Texte intégral
Monsieur le Gouverneur de la Banque de France [François VILLEROY DE GALHAU],
Madame la Médiatrice du Crédit [Hassiba KAABECHE],
Monsieur le Médiateur des Entreprises [Pierre PELOUZET],
Mesdames et messieurs,
Chers amis,
Il y a deux mots qui font mal, en amour comme en affaires : 1 Trop tard 2. Trop tard pour redresser la barre, trop tard pour remonter la pente, une fois la défaillance constatée.
L'an dernier, 68 296 entreprises ont malheureusement entendu ces mots, selon les données publiées par la Banque de France. Parmi elles, beaucoup dans l'agriculture, les services à la personne, l'hébergement et la restauration. Oui, c'est beaucoup, même s'il faut bien sûr regarder ces chiffres avec en tête la dynamique de création d'entreprises : sur la même période, plus de 1,1 million d'entreprises ont été créées selon l'INSEE.
Cependant, nous avons là un signal d'alarme. Ces chiffres de défaillances nous rappellent que nous avons une responsabilité : empêcher nos entreprises d'en arriver à ce point de rupture.
Et comme le dit l'adage : mieux vaut prévenir que guérir. Voilà exactement notre credo. 1 Prévention 2 : c'est notre mot d'ordre.
Nous devons agir tôt, repérer les fragilités dès qu'elles apparaissent : un impayé, une tension de trésorerie, un signal faible. Pour accompagner efficacement les chefs d'entreprise — qui manquent parfois de recul ou n'ont pas l'esprit suffisamment libre pour réagir efficacement —, il est essentiel d'aller vers eux afin d'aller au-devant des difficultés. Dans 70% des cas, cette anticipation permet d'éviter un redressement judiciaire.
Mais la prévention ne peut pas être le fait que d'un seul acteur. C'est pourquoi l'Etat a voulu sonner aujourd'hui la mobilisation générale, en réunissant tous les acteurs nécessaires autour de la charte que nous vous présentons aujourd'hui.
Tous les acteurs de proximité susceptibles d'agir au plus près, au plus vite, au mieux auprès des entreprises concernées.
Parmi eux se trouvent :
- les acteurs privés comme les établissements de crédit, les assureurs-crédit, les organisations interprofessionnelles,
- mais aussi les acteurs publics comme la Banque de France, les services de la Direction générale des Finances publiques, l'URSSAF…
Ils seront cités de façon exhaustive dans quelques instants, mais je tiens d'ores et déjà à les remercier tous très chaleureusement.
Cette charte est le résultat d'une véritable révolution dans notre manière de travailler, car ce sont des acteurs de toutes les régions et de tous les secteurs, qui ont été rassemblés autour d'un même objectif. Je veux saluer ici le travail de Hassiba KAABECHE, Médiatrice du Crédit, et de Pierre PELOUZET, Médiateur des Entreprises, qui ont su faire converger toutes les forces autour de cette initiative.
Il y a une autre révolution que je veux appeler de mes voeux aujourd'hui : une révolution des mentalités. Beaucoup de chefs d'entreprise voient encore l'État comme un gendarme, comme une force qui sanctionne.
C'était, je dois vous l'avouer, un peu la vision que j'avais avant ma prise de fonction. Mais ce que j'ai découvert à la tête de mon ministère, c'est au contraire l'engagement profond — je dirais même le dévouement — des services de l'État, mobilisés chaque jour pour protéger les Français et soutenir l'activité économique.
Grâce à votre engagement collectif, nous pouvons inverser la courbe : prévenir la chute plutôt que constater l'échec.
Et ça fonctionne. Prenons un exemple concret : l'entreprise d'ameublement Gautier, que j'ai visitée vendredi dernier. En juillet 2024, elle était en redressement judiciaire.
En décembre, grâce à l'action concertée notamment de la Conseillère départementale des entreprises en difficulté, de la Banque de France, de la Caisse d'Épargne et d'autres acteurs, cette entreprise est repartie. Aujourd'hui, elle modernise ses outils, conquiert de nouveaux marchés. Voilà ce que la prévention peut produire : une seconde chance pour nos entreprises.
La charte signée aujourd'hui doit permettre de généraliser ce mode d'action, pour avoir des Gautier partout en France.
Mais nous le savons, nous devons agir encore plus en amont, et traiter le mal à sa racine. Et je parle ici des délais de paiement. 25% des défaillances s'expliquent par des retards de paiement. Les retards de paiements entre entreprises représentent 15 Mds € de trésorerie bloquée par les grandes entreprises, au détriment des PME. Parce que les PME sont les premières à payer et les dernières à être payées. Cela doit cesser.
C'est pourquoi je soutiens à cet égard deux propositions de loi qui vont dans le bon sens :
- celle du sénateur Rietmann qui vise à rehausser les sanctions en cas de retards de paiement ;
- et celle du sénateur Patriat qui permet le recouvrement de créances commerciales non contestées.
Mon souhait, c'est qu'à partir d'aujourd'hui, une entreprise en difficulté puisse redevenir une entreprise qui va mieux. Parce que nous serons allés vers elle, pour prévenir, pour accompagner, pour redresser. La mobilisation que nous sonnons aujourd'hui à travers cette charte doit ainsi permettre au 1 ouf de soulagement 2 de remplacer ce 1 trop tard 2 fataliste.
Je remercie très chaleureusement tous les acteurs ici présents, et notamment le Gouverneur de la Banque de France, qui a joué un rôle de premier plan dans l'élaboration de cette charte, et auquel je laisse maintenant la parole.
Source https://www.economie.gouv.fr, le 11 février 2026