Texte intégral
APOLLINE DE MALHERBE
Il est 8h29 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Maud BREGEON.
MAUD BREGEON
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la porte-parole du Gouvernement et vous êtes la ministre de l'Énergie. Très nombreuses questions, bien sûr, sur les ventes, les ruptures de stock éventuelles de carburant, sur les prix qui continuent à flamber : jusqu'où et jusqu'à quand ? Et puis bien sûr, sur les aides : quelles aides ? Est-ce qu'il y aura de nouvelles aides ? Vous nous le direz ce matin.
Les ventes d'abord. Retour de week-end de Pâques, week-end de trois jours et de nombreux Français qui se plaignent d'avoir dû parfois faire des kilomètres pour trouver une station qui vend tous les carburants. On en est où ? Est-ce que vous dites, ce matin, qu'il y a, oui, des stations qui sont en rupture de stock ?
MAUD BREGEON
Il y a des difficultés. Et il y a des difficultés qui sont dues à des problématiques logistiques de transport, essentiellement sur le réseau TOTAL. Je vais y revenir. Ce que je veux dire ce matin, c'est que la matière, le pétrole arrive en France. Il n'y a pas de problème au niveau des raffineries. Il n'y a pas de problème au niveau des dépôts. Il y a un engorgement sur les réseaux de transport et essentiellement sur le réseau de transport TOTAL. Je vais vous donner un chiffre. Ce matin, à l'heure où nous parlons, il y a environ 18% des stations dans lesquelles il manque au moins un carburant.
APOLLINE DE MALHERBE
Des stations globales ?
MAUD BREGEON
Des stations globales. 83% de ces stations, 83% des stations dans lesquelles il y a des difficultés sont des stations du réseau TotalEnergies. Parce que vous savez que TOTAL a annoncé, depuis plusieurs semaines, un prix plafond qui amène à un écart significatif entre leur réseau de distribution et les autres réseaux de distribution ou indépendants. Ce qui génère, là encore, une tension particulière dans le réapprovisionnement.
APOLLINE DE MALHERBE
Rupture de stock sur un ou plusieurs carburants ?
MAUD BREGEON
Sur un ou plusieurs carburants. Ce que je veux aussi dire, c'est que nous avons mis en place tous les moyens nécessaires pour permettre un réapprovisionnement rapide. Le taux s'est déjà amélioré par rapport à hier soir.
Nous avons, pour la journée de lundi, donc lundi de Pâques hier, donné des dérogations de transport dans trois zones de défense. Trois zones où TOTAL a demandé des dérogations pour que les distributeurs puissent faire leur travail. 200 camions étaient sur les routes.
Et aujourd'hui, là encore, pour ce réseau spécifique TotalEnergies, il y a environ 900 camions qui seront sur la route pour réapprovisionner les stations, contre 600 en temps normal. Ce que je veux dire, c'est qu'on peut s'attendre à une amélioration progressive dans la journée. À l'inverse, dans les réseaux qui ne sont pas des réseaux TOTAL, on observait, hier soir, un taux d'indisponibilité d'environ 4% qui correspond peu ou prou à ce qu'on observe en sortie de week-end de Pâques.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc faible. Normal.
MAUD BREGEON
Normal par rapport à ce qu'on observe en sortie de week-end de Pâques.
APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y a pas de risque de pénurie. Ce que vous dites, c'est que c'est juste une difficulté ponctuelle.
MAUD BREGEON
Exactement. Il n'y a pas de risque de pénurie. C'est la différence entre une pénurie de matière et des difficultés logistiques. Il n'y a pas de problème d'approvisionnement. Il n'y a pas de problème dans les raffineries. Quand les camions vont au dépôt, ils peuvent charger. Il n'y a pas de difficulté, là encore, pour trouver le sans plomb ou le gasoil. Mais les réseaux de transport ont été particulièrement tendus ces derniers jours.
APOLLINE DE MALHERBE
Ce soir, TOTAL devra dire s'ils poursuivent ou non ce plafond des prix du carburant. Qu'est-ce que vous leur demandez et qu'est-ce qu'ils doivent faire ?
MAUD BREGEON
C'est évidemment eux de le dire. Moi, je ne suis pas porte-parole de TotalEnergies. Ce que je dis, c'est qu'on demande et on continue à demander depuis le début avec le Premier ministre, à l'ensemble des distributeurs, d'être le plus raisonnable possible. Et si, dans les semaines à venir, on observe une accalmie sur le conflit, que le prix du Brent, du pétrole, diminue à l'échelle internationale, alors on sera particulièrement vigilants à ce que ces baisses soient répercutées aussi vite que les hausses l'ont été dans le passé.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais j'imagine que vous êtes dans la confidence. Est-ce que TOTAL envisage de poursuivre ?
