Texte intégral
MAUD BREGEON
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Merci d’être dans ce studio ce matin pour répondre à mes questions. Vous êtes la porte-parole du Gouvernement. Vous êtes également ministre déléguée à l’Energie. Et on l’apprend à l’instant, il y a donc une Française malade sur le sol français, rapatriée la nuit dernière depuis la fameuse croisière, elle a été testée positive à l’hantavirus.
MAUD BREGEON
Elle a été testée positive. Au total, vous le savez, 5 Français étaient sur le bateau, dont 7 femmes. Et 22 personnes ont été identifiées cas contact et évidemment contactées. Ce que je voudrais dire ce matin, c’est trois choses. D’abord, on suit la situation depuis le début avec la plus grande vigilance et c’est bien normal. Deuxièmement, c’est un virus qu’on connaît. On a du retour d’expérience sur ce qui s’est passé dans les mois et les années précédentes. Et ensuite, on prend des mesures drastiques de manière assumée, des mesures les plus dures de l’Union européenne avec un seul objectif. Et c’est le seul objectif de la ministre de la Santé, c’est le seul objectif du Premier ministre, c’est de protéger les Français.
APOLLINE DE MALHERBE
Les plus dures, alors on va venir effectivement sur ce que vous aviez prévu initialement. Mais on peut le dire, vous n’aviez pas envisagé que l’une des personnes rapatriées soit véritablement positive à l’hantavirus.
MAUD BREGEON
On sait qu’il y a un temps d’incubation qui peut être long. Les incubations se font majoritairement dans les 15 premiers jours. Mais ce temps d’incubation peut durer jusqu’à six semaines. Et donc, l’ensemble des tests sont faits. L’ensemble des prises de contact avec les personnes qui sont cas contact ont été évidemment réalisées. Et la ministre de la Santé a annoncé hier l’isolement des cas contact. 42 jours. D’où les mesures, là encore une fois, extrêmement strictes. Avec un objectif, c’est de les protéger. D’abord, de protéger leurs proches et de protéger l’ensemble de la population.
APOLLINE DE MALHERBE
La personne testée positive, qui a donc présenté des symptômes dans l’avion retour, de la fièvre, de la toux peut-être, est-ce qu’aujourd’hui, est-ce que ce matin, au moment où on se parle, elle est hospitalisée, à l’isolement ? Est-ce que vous en savez plus ? Où ? Quand ? Comment ?
MAUD BREGEON
Alors je ne peux pas vous dire si elle est déjà hospitalisée à l’isolement. Si ce n’est pas encore le cas, elle va l’être indéniablement dans les toutes prochaines heures. Et son état sera évidemment suivi avec la plus grande attention, c’est bien normal. Maintenant, je veux le redire, ne pas créer de panique, même si je comprends la crainte que l’on peut, toutes et tous, avoir au regard de ce qu’on a vécu ces dernières années. Nous n’en sommes absolument pas à avoir ces discussions-là. La situation est suivie, je le redis, avec la plus grande attention. C’est un virus que nous connaissons et c’est extrêmement important.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous m’avez dit extrêmement stricte pour les conditions d’isolement. Mais tout de même, ces 22 personnes, c’est déjà deux de plus que ce qu’on nous annonçait ce matin. Ce sont 22 personnes, vous nous dites ce matin, qui sont identifiées comme cas contact. 42 jours d’isolement, mais d’isolement comme un auto-isolement. C’est-à-dire que ce sont des gens qui ont quand même besoin, pour certains j’imagine, d’aller faire leurs courses, peut-être même de voir leurs enfants. Ils ne sont pas à l’isolement à l’hôpital, ils sont à l’isolement chez eux. Alors, il n’y a pas de contrôle et c’est bien normal. Mais je veux dire, vous comprenez quand vous dites extrêmement stricte ?
