Texte intégral
ORIANE MANCINI
Bonjour Vincent JEANBRUN.
VINCENT JEANBRUN
Bonjour.
ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être notre invité. Ministre de la Ville et du Logement. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Stéphane VERNAY de Ouest France. Bonjour Stéphane.
STEPHANE VERNAY
Bonjour Oriane. Vincent JEANBRUN, bonjour.
VINCENT JEANBRUN
Bonjour.
ORIANE MANCINI
Vincent JEANBRUN, les sénateurs LR ont déposé un texte qui propose de supprimer des agences d'État dont l'ANRU, l'Agence nationale de la rénovation urbaine. C'est une bonne idée ?
VINCENT JEANBRUN
Il y a deux choses. Il y a une volonté affichée par les sénateurs d'essayer, dans un moment où il n'y a plus beaucoup d'argent public pour l'État, d'essayer de faire de la simplification. Cette philosophie-là, évidemment, on peut la partager. Réinterroger les agences, savoir comment elles peuvent éventuellement fusionner, travailler mieux ensemble, etc. Ça fait partie aussi des réflexions qu'il faut avoir. Après, je pense qu'il faut évidemment sortir des caricatures et faire en sorte qu'on ait les outils de nos politiques publiques. Et au moment où, avec beaucoup de fierté, on a entendu le Premier ministre annoncer un programme de rénovation numéro 3, une nouvelle version de l'ANRU, c'est vrai qu'on n'a pas envie de se priver des outils pour le mettre en oeuvre.
ORIANE MANCINI
Donc oui pour supprimer des agences d'État, mais pas toucher à l'ANRU ?
VINCENT JEANBRUN
Non, ce n'est même pas ce que je dis. Partout où on peut créer plus d'efficacité pour les services publics, faisons-le. Aucune question n'est taboue. En revanche, je pense que quand on est attaché à la politique de rénovation urbaine, et d'ailleurs, Mathieu DARNAUD lui-même le disait dans la presse, ils ne sont pas contre les politiques publiques. Ils veulent s'assurer que les outils soient les plus performants possibles. Après, à titre personnel, je suis attaché à l'ANRU. Je trouve que le travail sur l'ANRU 1 et l'ANRU 2 a été de qualité. Ça n'empêche pas de le moderniser, ça n'empêche pas de penser différemment aussi la rénovation urbaine. D'ailleurs, le Premier ministre a dit que cette ANRU 3, ce serait presque une ANRU à 360 degrés. On va s'intéresser encore plus à la vie quotidienne, aux enjeux de santé, aux enjeux de sécurité, avec l'idée que cette ANRU, ce soit une ANRU qui vient transformer définitivement et durablement la vie des quartiers. Je pense que tout ça doit être soutenu largement sur la plupart des bancs, que ce soit au Sénat ou ailleurs. Et il nous faut des outils pour le faire.
ORIANE MANCINI
Mais vous allez leur demander de ne pas le supprimer ? De retravailler, de moderniser, mais de ne pas le supprimer ?
VINCENT JEANBRUN
Je défendrai évidemment l'ANRU et je pense que c'est une agence qui a fait ses preuves.
STEPHANE VERNAY
Juste un mot sur cette ANRU à 360 degrés. Il y a des nouveaux objectifs. 150 quartiers à enjeux de sécurité seraient intégralement rénovés et reconstruits. Et vous avez l'objectif d'avoir 20% des projets dans des villes moyennes. Pourquoi est-ce que ça ne se faisait pas avant ? Pourquoi seulement maintenant mettre le paquet sur… ?
VINCENT JEANBRUN
Si on dézoome un tout petit peu, on a eu dans l'après-guerre des quartiers entiers qui ont été construits extrêmement vite. Ces grands ensembles qui ont marqué l'urbanisme de cette époque et qui ont mal vécu.
STEPHANE VERNAY
Et ça aujourd'hui, ça a été réglé par ANRU 1 et ANRU 2 ?
