Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée chargée de l'énergie, à France 2 le 19 mai 2026, sur les aides du Gouvernement visant à compenser la hausse du prix des carburants, la loi d'urgence agricole et Patrick Bruel.

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Média : France 2

Texte intégral

MAUD BREGEON
Bonjour.

GILLES BORNSTEIN
Le carburant est quasiment à son plus haut niveau historique, hier, aujourd'hui, à la pompe. Je me doute que vous n'allez pas dévoiler les annonces que se réserve le Premier ministre jeudi. Mais est-ce que vous pouvez nous dire : est-ce que ce sont des aides ciblées ou des aides générales ?

MAUD BREGEON
Oui, ce que je peux vous dire, c'est la logique qui est la nôtre. D'abord, ce sera des aides ciblées. C'est le choix qu'on a fait depuis le début, qui est le choix le plus efficace pour nous : aider les secteurs d'activité les plus exposés, parce que derrière, ce sont des emplois, et ce sont donc les salaires des Français, et aider les Français les plus modestes, et notamment les gros rouleurs comme nous l'avons déjà fait. Et ensuite il y a une logique de temporalité. En mars, on a mis en place des aides pour avril. En avril, on a déployé des aides pour mai. Et donc, là, on va annoncer les aides pour juin. Pourquoi est-ce qu'on fait ça ? Parce qu'on est dans une situation qui est extrêmement volatile. Et donc, on doit adapter autant possible les mesures, le soutien que l'on prend.

GILLES BORNSTEIN
Donc, ça sera, à chaque fois, au mois au mois ?

MAUD BREGEON
En tout cas, on s'adapte à une situation géopolitique qui est extrêmement incertaine, chacun le voit bien, mais avec une ligne directrice, des aides ciblées et ne pas laisser tomber les secteurs d'activité les plus exposés et les Français qui roulent le plus et qui sont le plus en difficulté.

GILLES BORNSTEIN
Oui, mais il y a beaucoup de Français qui roulent et des aides ciblées, c'est bien. Mais là, il y a maintenant tous les Français, subissent 30, 40, 50 % d'augmentation du prix du carburant depuis maintenant presque 80 jours.

MAUD BREGEON
Et on est tout-à-fait conscient que pour beaucoup de nos concitoyens, c'est difficile : ils subissent directement les hausses du prix à la pompe. Et donc, on fait encore une fois ce choix, qui est un choix responsable, qui n'est peut-être pas le choix, je termine, le plus populiste, mais qui consiste à cibler, à aider ceux qui en ont le plus besoin, tout en étant respectueux…

GILLES BORNSTEIN
Aider les gens, c'est du populisme.

MAUD BREGEON
Tout en étant, je termine ma phrase, respectueux des finances publiques. Parce qu'encore une fois, on a un déficit à tenir : 5 %. C'est un objectif qui est important. C'est ce qui nous permettra, demain, de continuer à investir dans les services publics, de continuer à investir dans l'électrification, de ne pas augmenter l'impôt des Français. Et il faut comprendre que ce qu'on dépense aujourd'hui, on va devoir l'économiser demain. Et donc, il y a cette logique d'efficacité, et en même temps, de responsabilité à trouver quand on est au Gouvernement.

GILLES BORNSTEIN
Les 50 euros promis pour les gros rouleurs ne sont toujours pas versés. C'est pour quand ?

MAUD BREGEON
C'est une histoire de quelques jours.

GILLES BORNSTEIN
Quelques jours ?

MAUD BREGEON
Il y avait un peu de délai logistique pour la mise en place de la plateforme. Mais là encore, que ce soit pour les agriculteurs, que ce soit pour le BTP, que ce soit pour les pêcheurs, que ce soit pour les transporteurs.

GILLES BORNSTEIN
Là, je vous parle des 50 euros pour les gros rouleurs.

MAUD BREGEON
L'ensemble des dispositifs ont été enclenchés. Et donc, on suit ça évidemment avec la plus grande vigilance. L'objectif, c'est que toutes les aides qui ont été mises en place soient versées le plus rapidement possible.

GILLES BORNSTEIN
La loi d'urgence agricole arrive à l'Assemblée Nationale. Réautorise-t-elle l'usage de l'acétamipride ?

MAUD BREGEON
Non. Et ce n'est pas le choix qu'a fait le Gouvernement. D'abord, parce que vous savez qu'il y a une mobilisation populaire qui a été extrêmement importante : plus de deux millions de signataires, je crois, sur une pétition, il y a environ un an. Et ensuite, parce qu'on a estimé que l'urgence pour les agriculteurs, c'était de répondre à des sujets extrêmement concrets : la question de l'accès à l'eau, la question de la possibilité de développer des élevages, par exemple, la question de la protection vis-à-vis des vols, pour ne citer que cet exemple. Et donc, si aujourd'hui, dans l'Assemblée qui est la nôtre, et avec le Sénat qui est le nôtre, on veut réussir à faire avancer, là, encore une fois, des mesures extrêmement concrètes sans promettre le grand soir, sans avoir des grands débats programmatiques, mais en changeant concrètement les problèmes des agriculteurs dans les fermes, il faut qu'on arrive à avoir des mesures les plus consensuelles possible.

