Texte intégral
Monsieur le Ministre, cher Laurent,
Je voudrais aussi saluer les anciens ministres présents,
Mesdames les Présidentes, Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs les parlementaires anciens et actuels,
Mesdames et Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,
Chers amis,
Merci d'être là ce soir à Oudinot.
Ce que je vous propose, c'est un moment de cap.
Dans cette salle, il y a des élus, des agents de l'État, des entrepreneurs, des acteurs associatifs, des journalistes, des amis des outre-mer.
Il y a des femmes et des hommes qui connaissent les territoires pour ce qu'ils sont vraiment.
Dans le réel.
Ils savent exactement comme moi ce que représentent les Outre-mer et ce que représente ce ministère.
Je veux le redire clairement.
Le ministère des Outre-mer n'est pas un ministère social. Ce n'est pas un ministère de compensation.
C'est un ministère de souveraineté.
Souveraineté territoriale.
Souveraineté économique.
Souveraineté stratégique.
Souveraineté régalienne.
Et dans le monde dans lequel nous sommes entrés, ce n'est pas un slogan. C'est une nécessité.
Les rapports de force reviennent et les puissances s'affrontent.
Les océans, les routes maritimes, les frontières, les zones d'influence redeviennent décisifs.
La France est une puissance parce qu'elle est présente dans les trois océans. Parce qu'elle y vit. Parce qu'elle y décide. Grâce à ses Outre-mer !
Concrètement, quand la France contrôle le deuxième espace maritime du monde, ce n'est pas depuis Paris. C'est depuis la Guyane, la Polynésie, La Réunion, la Nouvelle-Calédonie, la Guyane, Mayotte, la Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre et Miquelon, les TAAF, Wallys-et-Futuna.
Quand la France protège, ses câbles sous-marins, ses routes commerciales, ses ressources maritimes, quand elle lutte contre les trafics, contre la pêche illégale, quand elle affirme sa présence face aux grandes puissances, elle le fait par ses territoires ultramarins.
Sans les Outre-mer, la France est un pays continental parmi d'autres. Les OM sont une dimension centrale de ce que nous sommes.
C'est avec cette conviction que je mène mon action depuis mon arrivée ici il y a un peu plus de 3 mois. Nous étions fin 2025, une année difficile. Je ne vais pas refaire l'inventaire de ce qui s'est passé tout au long de cette année. Vous savez ce que les crises et les fragilités cumulées ont coûté à certains territoires. Ils ont été exposés parfois violemment et ils ont fait face.
C'est à partir de cette réalité que j'aborde 2026.
Avec une méthode claire. Et une ligne simple.
Je ne suis pas là pour promettre ce que nous ne pourrions pas tenir.
Nous savons ce qu'est le contexte politique, nous savons ce qu'il permet et ce qu'il ne permet pas.
Donc je ne parlerai pas comme d'autres grands soirs. Mais je parlerai ce à quoi je crois, c'est une succession de petits matins.
Certaines grandes réformes qui nécessitent du temps et qui exigent une majorité parlementaire, choses que nous ne maîtrisons pas tout à fait aujourd'hui, auront leur moment, dans le débat présidentiel à venir notamment.
Mais pour autant, en attendant, 2026 ne sera pas une année d'inaction. Il y a beaucoup à faire.
Depuis mon arrivée au MOM (ministère des outre-mer), mes journées sont rythmées par des situations concrètes, des situations vécues.
C1est pour y répondre que j'ai fixé un cap que je veux développer devant vous, autour de 3 principes qui guident mon action.
Premier principe : agir là où l'urgence l'exige
La Nouvelle-Calédonie, d'abord.
Quand je suis arrivée au ministère,j'ai entendu beaucoup de choses.
À Paris, certains expliquaient très tranquillement que ce dossier était ingérable, que c'était l'échec assuré, que c'était trop tard, que c'était déjà perdu. Il y a ceux qui ont commenté de près comme de loin, ceux qui ont distribué les mauvais points... et puis il y a ceux qui ont travaillé.
Je suis allée sur le terrain. Parce qu'en Nouvelle-Calédonie, on ne peut pas faire de politique à distance. On ne peut pas se contenter de constater l'état des fractures : il faut les affronter.
