Texte intégral
APOLLINE DE MALHERBE
Et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Jean-Pierre FARANDOU. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le ministre du Travail et des Solidarités. Beaucoup de questions à vous poser ce matin et notamment que vous puissiez nous expliquer comment vous voulez mieux lutter, dites-vous, contre la fraude sociale, quitte à être très ferme. Mais un mot d'abord sur ces chiffres du chômage. Je me souviens quand même d'une époque où Emmanuel MACRON avait promis le plein emploi. Ça aussi, c'est raté puisque le chômage a encore augmenté le mois dernier, plus 0,2 %. On est à 7,9 %. Et en particulier chez les jeunes et chez les plus âgés. Comment c'est possible ? On n'y arrive pas.
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est-à-dire, 7,9 % effectivement, c'est une petite érosion par rapport à ce qu'on a pu connaître. Mais on est en dessous du huit. Est-ce que vous savez le nombre de fois où on a été en dessous de 8 % en France pendant ces 40 dernières années ? Les trois dernières années, ça prouve que les politiques menées, elles ne sont pas mal. Et puis après, 2001, 2002, 2008. La moyenne, c'est 9 %. Donc en France, ça fait longtemps qu'on a un sujet un peu structurel autour du chômage quand on se compare aux autres pays européens. Et quand on est en dessous du huit, c'est une bonne performance. C'est une des meilleures performances, je vous le dis, sur les quarante dernières années. Alors le chômage, il vient d'où ? Il vient de l'emploi. Ce qu'il faut faire, la cause racine, c'est que les entreprises se développent, créent de l'emploi. Et il y a des possibilités dans la défense, dans le nucléaire, dans l'aéronautique, donc la vraie réponse de base de rang un, c'est qu'il y ait plus d'emplois pour qu'il y ait moins de chômeurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Je vais vous ressortir évidemment la phrase de Bernard ARNAULT, qui est quand même aussi un des premiers employeurs en France, qui dit précisément "Aujourd'hui, la France crée du chômage".
JEAN-PIERRE FARANDOU
La France crée des emplois. Moi, j'étais dans le Var il n'y a pas très longtemps. Est-ce que vous savez le nombre d'emplois que la Marine va créer par les commandes qu'elle va passer aux entreprises de l'armement ? 10 000 emplois rien que dans le Var. Vous en avez ajouté autant en Bretagne, autant dans l'Armée de l'Air. Ce n'est pas loin de 50 000 emplois qui vont être créés dans la défense. Et le sujet, on en revient là, on voit bien que le sujet, pour répondre aussi pour le chômage des jeunes, c'est de les orienter, les former vers les secteurs où il y a des besoins. Il est important qu'on soit beaucoup plus efficaces dans la formation et l'orientation. Sur les seniors, ce n'est pas si mal. On a un taux d'emploi des seniors qui progresse, donc la politique sur les seniors commence à porter ses fruits. Et le taux d'emploi général, il se stabilise. Donc au fond, on est résilients. Dans ce moment, on est quand même écrasés par les Américains d'un côté qui ne veulent pas qu'on exporte chez eux et les Chinois, c'est le contraire, qui veulent beaucoup exporter chez nous. Je trouve que dans la situation où nous sommes, l'économie française résiste.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc ce n'est pas si pire. Jean-Pierre FARANDOU, évidemment, je ne vais pas vous faire l'affront de vous reprocher à vous cette situation. Vous n'êtes là que depuis novembre au Gouvernement, ni même d'ailleurs en réalité qu'à Emmanuel MACRON, puisqu'on se souvient que François HOLLANDE lui-même, sa grande promesse, c'était d'inverser la courbe du chômage. Au fond, ça fait longtemps que ce problème est là. Vous avez parlé d'un chômage structurel. Est-ce que le problème, il n'est pas là, qu'on soit dans des logiques structurelles, qu'on n'arrive plus au fond à les changer ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Mais moi, je pense qu'effectivement, c'est l'occasion au fond. Cette crise, parce que cette crise, elle est là, géopolitique, qui nous contraint. Rien que c'est un facteur très important. C'est l'occasion d'un rebond. C'est l'occasion d'un rebond au niveau français, au niveau européen. On a parlé des secteurs qui vont bien. Je les ai cités, l'armement, le nucléaire, mais les secteurs qui sont en difficulté, comme l'automobile. La France est un pays où il y a des constructeurs automobiles. Il faut nous protéger. L'Europe a été beaucoup trop naïve, notamment par rapport aux importations chinoises. Le choix du tout électrique, c'est sympa en transition écologique, mais ça a mis en difficulté nos entreprises qui étaient plutôt des champions des petits moteurs thermiques qui ne polluaient pas beaucoup. Il faut qu'on se protège. Et je pense que des clauses de contenu industriel qui protégeraient nos industries, elles sont absolument nécessaires. C'est ce que veut faire le président de la République. En fait, cette difficulté peut être transformé en une occasion de mobilisation générale pour l'industrie, pour l'emploi et pour la jeunesse.