GILLES BORNSTEIN
Mais le Gouvernement... Si le Sénat réintroduit l'acétamipride, ce qui est impossible vu la composition politique du Sénat, le Gouvernement s'y opposera ?

MAUD BREGEON
Nous, on dit deux choses. On dit d'abord : si on veut que ce qui arrive au bout, il ne faut pas y introduire des mesures qui empêcheront tout vote à la fin. Je pense que chacun comprend bien ça. Puis ensuite, moi, je le redis, et là, je parle à titre personnel, si je puis dire, il y a eu deux millions de signataires sur cette pétition. On a tous été interpellés, moi, j'étais Députée avant, on a tous été interpellés dans nos circonscriptions. Les Français ont été inquiets, pour une part d'entre eux. Et donc, on doit aussi entendre l'inquiétude que nous a remontée une partie de la population. Je crois qu'aujourd'hui, il y a des urgences, je le redis, sur l'accès à l'eau, sur la question de la prédation, sur la question de la possibilité de développer des élevages sur lesquels on peut avancer sans s'emparer de sujets aussi abrasifs.

GILLES BORNSTEIN
Le Gouvernement a fait le choix d'écouter les pétitionnaires contre ce pesticide qu'est l'acétamipride.

MAUD BREGEON
Mais au-delà des pétitionnaires, vous savez, il y a eu deux millions de personnes qui ont signé une pétition. Je pense qu'il y a eu bien plus de deux millions de Français qui ont été inquiets par cette mesure.

GILLES BORNSTEIN
Patrick. On apprend ce matin que de nouvelles plaintes vont être déposées dans les jours qui viennent, contre Patrick BRUEL. C'est l'avocate de Flavie FLAMENT qui l'annonce. Beaucoup de plaintes, beaucoup de témoignages. Il est bien sûr présumé innocent, Patrick BRUEL. La justice se prononcera. En tant que femme, comment ces nombreux témoignages sur le comportement de Patrick BRUEL vous font réagir ?

MAUD BREGEON
D'abord, permettez-moi de m'exprimer en tant que porte-parole du Gouvernement, pour le dire en une phrase : que ce n'est pas au ministre de traiter cette affaire, c'est à la justice de traiter cette affaire. Cela va de soi. Ensuite, j'entends dans les témoignages qui ont été remontés, qui ont été relatés par la presse, et qu'on découvre jour à jour, des comportements et des faits qui, bien évidemment, peuvent interroger et qui, bien évidemment, peuvent choquer. Maintenant, mon rôle, ce n'est pas de dire si ce qui est dit aujourd'hui est vrai ou pas, c'est de dire deux choses. D'une part, la justice doit pouvoir faire son travail sereinement. Et d'autre part, on doit continuer à porter, dans la parole publique, des messages extrêmement clairs qui encouragent les femmes à parler, même des dizaines d'années après, même si c'est difficile. Mais on doit porter ce message-là. C'est, je crois, une des grandes révolutions du XXIe siècle.

GILLES BORNSTEIN
Encourager les femmes à parler, si on ne les croit pas, ça ne sert à rien. Les femmes qui témoignent, à priori, vous croyez ?

MAUD BREGEON
Moi, je les écoute. Et c'est ensuite à la justice de retracer la véracité des faits.

GILLES BORNSTEIN
Bien sûr. Il a décidé de continuer à produire.

MAUD BREGEON
Pour autant, je le redis : on doit tous œuvrer à un système qui permet que ce soit un système politique, un système médiatique, un système judiciaire, qui permet aux femmes qui ont été victimes de violences sexistes et sexuelles de s'exprimer, de le dire sur la place publique, et d'être entendues par la justice.

GILLES BORNSTEIN
Il a décidé de continuer de jouer au théâtre en ce moment. Il a décidé de continuer de jouer, de continuer des concerts. Vous iriez le voir ?

MAUD BREGEON
Je ne crois pas. Je ne crois pas. Et je le dis, c'est une... Il est tout à fait libre de le faire. Vous l'avez dit dans votre propos.

GILLES BORNSTEIN
Il devrait arrêter ?

MAUD BREGEON
Pour autant, aujourd'hui, j'estime que la priorité est à la justice, et au fait que la justice se prononce.

GILLES BORNSTEIN
Il devrait arrêter de chanter en attendant que…

MAUD BREGEON
Ce n'est pas à moi de le dire. Je pense qu'encore une fois, il y a un cadre : c'est le cadre légal. Le cadre légal est le suivant : Patrick BRUEL a le droit de continuer à se produire. Et chacun, vous et moi, les Français qui nous écoutent ce matin, sont libres d'y aller ou pas. Tout simplement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mai 2026