VINCENT JEANBRUN
Ça a été en grande partie réglé, mais malheureusement il reste encore beaucoup de quartiers qui sont en attente. Et c'est pour ça qu'il y a une nécessité d'une ANRU 3, donner de la visibilité aux villes, aux habitants de ces quartiers. Parce que d'abord quand on parle d'ANRU, on ne parle pas de logement, on parle des gens qui vivent dans ces quartiers. C'est moins un sujet d'urbain que d'humain. Et cette idée, c'est de donner de la perspective aux citoyens et aux élus locaux en leur disant : « On va aller au bout de cette déconstruction de ces grands ensembles pour repenser ces morceaux de villes qui avaient été pensés à la va-vite à l'époque ». Mais d'ores et déjà on veut initier un message qui est, nous serons aussi aux côtés des villes moyennes, ce que parfois les gens appellent la France des sous-préfectures, qui ont d'autres difficultés. On est moins sur des grands ensembles, mais on a des centres-villes dévitalisés, on a des quartiers entiers qui se paupérisent à vitesse grand V, qui d'ailleurs en général se voient par la vacance des logements dans ces quartiers, où on voit que les logements sont vides, alors même qu'il y a une pénurie de logements en France, c'est terrible. Parce qu'en fait le bâti est trop vieilli, l'insécurité est là. Donc c'est là aussi où on veut envoyer un message. Le Premier ministre a donné comme épure 80-20, c'est-à-dire 80% pour terminer les travaux sur les grands ensembles, en métropole et en outre-mer, et 20% aussi pour ces villes moyennes, en métropole et en outre-mer. Je le dis parce que l'ANRU, c'est aussi un outil puissant dans nos outre-mer, et il faut un ANRU un peu sur mesure aussi pour nos outre-mer.
ORIANE MANCINI
Le Gouvernement a donc annoncé un nouveau projet de loi " Relance logement ". Ça fait plusieurs lois logement depuis des années, en quoi celle-là serait plus efficace que les autres ?
VINCENT JEANBRUN
D'abord parce qu'elle est profondément utile et nécessaire. On vit une crise du logement qui frappe extrêmement durement notre pays et nos concitoyens. Les Français ont du mal à se loger, sont souvent mal logés, on parle de millions de Français qui sont face à une crise sans précédent. Donc il y a une utilité et une nécessité. Je crois que quasiment sur tous les bancs de l'Assemblée nationale et du Sénat, on entend cet appel, cette crise des citoyens. Donc il y a besoin de réagir.
ORIANE MANCINI
Mais qu'est-ce que cette loi, qu'est-ce que vous dites ce matin à ces Français qui n'arrivent pas à se loger parce que les loyers sont trop chers, qui veulent devenir propriétaires mais qui n'arrivent pas à accéder à la propriété ? Qu'est-ce qui va changer ce texte ?
VINCENT JEANBRUN
Je rentre dans le détail, mais aussi un autre facteur important, c'est qu'on a co-construit ce projet de loi avec les forces politiques mais aussi avec les acteurs. On a créé ce qu'on appelle l'équipe de France du logement, dans lequel vous retrouvez les constructeurs, les représentants de la promotion immobilière privée, les logements sociaux, les architectes, les financeurs. C'est important parce qu'on est sur des profils qui, historiquement, ont leurs nuances, ont leurs différences, n'ont pas toujours travaillé ensemble. Et là, on se dit qu'on le fait tous ensemble. C'est une des conditions de l'habitat.
STEPHANE VERNAY
Mais ce n'était pas déjà le cas avant en fait ?
