Texte intégral
STÉPHANIE RIST
Bonjour.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Vous êtes ministre de la Santé. Merci d'avoir accepté notre invitation à l'occasion de votre déplacement à Marseille aujourd'hui. On va l'évoquer dans quelques instants, Marseille et Aix-en-Provence. D'abord, Marseille pourrait devenir la troisième ville en France à accueillir une halte soins addictions, surnommée trivialement une salle de shoot. C'est en tout cas une volonté du maire Benoît PAYAN. C'était l'une de ses promesses de campagne. On sait que c'est un vieux dossier qui traîne. Quelle est votre position là-dessus ?
STÉPHANIE RIST
Déjà expliquer que les haltes aux soins addictions sont en expérimentation depuis quelques années. Une à Paris, une dans le Grand Est, qui ont permis de montrer qu'il y a une bonne prise en charge des personnes qui viennent dans ces haltes en diminuant les overdoses par exemple. Donc un sujet de santé publique préservé. Ensuite, j'ai poursuivi l'expérimentation de ces haltes en janvier pour permettre de voir sur la sécurité publique. On sait déjà que ça diminue le nombre de seringues ramassées dans la rue. Mais on a encore besoin de cette expérimentation pour montrer le retentissement sur la sécurité publique. À titre personnel, je considère que ces haltes santé qui ont un véritable effet. Ce sont des rapports de l'INSERM, de l'IGAS qui montrent que les gens sont plus en sécurité pour leur santé. Je pense qu'il faut les réaliser avec un accord de tous les politiques locaux, pour trouver le meilleur endroit. Et à mon avis très personnel, ce meilleur endroit, il est souvent proche d'un hôpital.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Stéphanie RIST, si le maire de Marseille, Benoît PAYAN, se dit favorable pour accueillir une expérimentation, vous le soutiendrez ?
STÉPHANIE RIST
Non mais je sais que c'est une question régulière qui revient et je le comprends. Ce qui est important, un, c'est que tous les élus soient d'accord. La deuxième chose et qui est la plus importante pour moi, c'est que ces haltes, c'est une petite partie de la solution de l'addiction. Il y a un sujet d'addiction dans cette ville comme dans d'autres villes et il faut établir un véritable plan contre les addictions de prise en charge entre l'État, l'Agence Régionale De Santé, les collectivités et les associations que je tiens à les remercier parce que les associations, tous les jours, sont auprès des personnes très en difficulté.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Et les associations déplorent le fait que la halte soins addictions de Marseille soit un vieux serpent de mer qui ne voit jamais le jour, qui a été à de nombreuses reprises des sujets de campagne. Je vous repose ma question, si les élus locaux, y compris le maire de Marseille sont favorables. Est-ce qu'ils pourront compter sur le soutien du Gouvernement et de votre ministère ?
STÉPHANIE RIST
Je l'ai dit clairement. Un, les élus doivent se mettre d'accord sur un lieu qui est, à mon avis, proche d'un hôpital. Et d'autre, c'est la raison même pour laquelle j'ai poursuivi les expérimentations : pour pouvoir dire oui, ça améliore la santé des gens qui y viennent et oui, ça améliore la sécurité publique. Ce que je ne peux encore pas dire à ce stade.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Il y a un autre sujet qui est très important à Marseille, et ça ne vous aura pas échappé, c'est la lutte contre le narcotrafic. Stéphanie RIST, souvent, après des drames, viennent à Marseille différents ministres, ceux de la Justice, ceux de l'Intérieur, parfois le Premier ministre, parfois le président de la République en personne. Et souvent est déplorée l'absence du ministre de la Santé avec cette impression que le narcotrafic n'est pas suffisamment traité à Marseille sous son prisme sanitaire. Est-ce que vous comprenez ces regrets ? Et est-ce que d'un point de vue de la santé, est-ce que la ministre de la Santé en l'occurrence a un regard sur ce sujet-là ?
STÉPHANIE RIST
J'ai été invitée avec Laurent NUÑEZ, puisque nous viendrons prochainement sur ce sujet particulier du narcotrafic, qui n'est pas l'enjeu de mon déplacement aujourd'hui. Malgré tout, j'aurai un déjeuner ce midi de travail au sujet de la santé mentale, dont une partie est sur les addictions. Mais je vous l'ai dit juste avant, on a besoin de mesures sur l'addiction. On y travaille évidemment. Mes prédécesseurs ont déjà proposé des plans. Mais crois qu'on a besoin d'une mesure très concrète. C'est un sujet très compliqué. Il n'y a pas de baguette magique. Mais nous devons agir, État, collectivités, associations, main dans la main.
