Déclaration de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, en hommage au préfet Claude Erignac, à Paris le 6 février 2026.

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Circonstance : Cérémonie d'hommage au préfet Claude Erignac

Texte intégral

Madame la ministre, 
Madame la directrice de cabinet, 
Monsieur le directeur de cabinet, 
Monsieur le secrétaire général,
Monsieur le préfet de la région Ile-de-France, 
Monsieur le préfet de police, 
Monsieur le chef du service de l’inspection générale de l’administration, 
Monsieur le président du conseil supérieur de l’appui territorial et de l’évaluation, 
Mesdames et messieurs les directeurs généraux,
Madame la déléguée interministérielle à la sécurité routière, 
Messieurs les président et vice-président de l’Association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du ministère de l’intérieur, 
Mesdames et Messieurs les représentants de l’association Claude Erignac,
Mesdames et messieurs les préfets et sous-préfets,
Mesdames et messieurs les directeurs et sous-directeurs,
Chère Madame ERIGNAC,
Chers enfants de Claude ERIGNAC,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,


Il y a 28 ans, le préfet Claude ERIGNAC était lâchement assassiné à Ajaccio, tandis qu’il se rendait au théâtre dans l’un de ces rares moments de respiration qu’offre la vie des grands serviteurs de l’État.

C’était un vendredi 6 février. Comme aujourd’hui.

Et le temps béni de la respiration fut soudainement celui du dernier souffle, rendu par un préfet à la vocation pourtant haletante. Un préfet qui, depuis plus de 34 années, respirait le service fidèle et dévoué de l’État – et sans doute depuis plus longtemps encore pour celui qui fut bercé dans les bras d’un père au long parcours préfectoral.

Ce vendredi 6 janvier 1998, il n’y avait que des ennemis jurés de l’État pour ôter le souffle à l’une ses figures les plus exemplaires. Il fallait être des adversaires chevronnés de l’unité de la Nation et de l’intégrité de la République pour reprendre la vie de Claude ERIGNAC.

Mais n’en déplaise aux lâches : au ministère de l’intérieur, Claude ERIGNAC vit toujours, et son esprit insuffle encore sa façon d’être à la République. Ici, Place Beauvau, il nous regarde et nous inspire dans ce salon de travail qui porte son nom et où l’on se réunit si souvent. Juste là, son souvenir est inscrit dans le marbre d’une plaque qui fait désormais partie des murs et de l’histoire de cette maison.

Mais surtout : depuis 28 ans, hiver après hiver, nous honorons sans relâche la mémoire du préfet ERIGNAC. Chaque année dans cette cour d’honneur, mais aussi dans de nombreuses préfectures, partout en France, et d’un même élan puisque la République est indivisible. N’en déplaise à ceux qui voudraient la voir se fragmenter, tourmentée, ou se retourner contre elle-même.

Au ministère de l’intérieur, on le sait bien : la haine de la République a mené, ce soir de février 1998, à l’impensable, à l'insoutenable, à l’acte le plus ignoble qui soit. Elle a frappé le préfet ERIGNAC pour ce qu'il faisait avec droiture et courage, l’a frappé pour ce qu'il était : le représentant de l’État, garant de la cohésion nationale et de la permanence de nos institutions républicaines.

La permanence des institutions républicaines, c’est en effet précisément ce qu’incarnent nos préfets. Chaque jour, en tout point du territoire – y compris reculés ou insulaires, donc – ces serviteurs de l’État, serviteurs des Français, déploient patiemment nos politiques publiques ; ils se font l’oreille attentive de la République en dialoguant sans cesse avec les acteurs locaux ; battent inlassablement le terrain en quête de solutions concrètes ; garantissent l’accès aux services publics de tous, et en particulier des plus vulnérables ; mettent à l’abri nos populations pendant les crises.

De l’avis de ses pairs, et de l’aveu de tous : le préfet ERIGNAC remplissait sa mission avec un sens aigu de l’engagement et le goût prononcé des autres. D’une loyauté extrême envers l’État, d’une exemplarité sans faille dans l’exercice de ses responsabilités, d’une humanité constante pour ses administrés comme pour ses collaborateurs. Sous sa casquette, la haute fonction publique n’était haute que par la conception qu’il en avait, et dont sa manière de servir invariablement témoignait.

Sans nul doute, Claude ERIGNAC était un préfet taillé pour l’uniforme, cet habit orné du chêne et de l’olivier, cette vocation double pour un État fort et une société de paix. Cette ambition que je sais partagée par tous les grands serviteurs de l’État ce matin rassemblés en mémoire de l’un des leurs. Son engagement - le vôtre aussi - sont une affaire d’État et bien souvent l’histoire d’une vie.

Pour la République, le préfet ERIGNAC avait sacrifié une partie de la sienne : l’autre lui a été volée d’une façon aussi absurde qu’abjecte. Mais ce qui a été donné à la République l’est pour toujours.

Chère famille, chère Dominique, chère Marie-Christophine, cher Charles-Antoine : soyez assurés que nous veillons sur son héritage comme sur un bien précieux. Aujourd’hui, la promesse de la continuité de l’État voudrait se prolonger jusque dans vos cœurs meurtris.

Mais si elle ne le peut pas, elle vous redit au moins que dans l’âme éternelle de la République, l’esprit du préfet ERIGNAC souffle encore.


Vive la République,
Vive la France.


Source https://www.interieur.gouv.fr, le 9 février 2026