MAUD BREGEON
Il y a d’abord un passage de trois jours en hospitalisation, c’est ce qu’a expliqué ma collègue ministre de la Santé hier. Et ensuite, il y a un isolement de 42 jours. Nous suivons, et c’est bien normal, les recommandations de l’OMS. Les modalités de cet isolement pourraient évoluer, ou tout du moins seront précisées dans les heures à venir, là encore par Stéphanie RIST, sur la base de recommandations médicales. Parce que, je le redis, nous avons affaire à un sujet qui est un sujet médical, qui est un sujet scientifique. Et donc notre responsabilité, c’est de suivre, évidemment, scrupuleusement et à la lettre, ce que nous disent les médecins. Et ce que nous disent les médecins est basé sur les connaissances scientifiques.
APOLLINE DE MALHERBE
Pour être évolué, dites-vous, ça veut dire qu’il y a effectivement ce qu’on avait prévu initialement. Et puis, il y a la réalité, effectivement, cette nouveauté ce matin avec l’un des cinq voyageurs qui est donc positif à l’hantavirus. C’est-à-dire que le virus est techniquement, on peut le dire ce matin, présent sur le sol français. Quand vous dites "pourrait évoluer", ça veut dire que potentiellement, au vu de cette nouveauté, on pourrait se dire que les 22 personnes, plutôt que d’être chez elles pour passer ces 42 jours d’isolement à leur sauce, j’allais dire, pourraient être gardées à l’hôpital.
MAUD BREGEON
Ce que je veux dire, c’est que ces modalités seront précisées, mais que, là encore, nous prendrons toutes les mesures nécessaires, toutes les mesures nécessaires, et je le dis pour rassurer les Français, toutes les mesures nécessaires pour protéger nos concitoyens.
APOLLINE DE MALHERBE
Il y a une réunion qui a été annoncée cet après-midi à Matignon. Est-ce qu’on peut en dire plus ?
MAUD BREGEON
Tout à fait. Le Premier ministre a tenu une réunion hier. Vous le savez, il tiendra une nouvelle réunion cet après-midi pour suivre au plus près l’évolution de la situation. On voit que ça évolue d’heure en heure avec, ce matin, cette personne qui était cas contact et dont le test s’est révélé positif. C’est bien normal que les pouvoirs publics, là encore, prennent la situation avec beaucoup de sérieux.
APOLLINE DE MALHERBE
Maud BREGEON, une question encore parce que dans l’avion américain, pour le coup, qui repartait et qui ramenait les voyageurs sur le sol américain, deux cas ont été suspectés. L’un a en effet été confirmé. Donc au moment où on se parle parmi les Américains, il y en a donc un qui est testé positif à l’hantavirus. L’autre qui est symptomatique, mais dont on attend les résultats. Ça veut dire aussi que c’est une question désormais mondiale, avec aussi toutes les questions que ça pose. Alors, pardon de vous reposer des questions qui ne sont dictées aussi que par l’expérience de ce que nous avons tous vécu. Mais lorsqu’il y a deux semaines, au regard de ce qui se passe en Iran, on a dit craindre peut-être une pénurie d’un certain nombre de matériel médical. Parce qu’il y a moins de plastique qui arrive, parce que le détroit d’Ormuz… Est-ce qu’on est prêt aujourd’hui s’il fallait prendre des décisions ? Est-ce qu’on a les moyens de traiter une éventuelle pandémie si elle arrivait ?
MAUD BREGEON
Je vais vous répondre parce que votre question est parfaitement légitime. Je commencerai par dire là encore que nous n’en sommes absolument pas à avoir ce type de conversation. Pour autant, la responsabilité de l’État, c’est évidemment d’être prêt. Et nous sommes prêts, le cas échéant. Mais attention, tout en répondant à votre question, je le redis, il n’y a pas lieu aujourd’hui d’affoler les Françaises et les Français. Les mesures les plus strictes sont prises. Là encore, c’est bien normal, c’est ce qu’on peut attendre de l’État. Nous suivons la situation avec la plus grande vigilance, sur la base d’un virus que l’on connaît, d’où les 42 jours d’isolement qui ont été décidés, et un objectif qui reste le même, protéger les Françaises et les Français.