MAUD BREGEON
C'est, encore une fois, à eux de le dire. Nous, on demande à tous les distributeurs qui le peuvent de faire les efforts nécessaires. Mais je n'ai pas à demander, ce matin, sur votre chaîne, à tel ou tel distributeur de faire des annonces particulières.
APOLLINE DE MALHERBE
Celui-là, il est en quasi-monopole. Ce n'est pas n'importe quel distributeur.
MAUD BREGEON
Ce n'est pas un monopole.
APOLLINE DE MALHERBE
TOTAL, vous pourriez leur dire de continuer l'effort.
MAUD BREGEON
Moi, je demande à tous les distributeurs qui le peuvent de faire des efforts dans la mesure, encore une fois, de leur possibilité.
APOLLINE DE MALHERBE
Encore une fois, je vous pose la question parce que certains ont dénoncé même, y compris leurs propres concurrents. Le patron d'INTERMARCHE, par exemple, dit que TOTAL a acheté 70 cargos de pétrole au tout début de la crise, ayant donc en quelque sorte acheté du pétrole pas trop cher, qu'ils vont revendre forcément un peu plus cher. Ils ont donc cette marge.
MAUD BREGEON
Ils ont fait un effort depuis le début du conflit et on était bien contents d'avoir ces plafonds à 1,99 et à 2,09 sur le diesel. On voit d'ailleurs que les Français les ont largement utilisés puisque ça a créé des problématiques de rupture de réapprovisionnement.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est, mécaniquement, ce qui conduit à ces ruptures.
MAUD BREGEON
On continue et on continuera, cette semaine, à échanger avec l'ensemble des distributeurs pour les accompagner s'ils font face à d'éventuelles difficultés, là encore, de transport pour l'approvisionnement des stations et pour s'assurer qu'il n'y a pas de marge indue. Mais vous savez, depuis le départ, on n'observe pas de marge indue chez les distributeurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y en a pas ?
MAUD BREGEON
Nous n'en avons pas observé.
APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y a pas de profiteurs ?
MAUD BREGEON
Nous n'en avons pas observé pour les distributeurs depuis le départ. Vous recevez régulièrement les représentants de la grande distribution, notamment sur votre plateau. Les marges qu'ils affichent aujourd'hui sont sensiblement les mêmes que celles qu'ils affichaient avant le début du conflit. Il n'y a pas eu de hausse indue.
APOLLINE DE MALHERBE
On va y revenir parce que le Premier ministre avait utilisé, au début de la crise, l'expression d'abus. Il avait parlé de hausse abusive éventuelle de prix à la pompe. Il y avait eu ces vérifications.
MAUD BREGEON
Et il avait diligenté des contrôles.
APOLLINE DE MALHERBE
Et les contrôles, pour vous, montrent qu'il n'y en a pas. Les prix, donc… Et on va voir si TOTAL remonte ou pas. Mais en tout cas, le prix global, c'est 2,28 Euros en moyenne côté gazole, 2,01 Euros côté sans plomb. Jusqu'à quand ça va monter ?
MAUD BREGEON
D'abord, c'est une situation qui est extrêmement difficile pour beaucoup de nos concitoyens. Et on en est parfaitement conscients. On a commencé en aidant les secteurs les plus en difficulté. Ceux qui, au regard de cette hausse, ne pouvaient plus pratiquer leur métier, c'était l'exemple des pêcheurs. Les pêcheurs, quand le gazole-pêche atteint un certain niveau, il n'est plus soutenable d'aller en mer pour pêcher le poisson. Donc, il fallait les aider extrêmement vite.
Moi, je dis une chose ce matin. Nous ne laisserons pas tomber les Français qui travaillent. Je pense aux aides-soignantes. Je pense aux aides à domicile. Je pense à certains agriculteurs qui font encore face à des difficultés particulières. Et donc, le Premier ministre s'est engagé à ce qu'un nouveau dispositif d'aide soit annoncé dans les jours à venir, là encore, pour venir en soutien des Français qui travaillent…
APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi vous ne l'annoncez pas ce matin ?
MAUD BREGEON
…et qui font face à des difficultés particulières.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous vous rendez compte que pour chacun, j'imagine, les infirmiers et les infirmières qui nous écoutent, par exemple, ce matin, qui font leur tournée, dont les tarifs à l'acte sont bloqués, ne peuvent pas répercuter, ils vous attendent.