STÉPHANE MAGGIOLINI
En septembre dernier, le Premier ministre Sébastien LECORNU a annoncé la création d'un réseau France Santé, avec à la clé la labellisation de près de 5 000 structures d'ici la fin 2027. Depuis votre nomination, vous oeuvrez activement en ce sens. Et ça fait partie de votre déplacement aujourd'hui à Marseille. Concrètement, France Santé à Marseille, ça veut dire quoi aujourd'hui ?
STÉPHANIE RIST
France Santé, c'est une labellisation pour des structures, soit des maisons de santé, des centres de santé, des regroupements de professionnels qui vont, avec cette labellisation, d'une part rendre visible l'endroit pour les Français qui vont aller pousser la porte et savoir qu'ils auront un accès aux soins à cet endroit, et d'autre part amener un financement de l'État qui a été voté dans le budget de la Sécurité sociale, 150 millions qui ont été votés, qui permettent d'avoir, par exemple, une infirmière de coordination en plus, une infirmière de pratique avancée, bref, un projet des professionnels qui vont améliorer l'accès aux soins. J'irai cet après-midi dans un centre de santé qui aura donc cette labellisation, donc ce financement qui permettra d'améliorer l'accès aux soins des Marseillais.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Donc ça apporte un financement. Est-ce que ça apporte aussi des solutions à des problématiques locales, des initiatives nationales, gouvernementales, mais avec une adaptation territoire par territoire qui a été promise par ce Gouvernement ?
STÉPHANIE RIST
Complètement, et France Santé, c'est la demande des professionnels à un endroit précis où nous venons apporter un budget, parce que ces professionnels disent, par exemple, si j'ai une infirmière en plus, je sais que je vais pouvoir améliorer l'accès aux soins. Si j'ai d'autres professionnels, une secrétaire de coordination, enfin, un médiateur social… Ce qu'ils veulent, c'est les professionnels du territoire qui considèrent ce dont ils ont besoin.
STÉPHANE MAGGIOLINI
L'accès aux soins, qui souvent manque cruellement dans plusieurs villes en France et dans plusieurs secteurs, y compris des plus grosses villes de France, Marseille, les quartiers Nord, en est une parfaite illustration ?
STÉPHANIE RIST
En termes d'accès aux soins, personne en France n'est épargné par la démographie des médecins, qui avec un grand nombre de médecins qui partent à la retraite, et vous saviez le numerus clausus, qui avait entraîné un nombre de médecins diminué. Donc, nous avons agi sur plusieurs plans. Le premier, c'est la formation. On a augmenté le nombre de médecins formés, 27% d'augmentation depuis 2020. Nous avons fait évoluer les compétences des professionnels, notamment pour libérer du temps de médecin. Et puis, nous avons cette territorialisation, c'est-à-dire au plus près des professionnels, pour amener des organisations, des outils, et France Santé vient concrétiser cela.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Vous venez aussi participer, justement en parlant des quartiers Nord. Vous venez assister à ce qu'on appelle un geste inaugural d'un futur bâtiment de cardiologie de cet Hôpital nord de Marseille. Marseille qui est souvent décrite comme à la pointe, justement, des sujets médicaux et des infrastructures médicales. Ce bâtiment de cardiologie va être un exemple supplémentaire d'investissement, de technologie ?
STÉPHANIE RIST
Oui, vous savez, quand le président de la République a lancé Marseille en grand, une des sept ambitions était sur la santé. Il y avait la création de la Maison des Femmes, qui a été ouverte en 2024. Il y avait la rénovation des hôpitaux marseillais. 480 millions d'euros pour la rénovation de ces hôpitaux. Le centre de cardiologie que je viens voir à l'Hôpital nord fait partie de cette rénovation, avec une augmentation du nombre de lits, une augmentation du nombre de blocs opératoires, puisqu'il est multiplié par deux, une augmentation du nombre de places de soins intensifs, enfin, un financement de l'État, un engagement de l'État auprès des collectivités, qui permettent de rénover les hôpitaux de Marseille. Donc c'est important, en tant que ministre, de suivre l'évolution des engagements qui ont été pris par le président de la République dans le cadre de Marseille en grand.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Est-ce que vous poussez dans le même cadre de ce plan Marseille en grand, qui a plusieurs volets, notamment celui des mobilités de votre voix de ministre de la Santé, vous poussez, on a changé de gouvernance métropolitaine, il va y avoir une nouvelle personne à la tête de la régie des transports, vous poussez pour une accélération de la desserte de ces centres hospitaliers, en particulier dans les quartiers Nord, avec des lignes de tramway supplémentaires, peut-être des métros si techniquement cela est possible. Est-ce qu'il faut en faire aujourd'hui une priorité ?