APOLLINE DE MALHERBE
Maud BREGEON, vous vous souvenez de l’expression "quoi qu’il en coûte" ? Mais sauf qu’aujourd’hui, on n’a plus les moyens. C’est-à-dire que si quoi que ce soit arrive, est-ce qu’on ne se repose pas à la question de se dire : "Est-ce qu’on a encore les moyens du quoi qu’il en coûte" ?
MAUD BREGEON
Avec des scies et des maies, on pourrait mettre Paris en bouteille. Là, je le redis, nous n’en sommes absolument pas là. Ce qui compte, c’est de casser cette chaîne de contamination, c’est de protéger les personnes qui sont cas contact, qui ont été touchées, notamment la personne qui a été révélée positive, de protéger leurs proches et de protéger plus largement les Françaises et les Français. Mais nous n’en sommes absolument pas à se projeter dans ce type de scénario.
APOLLINE DE MALHERBE
C’est très clair, Maud BREGEON. Je rappelle qu’il y a une personne malade. Le test s’est avéré positif. 22 personnes, vous nous le dites, cas contact en France. Une situation et des procédures d’isolement qui pourraient évoluer si c’est justifié par les médecins. L’Iran menace la France directement. Elle cite la France, si nous rentrions disent-ils, dans le conflit. Comment est-ce que le Gouvernement et la France réagit ?
MAUD BREGEON
Très calmement, simplement parce qu’il n’a jamais été question de déploiement. Il n’a jamais été question de posture offensive. S’il y a bien un point sur lequel on a été, me semble-t-il, d’une clarté et d’une constance limpide et absolue depuis le départ, c’est sur la posture uniquement défensive de l’armée française. Le président de la République l’a rappelé à de nombreuses reprises. Nous avons dit et nous avons pris une initiative pour libérer le détroit d’Ormuz, là encore dans une posture strictement défensive, en coordination avec les différentes forces dans la région et lorsque les conditions de sécurité le permettront. Donc nous appelons chacun au calme. La position de la France, elle est connue. Ce n’est pas une guerre que nous avons voulue. Ce n’est pas une guerre dans laquelle nous sommes impliqués, certainement pas de manière offensive. Et nous appelons évidemment à ce que la région puisse retrouver son calme.
APOLLINE DE MALHERBE
Le Charles de Gaulle, il est où au moment où on se parle ?
MAUD BREGEON
Je ne peux évidemment pas vous le dire avec précision.
APOLLINE DE MALHERBE
Je ne vous demanderai pas forcément les latitudes et les longitudes précises.
MAUD BREGEON
Ce que je peux vous dire, et le président de la République l’a dit hier, c’est qu’il s’est rapproché de la zone, là encore, pour pouvoir être le plus près possible des missions qui sont les nôtres. Le président de la République, avec une cinquantaine d’États, vous vous en rappelez probablement, a lancé cette initiative, a pris en main ces discussions pour pouvoir coordonner une libération pacifique, c’est extrêmement important, pacifique, du détroit d’Ormuz, de telle sorte que…
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez bien que les Iraniens, eux, ont une autre lecture, semble-t-il. C’est un peu ce qui ressort de la menace qu’ils expriment. Une autre lecture de ce que nous, on appelle défensive.
MAUD BREGEON
J’entends. Mais enfin, je crois que nous avons, encore une fois, tenu des propos extrêmement clairs et eu des actes extrêmement lisibles. Nous disons une chose, la circulation dans le détroit d’Ormuz bénéficie à tout le monde, elle doit pouvoir reprendre de manière pacifique, c’est conforme au droit international. Nous en avons besoin, notamment pour l’économie mondiale, on va sûrement en parler, mais on voit que les Françaises et les Français, et les citoyens au-delà, paient aujourd’hui le prix, à la pompe, notamment, de ce qui se passe au Moyen-Orient.