La réalité, je l'ai vue : un territoire épuisé, des tensions profondes, une confiance abîmée, mais l'envie de s'en sortir.
Et dans ce contexte, oui, ramener tout le monde à discussion était difficile. Très difficile.
Mais c'était indispensable. C'est ce que je me suis employée à faire, en renouant le dialogue avec tout le monde. En étant transparente avec tout le monde. En dépit des désaccords, j'ai retissé je crois le lien de confiance.
Le Président de la République a choisi de remettre tout le monde autour de la table, le 16 janvier, en réunissant l'ensemble des formations représentées au Congrès. Et ensuite, nous avons travaillé, sans tabou, sur tous les sujets : le fond, les mots, le calendrier, l'avenir.
Pendant 4 jours. Et à la fin, nous avons obtenu ce que beaucoup disaient impossible.
Deux textes donnent toute sa portée à ce moment politique : l'accord Élysée-Oudinot sur le volet institutionnel, et le protocole financier qui détaille une partie du pacte de refondation économique voulu par le Premier ministre.
Je remercie tous ceux qui y ont contribué, j'en profite notamment pour saluer Olivier Jacob et Laurent Lenoble.
Un calendrier est désormais posé, et c'est au Parlement de prendre sa part, parce que les partenaires calédoniens ont fait des efforts considérables (et que personne n'a le droit de jouer avec ça). C'est ce que je m'emploie déjà à porter auprès des députés et sénateurs.
Deuxième urgence : Mayotte.
Mayotte, avec les cyclones Chido et Dikeledi, a vécu une épreuve terrible. Il y a eu l'urgence. Il y a les cicatrices toujours visibles sur le territoire dans le quotidien des Mahorais je l'ai vu en me rendant sur place à la mi décembre. Et maintenant, il y a la reconstruction.
Et cette reconstruction, nous l'accompagnons c'est notre devoir.
Je le dis parce que je veux que ce soit clair : les moyens sont là. 4 milliards d'euros pour la période 2025-2030. Près de 700 millions d'euros pour 2026. Et surtout, avec le soutien du Premier ministre, nous avons sécurisé ces financements. Ils sont sanctuarisés dans un programme spécifique : le PITE. Ça peut paraître technique mais ça change tout, parce que ce n'est pas une promesse vague : c'est de l'argent fléché, piloté au plus près du terrain, avec des projets concrets. Autrement dit : on passe bien à l'exécution. L'État est au rendez-vous.
Il l'est aussi en ingénierie, en expertise, en capacité à faire. Grace à l'établissement public que nous avons installé, qui accompagne les acteurs locaux, en apportant des compétences et de l'appui opérationnel. Pour que, sur le terrain, les dossiers voient le jour et les travaux démarrent.
Mais la reconstruction, ce ne sont pas seulement des bâtiments, des routes, des réseaux, des écoles, des logements.
C1est la capacité de retrouver une vie normale.
Et sur ce point, je veux dire aux Mahorais que je suis déterminée à les accompagner sur tous les volets, sans exception : le social, l'économie, l'éducation, la jeunesse et le régalien. J'insiste sur ce dernier point. On ne reconstruit pas si la sécurité n'est pas assurée.
On ne reconstruit pas si l'immigration irrégulière continue de déstabiliser le territoire. Je verrai très prochainement le ministre de l'Intérieur pour mettre sur la table, très concrètement, les moyens à déployer.
Troisième urgence : la vie chère.
C1est une réalité quotidienne, parfois étouffante, pour des millions de Français, en particulier pour nos compatriotes des outre-mer.
Ce n'est pas "la vie chère" au sens vague.
Ici on parle d'injustice. Parce qu'il n'est pas normal que, selon le territoire où l'on vit, on paye plus cher ce qui est essentiel : l'alimentation, l'hygiène, les produits de base.
Dans certains territoires, les écarts de prix dépassent 40 % sur les produits alimentaires. Ce n'est pas acceptable.
Le Premier ministre a parlé d'"urgence des urgences". J'en ai fait donc fait ma priorité.