MAUD BREGEON
Moi, je leur dis que nous serons à leur côté. Le Premier ministre a demandé à l'ensemble des ministres dont les secteurs sont concernés de faire remonter les différentes propositions. Tout ça va être instruit et arbitré dans les heures ou dans les jours à venir. Mais mon message, il est simple. Nous aurons, encore une fois, un nouveau dispositif d'aide dans les prochains jours pour les Français qui travaillent, qui font face à des difficultés particulières.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça fait une semaine que vous dites qu'il va y avoir des aides.
MAUD BREGEON
Non, pardonnez-moi. Il y a des aides depuis les premiers jours… Depuis les premiers jours. Les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs, nous avons été à leur côté. Nous continuerons à être à leur côté.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous savez qu'il y a certaines aides-soignantes, par exemple - j'ai eu de nombreux témoignages sur RMC - qui disent : "Je préfère carrément arrêter d'aller bosser".
MAUD BREGEON
Les aides-soignantes… On pense aussi aux aides à domicile qui sont parfois dans des situations encore plus compliquées, essentiellement dans les milieux ruraux. Et donc c'est pour eux qu'encore une fois, on travaille à un dispositif de soutien. Ces catégories professionnelles seront dans le prochain dispositif ?
APOLLINE DE MALHERBE
Ils seront dans le prochain dispositif,
MAUD BREGEON
…Qui doit être ciblée. La facilité serait de faire une aide universelle. Il n'y aura pas d'aide universelle.
APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y aura pas d'aide universelle. Il n'y aura pas de blocage des prix ?
MAUD BREGEON
Il n'y aura pas de blocage des prix. Ce sont deux choses très différentes. Il n'y aura pas de blocage des prix.
APOLLINE DE MALHERBE
Non mais ce serait une sorte d'aide universelle au sens où ça aiderait tout le monde.
MAUD BREGEON
J'entends Sophie BINET qui demande un plafonnement à 1,70 Euro. On ne sait pas bien pourquoi 1,70 Euro par ailleurs. On voit d'ailleurs en ce moment avec ce qu'on vit sur les réseaux TOTAL que ça amènerait dans un laps de temps très rapide à des problématiques de pénurie. Et il n'y aura pas d'aide universelle parce que nous ne pouvons pas nous le permettre et parce que nous avons donc décidé de cibler les aides. Et c'est le choix que nous avons fait depuis le départ. Nous allons continuer à le faire. Cibler les aides vers les Français qui travaillent, vers les secteurs les plus en difficulté, vers celles et ceux pour qui, terminer le mois est encore plus difficile du fait de la hausse des prix à la pompe.
APOLLINE DE MALHERBE
Je voudrais juste m'assurer que ceux qui nous écoutent l'ont bien compris. Les aides-soignantes, les aides à domicile, les entreprises peut-être du BTP, les taxis… Est-ce que c'est ça les entreprises et les secteurs qui vont être ciblés par vos nouvelles aides ?
MAUD BREGEON
Ils font indéniablement partie des Français qui travaillent et qui ont du mal à boucler les fins de mois.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc c'est eux qui seront aidés.
MAUD BREGEON
Il peut y avoir des situations différentes au sein d'un même secteur et c'est bien normal. Mais nous ne laisserons pas tomber les Français qui travaillent.
APOLLINE DE MALHERBE
Jusqu'à quand est-ce que ces prix vont augmenter ?
MAUD BREGEON
J'aimerais pouvoir vous le dire. Il y a en réalité deux scénarios. Le premier scénario, c'est l'accalmie dans les jours ou dans les semaines à venir. Et là encore, je suis extrêmement prudente, parce que la fin de la guerre ne signifie pas nécessairement un retour immédiat à une situation normale sur les prix de l'énergie. Puis il y a un deuxième scénario qu'on redoute tous, vous et moi, nécessairement davantage. C'est celui de l'embrasement. Et c'est contre ce scénario que travaille la France, quand elle maintient une posture uniquement défensive, quand elle met tout en œuvre pour contenir ce conflit et éviter autant que possible l'embrasement. Notre travail, c'est au fond d'être prêts pour les deux scénarios. Nous, on envisage tout depuis le début. On prépare les différentes possibilités. On est prêts à agir. Mais je n'ai pas ce matin devant vous de boule de cristal. Je ne peux pas vous dire ce qu'il adviendra dans les jours ou dans les semaines à venir. Quelles seront les décisions par exemple du Président TRUMP qui sont extrêmement imprévisibles.
APOLLINE DE MALHERBE
Êtes-vous comme le patron de l'Agence internationale de l'énergie, l'AIE, qui s'exprime ce matin chez nos confrères du Figaro, très pessimiste ? C'est ce qu'il dit, il est très pessimiste. La crise actuelle est plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022. Il dit que tout ça, c'est énorme.
