratique, Ursula von der LEYEN doit respecter le vote du Parlement.
OLIVIER BOY
Parlons maintenant du remaniement. On en parle de ce remaniement, il a été annoncé. C'est pour quand précisément ? Quand est-ce que vous allez changer les têtes du Gouvernement ?
MAUD BREGEON
Je vais vous faire une réponse convenue comme toute bonne porte-parole du Gouvernement : c'est une affaire qui est entre les mains du président de la République et du Premier ministre. Donc je n'ai pas…
OLIVIER BOY
Prochaines heures, prochains jours ?
MAUD BREGEON
Écoutez, ce sera, je pense, dans les jours à venir. Mais je n'ai pas plus d'informations à donner ce matin, encore une fois. Ce qui compte, vous l'avez dit, c'est qu'on puisse avancer sur les sujets qui touchent au quotidien des Français.
OLIVIER BOY
Alors un cas en particulier : est-ce que Gérald DARMANIN doit rester au Gouvernement, selon vous ?
MAUD BREGEON
Gérald DARMANIN est un très bon ministre de la Justice, qui a fait bouger les lignes, vous le savez, notamment sur la question des prisons, notamment sur la question du narcotrafic, sur les prisons de haute sécurité, on en a beaucoup parlé.
OLIVIER BOY
Je vous dis ça parce qu'en fait, on a en tête cette phrase de Sébastien LECORNU le 8 octobre : "L'équipe devrait être complètement déconnectée des ambitions présidentielles pour 2027." Or, ce week-end, Gérald DARMANIN a dit qu'il y songeait, qu'il s'en sentait capable. Il est hors consigne ?
MAUD BREGEON
Gérald DARMANIN n'est pas candidat à l'élection présidentielle…
OLIVIER BOY
Enfin, quand il dit qu'il songe et qu'il va s'engager dans la campagne il fait de la politique nationale…
MAUD BREGEON
Et il n'a pas déclaré sa candidature à l'élection présidentielle. Ensuite, qu'il y ait au sein du Gouvernement des personnalités politiques qui refusent une chose simple, un second tour entre La France Insoumise et le Rassemblement National en 2027, c'est plutôt sain.
OLIVIER BOY
Mais normalement, il devait rester concentré uniquement sur son ministère.
MAUD BREGEON
Il n'est pas candidat à l'élection présidentielle, mais encore une fois, qu'il dise qu'il refuse un second tour entre Monsieur MÉLENCHON et Monsieur BARDELLA, encore heureux.
OLIVIER BOY
Une question d'actualité qu'on vient d'apprendre. Un média annonce que le Gouvernement préconise de doubler les tarifs des transports en commun, que vous souhaitez demander et imposer même aux collectivités de se calquer sur l'inflation, ce qui équivaudrait quasiment à doubler les tarifs. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire là-dessus ? Ça a été évoqué en Conseil des ministres, c'est ce qu'on lit ce matin.
MAUD BREGEON
Alors, non. D'une part, ça n'a pas été évoqué en Conseil des ministres, puisque je suis en Conseil des ministres, et que ce sujet de loi, effectivement présenté par le ministre des Transports, Philippe TABAROT, n'a pas encore été présenté. Il le sera dans les semaines à venir, et le Gouvernement n'ambitionne aucunement de doubler les tarifs des transports en commun.
OLIVIER BOY
Le ticket de métro, le ticket de bus, le ticket de tram, est-ce qu'il va augmenter ?
MAUD BREGEON
Regardez, le ticket de métro, c'est combien aujourd'hui ? 1,95 euro ?
OLIVIER BOY
Un peu plus, 2,40 euros.
MAUD BREGEON
Juste comme ça… Non…
OLIVIER BOY
Si si, 2,40 euros le ticket de métro, à l'unité…
MAUD BREGEON
Si vous le doublez, vous voyez bien que vous impactez d'une part le pouvoir d'achat des Français, et d'autre part, la capacité des gens à utiliser un mode de transport vertueux, parce qu'il est écologique, et parce qu'il est bon pour l'environnement.
OLIVIER BOY
Donc, pas doublement, d'accord, mais est-ce que ça va augmenter ?
MAUD BREGEON
Il y a une question qui se pose, et c'est peut-être à ça dont vous faites référence, c'est : comment est-ce qu'on finance les infrastructures de transport ? Parce que les lignes de train, parce que les lignes de métro, parce que l'intégralité des lignes de transport en commun qu'on utilise, doivent être, encore une fois, entretenues, et tout ça coûte de l'argent. Donc, il y a probablement une réflexion à poser sur le modèle global, mais ce n'est pas aux utilisateurs de le porter par un doublement des tarifs.
OLIVIER BOY
2,55 euros le ticket de métro à l'unité, on vient de le vérifier. Question d'actualité encore, Marine LE PEN qui saura, cet après-midi, la peine que requiert le procureur au procès des assistants parlementaires. Vous, en tant que responsable politique, sans parler même des accusations qui pèsent sur elle, est-ce que vous considérez que c'est normal de la laisser être candidate ? Est-ce que vous préfériez que la bataille se fasse avec celle qui est la cheffe naturelle du premier parti de France aujourd'hui ?
MAUD BREGEON
Il y a la justice et la politique. Et la justice juge en droit, les magistrats appliquent le droit. Et donc, il n'y a pas plus de commentaires à faire sur le déroulé du procès de Madame LE PEN et de ceux que ce procès concerne.
Source : Service d'information du gouvernement, le 4 février 2026