Interview de M. Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à TF1 le 5 février 2026, sur la plateforme de fast fashion SHEIN, les taxes concernant les produits importés, et les défaillances d'entreprise.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Serge Papin - Ministre des Petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat ;
  • Adrien Gindre - Journaliste

Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Serge PAPIN.

SERGE PAPIN
Bonjour Adrien GINDRE.

ADRIEN GINDRE
Après un échec en première instance, l'État va de nouveau demander aujourd'hui la suspension de la plateforme de fast fashion SHEIN, ce sera devant la cour d'appel cette fois. Vous vous attendez à une décision différente. Pourquoi la justice vous suivrait cette fois-ci ?

SERGE PAPIN
Écoutez, il y a dans les arguments de l'appel que l'État a porté un trouble à l'ordre public. Donc compte tenu des ventes de produits qui étaient illicites…

ADRIEN GINDRE
Causées par SHEIN.

SERGE PAPIN
Causées par SHEIN… Donc il nous semble que cet argument est suffisamment solide. Mais au-delà de ça, on va voir ce que va donner l'audience du 5. On a quand même un dispositif, parce que 2026, ça va être l'année de résistance à SHEIN et aux plateformes.

ADRIEN GINDRE
Et pourtant, SHEIN vous a entendu. SHEIN a dit : " On retire les poupées à caractère sexuel, on retire les armes à la vente. "

SERGE PAPIN
Oui, mais justement, ça ce n'est pas satisfaisant, parce qu'il y a une responsabilité de la plateforme qui met en marché et qui pour l'instant n'est pas responsable des produits qu'elle commercialise. Contrairement, il y a deux poids deux mesures. Un magasin physique, quand il met dans ses linéaires des produits, il en est responsable. S'il vend des produits qui ne sont pas conformes, il les retire, on les fait fermer.

ADRIEN GINDRE
Et aujourd'hui, qu'est-ce que vous reprochez à SHEIN ? Vous reprochez toujours à SHEIN de commercialiser des produits non conformes.

SERGE PAPIN
Oui, exactement, parce que c'est un système. La non-conformité est systémique. Et ça, on veut vraiment aller sur ce terrain-là, pour que la responsabilité de cette plateforme qui met en marché les produits et qui ne les contrôle pas, soit reconnue. Et on a une PPL…

ADRIEN GINDRE
Une proposition de loi.

SERGE PAPIN
Une proposition de loi, oui, voilà… qui va être déposée par deux députés qui sont monsieur ESKENAZI et VERMOREL-MARQUES…

ADRIEN GINDRE
Un Socialiste et un Républicain.

SERGE PAPIN
Et qui visent justement à reconnaître cette responsabilité. Et à ce moment-là, ce qui sera intéressant, c'est que les services de la DGCCRF…

ADRIEN GINDRE
Ce qu'on appelle la répression des fraudes.

SERGE PAPIN
La répression des fraudes, exactement… pourraient constater ça. Et à ce moment-là, suspendent la plateforme sans passer par le…

ADRIEN GINDRE
Donc si vous n'êtes pas entendu par la justice, il y aura donc cette proposition de loi qui sera une deuxième possibilité. Je rappelle qu'au 1er mars, Serge PAPIN - c'est important pour ceux qui nous regardent et qui parfois achètent sur SHEIN - il y a l'entrée en vigueur de la fameuse taxe à 2 Euros que vous avez annoncée. Alors juste, pour que ce soit bien clair pour tout le monde, on parle de 2 Euros par catégorie d'articles.

SERGE PAPIN
C'est par catégorie d'articles. Si par exemple vous avez un tee-shirt et une jupe, ça fait 4 Euros.

ADRIEN GINDRE
Et si on achète plusieurs tee-shirts, ça ne rajoute pas 2 Euros à chaque fois.

SERGE PAPIN
Non, voilà. A partir du 1er mars. Et alors, se rajoute à ça, à partir du 1er juillet, la taxe européenne, la taxe douanière, puisqu'il n'y a plus la franchise à 150 Euros qui était celle d'avant donc là maintenant, c'est à partir du 1er Euro. Et ça, ça rentre en vigueur au 1er juillet. Ça va donc s'additionner. Ça fera donc 5 Euros. Et un colis en moyenne, la valeur est de 15 Euros. Donc ça va peser quand même.

ADRIEN GINDRE
Donc il y aura dans quelques mois la taxe française et la taxe européenne qui seront payées à chaque fois. Vous avez dit, il y a quelques jours, Serge PAPIN, il me semble : " Il faut casser la gueule aux Chinois ". Je vous cite, c'était devant des petits patrons notamment. Vous maintenez cette phrase ?

SERGE PAPIN
Non mais écoutez, j'étais dans un contexte privé où je m'adressais à des TPE et des PME qui sont en souffrance. Qui sont en souffrance parce que ces plateformes font une concurrence déloyale. Je me bats.