APOLLINE DE MALHERBE
Et l'Europe s'est rendu compte de ça, pour vous ? Est-ce qu'elle prend la mesure et est-ce qu'elle le fait suffisamment vite ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors ça, c'est une bonne question. Je pense qu'ils ont un peu tardé, nos collègues européens. Je pense que la France était un peu isolée. Et la France, ça fait un moment que le Président MACRON dit qu'il faut se protéger davantage. Ne soyons pas naïfs. Il a un peu prêché dans le désert pendant des années. Je crois que maintenant, tout le monde a compris. Tout le monde voit les produits chinois déferler sur l'Europe d'un côté et le président des États-Unis fermer ses marchés. Je pense que ça y est, on va y arriver. Mais il faut aller plus vite. C'est vrai que parfois, l'Europe met du temps à réagir. Je pense que sous l'impulsion de notre président de la République, on va y arriver, on doit y arriver. C'est essentiel.
APOLLINE DE MALHERBE
Il y a la question de la fraude sociale. Lorsque vous êtes arrivés au pouvoir, d'abord pour qu'on se souvienne bien, quand vous êtes arrivés à la tête de votre ministère, vous avez dit : "Il y a eu une époque de générosité, de générosité de toutes les politiques sociales". Et tant mieux. Mais vous avez dit maintenant, nous allons devoir faire attention. Est-ce que vraiment, depuis que vous êtes là, depuis novembre, vous avez commencé à faire attention ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Faire attention, ça renvoie au budget, ça renvoie à la sécurité sociale, ça renvoie au déficit. C'est ça que ça veut dire, faire attention. Parce que si, collectivement, on ne fait pas attention, on va manquer d'argent.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais le budget qui vient de sortir, j'allais dire, des presses ne va pas tellement dans ce sens-là.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bah il a limité la casse, hein. Ça aurait pu être pire. Là encore, on a… Parce que vous connaissez la situation, il faut trouver des compromis et des convergences.
APOLLINE DE MALHERBE
Évidemment. Évidemment. On va me dire le compromis, on va me dire qu'il faut que ça passe. Enfin, dans les faits, vous aviez commencé à dire qu'il fallait être moins généreux, mais cet effort n'a pas été fait.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Parce qu'il n'a pas été accepté par le Parlement, tout simplement. Il faut être clair. Je vous rappelle que la première copie du Gouvernement, c'était 4,7 % de réduction du déficit, et c'était une réduction du déficit. Encore en déficit, mais seulement à 17 milliards pour la sécurité sociale. Le point de sortie n'est pas tout à fait celui-là. Mais on a quand même résisté, on a trouvé des équilibres. Et pour revenir à votre question sur la fraude, la fraude sociale, on en parle moins que la fraude fiscale, qui est très connue, la fraude sociale, c'est quatorze milliards d'euros. C'est une évaluation, c'est très important. C'est plus de la moitié du déficit.
