Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à CNews le 5 février 2026, sur la violence des mineurs, l'hébergement d'urgence, les logements sociaux, les émeutes de 2023 et la construction immobilière.

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Média : CNews

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
8 h 13. La grande interview Cnews - Europe 1, avec Vincent JEANBRUN ce matin. Bonjour Vincent JEANBRUN.

VINCENT JEANBRUN
Bonjour.

ROMAIN DESARBRES
Merci d'être avec nous. Ministre du Logement. On va parler de tous les sujets d'actualité évidemment. Je voulais qu'on commence par ce qui s'est passé à Sanary. Les Français, les familles, les parents, sont choqués par l'attaque d'une professeure dans un collège de Sanary. L'état de santé de l'enseignante, poignardée mardi, reste préoccupant. Un élève de 14 ans qui poignarde sa professeure, car " cet élève, il a trop de haine ". Il a 14 ans. Qu'est-ce que ça dit de notre société, Vincent JEANBRUN ?

VINCENT JEANBRUN
Ça montre clairement un ensauvagement de cette société, et qu'il va falloir avoir en face un choc d'autorité extrêmement fort. Je pourrais avoir évidemment une pensée pour cette enseignante, sa famille, mais pour toutes celles et ceux qui sont victimes, dans notre société, de ce type d'agressions extrêmement violentes. Un certain nombre de choses ont été mises en place. On fait des contrôles de sacs, il y a des portiques. Tout ça va dans le bon sens, mais on voit bien qu'il faut aller encore plus loin. C'est pour ça d'ailleurs que Gérald DARMANIN prépare une réforme.

ROMAIN DESARBRES
Il y a ... des contrôles de sacs, franchement.

VINCENT JEANBRUN
Oui. Et puis sur la réactivité de la justice, on voit que dans ce cas-là, on est sur un mineur qui probablement, lui-même, victime dans son contexte familial. Il y avait des alertes. Comment est-ce qu'on fait en sorte d'avoir une justice beaucoup plus réactive ? Et je le disais, Gérald DARMANIN va proposer un texte pour aller beaucoup plus vite et avoir une justice plus efficace. Et là, on verra si tous ceux qui, comme nous, là, ce matin, sont en solidarité avec la famille, sont en solidarité avec cette enseignante, seront capables demain, dans l'hémicycle, d'être au-delà des mots, au-delà de la compatissance, et de dire : nous aussi, on soutient une loi qui va plus loin et plus fort dans la justice. C'est important, parce qu'il ne s'agit pas juste de réagir avec compassion quand il y a un drame à la télé. Il faut aussi, dans l'hémicycle, que les forces de gauche puissent dire : " OK, on a compris. La justice, elle n'est pas si efficace dans ce pays, on va lui donner plus de moyens ". Donc, rendez-vous dans quelques semaines, quand on examinera ces textes.

ROMAIN DESARBRES
Vous connaissez parfaitement le terrain. On vous connaît comme ministre. Vous êtes ministre. Vous avez été maire également. Vous connaissez le terrain. Est-ce qu'il faut sortir les élèves violents du parcours scolaire classique, quitte à nuire aux bons élèves et aux professeurs ? Est-ce qu'il faut les maintenir coûte que coûte à l'école ?

VINCENT JEANBRUN
Il faut adapter les parcours. Et ça dépend de ce qu'on appelle violent. Quelqu'un qui a déjà poignardé un enseignant, évidemment, sa place, elle ne va plus être en milieu classique, par définition. Donc, si on peut trouver des parcours qui permettent, avant que les drames arrivent, que des élèves très perturbateurs puissent être repris et ramenés sur le droit chemin, il faut le faire. Maintenant, c'est une organisation à portée. Et évidemment, il faut le faire avec intelligence.

ROMAIN DESARBRES
Sur l'autorité, tiens. Je voulais vous entendre sur Giorgia MELONI, la présidente du conseil italien, qui est sur le point de mettre en place une série de mesures de fermeté. Un véritable choc d'autorité pour répondre à différentes problématiques de délinquance en Italie. Présomption de la légitime défense pour les policiers, augmentation importante, très importante des amendes pour le port du couteau. Il faut s'inspirer de ce choc d'autorité de Giorgia MELONI ?
VINCENT JEANBRUN