MAUD BREGEON
Alors, il dit quand même une chose qui, à mon avis, mérite d'être précisée. Il dit que les situations sont très différentes d'un État à un autre. Dans certains États, vous avez d'ores et déjà des difficultés d'approvisionnement, des ruptures d'approvisionnement majeures. Pensez à l'Asie, pensez à l'Australie. Ce n'est pas le cas en France. Nous sommes bien moins dépendants pour le pétrole du Moyen-Orient que les pays asiatiques. Nous avons diversifié nos sources d'approvisionnement. Donc nous sommes davantage protégés. Et puis, pardonnez-moi, nous sommes autonomes sur l'électricité. Notre parc nucléaire produit à plein et protège les factures d'électricité des Français. C'est une chance inouïe. Si vous comparez par rapport à l'Italie... L'Italie a une électricité 30% plus chère qu'en France, notamment parce qu'ils dépendent massivement du gaz pour leur production d'électricité, ce qui n'est pas notre cas. Nous avons la chance d'avoir un parc nucléaire qui aujourd'hui, contrairement à des dizaines de pays, permet la stabilité sur le prix de l'électricité et sur les factures des Français.
APOLLINE DE MALHERBE
Sur le gaz, puisque vous le mentionnez, on parle d'une facture de gaz qui pourrait augmenter de 25% en mai. Est-ce que vous avez également ce chiffre ?
MAUD BREGEON
Il est trop tôt pour le dire. Je n'ai pas le chiffre de 25%. Donc je ne le confirme pas
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pouvez nous confirmer cela dit que la facture de gaz va augmenter en mai pour les Français ?
MAUD BREGEON
Il y aura très probablement une hausse. Là encore, due à ce qui se passe sur le détroit d'Ormuz. Vous savez que 20% du gaz transite par le détroit d'Ormuz et que c'est un marché qui est un marché mondial.
APOLLINE DE MALHERBE
Avez-vous calculé de quel ordre serait l'augmentation de la facture de gaz pour les Français ?
MAUD BREGEON
Mais ça n'a rien à voir avec ce que nous avons connu en 2022. Absolument rien à voir.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc rien à voir, mais est-ce que vous avez quand même une idée ? Est-ce que ce sera plus de 18% ? Plus de 15% ? À quoi faut-il s'attendre en mai ?
MAUD BREGEON
Encore une fois, c'est un peu tôt pour le dire. Et ça va dépendre de ce qui va se passer dans les jours à venir. Donc on communiquera dessus quand on aura des chiffres stabilisés à donner. Mais je le redis, ça n'a rien à voir avec ce que nous avons connu à la suite de la guerre en Ukraine.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous m'avez dit qu'il n'y a pas de profiteurs. Le mot d'abus, je le disais avait été…
MAUD BREGEON
J'ai dit que les distributeurs, notamment la grande distribution, n'affichaient pas de marges indues par rapport à ce qu'ils appliquaient en temps normal.
APOLLINE DE MALHERBE
Alors est-ce qu'il y a des profiteurs ? Est-ce qu'il y a d'autres profiteurs ?
MAUD BREGEON
Il n'y a pas, dans ce que nous avons observé, encore une fois, en France, dans les raffineries, dans les distributeurs, de profiteurs de crise. Et je n'emploie pas ce mot-là qui est un mot qui résonne même historiquement.
APOLLINE DE MALHERBE
Je recevais ce matin, Aurélie TROUVÉ de LFI sur RMC évoquait TOTAL en parlant de profiteur. Elle parlait de TOTAL comme d'un profiteur. Elle proposait : un, le blocage des prix ; si le blocage des prix entraînait des ruptures, deux, la réquisition du pétrole et du carburant de chez TOTAL ; et trois, éventuellement, à moyen terme, la nationalisation de TOTAL. Qu'est-ce que vous répondez ?
MAUD BREGEON
D'abord, utiliser le mot de profiteur de crise. Lorsqu'on sait comment ça résonne dans notre histoire passée, sans étayer cette accusation-là, c'est grave pour quelque entreprise que ce soit. Sur la question du blocage des prix, je redis ce que j'ai dit : le blocage des prix, c'est l'autoroute vers les pénuries assurée.
APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais elle disait dans ces cas-là, réquisition. Je lui posais exactement cette question-là et elle répondait : réquisition.