Le travail engagé au Parlement est important.
Mais il doit maintenant aller plus loin, et surtout être plus efficace pour toucher aux mécanismes qui alimentent ces prix : les marges, les rentes, les circuits, les situations de concurrence insuffisante.
Dans les prochaines semaines, comme Je m'y étais engagée, j'ouvrirai une phase de concertation avec l'objectif d'aboutir à un texte qui soit plus solide et plus opérant.
Deuxième principe : créer les conditions de la confiance et de la stabilité
Derrière les urgences et derrière tout ce que nous souhaitons faire ensemble, il y a une même exigence: donner aux territoires de la visibilité et des moyens.
Je veux donc dire un mot du cadre économique, et du budget.
Parce que depuis l'automne, j'ai entendu beaucoup de choses sur le fait que "les Outre-mer paieront la note", "qu'on on va faire des économies sur eux".
C'était la copie initiale. Et je l'ai combattue. Avec la copie finale, ce sont 500 millions d'euros supplémentaires sur le PLFSS et 1 milliard de plus sur le PLF. C'est un choix politique fort, qui s'inscrit dans le soutien global de l'État en direction des Outre-mer et qui atteint 26,8 milliards d'euros. Nous pouvons nous en réjouir.
Une fois que j'ai dit ça, ce qui va compter c'est l'exécution.
Et dans cette logique, je veux parler d'un outil important : la LODEOM. C'est ce qui permet à des entreprises ultramarines d'embaucher, d'investir.
Cet outil doit évoluer. Mais pas n'importe comment.
Je ne ferai pas une réforme à la va-vite ou contre les territoires. Je ferai une réforme utile : plus lisible, plus simple, mieux ciblée, et surtout plus efficace sur une chose : l'emploi local et la compétitivité. Le travail va bientôt pouvoir démarrer avec tous les acteurs concernés. Je vais prochainement mandater une personnalité à la tête de cette mission.
La LODEOM, ce n'est pas un sujet isolé. C'est une pièce d'un ensemble.
En parallèle, je travaille à une loi d'orientation pour les Outre-mer, parce qu'on ne peut pas piloter ces politiques uniquement à coup de quelques dispositifs.
Il faut une direction et de la continuité. Parce que les Outre-mer ne se transforment pas en six mois. Ils ont besoin d'un cap qui dépasse les calendriers politiques et qui protège l'action publique dans la durée. Cette loi, qui est un travail au long cours, aura le mérite de poser un cadre que je veux utile pour la suite et notamment post 2027.
Dans l'intervalle, d'ici la fin de cette année, j'installerai un rendez-vous économique majeur. Un moment où l'on parle des Outre-mer comme d'une force et comme d'un levier de puissance. Un grand forum économique, si vous me permettez l'expression, une forme de "Choose Outre-mer".
Et comme rien ne se construit durablement sans stabilité, la question de la sécurité est au cœur de mes réflexions.
Dans plusieurs territoires, la situation reste difficile. Je pense au fléau du narcotrafic et aux violences qu'il génère, qui touche aujourd'hui l'ensemble des Outre-mer.
Dès mon arrivée, j'ai demandé une chose : que les Outre-mer soient pleinement intégrés à la feuille de route de lutte contre le narcotrafic voulue par le Président de la République. C'est chose faite.
Et depuis, nous travaillons. D'arrache-pied.
Sur les ports, sur les aéroports, sur les contrôles, sur les filières, sur les "mules" sur les routes maritimes. Il y aura des propositions à venir. Je refuse que ces territoires deviennent des plateformes du trafic mondial. Et je refuse que ce poison détruise nos sociétés et notre jeunesse.
C'est aussi ça, la souveraineté : protéger nos frontières et protéger nos espaces maritimes.
Troisième principe : préparer l'avenir
Après l'urgence, après la stabilité et la confiance, il faut préparer la suite. Parce qu'un ministère de souveraineté, ce n'est pas seulement un ministère qui éteint les incendies : c'est un ministère qui trace une trajectoire.
Préparer l'avenir, c'est d'abord accompagner les évolutions institutionnelles que certains territoires souhaitent engager.