APOLLINE DE MALHERBE
Justement Maud BREGEON, vous êtes ministre de l’Energie. Nous travaillons à de nouvelles mesures, voilà ce que disait il y a quelques jours Sébastien LECORNU. On va changer d’ampleur et d’échelle, voilà aussi ses mots. Quoi ? Quand ? Comment ? Qui ?
MAUD BREGEON
Très simplement, on a toujours dit qu’on adapterait les dispositifs en fonction de l’évolution de la situation. On voit que cette situation perdure, et on sait aujourd’hui que, quand bien même le conflit s’arrêterait demain, les effets se feront ressentir dans la durée. Il y a donc lieu de continuer à aider d’abord les Françaises et les Français que l’on aide déjà, et à amplifier ces aides. Pour être extrêmement clair, davantage de Français seront aidés dans les semaines à venir, parce que la situation devient de plus en plus difficile. Elle est de plus en plus difficile parce qu’elle dure. Et donc de nouvelles annonces seront faites par le Premier ministre, d’ici à une semaine.
APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi vous attendez ?
MAUD BREGEON
Tout simplement parce que nous travaillons sur les meilleures mesures. Vous savez que nous avons, là encore une fois, je crois, toujours été clairs, il n’est pas question de faire des mesures générales, il faut aider ceux qui en ont le plus besoin, les Français les plus exposés, les secteurs aussi les plus exposés, parce que derrière ce sont des emplois, et derrière les emplois ce sont des salaires, et en même temps, le faire de la façon la plus efficace et la plus respectueuse des finances publiques.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc on aidera toujours dans des aides ciblées ? Voilà ce que vous nous dites, hein ?
MAUD BREGEON
On aidera toujours dans des aides ciblées. Il y a des premières aides qui ont été annoncées, vous le savez, pour avril. Elles ont été reconduites et amplifiées pour le mois de mai.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous savez combien de personnes les ont demandées ? Est-ce que vous savez si ça commence à être vraiment efficace ?
MAUD BREGEON
C’est efficace, des retours que nous avons, des échanges avec les différents secteurs concernés. Prenez les pêcheurs. Les pêcheurs, aujourd’hui, ne pourraient plus aller en mer et continuer leur activité si nous n’avions pas mis en place une aide sur le prix du gasoil pêche. C’est typiquement ce genre de mesure qu’il faut continuer. Et puis en parallèle, on voit bien qu’il y a un certain nombre de Français qui sont en difficulté, pour qui le prix, qui continue à être très élevé, devient dur à supporter au quotidien. Il y a donc lieu d’augmenter, d’élargir le nombre de Français concernés.
APOLLINE DE MALHERBE
Je vais essayer de comprendre ce que vous voulez dire, Maud BREGEON. Vous dites : on va amplifier et on va élargir. Est-ce que ça veut dire qu’il y a des professions qui, jusqu’à présent, n’avaient pas véritablement été prises en compte ?
MAUD BREGEON
Ça pourrait être le cas. Je vous dis encore une fois une chose.
APOLLINE DE MALHERBE
C’est-à-dire que vous allez rajouter d’autres professions à la liste des professions aidées ?
MAUD BREGEON
Je dis qu’aujourd’hui, il y a les agriculteurs, les pêcheurs, le bâtiment et une partie des transports, à quoi s’ajoutent 3 millions de Français considérés comme gros rouleurs, très modestes. Nous allons aller plus loin et étendre ces dispositifs.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que les aides-soignantes, je vous pose beaucoup de questions ? Est-ce que les infirmiers libéraux ?
MAUD BREGEON
Nous aurons l’occasion de le préciser dans les prochains jours.
APOLLINE DE MALHERBE
Les taxis, les VTC pourront être reçus aujourd’hui et demain ?
MAUD BREGEON
De toute évidence, il y a davantage de Français. Davantage de Français seront aidés dans les semaines à venir, parce qu’encore une fois, cette situation s’ancre. Et que ce qui compte pour nous…
APOLLINE DE MALHERBE
Pardon, mais je veux vraiment comprendre. Ça veut dire que vous envisagez de rallonger la liste des professions aidées ?