En fait, vous savez, c'est plus que s'inspirer de Giorgia MELONI, c'est écouter ce que dit la droite républicaine depuis des mois. Moi, je suis membre de la droite républicaine et le groupe de Laurent Wauquiez à l'Assemblée nationale. Ils ont fait exactement ce type de propositions. Présomption légitime défense pour les policiers. Il faut protéger ceux qui nous protègent. Et puis, effectivement, aller plus loin sur un certain nombre de choses. On ne peut que regretter l'ensauvagement de notre société. Et en même temps, il faut, de fait, l'accepter à l'instant T, en faire le bilan, et donc, prendre toutes les mesures en réaction avec calme et modération. Mais une autorité qui doit être limpide. Il faut que ceux qui imaginent pouvoir jouer avec nos règles et avec nos lois sachent que la sanction, elle sera là, présente et immédiate et qu'on sera toujours du côté de ceux qui nous protègent. Contrairement à la France insoumise qui voudrait désarmer la police et faire en sorte de laisser libre cours à toutes les folies.

ROMAIN DESARBRES
La France insoumise qui ne défend pas les policiers, qui dit que la police tue. Comment vous qualifiez leur attitude vis-à-vis des policiers ?

VINCENT JEANBRUN
Pour moi, elle est abjecte. Vous savez, j'étais dans une circonscription où on avait comme Député madame Rachel KEKE, qui, non seulement, avait dit que la police tue, mais m'avait dit les yeux dans les yeux que la police tuait les enfants, et que ce serait bien que la police tue mes enfants pour que je me rende compte de ce que c'étaient les violences policières. Donc, quand on a en face de vous des personnes qui ont ce logiciel-là…

ROMAIN DESARBRES
C'est une élue de la République, hein.

VINCENT JEANBRUN
C'était à ce moment-là une Députée, puis les élections ont fait que j'ai pris ce siège. Mais ça en dit long sur le logiciel. Quand vous avez monsieur DELOGU, Député de Marseille, qui donne des coups de pied dans une CPE, une Agent de l'Éducation Nationale, dans le cadre de manifestations lycéennes, c'est extrêmement grave. Et pour le coup, lui, il est toujours élu de la République. Donc, on voit bien que là, ce choc d'autorité, il va falloir le faire remonter, y compris vis-à-vis des élus de la République.

ROMAIN DESARBRES
Vincent JEANBRUN, ministre du Logement, avec nous ce matin sur Cnews et Europe 1. Les chiffres de l'immigration, ils n'ont jamais été aussi importants en France, l'année dernière, en 2025. Vous êtes ministre du Logement. J'ai une question que je me posais : quel impact a l'immigration sur le logement ? Quand 400, 500 000 personnes arrivent en France, il faut les loger. Quel est l'impact, et où sont logées ces personnes ?

VINCENT JEANBRUN
Tout dépend de quelle filière on est en train de parler. Si vous êtes sur une filière régulière, on est sur le marché du logement classique. Si, en revanche, vous êtes sur une immigration non régulière, le sujet, bien souvent, c'est qu'on a des personnes qui sont à la rue. Et comme elles sont à la rue, ensuite, elles vont intégrer, par exemple, quand il y a eu le plan grand froid avec la neige, l'hébergement d'urgence. Et là, vous avez, sur près de 203 000 places ouvertes pour l'hébergement d'urgence, plus de 60% des personnes qui sont souvent sans droit ni titre. Donc, ça pose une question, effectivement.

ROMAIN DESARBRES
60 % des personnes hébergées dans l'hébergement d'urgence sont des sans-papiers ?

VINCENT JEANBRUN
En moyenne, à l'année, on n'est pas loin de ces chiffres-là.

ROMAIN DESARBRES
Ouais. D'accord.

VINCENT JEANBRUN
On n'est pas loin de ces chiffres-là. Pourquoi je vous dis ça ? Parce qu'en fait, j'ai découvert qu'il n'y avait pas d'automaticité du contrôle d'identité dans notre hébergement d'urgence. Donc, bien souvent, les travailleurs sociaux et les associations, qui font un travail formidable pour mettre à l'abri, notamment des femmes victimes de violences, des gens qui sont en souffrance, des enfants qui sont à la rue, et je veux vraiment les saluer, sont dans une logique de contrôle déclaratif. C'est-à-dire qu'au fond, quelqu'un, demain, a envie de dire " Je m'appelle Vincent JEANBRUN et je viens de je ne sais pas où ", là, on va le noter dans le logiciel. C'est effectivement quelque chose qu'on aimerait renforcer. Et il me paraît normal, quand on héberge des personnes, d'avoir leur identité ou de tout faire pour la trouver, la comprendre. Et ensuite, que l'État soit en capacité de traiter ceux qui seraient déjà en OQTF, ceux qui, éventuellement, peuvent légitimement demander des papiers, etc.