ADRIEN GINDRE
Vous n'auriez pas dû le dire ?

SERGE PAPIN
J'ai dit que je m'excusais des propos qui n'avaient aucune connotation ni xénophobe ni raciste. J'étais dans un contexte vraiment commercial. Et je me suis exprimé hier au banc sur cette question-là en m'excusant pour les propos.

ADRIEN GINDRE
Mais vous espérez bien que toutes les mesures que vous prenez vont faire diminuer voire s'effondrer le chiffre d'affaires de SHEIN et des ventes en France ?

SERGE PAPIN
Oui, on se protège bien sûr. Il y a une concurrence déloyale. Il faut qu'ils respectent les codes de la consommation. On ne va pas demander à nos commerçants d'être respectueux de l'environnement des consommateurs par rapport aux produits qu'ils mettent en marché. Vous vous rendez compte, rien qu'au niveau de l'environnement, Adrien GINDRE, 600 avions qui livrent l'Europe tous les soirs ; rien qu'à ce niveau-là. Je rappelle qu'on a signé il y a 10 ans la COP21. On ne devrait pas accepter ça.

ADRIEN GINDRE
Justement, en France, Serge PAPIN, on a les chiffres sur 2025, 68 057 défaillances d'entreprises. Il se trouve que c'est un chiffre qui est historique. Est-ce que vous, vous considérez que c'est la vie normale de l'économie ? Des entreprises disparaissent, apparaissent. Il y a de la création, de la disparition. Ou est-ce qu'il revient à l'État d'y mettre un coup d'arrêt ?

SERGE PAPIN
Il faut qu'on ait une mobilisation générale là-dessus. Il faut s'attaquer aux racines du mal. Parce que sur ces 70 000 défaillances, il y en a un quart qui sont dus à des délais de paiement qui ne sont pas respectés. Donc là aussi…

ADRIEN GINDRE
Donc c'est par exemple une grande entreprise qui ne paie pas ses sous-traitants, ces PME à temps ?

SERGE PAPIN
C'est à peu près 17 milliards qui sont concernés et plus de 20 000 entreprises. Donc, ça veut dire qu'il faut qu'on ait une loi pour déplafonner les sanctions sur le non-respect des délais de paiement. C'est en cours. Le sénateur RIETMANN de la Haute-Saône porte ce projet de loi. Je vais le soutenir.
Et deuxièmement, il faut qu'il y ait une mobilisation aussi de tous les services de l'État. On le peut. Dès qu'on a des signaux d'alerte, aujourd'hui, les services de l'État sont capables avec l'intelligence artificielle de détecter des entreprises qui vont avoir des problèmes. Et donc là, on peut mobiliser tout le monde : les banques, les experts comptables, etc. Je m'en vais demain sur un déplacement aux Meubles GAUTIER, qui sont des bons fabricants de meubles en Vendée.

ADRIEN GINDRE
Français

SERGE PAPIN
Français, bien sûr. Et il y a eu ce cas où ils ont été accompagnés par les services de l'État et on a résolu le problème.

ADRIEN GINDRE
Donc, vous pourrez faire quelque chose. Un petit mot également, Serge PAPIN. Vous avez peut-être vu ce matin, à la Une de nos confrères du Parisien : " Niveau de vie des Français, le grand déclassement ". Il se trouve qu'il y a quelques mois, vous-même vous disiez, il faut assouplir les règles en matière de participation, d'intéressement pour permettre aux salariés qui ont la chance d'en toucher justement d'avoir un complément. Cette proposition, elle est morte et enterrée ? On n'en entend plus parler ?

SERGE PAPIN
Non, on est en train de regarder, parce qu'il y a deux voies possibles : soit le réglementaire, soit le législatif. Donc, on va voir laquelle va être retenue.

ADRIEN GINDRE
Réglementaire, c'est-à-dire que c'est vous qui pouvez le faire sans passer par le Parlement ?

SERGE PAPIN
Exactement. Donc, j'ai proposé, on va voir si c'est recevable. Moi, j'ai proposé qu'on puisse avoir 2 000 Euros pour les salaires de deux fois… Enfin la population de salariés, jusqu'à deux fois le SMIC, et défiscalisés et qu'ils seraient pris dans l'épargne tout de suite, dans l'épargne d'intéressement, l'épargne salariale, et qui pourra être consacrée à la consommation.

ADRIEN GINDRE
C'est toujours d'actualité ?

SERGE PAPIN
C'est toujours d'actualité.

ADRIEN GINDRE
Mais sans calendrier ?

SERGE PAPIN
C'est là où on s'en occupe. Et il y a des députés qui voudraient aller au-delà et eux, peut-être, déposer un projet de loi pour aller au-delà. Donc, on discute des deux options.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 février 2026