APOLLINE DE MALHERBE
Qui fraude ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors franchement, les plus gros fraudeurs, ce n'est pas les particuliers. Je vois bien le débat qui est lancé et j'y reviendrai, bien sûr. L'idée générale n'est pas d'aller embêter les Français qui sont en règle, qui peuvent être un peu négligents. Il y a le droit à l'erreur, il est toujours là. Non. La fraude principale, c'est la fraude aux cotisations. C'est plutôt des entreprises. Un petit nombre d'entreprises, la grande majorité d'entreprises dans ce pays respectent les règles, mais un petit nombre, quasiment des escrocs, il faut être clair, montent des entreprises un peu bidon, salarient trois personnes alors qu'il y en a 300 qui travaillent. C'est la fraude à la cotisation. Ce n'est pas normal, parce que bien sûr, elle lèse la sécurité sociale. On doit avoir le produit de ses cotisations. Ce n'est pas normal, parce que les salariés ne cotisent pas à la retraite, donc ils ne sont pas en train de constituer leur retraite. Et ce n'est pas normal en termes d'égalité et de la concurrence, parce que par rapport aux entreprises qui payent, vous en avez d'autres qui ne paient pas.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites qu'il y a des éléments probants. Sur quoi allez-vous accentuer les contrôles ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Les contrôles pour les entreprises, je vous dis, ça va être beaucoup sur la cotisation. On va faire aussi des contrôles sur la formation, parce que vous savez qu'on dépense, et tant mieux, beaucoup d'argent public sur la formation autour de l'apprentissage. Par exemple, le volet formation de l'apprentissage, c'est dix milliards d'euros par an. Vu ces sommes-là, il y a encore des entreprises un peu margoulins, il faut être clair, qui se sont mis là-dessus et qui trichent avec la formation, qui font des formations de mauvaise qualité. Et je peux vous dire qu'on va prendre des décisions très lourdes, on va fermer des centres de formation qui ne respectent pas le cahier des charges, parce qu'ils trompent les jeunes. Ils trichent avec l'argent public et ils font des mauvaises formations pour les jeunes.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez fermer un certain nombre de centres. Vous allez vraiment les rayer. Ils n'auront plus de sous ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ils n'auront plus de sous. On va récupérer. Bien évidemment, les jeunes auront des solutions, parce qu'on ne va pas les laisser tomber. Mais il faudra avoir de la fermeté et fermer des centres de formation qui ne jouent pas le jeu et qui trichent avec l'argent public.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez aussi évoqué un cas de suspicion, je cite, de suspicion de sérieuse fraude, la suspension du versement des allocations chômage. Ça aussi, c'est une autre forme de triche ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui. Vous avez par exemple, en France, alors c'est quelques cas, là aussi. Donc bien sûr, tout ça a donné lieu à pas mal d'effervescence. Et c'est normal. La fermeté ne veut pas dire l'excès. On le redit. Le droit à l'erreur est toujours là. Si vous avez loupé un rendez-vous à France Travail alors que vous êtes demandeur d'emploi, ce n'est pas grave. Si vous revenez le mois suivant, vous voyez, on n'est pas dans quelque chose d'extrême, mais par contre, si vous avez disparu des radars pendant plusieurs mois, si vous ne donnez pas les pièces, ou pire, vous transmettez des documents qui sont faux, là, on commence à avoir une véritable suspicion. On peut tomber aussi sur la double fraude. Vous avez des chômeurs qui travaillent au noir. Quand on s'aperçoit qu'ils travaillent au noir, il y a un problème à toucher le chômage. Dans ces cas-là, on a les éléments probants dans les mains, on a les preuves dans les mains. Sans attendre la décision du juge, oui, je pense qu'il est normal d'arrêter l'hémorragie et de ne pas verser une allocation à laquelle les gens n'ont pas droit, tout simplement.
APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites "on a les éléments probants", on a évoqué le fait que France Travail puisse effectivement mener davantage d'enquêtes, de contrôles. Est-ce qu'ils auront accès à la liste, par exemple, de leurs appels, des appels de ces potentiels fraudeurs émis et reçus, les numéros de leurs correspondants, les SMS ? Est-ce qu'ils auront aussi accès à ces données ? Est-ce que quand on se dit "on va enquêter", on ira jusqu'au bout ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non. Ça, c'est excessif. On y a réfléchi.
APOLLINE DE MALHERBE
Non ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non. Alors ces débats sont venus au Sénat, quand le projet de loi est passé au Sénat.
APOLLINE DE MALHERBE
Exactement. C'est pour ça que je vous interroge.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, oui. Il y a eu des articles du Sénat qui ont été votés au Sénat, qui durcissaient effectivement les moyens donnés à France Travail, notamment en leur permettant d'accéder quasiment à des écoutes. Bon. Ça, ce sont des méthodes qui sont là pour lutter contre le grand banditisme. On n'est pas du tout dans cette situation-là. Donc on ne recourra pas, on ne demande pas de recourir à ces capacités d'intervention. On a d'autres moyens pour vérifier les domiciliations, par exemple. Donc on ne recourra ni aux appels téléphoniques ni aux listes des passagers sur les avions.