VINCENT JEANBRUN
Sous ce format-là, écoutez, c'est la première fois et c'est évidemment avec eux qu'on co-construit. C'est d'ailleurs pour ça que le Premier ministre, quand il annonce ce projet de loi logement à Marseille, il le fait avec cette équipe de France du logement. Donc c'est fondamental. C'est-à-dire qu'on n'est pas là pour se faire plaisir. On n'est pas là pour écrire le projet de loi qui ferait plaisir à tel ou tel corps politique ou à tel ou tel secteur privé ou social. On est bien là pour résoudre la crise. Ensuite, il y a eu plusieurs choses. Il y a eu un choc de simplification pour aller beaucoup plus vite. On crée un nouveau dispositif qui s'appellera une opération d'intérêt local. On fait confiance au maire. On fait confiance au couple maire-préfet. L'idée, c'est que le maire prépare son projet, un projet évidemment d'intérêt général. Il va le faire valider par le préfet qui contrôle l'intérêt général. Et à partir de là, on accélère toutes les procédures. On ne renie rien sur la qualité de la construction. On ne renie rien sur la volonté de construire de façon sécuritaire, accessible, je pense, aux normes handicapées, la transition écologique. Par contre, on écrase toutes les procédures. Ce qu'il faut que les auditeurs comprennent, c'est que maintenant en France, un projet de construction, c'est entre 8 ans et 10 ans quand on aménage un petit peu. C'est horriblement long et c'est plus long qu'un mandat municipal. Au pire du pire, quand le projet est compliqué, la construction dure deux ans, deux ans et demi. C'est-à-dire que tout le reste, c'est de la procédure administrative. Et c'est ça qu'on vient écraser, comme pour les Jeux olympiques. C'est pour ça qu'on parle des Jeux olympiques et du logement. On a, dans ce projet de loi, la volonté aussi de faire confiance aux élus locaux. Que ce soit un choc de décentralisation. A la fois, on fait confiance aux maires pour piloter ce qu'on appelle, pardon du terme un peu barbare et technique, mais la politique de peuplement. Comment on s'assure de créer de la mixité, du mélange dans les quartiers, que ce soit pour les logements neufs ou pour les quotas d'attribution dans le logement ancien. On fait confiance aussi aux maires pour mieux gérer en local ce qu'on appelle l'aide à la pierre. C'est-à-dire ces aides financières qui viennent aider à la construction de logements sociaux. Et également tous les enjeux de rénovation. Je pense à MaPrimeRénov' par exemple. Donc confiance aux élus locaux, confiance au terrain, simplification.
STEPHANE VERNAY
Tout ça est très intéressant. En tout cas, il y a une volonté. Mais comment est-ce que vous pouvez penser pouvoir réussir à faire de manière accélérée ce qui n'a pas pu être fait au cours des 10 dernières années en fait ? Parce que le logement ne décolle plus, ça stagne depuis des années.
VINCENT JEANBRUN
J'ai envie de vous dire que la réponse elle est dans la question. C'est-à-dire que comme ça n'a pas été fait pendant 10 ans, il y a une attente énorme. Et je pense qu'à l'Assemblée comme au Sénat, on a la possibilité de dégager une majorité pour que le texte soit adopté. Et ensuite, et c'est là où je reviens à cette équipe de France du logement, c'est-à-dire que tout l'écosystème du logement nous dit s'il y a de la simplification, s'il y a une relation vertueuse avec les élus locaux, avec le terrain, si on a des dispositifs fiscaux, puisqu'effectivement on va améliorer encore ce statut du bailleur privé que certains appellent le dispositif JEANBRUN. Ça permet d'avoir le choc d'investissement, le choc de simplification, le choc de confiance, les outils pour la transition écologique qui sont absolument nécessaires. Et on arrive avec une solution à 360.
ORIANE MANCINI
Mais comment on atteint l'objectif ? Parce qu'aujourd'hui, on est à moins de 300 000 mises en chantier par an. L'objectif c'est 400 000, l'objectif 2 millions. Comment on l'atteint ? L'objectif, comment on franchit ?
VINCENT JEANBRUN
Avec ce que je viens de vous expliquer. D'abord, malgré un contexte très compliqué, la guerre au Moyen-Orient, on a des chiffres du mois de mars qui sont plutôt positifs sur le nombre de mises en chantier. Il y a une relance manifeste quand même, donc c'est ténu.
ORIANE MANCINI
Avec un bon aussi des permis de construire, plus de 33% entre février et mars.
VINCENT JEANBRUN
C'est encore trop fragile.
ORIANE MANCINI
Vous, vous dites que c'est une relance. Ce n'est pas un épiphénomène.
VINCENT JEANBRUN
Ce n'est pas un épiphénomène. C'est une tendance, mais qui reste évidemment faible. Et ce qui se passe au Moyen-Orient peut avoir une conséquence importante. Donc on est très prudent. Mais pour autant, ce moyen…
ORIANE MANCINI
Juste, pardon, c'est important. Quand vous dites conséquence importante, ça veut dire quoi ? Est-ce que la guerre au Moyen-Orient, comme ça a été le cas avec la guerre en Ukraine, va ralentir les constructions ? Il y aura un impact sur le secteur du BTP, de la construction ?