ROMAIN DESARBRES
Vincent JEANBRUN, ministre du Logement, quel est l'impact de l'immigration sur le logement social, sur les HLM ?

VINCENT JEANBRUN
Compliqué de vous donner des chiffres. Tout dépend. Si on est face à une immigration régulière, qui travaille avec un salaire modeste, à ce moment-là, on peut évidemment avoir un logement. Vous savez, c'est un débat qu'on a avec le Rassemblement national, qui, bien souvent, nous dit : " Il faudrait que le logement social soit exclusivement pour les Français de naissance ". Là-dessus, moi, j'ai une différence, parce que, pour être honnête, moi, je préfère qu'on loge l'infirmière, moi, à côté de chez moi, il y a plein d'hôpitaux, Gustave Roussy qui est le fleuron mondial de la cancérologie, pardon, mais je préfère qu'on puisse loger ceux qui travaillent correctement, plutôt que, parfois, avoir quelqu'un qui est peut-être Français depuis deux générations, mais qui préfère dealer en bas de l'immeuble. Donc, moi, je crois à une logique comportementaliste. On aide ceux qui bossent et qui apportent à notre pays. Et la solidarité nationale, ça ne fait pas…

ROMAIN DESARBRES
Ce n'est pas une question de nationalité, vous dites, c'est une question de…

VINCENT JEANBRUN
De participation à l'effort collectif de ce pays. Vous voyez la différence ?

ROMAIN DESARBRES
Ce n'est pas le cas aujourd'hui ? Parce qu'on entend beaucoup " Il manque de places. Il manque des logements sociaux en France ".

VINCENT JEANBRUN
Alors, je vous confirme qu'il manque des logements sociaux. C'est pour ça qu'on va peut-être y revenir. Mais on a lancé avec le Premier ministre un grand plan pour relancer le logement dans notre pays, avec de la reconstruction de logements privés, de la construction de logements sociaux, de la rénovation de logements sociaux, et de la rénovation de logements privés. Ce plan, il vise à avoir 2 millions de logements supplémentaires d'ici 2030. Et évidemment, l'idée, c'est qu'il y en ait pour tout le monde. Et d'ailleurs, très important, je le dis notamment pour ceux qui sont loin des villes : jusqu'ici, à chaque fois qu'on faisait un dispositif fiscal, on le faisait sur les zones très tendues. Il n'y en avait que pour les villes. Là, on s'est battu pour qu'on ait un dispositif qui soit non zoné. C'est-à-dire, en gros, partout sur le territoire national, on pourra bénéficier de ce dispositif fiscal si on investit pour du logement.

ROMAIN DESARBRES
On va revenir sur le logement, qui est votre secteur en tant que ministre du Logement. Une dernière question sur l'immigration. Gérald DARMANIN dit qu'il faut suspendre l'immigration, faire un moratoire pendant 2-3 ans. Vous êtes pour ou contre ?

VINCENT JEANBRUN
Moi, je suis pour tout ce qui permettra de reprendre la main et de protéger nos frontières intelligemment.

ROMAIN DESARBRES
Donc, pour vous c'est une solution ?

VINCENT JEANBRUN
Et vous savez, c'est gagnant-gagnant, parce que quand on accueille aussi mal les gens qui viennent de l'étranger régulièrement, ceux qui sont régulièrement, on n'a pas de quoi être fiers. Donc, il y a un moment donné... Moratoire, tout geler, pas forcément. Mais par contre, s'inspirer des grandes démocraties comme le Canada, qui a une immigration choisie, c'est-à-dire qui dit " OK, vous venez parce que vous allez faire des études, parce que vous allez avoir un travail qui est utile au pays ", c'est gagnant-gagnant, parce qu'on accueillera mieux la personne et c'est utile pour le pays.

ROMAIN DESARBRES
C'est gagnant-gagnant également pour les Français ?

VINCENT JEANBRUN
Évidemment.

ROMAIN DESARBRES
Oui, oui.

VINCENT JEANBRUN
Évidemment.

ROMAIN DESARBRES
Avant de parler du logement, on parlait des HLM il y a quelques instants, je pensais aux émeutes, parce que comme je vous vois, je pense aussi à ce qui s'est passé en 2023. Votre maison avec à l'intérieur votre femme et vos enfants a été attaquée pendant les émeutes de 2023. Votre femme avait été blessée en fuyant des émeutiers. Vos enfants étaient à l'intérieur. Est-ce qu'aujourd'hui, vous diriez qu'Emmanuel MACRON a tout fait pour éviter que les émeutes de 2023 ne se reproduisent ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous nous dites : " Je pense que les décisions, les bonnes décisions ont été prises pour que ça ne se reproduise pas " ?