Le Président de la République m'a confié la conduite de groupes de travail avec la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.
C'est un exercice inédit que j'ai entamé dès le mois de décembre dernier. Et je veux le mener avec une ligne très simple : on ne procède pas à des évolutions institutionnelles pour le plaisir. On les fait pour améliorer concrètement la vie de nos compatriotes.
Chaque territoire sera regardé pour ce qu'il est, avec son histoire, ses équilibres, ses sensibilités.
Et à la fin, les populations concernées seront consultées. Elles trancheront.
Préparer l'avenir, c'est ensuite construire pour la jeunesse.
Voilà un sujet qui me tient à cœur et qui me touche. Je vais m'en expliquer parce que c'est un peu plus personnel.
Depuis quatre ans, à chaque mois de janvier, le ministre qui présente ses vœux n'est pas toujours le même que celui qui les présentait un an plus tôt. On en sourirait presque avant de se rappeler que les Outre-mer n'ont pas le luxe de l'instabilité.
Je suis la 11e ministre je crois depuis 2017. Je vous propose de ne pas en changer. Je ne sais pas pour les autres mais en ce qui me concerne j'ai voulu ce ministère.
Parce que tout, dans mon parcours, me ramène ici.
Je suis avocate. Et j'ai une obsession: l'égalité des chances. On en parle beaucoup, mais dans les Outre-mer, c'est une promesse qui n'est pas encore totalement tenue. Est-ce qu'on a mis fin à l'assignation à résidence ? Non.
Est-ce qu'on a avancé ? Oui.
Mais est-ce qu'on a fait assez ? Certainement pas.
Un jeune ultramarin, en théorie, a toutes les raisons d'être fier de ce qu'il est et d'où il vient.
Mais est-ce qu'on lui donne réellement les mêmes chances ?
Quand la vie coûte plus cher.
Quand la violence pèse davantage.
Quand les études supérieures riment avec éloignement, déracinement.
Quand il faut encore supporter le racisme, le mépris, ou cette idée absurde qu'il faudrait "prouver plus" parce qu'on vient des Outre-mer.
Je sais ce que c'est, ce que ça signifie dans sa chair et c'est lourd dans la construction d'une vie. Vais-je tout changer dans les quelques mois qui sont (peut-être) devant moi ? Non je n'ai pas cette prétention.
Mais je vais me battre, peut-être un peu plus fort, peut-être avec davantage de tripes, peut-être en y mettant davantage de MOI, que mes prédécesseurs. Là-dessus vous pouvez compter sur moi.
Voilà Mesdames et Messieurs,
Ce que je vous ai dit ce soir, ce n'est pas un catalogue.
C'est ma ligne. Mon exigence. Et ma méthode.
Quand je suis arrivée, rien n'était écrit. Et je vais même vous dire les choses telles qu'elles se sont passées : j'ai subi à ma nomination une vague d'attaques comme jamais je n'en avais connu. Des injures à caractère raciste et sexiste. J'ai même été qualifiée par un élu de "crachat fait au visage des OM".
Je n'ai pas répondu. Parce que je n'avais pas une minute à perdre. Parce que ma place n'est pas dans le bruit mais au travail.
Et je crois pouvoir le dire ce soir : avec la confiance du Premier ministre et du Président de la République, avec l'engagement de mon cabinet et de tous ceux qui sont ici, nous avons avancé.
Nous avons obtenu un budget en hausse.
Nous avons créer les conditions d'un accord en Nouvelle-Calédonie.
Nous avons sanctuarisé les crédits pour Mayotte et lancé la reconstruction.
Nous avons ouvert des chantiers sur l'avenir institutionnel des territoires.
Tout ça en 3 mois, en 100 jours.
Et je pourrais citer bien d'autres sujets – mais ce soir, je veux rester sur l'essentiel.
Je ne demande pas à être jugée sur ce que certains imaginent que je suis. Je demande à être jugée sur ce que je fais.
Vive Oudinot,
Vive les Outre-mer,
Vive la République,
Et vive la France.
Source https://www.outre-mer.gouv.fr, le 13 février 2026