VINCENT JEANBRUN
C'est encore évidemment trop tôt pour le dire. Ça dépend de la durée de la crise au Moyen-Orient. Ça a un impact là, tout de suite, immédiat, comme d'ailleurs pour tous les Français, sur les prix des carburants. C'est pour ça que le Gouvernement a annoncé des aides pour le secteur du BTP, notamment pour les artisans, les grands rouleurs. Ça peut avoir un impact sur les matériaux. C'est pour ça qu'avec le monde du BTP, que ce soit la Fédération française du bâtiment ou la CAPEB, qui représente les artisans, on travaille. On est encore à Matignon, autour du Premier ministre, à lundi, pour avoir des solutions, notamment sur un observatoire des coûts des matières premières. Parce que là aussi, il peut y avoir des abus, par exemple, des matériaux qui ont pris en moyenne 30%. Forcément, ça a un impact. Mais ça peut rebaisser si la crise s'arrête vite, puisque c'est moins structurel que ce qu'était le conflit en Ukraine.
ORIANE MANCINI
Mais si elle continue, ça va se ressentir concrètement sur les chantiers ?
VINCENT JEANBRUN
Et pour l'instant, on a de la chance. Les taux sont stabilisés, les taux bancaires. Mais tout ça, évidemment, est à surveiller de très près. D'où l'importance d'avoir justement un projet de loi.
ORIANE MANCINI
Donc ça va se ressentir sur la construction, mais ça va se ressentir aussi pour les gens qui veulent acheter ?
VINCENT JEANBRUN
Pour le moment, ce n'est pas encore le cas. Et c'est pour ça qu'on est très vigilants. Mais c'est aussi une façon de vous dire, c'est pour ça qu'on a besoin de ce projet de loi. Parce que plus la situation pourrait être fragile et menacée, plus on a besoin d'avoir un écosystème qui soit beaucoup plus réactif et beaucoup plus soutenu.
STEPHANE VERNAY
Vous avez évoqué le fait de ne pas toucher aux objectifs environnementaux. En même temps, construire beaucoup plus de logements neufs, c'est aussi en construire un certain nombre sur des terrains vierges. Qu'est-ce qui se passe avec l'objectif zéro artificialisation net ? Le fameux ZAN. Ça, c'est enterré ? Ça fait partie des choses sur lesquelles les maires vont pouvoir s'asseoir ?
VINCENT JEANBRUN
Dans ce périmètre du projet de loi, on ne touche pas au ZAN. Ça n'empêche pas qu'il peut y avoir des réflexions par ailleurs. Je sais qu'ici au Sénat, il y a la loi TRACE qui a été défendue et qui mérite d'être regardée à mes yeux. Notamment, c'est un peu plus de pragmatisme. Mais dans le projet de loi logement, ce n'est pas un chapitre qui est ouvert. Et notamment, la fameuse simplification que j'évoquais il y a quelques instants ne s'appliquera pas sur des zones non-urbanisées. On est sur des zones, pardon, c'est technique aussi, U ou AU, c'est-à-dire urbanisées ou à urbaniser, donc déjà identifiées dans les PLU, comme étant des zones urbaines. On reconstruit plutôt la ville sur la ville pour éviter d'aller consommer des terres agricoles ou des paysages naturels. Là-dessus, cet objectif, il est maintenu.
STEPHANE VERNAY
Et il y a un autre point qui pose question, c'est le fait de pouvoir remettre des logements classés F et G en location. Vous avez entre 600 000 et 650 000 logements que vous allez pouvoir remettre sur le marché, en échange d'une promesse de travaux à courte ou moyenne échéance, trois ans dans les maisons, cinq ans dans les collectifs, si je me souviens bien. Est-ce que ça, ça fait partie aussi des choses qui ne risquent pas de détourner ou d'amoindrir tous les objectifs en termes de rénovation thermique, de lutte contre les passoires thermiques ou les bouloirs thermiques, etc. ?
