Texte intégral
Madame la Présidente,
Les principes que nous venons de rappeler ensemble vivent au rythme du monde, de ses avancées comme de ses secousses.
C'est dans cet esprit que je prends maintenant la parole au nom de la France.
L'Histoire connaît des saisons.
Il y a des saisons calmes, où les droits humains paraissent solides et s'imposent comme des évidences.
Et puis viennent les saisons d'orage.
Partout, les lignes bougent, le terrorisme et les guerres s'installent dans la durée, des territoires brûlent.
Des peuples vivent sous les bombes et la loi de régimes autoritaires, théocratiques ou de groupes terroristes.
Les démonstrations de force prennent le pas sur le respect du droit.
L'ordre international tangue sous les rafales de l'époque.
Oui, nous vivons l'âge des tempêtes.
Et dans les tempêtes, une tentation surgit toujours : renoncer, reculer, alléger.
On commence par dire que certains principes peuvent attendre.
Que certains droits ne sont pas prioritaires.
Que certaines libertés seront pour plus tard.
C'est ainsi que les reculs commencent.
Dans l'âge des tempêtes, une question se pose à chaque nation : qu'est-ce que nous refusons d'abandonner ?
Pour la France, la réponse est claire et non négociable.
Nous refusons d'abandonner l'égalité.
Parce que l'égalité n'est pas un confort des temps calmes.
Elle est la boussole qui nous guide par tous les temps.
Elle n'est pas derrière nous comme un acquis.
Elle est devant nous comme un combat.
Car partout où l'on veut affaiblir la démocratie et la liberté, on commence par s'en prendre aux femmes et aux filles.
On limite leurs droits, on les masque, on les cache.
On s'en prend à leur droit de disposer de leurs corps librement pour elles-mêmes et par elles-mêmes, jusqu'à leur accès à l'avortement.
On étouffe leurs voix.
Dans certaines régions du monde, les jeunes filles voient se fermer devant elles les portes de l'école.
Dans les zones de guerre, leurs corps deviennent des champs de bataille, avec les violences sexuelles et les viols.
Et désormais les technologies peuvent prolonger et amplifier ces violences.
Ces réalités ne sont pas dispersées ; elles révèlent une constante de l'histoire : lorsque les démocraties vacillent, ce sont les droits des femmes qui reculent en premier.
Pour la France, ces droits ne sont pas une variable d'ajustement.
Ils ne s'équilibrent pas contre des traditions.
Ils ne se négocient pas au gré des crises.
Ils appartiennent à ce socle irréductible sur lequel reposent la paix, la démocratie et la liberté.
Alors, à celles qui continuent d'apprendre malgré les interdits,
Qui marchent, chantent et se battent pour leur liberté et leurs droits malgré les menaces,
Qui témoignent et s'engagent malgré la peur,
Qui font vivre chaque jour les droits humains,
Aux femmes d'Iran, d'Afghanistan, et d'Ukraine, à toutes les filles, toutes les femmes partout dans le monde, la communauté internationale doit plus que de simples déclarations.
Elle leur doit un engagement : nous ne détournerons pas le regard et nous mènerons le combat.
Dans cet âge des tempêtes, la France choisit de tenir la ligne du multilatéralisme, de la justice et du droit.
Car dans la tempête, cette ligne n'est pas seulement une direction.
Elle est un cap que la France tient et tiendra toujours.
Avec la conviction que là où les femmes sont libres, les sociétés sont fortes.
Et qu'à l'âge des tempêtes, tenir la ligne de l'égalité, c'est tenir la promesse de l'humanité commune.
Je vous remercie.
Source https://onu.delegfrance.org, le 11 mars 2026