VINCENT JEANBRUN
Vous savez, j'ai fait une sorte de rapport un an après que j'avais appelé " Réparer les quartiers et rétablir la République ". Dedans, il y avait un certain nombre de mesures, comme par exemple le fait de renforcer les pouvoirs de la police municipale. Ça n'a toujours pas été mis en place, mais ça a été initié et on espère, avec le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, pouvoir faire examiner ce texte au Parlement le plus rapidement possible. D'ailleurs, l'examen a commencé au Sénat. Donc ça, ça fait partie des mesures qui ont été entendues et qui vont être mises en place. J'évoquais Gérald DARMANIN tout à l'heure qui met en place un certain nombre de choses et un projet de loi sur la justice qui va être de nature à améliorer les choses. Moi-même, je travaille sur le fait qu'on puisse sécuriser beaucoup plus le parc HLM. C'est beaucoup des quartiers sensibles que sont parties les émeutes en 2023. C'était le cas sur ma commune, avec cette idée aussi qu'on puisse mettre dehors les délinquants. Il y a eu une vraie avancée avec la loi narcotrafic qui fait que quand vous êtes condamné pour trafic de drogue, vous ne bénéficiez plus de la solidarité nationale en termes de logement social. Super, moi, je vais étendre ça. Je considère que ce qui est vrai pour la loi narcotrafic doit être vrai pour tous les criminels. Il n'y a pas de raison qu'on dise à une maman qui élève seule son enfant et qui dort dans sa voiture : " Il n'y a pas de logement social pour toi " et que le logement social reste à une personne qui tabasse ses voisins à coups de batte de baseball, que ce soit en lien ou pas avec le narcotrafic. Donc tout ça, ça va être de nature à améliorer les choses. Mais il y a aussi un défi, c'est celui de ramener les pouvoirs publics dans ces quartiers, avec notamment une école solide. Ce qu'on a évoqué tout à l'heure du drame à Sanary prouve bien qu'il faut qu'on protège aussi nos enseignants et qu'on soit en capacité de ramener toute l'autorité nécessaire dans les écoles.

ROMAIN DESARBRES
Vincent JEANBRUN, ministre du Logement, invité de la grande interview CNEWS-Europe 1. Concernant la politique, cette annonce ce matin, Jérôme GUEDJ, le socialiste Jérôme GUEDJ, candidat à la présidentielle sans passer par la primaire, un commentaire ?

VINCENT JEANBRUN
Je lui souhaite bonne chance. La démocratie, c'est que chacun soit candidat à défendre ses idées. Maintenant, moi, je suis convaincu d'une chose, c'est qu'il va falloir que le Bloc central, qui aujourd'hui soutient le Gouvernement, soit capable d'avoir une candidature unique. Parce que si chacun part, comme le fait Jérôme GUEDJ dans son coin, on risque de terminer dans le canapé à regarder un duel MÉLENCHON-BARDELLA, ce qui n'est pas forcément mon souhait.

ROMAIN DESARBRES
Il faut une primaire pour le Bloc central ?

VINCENT JEANBRUN
En tout cas, il faut une candidature unique. Ça, c'est sûr et certain. Après, il faut un mode de départage qui soit accepté par tous. Probablement que la primaire, c'est le pire système à l'exception de tous les autres. Donc, ce n'est pas ce qui fait rêver, mais qui, en tout cas, pourrait être un mode de départage. J'ai envie de dire deux choses : la première, il faut savoir ce qu'on défend. Donc, le fond avant le " qui ", quelle personne pour l'incarner. Et deuxièmement, la capacité de tous ces candidats putatifs à se mettre d'accord. S'ils choisissent une primaire, très bien. S'ils choisissent un autre mode, comme par exemple la dynamique des sondages... Du moment qu'ils sont tous d'accord et qu'à la fin, on ne finit qu'avec un candidat unique, moi, ça me va. Mais je pense que c'est la clé absolue.

ROMAIN DESARBRES
Les LR doivent y participer à cette primaire ?

VINCENT JEANBRUN
Je pense.

ROMAIN DESARBRES
Doivent concourir avec le Bloc central ?