MAUD BREGEON
On envisage d’aider davantage de Français, je ne peux pas le dire autrement, que ceux qui sont aidés aujourd’hui, parce que la situation perdure, parce que ce qui compte pour nous, c’est certes le déficit public, mais aussi le pouvoir d’achat des Français, et notamment des Français les plus modestes. Beaucoup de Français, aujourd’hui, galèrent à faire leur plein. C’est difficile. Ils n’ont pas d’autre choix que d’aller à la station-service. Et parce que cette crise dure, ce qu’on ne pouvait pas nécessairement imaginer il y a deux mois, parce que cette crise dure, il faut mettre en place ces aides.
APOLLINE DE MALHERBE
Plusieurs questions encore sur cela, Maud BREGEON. Vous qui êtes ministre de l’Énergie. Les distributeurs, vous avez quand même laissé entendre que peut-être, il y aurait des abus. Le mot avait été lâché par le Premier ministre. Les rapports vous ont montré, on est bien d’accord, qu’il n’y avait pas eu d’abus.
MAUD BREGEON
Oui, on a fait notre travail. Le rôle de l’État, dans un moment comme ça, est de s’assurer que personne ne profite de la situation.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais eux, ils disent, il y a quand même un point qu’on pourrait faire de manière immédiate, c’est ce fameux certificat d’énergie, c’est ces 15 centimes à peu près par litre, qui ont été appliqués depuis quelques mois seulement pour permettre de financer la transition énergétique. Est-ce qu’il ne serait pas raisonnable de se dire : ces 15 centimes, on le fait un peu plus tard, et immédiatement, ça fait une baisse à la pompe ?
MAUD BREGEON
Deux choses. D’abord, nous sommes dans notre rôle quand nous vérifions que les uns et les autres ne profitent pas d’une situation, qu’il n’y a pas de marge indue.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous avez eu la même exigence vis-à-vis de TOTAL ?
MAUD BREGEON
C’est tout à fait normal. Nous avons demandé, à l’échelle de l’Union européenne, une enquête sur les marges des raffineurs, parce que c’est à ce niveau-là que ça se joue.
APOLLINE DE MALHERBE
Et quel est le rapport ?
MAUD BREGEON
Premièrement, et je vais vous répondre si vous me permettez, sur les C2E. Les C2E, c’est quoi ? Les C2E, c’est une contribution.
APOLLINE DE MALHERBE
Le fameux certificat d’énergie.
MAUD BREGEON
Des énergéticiens qui datent d’il y a bien plus longtemps que quelques mois, et qui servent à financer des actions extrêmement concrètes de transition énergétique. Tous les Français qui nous écoutent, qui sont passés d’une chaudière à gaz à une pompe à chaleur, 180 000 uniquement l’année dernière. Les Français qui nous écoutent, qui ont bénéficié d’une aide pour passer d’une voiture thermique à une voiture électrique, ont été en bonne partie aidé par ce qu’on appelle techniquement ces certificats d’économie d’énergie.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, pas question de les repousser ou de les couper ?
MAUD BREGEON
Si on coupe ces aides-là, c’est autant de Français qu’on va arrêter d’aider pour sortir des énergies fossiles. Or, ce que nous montre cette crise, c’est quoi ? C’est que notre dépendance aujourd’hui aux énergies fossiles, au gaz, au pétrole n’est plus tenable. Qu’on paye le prix de ces dépendances et qu’un des grands enjeux des 10, 15, 20 années à venir va être de réussir à en sortir.
APOLLINE DE MALHERBE
TOTAL qui est donc à la fois distributeur et raffineur. Les petits commerçants ou les distributeurs indépendants ont saisi l’autorité de la concurrence en disant : au fond, il y a quand même un paradoxe, c’est que vous, Gouvernement, vous demandez une sorte de distorsion de concurrence, puisque vous demandez à TOTAL de continuer à plafonner ses prix. Et pendant ce temps-là, il y a un certain nombre de petites stations qui se retrouvent dans la difficulté.