VINCENT JEANBRUN
Il y a un triple enjeu, il y a un enjeu presque humain et humanitaire si on ne met pas les gens dehors. 650 000 logements, vous vous rendez compte, ce sont des millions de nos concitoyens qui peuvent demain se retrouver en dehors de ce logement, sachant que quand on est sur une crise du logement comme celle qu'on connaît, ça veut dire qu'on ne sait pas où les mettre. Donc il y a besoin de leur permettre de continuer à avoir un toit sur la tête. Première chose. Deuxièmement, il y a un enjeu majeur, c'est celui de réaliser réellement la transformation de ces logements. Le sujet, c'est que si vous êtes face à des petits propriétaires, parce que bien souvent c'est ça, ce qui reste dans ce stock, des personnes qui sont plutôt âgées, qui ont une solvabilité un peu limitée, ce qui fait que, si je caricature une dame de 75 ans, une personne âgée de 80 ans qui va voir son banquier, il lui dit : " Voilà, j'avais besoin de faire un emprunt pour faire une rénovation complète thermique " Super ! Et donc c'est quoi vos revenus ? J'ai ma retraite. Avant, j'avais les loyers, mais maintenant, je ne les ai même plus, puisque je suis frappé d'indécence et je ne peux pas louer. Ça ne marche pas. Donc il faut qu'on soit pragmatique, parce que l'objectif, et celui-là il est bien maintenu, c'est qu'à terme, les logements soient rénovés.
ORIANE MANCINI
Et comment vous allez contrôler, que les propriétaires rénovent vraiment ses logements ?
VINCENT JEANBRUN
On va travailler les garde-fous avec les parlementaires, mais d'ores et déjà, tel qu'on l'écrit, le juge pourra évidemment sanctionner, de plusieurs façons d'ailleurs, parce qu'il pourra décider soit une réduction de loyer pour le locataire, soit de condamner la personne à réaliser les travaux. Et là pour le coup, quand c'est prononcé par un juge, il ne pouvait évidemment pas faire autrement. Et ces dédommagements possibles sont d'ores et déjà prévus dans le texte.
STEPHANE VERNAY
En fait, les objectifs qui avaient été fixés au départ étaient trop ambitieux, c'est ça ? Les 600 000, 650 000 logements que vous remettez sur le marché, ce sont des logements qui auraient dû être rénovés, et qui n'ont pas pu l'être, parce qu'il n'y avait pas les moyens derrière.
VINCENT JEANBRUN
En tout cas, il y a des cas particuliers, où il y a des situations où les propriétaires pourraient être de bonne volonté, mais n'ont pas eu la possibilité de le faire. On a, et ça sera fait et travaillé en dehors du projet de loi, mais des outils aussi à créer, à mettre à disposition des propriétaires, et particulièrement des copropriétaires. Je pense à la banque de la rénovation. L'idée, c'est qu'on puisse travailler avec le secteur bancaire, une plateforme, il ne s'agit pas de créer une banque supplémentaire, mais une plateforme où toutes les offres d'aide à la rénovation seraient ciblées. Deuxième point très important, c'est faire en sorte que demain, ce soit la copropriété qui prenne l'emprunt, et non plus chacun des copropriétaires, parce qu'on revient à la personne de 85 ans, qui n'a pas tout à fait le même enjeu vis-à-vis du secteur bancaire, la même solvabilité. Là, demain, si c'est la copropriété qui achète, ça veut dire que le remboursement du crédit se fait sur les charges de l'ensemble de la collectivité, et compris en cas de revente, vous revendez le bien avec les charges afférentes, et non pas, j'ai revendu le bien, mais j'ai toujours un crédit qui court. Tout ça, ce sont des outils qui viennent faciliter la transition écologique du bâtimentaire. Et on va évidemment, quand je parle de stratégie à 360 degrés, c'est aussi ça, c'est trouver l'écosystème qui accompagne.
ORIANE MANCINI
Pour lutter contre la pénurie de logements à Paris, le maire socialiste Emmanuel GREGOIRE, il veut alourdir la taxe sur les logements vacants. Vous le soutenez ?
VINCENT JEANBRUN
Moi, d'abord, j'étais maire pendant 10 ans, et je considère qu'on doit faire confiance aux élus locaux. Chacun sa stratégie, chacun ses outils. Maintenant, c'est sûr que ces outils existent, il a le droit de les mobiliser, et je ne connais pas suffisamment la situation à Paris, mais si cet outil existe, c'est pour inciter la remise sur le marché.