VINCENT JEANBRUN
Je pense. Bah oui, de toute façon, Bruno RETAILLEAU l'a dit clairement, il n'est pas pour l'union des droites. Il ne veut pas finir avec Marine LE PEN et ses équipes qui, objectivement, dans le débat budgétaire, ont prouvé qu'ils n'étaient pas spécialement de droite. Donc, à partir de là, si on veut pouvoir avoir une chance de se qualifier au second tour, il faut rayonner et rassembler. Ce n'est pas évident.

ROMAIN DESARBRES
Vincent JEANBRUN, sur le logement, beaucoup de questions à vous poser. Déjà, sur l'investissement locatif, les Français n'investissent plus dans le locatif à cause de tous les freins qui sont tous très bien serrés pour les dégoûter : les normes, le DPE, l'encadrement des loyers, les impôts. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez trois sous de côté et que vous voulez les investir, vous ne les investissez plus dans le logement, parce que c'est un parcours du combattant. Est-ce que vous allez desserrer ces freins ?

VINCENT JEANBRUN
C'est totalement mon intention et c'est pour ça que j'aurais envie de vous corriger en ne disant pas " Aujourd'hui les Français n'investissent plus dans le pierre ". Hier. Ils n'investissaient plus dans la pierre.

ROMAIN DESARBRES
Hier, vraiment hier, parce que c'est un passé ultra récent.

VINCENT JEANBRUN
Jusqu'au vote du budget. Parce que dans le vote du budget, on a desserré le premier étau, le premier étau, c'était ce que moi j'appelle le choc d'investissement. Il était, ces derniers mois, plus rentable de garder son argent à la banque que d'investir dans la pierre. Or, pour moi, l'objectif, c'est de loger les Français. Et comme on ne dort pas dans le compte bancaire, il vaut mieux que cet argent soit, il à nouveau dans la pierre. Donc, on a créé un système fiscal qui va permettre de rentabiliser l'investissement. Et donc, je le dis à tous ceux qui nous écoutent : allez-vous renseigner.

ROMAIN DESARBRES
Ça, c'est dans le neuf.

VINCENT JEANBRUN
C'est dans le neuf et dans l'ancien. C'est un nouveau dispositif et pas zoné, donc, c'est sur tout le territoire national. Vous investissez dans un bien, il y a un taux d'amortissement, je ne rentre pas dans le détail, mais tous les professionnels seront accompagnés, les investisseurs, qui permet ensuite d'avoir une rentabilité, puisque vous ne payez pas d'impôt sur votre plus-value en termes de logement. Et en plus, s'il y a un déficit, ça s'applique sur vos impôts globaux. C'est vraiment le système le plus avantageux qui a été pensé en matière d'investissement dans le logement, depuis très longtemps, voire peut-être, c'est la première fois que c'est aussi généreux. Donc, ça, c'est le premier choc très important. Deuxième choc que vous avez parlé, c'est le choc de simplification. On n'en peut plus des normes. Maintenant, ça suffit. On est, en termes de construction, les mieux-disants du monde. Personne ne construit aussi bien que nous en matière de sécurité, d'environnement.

ROMAIN DESARBRES
Et qu'on se rajoute des boulets et des boulets et des boulets. Après, on se demande : mais tiens, pourquoi on ne construit plus ?

VINCENT JEANBRUN
Donc, maintenant, il faut faire une pause. Ça suffit. On arrête de rajouter des normes sur des normes. Moi, je ne serai pas un ministre des Normes. Je pense que c'est déjà extraordinaire ce qu'on produit. Ça, c'est important de le dire, et puis il y a la simplification dans la capacité à sortir les logements de terre. Moi, j'ai été maire. J'ai vu la difficulté qu'il y avait à porter des projets. Donc, je le dis aux collègues maires à la veille des municipales : je me bats pour que - c'est ce que j'appelle les " Jeux Olympiques du logement ", parce que pour les JO, on a su faire vite et bien - demain, un maire qui promet à la veille de l'élection un projet, puisse le réaliser dans son mandat. Aujourd'hui, il faut au minimum dix ans, parfois douze, c'est-à-dire deux mandats de maire pour réaliser un projet. Donc, il y a des choses qui devraient arriver très rapidement dans la loi pour donner vie à ce choc de simplification. Et puis derrière, il y a un enjeu DPE, avec l'idée de garder une ambition écologique, mais de desserrer tout ce qui nous enchaîne. Et là-dessus, je pousse une proposition de loi de la sénatrice Amel GACQUERRE, qui a déjà été votée au Sénat, il faut maintenant qu'elle soit votée à l'Assemblée nationale, pour qu'on puisse dire aux gens : " OK, il faut faire des travaux, parce que ça ne sert à rien de conserver dans ce pays des passoires thermiques. Par contre, on va vous donner du temps pour le faire. " Dit autrement, les logements qui devaient sortir du droit à la location, j'ai déjà fait des travaux, mais il reste encore cinq jours pour les faire, pour qu'on ne fasse pas n'importe quoi en matière de logement.