MAUD BREGEON
Nous, on demande une chose simple : on demande à tous ceux qui le peuvent d’œuvrer en faveur du pouvoir d’achat des Français. Moi, je ne suis pas porte-parole des distributeurs, je suis porte-parole du pouvoir d’achat des Français. Et donc, quand TOTAL, qui fait par ailleurs des bénéfices importants, redistribue en France une partie de ses bénéfices en plafonnant les prix sur le gasoil et sur l’essence…
APOLLINE DE MALHERBE
Mais tout en faisant aussi, en quelque sorte, de la pub. Vous comprenez bien.
MAUD BREGEON
Qu’il ne le fait qu’en France, alors qu’il est présent dans 70 pays, je pense que c’est une très bonne chose pour les Français qui en bénéficient.
APOLLINE DE MALHERBE
Et les autres distributeurs indépendants qui vous disent : "En fait, c’est une distorsion de concurrence, parce que nous, on se retrouve avec un certain nombre de nos stations essence qui sont avec une baisse parfois de volume jusqu’à 30 %" ?
MAUD BREGEON
Encore une fois, j’entends la difficulté que peuvent avoir certains.
APOLLINE DE MALHERBE
Je me fais la vocation du diable. Evidemment que quand on est automobiliste et qu’on a le choix entre TOTAL, qui vous vend de l’essence moins chère, et la station indépendante, quand il en reste, qui, évidemment, ne peut pas faire le même effort, bien sûr qu’à titre individuel, chacun préfère aller vers son plein là où c’est moins cher. Mais vous comprenez le problème ?
MAUD BREGEON
TOTAL, c’est 25 % du carburant vendu en France. Et quand je dis 25 % du carburant, ce n’est pas uniquement le carburant vendu dans les stations TOTAL. C’est aussi le carburant que TOTAL vend à d’autres distributeurs. Je ne vais pas citer de marque. Ce que je vous dis là, c’est que le carburant français n’est pas uniquement vendu chez TOTAL.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, vous êtes satisfaite de l’attitude de TOTAL aujourd’hui ?
MAUD BREGEON
J’estime que c’est une nécessité. Voilà. J’estime qu’en réalité, au regard des bénéfices que se fait TOTAL, il est bien légitime que TOTAL redistribue une partie de ses bénéfices indirectement via ses prix plafonnés.
APOLLINE DE MALHERBE
Deux questions encore. Vous disiez avoir demandé, au niveau de l’Union européenne, une enquête sur les marges des raffineurs. Là, on ne parle plus des marges des distributeurs, ça, vous avez fait l’enquête ici, mais des raffineurs. Quels sont les résultats de cette enquête ?
MAUD BREGEON
Nous ne les avons pas encore, mais on les communiquera évidemment. Et on ne s’interdit aucune mesure si des marges excessives étaient constatées.
APOLLINE DE MALHERBE
Il pourrait y avoir des abus ?
MAUD BREGEON
Encore une fois, aujourd’hui, nous n’en avons pas identifié. Mais si des abus étaient identifiés, on ne s’interdit rien. C’est bien normal.
APOLLINE DE MALHERBE
Certains Députés demandent une commission d’enquête sur les prix du carburant. Est-ce que vous y êtes favorable ?
MAUD BREGEON
Moi, je suis, par principe, favorable aux droits de contrôle des parlementaires.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, pourquoi pas une commission d’enquête sur le prix des carburants ?
MAUD BREGEON
Je suis tout à fait libre de le faire. Je pense qu’il y a un besoin de transparence. Voilà pourquoi nous avons mis en place des contrôles. Voilà pourquoi nous avons fait la transparence sur les marges. J’ai compris que ça n’avait pas forcément plu à certains distributeurs au premier abord. Finalement, tout ça est rentré dans l’ordre. Si certains parlementaires veulent aller plus loin dans la transparence, ils sont tout à fait libres et légitimes de le faire.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 12 mai 2026