STÉPHANIE RIST
Vous savez, il y a quinze jours, il y avait un sommet international, porté par le président de la République, qui s'appelle One Health, c'est-à-dire une seule santé. Parce qu'on sait très bien aujourd'hui que la santé, elle n'est pas que les soins médicaux, elle est aussi la santé environnementale, donc la santé des mobilités, la santé du logement. Et on ne peut plus considérer à notre époque la santé comme seulement le soin médical. Il faut considérer la santé de façon globale. C'est tout l'enjeu de One Health qui a été porté, qu'on porte de façon internationale, avec des projets internationaux, et les mobilités sont un des sujets qui rentrent dans cette santé.
STÉPHANE MAGGIOLINI
On parlait tout à l'heure de sécurité en lien avec, évidemment, le sujet précédent qui était la Halte Soins Addictions. Il y a aussi un sujet de sécurité à l'intérieur des établissements hospitaliers, au centre ÉDOUARD TOULOUSE, qui est spécialisé dans les cas psychiatriques. Il y a eu récemment plusieurs agressions de membres du personnel par des patients, qui étaient connus pour des troubles, parfois même internés pour ces troubles-là. Comment assurer, garantir la sécurité des personnels aujourd'hui ?
STÉPHANIE RIST
Déjà, je voudrais dire toute ma solidarité avec les équipes. Parce que quand un soignant une victime d'une agression, c'est toute l'équipe d'un établissement qui sont touchés. Deuxièmement, je voudrai dire qu'aucune agression, aucune violence même verbale envers les soignants ne doit rester impunie. Il y a eu une loi nationale qui a été votée et qui permet de sanctionner plus fortement les outrages, les agressions évidemment, qui permet aussi que l'employeur et bientôt les Ordres vont pouvoir porter plainte à la place de la personne du soignant qui a été violentée. Et enfin, des signalements plus nombreux et nous allons observer mieux ces signalements pour mieux agir. Et je voudrais dire aussi que l'Agence Régionale De Santé, avec les collectivités, sont en train de porter des mesures, et vraiment je remercie l'ARS, l'Agence Régionale De Santé, pour ce travail très important auprès de chacun des soignants pour un grand plan de sécurisation. Vous avez des soignants qui sont isolés, parfois dans un cabinet libéral, ils pourront avoir des boutons d'alerte. En tout cas, ce grand plan est travaillé avec le président de Région, que je tiens aussi à remercier pour cet engagement, et le directeur de l'ARS qui porte ce projet, donc des mesures nationales, des mesures locales de sécurisation des soignants, des sanctions plus importantes. Et je voudrais redire ici à tous nos concitoyens que les soignants se lèvent le matin pour s'occuper d'eux, pour les soigner, et qu'il est inadmissible de porter des agressions envers eux.
STÉPHANE MAGGIOLINI
Pour conclure, Stéphanie RIST, vous portez un projet de loi sur la protection des enfants. C'est aussi un volet de votre visite aujourd'hui à Marseille, et en l'occurrence à Aix-en-Provence, puisque vous allez visiter une maison d'enfants à caractère social, La Raynarde, c'est donc à Aix-en-Provence. Vous faites un tour de France avant de présenter ce projet, qui consistera en quoi concrètement ?
STÉPHANIE RIST
Alors, on a dans ce département 5 000 enfants placés auprès du département, 11 000 enfants qui sont accompagnés par le département, donc des enfants qui sont évidemment en grande souffrance. Ce département, comme beaucoup de départements dans notre pays, a des difficultés du fait du nombre qui augmente d'enfants placés. Nous avons l'État, à côté des départements, une responsabilité pour améliorer la condition de vie de ces enfants. J'ai pris des engagements sur leur santé. Depuis janvier, j'ai organisé le parcours renforcé de soins qui permet que tous leurs soins médicaux soient pris en charge, évidemment, avec un bilan tous les ans. Mais avec les départements, avec le président du département de France, monsieur SAUVADET, je fais un tour de France avant la présentation de ce projet de loi, qui aura lieu mi-mai, pour regarder les expérimentations. Il y en a une dans la maison que je vais aller voir cet après-midi qui permettent d'améliorer la vie de ces enfants placés.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 avril 2026