ROMAIN DESARBRES
Vincent JEANBRUN, une annonce : le dispositif d'aide à la rénovation énergétique Ma Prime Rénov' a été suspendu dans l'attente de l'adoption du budget, il est relancé cette année ?

VINCENT JEANBRUN
Écoutez, j'avais dit très clairement, à votre micro d'ailleurs, que s'il n'y avait pas de budget, il n'y avait pas de guichet Ma Prime Rénov'. La bonne nouvelle, c'est que ça y est, il y un budget, donc, dès la promulgation de la loi qui va arriver dans quelques jours, réouverture complète de Ma Prime Rénov'. C'est, je crois, très attendu par nos concitoyens et par les professionnels du secteur. Donc, c'est une bonne nouvelle. Ce budget a plein de bonnes nouvelles en réalité. On va peut-être en parler, mais ça fait partie des bonnes nouvelles.

ROMAIN DESARBRES
L'encadrement des loyers à Paris et ailleurs, ça fait débat. La FNAIM, Fédération Nationale de l'Immobilier, estime qu'il n'y a pas de pire invention pour dégoûter les investisseurs immobiliers. Quelle est votre position sur l'encadrement des loyers ?

VINCENT JEANBRUN
D'abord, je vais demander un rapport objectif pour qu'on ait la vérité des chiffres. Est-ce que oui ou non, ça gèle la production ? Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que j'ai toujours eu comme principe de ne pas être dogmatique et de faire confiance aux maires. Vous avez des maires partout dans le territoire national qui, parfois, ont besoin d'outils pour régler les loyers, je pense notamment à tous les frontaliers par rapport à la Suisse. Donc, j'attends la réalité de ce rapport. Et puis en verra et ensuite, à titre personnel, quand j'étais maire, on n'a jamais fait l'encadrement des loyers. À titre personnel, ce n'est pas du tout ma conviction.

ROMAIN DESARBRES
Sur les HLM, je voulais y revenir. Votre projet de loi prévoit de donner aux maires un rôle accru dans l'attribution. C'est très important. Qu'est-ce que ça va changer très concrètement ?

VINCENT JEANBRUN
Le projet de loi qu'on va présenter dans les prochaines semaines permettra de donner beaucoup de pouvoirs aux maires dans l'attribution des logements sociaux avec deux volets. D'abord, la liste. Le vivier dans lequel, ensuite, les commissions d'attributions viennent piocher et deuxième point, pour moi, c'est capital, on parlait de sécurité tout à l'heure, c'est un droit de veto. Moi, j'ai vu une famille qui posait des problèmes. Je n'ose même pas vous donner le CV…

ROMAIN DESARBRES
Le maire peut dire : " Non, je ne veux pas que cette a famille ait un logement HLM.

VINCENT JEANBRUN
Exactement. Mais il doit être justifié.

ROMAIN DESARBRES
Mais ça veut dire que cette famille ira dans la ville d'à côté ?

VINCENT JEANBRUN
Bah, écoutez…

ROMAIN DESARBRES
Ou alors, on l'exclue du système HLM, on dit : " Vous n'êtes pas digne ", je veux bénéficier de la solidarité nationale.

VINCENT JEANBRUN
Je vous disais tout à l'heure que quand on est sur une condamnation criminelle, moi, je veux les exclure complètement du monde HLM, pas de solidarité nationale pour les criminels et délinquants. Ça, c'est une chose que je défends. Et ensuite, vous avez des familles – moi, j'en ai connu - qui pourrissaient la vie de tout le monde sans aller jusqu'à être criminels, qui ont fini par être expulsé et surprise, ils ont été réinstallés dans l'immeuble d'en face deux rue plus loin. Ça n'a pas de sens. Donc, le maire doit pouvoir, sur justification, et donc, justification liée à des troubles à l'ordre public, dire : " Là, ce n'est pas possible ". Donc, ça fait partie des choses qui vont nous permettre, je crois, de défendre, une bonne fois pour toutes, notre sécurité dans les quartiers.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 février 2026