ORIANE MANCINI
Mais c'est un outil qui va fonctionner ? Ou est-ce que ça risque d'engendrer pénurie de logements, une flambée des prix ?
VINCENT JEANBRUN
Tout dépend. Si on est sur du bien vacant, théoriquement, ça permet de faire en sorte que le propriétaire ait envie de remettre sur le marché. Mais il y a aussi un autre outil qui a été mis en oeuvre dans la loi de 2025 portée par la députée Annaïg LE MEUR, c'est la servitude de résidence principale. Pardon, c'est encore un peu technique, mais concrètement, une municipalité, Paris par exemple, peut décider, dans tel ou tel secteur, dans tel ou tel bâtiment, je décrète que là, on va avoir de la résidence principale à mettre en opposition aux meublés touristiques, ce qu'on appelle couramment le Airbnb. Et là aussi, il y a des leviers très importants pour pouvoir faire en sorte que le bâtimentaire soit déterminé à être pour la résidence principale.
ORIANE MANCINI
Vous avez l'air un peu sceptique sur le choix fait par Emmanuel GREGOIRE.
VINCENT JEANBRUN
Non, ce n'est pas une question de scepticisme. Je crois à la liberté d'une commune de s'administrer. La taxe, elle existe, elle est utilisée par différents maires de toutes tendances politiques, parce que parfois, il y a effectivement une forme de spéculation d'investisseurs qui investissent à échelle planétaire, qui ne connaissent même pas l'adresse de leurs biens et qui vont bloquer des appartements, des logements. Donc tant mieux si on les remet sur le marché.
STEPHANE VERNAY
Vous évoquiez tout à l'heure le choc de décentralisation, le fait de faire confiance aux élus locaux. Est-ce que ça, ce n'est pas de nature… Il n'y a pas un risque aussi de créer une espèce de développement à deux vitesses en matière de logement, entre, demain, des maires qui seront allants, très volontaires et qui mettront des choses en place, et d'autres qui ne feront rien et créent une espèce de distorsion comme ça à l'échelle du territoire ?
VINCENT JEANBRUN
En fait, là aussi, je fais confiance aux élus locaux parce qu'ils sont sous la surveillance directe de leurs concitoyens et de leurs électeurs.
STEPHANE VERNAY
Il n'y a pas un risque d'un retour de clientélisme autour des histoires de logements, notamment dans l'attribution des logements sociaux par les communes directement ?
VINCENT JEANBRUN
C'est très important ce point-là. Vous avez raison de poser la question. Moi, je défends le fait que les maires aient plus de pouvoir dans l'attribution des logements sociaux, mais évidemment, il faut éviter tout risque de clientélisme. Ça veut dire concrètement que le maire n'est pas là pour choisir le nom de la personne qui habitera au quatrième étage, porte de gauche, ce n'est pas le sujet. En revanche, qu'il puisse critériser beaucoup plus, qu'il puisse faire en sorte que les commissions d'attribution des logements qui sont paritaires, qui sont transparentes, puissent piocher dans une liste qui a été nourrie, alimentée par la municipalité, me paraît important. Je vous donne un exemple tout bête, mais un témoignage d'un maire qui me disait : " On fait un effort, on construit un EHPAD sur la commune ". En face, on se dit, on construit une cinquantaine de logements sociaux pour loger les aides-soignants de l'EHPAD qui est construit en face, les infirmières de l'EHPAD qui est construit en face. In fine, quand les logements sociaux sont livrés, il y a une infirmière qui est logée dedans, parce que les attributions ont été gérées de telle sorte que vous avez des personnes qui ont été d'ailleurs déracinées de l'autre bout du département pour venir habiter là. Il y a une incohérence dans la politique de peuplement à ce moment-là. Il faut qu'on puisse avoir beaucoup plus de pragmatisme. Il y a une nouvelle construction, il y a une nouvelle entreprise qui s'installe, où on sait que les artisans du centre-ville ont besoin de loger leurs apprentis, etc., qu'on puisse avoir une cohérence et une critérisation beaucoup plus fortes.
ORIANE MANCINI
Stéphane, dernière question.