APOLLINE DE MALHERBE
La question aussi de ces allocations chômage, elle est posée par la CPME, qui propose… Donc les patrons des petites et moyennes entreprises, ils proposent de diminuer encore les allocations chômage, ce qui est déjà le cas par exemple pour les cadres, après plusieurs mois de chômage. Au fond, qu'elles soient plus dégressives qu'elles ne le sont aujourd'hui. Est-ce que vous pourriez écouter favorablement cette idée ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bah moi, toutes les propositions qui permettent d'alléger la charge publique sur la sécurité sociale, elles me vont bien. Après, c'est ce qu'on appelle le dialogue social autonome. C'est-à-dire les organisations patronales, la CPME, font une proposition aux syndicats…
APOLLINE DE MALHERBE
En fait, les partenaires sociaux se retrouvent donc pour cette nouvelle séance de négociation sur l'assurance chômage et voilà la proposition que la CPME met sur la table.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ils vont en débattre. Moi, ce que je leur ai demandé, c'est un cadre. Je leur ai écrit. Je leur confie le dialogue social. Je leur fais confiance. Ils ont le sens de la responsabilité. Je leur ai demandé de s'attaquer à la rupture conventionnelle, parce que tout le monde constate là encore des abus dans l'usage de cette mesure. Au début, elle était bien, la mesure, mais en ce moment, elle se substitue aux démissions d'un côté, au licenciement de l'autre. Pas normal. Et vous avez les gens qui restent le plus longtemps possible couverts par la rupture conventionnelle au détriment de l'assurance chômage. Il faut attaquer là encore ces abus. Je vais donner un seul cadrage. C'est le montant. Je dis débrouillez-vous. J'ai besoin de 400 millions d'euros d'économies sur l'assurance chômage. Les méthodes, les moyens, c'est le dialogue social. Moi, j'ai confiance dans la capacité des partenaires sociaux à trouver des solutions.
APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Pierre FARANDOU, vous êtes ministre du Travail, des Solidarités. Sur le travail, encore un mot, parce que là, on parlait de la CPME, mais il y avait aussi cette proposition du MEDEF sur le CDI jeune. C'est complètement oublié, ça, ou est-ce qu'il y a certaines pistes que vous pourriez reprendre ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Là encore, le MEDEF et les propositions, très bien. Moi, je trouve bien qu'il y ait des initiatives, elles sont débattues avec les partenaires sociaux. Je n'ai pas l'impression que cette idée-là ait connu un grand succès auprès des partenaires sociaux. Et nous, on a dit clairement à court terme que ce n'est pas dans l'agenda du Gouvernement de transformer le Code du travail. Par contre, sur les jeunes, il y a un sujet. On l'a évoqué tout à l'heure. Moi, je pense que la réponse principale sur l'emploi des jeunes, c'est la formation et l'orientation le plus tôt possible. Il faut que les jeunes soient formés pour les amener dans les filières où il y a des besoins. L'armement, le nucléaire, l'aéronautique, les services aussi dans les EHPADs. Par exemple, on aura besoin d'énormément de personnel de soins. Il y a des secteurs où il y a des débouchés. Orientons nos jeunes sur ces secteurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Pierre FARANDOU, selon les dernières données de l'INSEE, le nombre de fonctionnaires a continué à augmenter. Il s'est alourdi de 32 000 postes en 2024. Et ça devrait se poursuivre en 2025 et 2026. Est-ce que vous considérez que c'est une bonne trajectoire ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Le nombre de fonctionnaires d'État ou collectivités territoriales ?
APOLLINE DE MALHERBE
Je n'ai pas le chiffre précis. Je sais que c'est 32 000 postes en tout.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense que c'est avec les collectivités territoriales. Mais ça, c'est un peu l'empilage des couches à la française.