MAUD BREGEON
Mais réquisition de quoi ? C'est-à-dire qu'il n'y aura plus d'import sur le sol français ? S'il n'est plus intéressant d'acheter sur les marchés internationaux ? S'il n'est plus intéressant pour nos acheteurs de nous vendre ce pétrole ? Dans un marché, encore une fois, qui est un marché en tension en ce moment, vous n'aurez plus rien à réquisitionner. Donc la question de la réquisition, elle est hors sujet. Vous n'aurez plus rien à réquisitionner, vous n'aurez plus rien à raffiner dans les raffineries françaises et vous n'aurez plus rien à vendre à la pompe. Je ne sais pas si vous êtes partie, Apolline DE MALHERBE, ce week-end. Moi, je suis rentrée voir mes parents à quelques centaines de kilomètres. Je suis passée devant effectivement un certain nombre de stations-service avec de la rubalise autour. Des stations-service qui donc étaient inaccessibles, qui étaient en rupture. Ça, ce sera le cas de toutes les stations-service si on va sur un blocage des prix.
APOLLINE DE MALHERBE
Maud BREGEON, est-ce que ce n'est pas l'État qui est abuseur ?
MAUD BREGEON
Non. Et ça, c'est un mensonge éhonté, une contre-vérité que certains partis politiques essaient d'imposer.
APOLLINE DE MALHERBE
Marine LE PEN parle de l'État qui se comporte, je cite, comme un profiteur de crise. Elle dénonce des recettes indues. Le ministre des Comptes publics a tout de même reconnu qu'il y avait un surplus fiscal de 270 millions en mars.
MAUD BREGEON
Alors, deux choses. D'abord, l'État n'est pas un profiteur de crise. En revanche, Marine LE PEN spécule sur le dos de cette crise. Elle spécule politiquement depuis les premiers jours de cette crise énergétique. Et c'est extrêmement grave. L'État ne profite jamais, jamais d'une crise pétrolière. Certes, vous avez une augmentation des recettes issues de la TVA puisque les prix augmentent, mais elles sont immédiatement compensées à la baisse par la baisse de la consommation, par exemple, par la hausse des taux : on emprunte plus cher sur les marchés, ça coûte davantage d'argent à l'État. Et donc, au global, l'État n'est jamais gagnant.
APOLLINE DE MALHERBE
Au-delà de la question de la qualification de cette crise, je disais que le patron de l'AIEA parlait d'une crise extrêmement grave, d'un nouveau choc pétrolier. Vous, vous venez d'évoquer la baisse de la consommation, la hausse des taux. On pourrait aussi parler de l'inflation et de la baisse de la croissance. Est-ce que ça veut dire, Maud BREGEON, que le Gouvernement se prépare à une crise économique ?
MAUD BREGEON
Ça veut dire que le Gouvernement se prépare à l'ensemble des scénarios.
APOLLINE DE MALHERBE
Y compris une crise économique ?
MAUD BREGEON
Je vous disais qu'on se prépare à un scénario d'accalmie, qui est celui que l'on souhaite tous. On se prépare aussi au scénario de l'embrasement au Moyen-Orient qui entraînerait indéniablement des conséquences plus graves sur l'économie mondiale. Notre travail, c'est de se préparer à l'ensemble des scénarios. C'est d'être prêt.
APOLLINE DE MALHERBE
Faut-il un budget rectificatif ?
MAUD BREGEON
Aujourd'hui, il n'y a pas besoin de budget rectificatif.
APOLLINE DE MALHERBE
Au regard de cette situation, le RN vous demande un budget rectificatif.
MAUD BREGEON
Pourquoi le RN nous demande un budget rectificatif ? Parce qu'ils veulent imposer leur idée d'une TVA sur les produits énergétiques à 5%. Ça coûte douze milliards d'euros. Donc le sujet n'est pas : est-ce qu'on est d'accord ou pas avec un budget rectificatif ? Nous sommes en désaccord avec cette proposition. Tout simplement parce que nous n'avons pas douze milliards d'euros à mettre sur la table en un claquement de doigts. Apolline DE MALHERBE, ce que le consommateur ne paierait pas à la pompe demain, le contribuable le paierait après-demain par des baisses de crédits sur certains services publics ou par des hausses d'impôts. Nous ne voulons pas diminuer les crédits sur certains services publics essentiels comme la santé, la sécurité ou l'Éducation nationale. Et nous ne voulons pas augmenter les impôts. Prenez l'exemple de l'Italie. L'Italie a fait une remise à la pompe. Qu'elle a prolongée d'ailleurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais peut-être parce qu'elle a fait le boulot avant en redressant un peu ses comptes, quand même, non ?
MAUD BREGEON
Elle l'a fait en coupant des crédits. Elle l'a fait en coupant des crédits là encore sur des services publics essentiels. Il n'y a pas d'argent magique.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 avril 2026