STEPHANE VERNAY
Dernière question, une question politique, si vous permettez. Vous avez été suspendu des Républicains pour avoir rejoint le Gouvernement. Du coup, vous n'avez pas pu participer au choix du mode de sélection du candidat des Républicains à la présidentielle. Si vous aviez pu le faire, vous auriez opté pour quelle option ?
VINCENT JEANBRUN
Je suis convaincu qu'il faut qu'on rassemble et qu'on rassemble très largement. Donc j'aurais choisi le scénario le plus proche de la primaire ouverte. Malheureusement, ce n'est pas tout à fait ce qui avait été proposé dans la sélection. C'est ce qui fait que d'ailleurs, un certain nombre de cadres des LR ont dénoncé un scrutin très fermé. Et certains ont choisi de ne pas y participer. Parce qu'on a l'impression que tout ça a été un peu cousu de fil blanc. Maintenant, le président du parti est désigné comme candidat du parti. Dont acte. C'est bien d'avoir des ambitions, c'est bien d'avoir une volonté.
ORIANE MANCINI
Mais la primaire, elle doit aller où à où, pour vous ?
VINCENT JEANBRUN
Mais pour moi, il faut effectivement rassembler et il faut qu'on fasse la campagne dans cet esprit-là, pour éviter qu'au second tour, on ait MELENCHON et monsieur BARDELLA au second tour.
ORIANE MANCINI
Et rassembler, est-ce que pour Laurent Wauquiez, vous dites qu'il faut ressembler, je ne sais pas, avec Sarah KNAFO ?
VINCENT JEANBRUN
Madame KNAFO, je constate qu'elle siège avec l'extrême-droite au Parlement européen. Si on fait une primaire ouverte, on la fait sur les bases de valeurs qu'on a en commun. Et moi, je n'ai pas de valeurs en commun avec l'extrême-droite européenne avec laquelle siège madame KNAFO.
ORIANE MANCINI
Vous êtes suspendu des LR. Vous avez envie de rester dans le parti ou pour vous, c'est terminé ?
VINCENT JEANBRUN
Juste, on nous interdit de le faire. Enfin, pardon, mais on n'a pas la possibilité de réadhérer. C'est une suspension qui était une sorte de pré-exclusion. C'est ça, la vérité. Puisqu'on ne peut pas réadhérer. On a des collègues ministres qui sont en difficulté pour pouvoir se représenter à la présidence de leur fédération. C'est une vision de la politique et du rassemblement qui est un peu…
STEPHANE VERNAY
Ça veut dire que vous pourriez changer de famille politique dans la perspective de 2027 ?
VINCENT JEANBRUN
Moi, je n'ai pas changé de valeurs. Donc mes valeurs sont celles-ci. Aujourd'hui, j'essaie dans la fonction qui est la mienne d'être utile à la France et aux Français.
ORIANE MANCINI
Vos valeurs, elles peuvent être aussi portées par d'autres. Par Edouard PHILIPPE par exemple.
VINCENT JEANBRUN
Non. Le sujet n'est pas l'étiquette ou le candidat. Je ne suis pas à la recherche d'un cheval.
ORIANE MANCINI
Mais Edouard PHILIPPE, il a été comme vous, exclu du parti. Est-ce que vous pourriez le soutenir ?
VINCENT JEANBRUN
Le sujet, c'est quel projet on peut présenter aux Français pour qu'ils se disent : " Ah ! Bon, il y a peut-être une autre solution. On n'est pas condamnés à MELENCHON - BARDELLA. "
STEPHANE VERNAY
Il n'y a pas une tentation de rassemblement entre Libres ! de Valérie PECRESSE et les gens autour d'elle dont vous faites partie, et Edouard PHILIPPE et Horizons ?
VINCENT JEANBRUN
Il va falloir rassembler tout le monde. C'est-à-dire tous ceux qui, aujourd'hui, sont des composantes du bloc central, la droite et le centre, on doit se rassembler. Se rassembler, non pas autour juste d'une candidature, mais autour d'un projet pour donner de l'espoir aux Français. Et évidemment, des personnalités comme celle que vous citez, Valérie PECRESSE, a toute sa place dans cette dynamique.
ORIANE MANCINI
Merci Vincent JEANBRUN.
VINCENT JEANBRUN
Merci à vous.
ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'avoir été notre invité.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 mai 2026