APOLLINE DE MALHERBE
Oui, c'est ça.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, il y a l'État, il y a les départements, il y a les régions, il y a les intercommunalités, il y a les communes. Bon, tout ça génère effectivement des fonctions. Est-ce que c'est un peu trop ? Peut-être. Mais ça, il faut que chacun y réfléchisse. Je pense que l'idée de rendre l'État plus efficient… J'applique au ministère du Travail. Vous savez, je viens de l'entreprise. Vous le savez, dans l'entreprise, on sait ce que c'est que l'efficience. J'ai demandé à mes services de rentrer dans une logique de tableau de bord, d'indicateur de résultat, de performance, d'analyse des écarts avec des revues de gestion. On va rentrer le contrôle de gestion des entreprises au sein du ministère du Travail.
APOLLINE DE MALHERBE
Et la question du mérite. Est-ce qu'il faut rémunérer les agents publics au mérite ? C'est ce que demande par exemple l'Institut Montaigne.
JEAN-PIERRE FARANDOU
L'idée est intellectuellement intéressante. Oui. Il me paraît normal qu'un salarié, donc un fonctionnaire, qui est méritant, qui a un meilleur comportement, qui a un meilleur résultat, qui est plus efficace, ça puisse se traduire dans un élément de rémunération. Le principe me paraît sain. Après, il y a l'œuvre. Il y a du dialogue social autour de ça. Mais je trouve que l'idée est intéressante.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous êtes ouvert à l'idée de qu'il y ait davantage de rémunération au mérite pour les agents publics, dans quelque secteur que ce soit ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça commence déjà pour les hauts fonctionnaires. Il y a déjà des éléments de part variable dans les hauts fonctionnaires. Ça ressemble à la SNCF. À la SNCF aussi, on avait démarré par les cadres et les cadres supérieurs. Et puis maintenant, ça s'est déployé au moins pour tous les cadres. Et il y a des éléments aussi de mérite qui interviennent dans l'avancement des personnels de maîtrise, voire des opérateurs. Faut y aller doucement. Faut peut-être y aller par strate. Commençons par le haut de l'échelle et la pyramide. Et progressivement, et par le dialogue social, regardons comment tout ça peut se déployer au sein de la fonction publique.
APOLLINE DE MALHERBE
Votre consœur, collègue Amélie DE MONTCHALIN devra sans doute quitter le Gouvernement, puisqu'elle devrait être nommée aujourd'hui même, lors du Conseil des ministres, à la tête de la Cour des comptes. Ça vous paraît un choix acceptable ? Il est très critiqué par l'ensemble des oppositions.
JEAN-PIERRE FARANDOU
D'abord, faut rappeler que c'est un pouvoir de nomination du président de la République, c'est la Constitution qui le lui donne. Il l'exerce. Deuxièmement, Amélie DE MONTCHALIN, je connais la personne, on a travaillé des heures et des heures ensemble à l'Assemblée nationale et au Sénat pour défendre le budget de la sécurité sociale. C'est une femme courageuse, c'est une femme compétente. C'est une femme qui a le sens de l'intérêt général, qui a beaucoup d'énergie. Elle est remarquable. Et troisièmement, vous savez que moi, je défends beaucoup l'égalité femmes-hommes dans l'entreprise. Mais que pour une fois, ce soit une femme qui soit nommée à la tête d'une grande institution de la République, c'est un bon signal, un bon rôle modèle. On parlait de perspective pour les jeunes filles. Mais les jeunes filles, elles savent que maintenant, on peut être une femme et diriger la Cour des comptes. C'est un très bon symbole.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que pour vous, il n'y a pas de risque de conflit d'intérêt ? C'est aussi ce que certains évoquent. Le fait qu'elle est elle-même à la tête du budget, enfin l'une de celles qui a été l'artisan du budget.
JEAN-PIERRE FARANDOU
On a rappelé que la Cour des comptes, c'est un collège. Il n'y a pas qu'une personne. Je crois qu'ils sont huit. Et les avis sont donnés par le collège. Et je suis sûr qu'Amélie DE MONTCHALIN saura trouver la position juste pour gérer ce genre de sujet.
APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Pierre FARANDOU, je le disais, vous êtes ministre du Travail, mais aussi des Solidarités. Est-ce que la solidarité devrait passer par une forme de révolution de la politique familiale ? Le député Horizons du Calvados, Jérémie PATRIER-LEITUS, propose même vraiment une idée assez choc, l'idée de donner 250 euros par enfant par mois pour tous les enfants français de zéro à vingt ans, quel que soit le rang de l'enfant et quels que soient surtout les revenus de la famille. Est-ce qu'au fond, il faut aller vers cette sorte d'universalité de dire "Vous avez un enfant, c'est 250 euros chaque mois pour votre enfant".
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non mais sur la natalité, en tant que ministre du Travail, c'est important, parce que le bébé d'aujourd'hui, c'est le salarié dans vingt ans. Et on sait que notre pays va avoir besoin de salariés, puisqu'il y a une tendance à la démographie où on vieillit. Donc il est très important, effectivement, que d'une manière ou d'une autre, les familles françaises aient envie de faire des enfants et d'avoir des enfants. Sinon, notre pays sera plus faible. Et on sait qu'on commence à glisser un peu avec un taux de fécondité à 1,8. Il faut faire attention. Il y a des pays comme nos voisins italiens qui sont à 1,1. C'est grave, quand on est un… Donc effectivement, le sujet de la natalité, il est majeur stratégiquement parlant.
APOLLINE DE MALHERBE
Bon, une fois qu'on a dit ça, on fait quoi ? On leur donne quoi aux gens qui aimeraient peut-être en avoir plus, mais qui, pour l'instant, se retiennent ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bah écoutez, ils ont le débat. Moi, j'ai découvert cette proposition ce matin. Tous les débats valent.
APOLLINE DE MALHERBE
Il est à la tête de cette commission. Les conclusions en seront rendues cet après-midi. Plusieurs propositions sur la table. Effectivement, cette proposition très claire, avec un côté universel pour tous les enfants. Il y a aussi la question d'un prêt à taux zéro, peut-être, pour pouvoir se loger plus facilement quand vous êtes jeunes parents. En tout cas, est-ce qu'il faut une révolution de la politique familiale ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bah écoutez, le débat vaut. Je pense que si on segmente un peu plus, il y a peut-être des différences entre les familles défavorisées qu'il faut aider, les familles peut-être qui ont des revenus élevés et qui se débrouillent, et c'est les classes moyennes, peut-être qu'il faut… Peut-être que sur la base de cette idée-là, là, c'est très universel. OK. Il faudrait en faire le calcul quand même. Il faut être sérieux en termes de dépenses publiques. Et peut-être qu'il y a un ajustement de cette politique de la natalité en fonction du revenu des familles. C'est peut-être aussi une idée supplémentaire qu'on peut rentrer dans le débat.
APOLLINE DE MALHERBE
La question de l'universalité de la politique familiale, ça a été mis sous condition de ressources, notamment depuis François HOLLANDE. Est-ce que vous pourriez vous dire, à un moment, on revient à une politique universelle, c'est-à-dire quel que soit le revenu et quel que soit le coin de France où l'enfant naît ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Je dis : ouvrons le débat. Moi, je n'ai pas d'avis préconçu. Vous savez, la méthode FARANDOU, c'est le dialogue. Donc moi, je peux entendre toutes les propositions, mais il faut prendre le temps de les instruire, de les évaluer, peut-être de les challenger avec d'autres propositions. C'est un vaste débat. Il est compliqué. Il faut toujours se méfier un peu des solutions rapides. Prenons le temps du débat et de la réflexion et de l'étude d'impact, comme on dit, en mesurant bien les effets.
APOLLINE DE MALHERBE
J'entends votre prudence. Un des mots sur le mot "austérité", ce mot, il a été prononcé par le patron de la BPI, Nicolas DUFOURCQ, qui dit : "Nous devrons, la France devra aller, précisément pour pouvoir continuer ensuite à être généreuse, vers quelques années d'austérité". Est-ce que vous le pensez aussi ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, je vais vous parler de ce que je cause. C'est la sécurité sociale, dimension retraite, aussi dimension santé. Il faudra faire attention aux dépenses. Oui, il faudra faire… Alors, le mot "austérité", on est encore très généreux. Le mot d'austérité ne me paraît pas adapté. C'est juste un petit ajustement où les uns et les autres doivent faire attention aux dépenses sociales en général. Donc le mot "austérité" ne me paraît pas adapté. Mais qu'on soit plus ajustés, qu'on fasse attention, oui, ça, je pense que c'est nécessaire.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2026