Texte intégral
MAXIME LLEDO
Il est 8h14 sur Sud Radio et mon invité politique ce matin est Roland LESCURE, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle énergétique et numérique. Bonjour monsieur le ministre.
ROLAND LESCURE
Bonjour.
MAXIME LLEDO
Merci d'être au micro de Sud Radio ce matin dans ce contexte où on a forcément besoin de vous entendre, de vos précisions, de vos compléments d'informations au lendemain des aides annoncées par le Premier ministre dans un contexte bien sûr de crise au Moyen-Orient. La première question est simple : Combien ? C'est la question. Ces aides, combien elles vont coûter pour les finances publiques dans une période où on ne cesse de dire que l'Etat est proche de ses sous ?
ROLAND LESCURE
C'est pour ça qu'on est parcimonieux dans les aides publiques, on fait attention. Au total, on sera à la fin de l'été - et je vais expliquer pourquoi ce projet jusqu'à la fin de l'été, c'est important - à 1,2 milliard. 1,2 milliard de dépenses qu'il va falloir financer.
MAXIME LLEDO
Donc la totalité des aides distribuées par l'Etat, 1,2 milliard.
ROLAND LESCURE
1,2 milliard, on est à peu près à 400 millions jusqu'à présent et on va rajouter un peu plus de 700 millions et donc on arrive à 1,2 milliard à la fin de l'été. Le raisonnement qu'a voulu tenir le Premier Ministre c'est le suivant, c'est que jusqu'à il y a un mois, franchement on se disait, ce conflit, peut-être qu'il ne va pas durer très longtemps. Vous vous souvenez qu'il y a un mois, on venait d'annoncer un cessez-le-feu, il y avait des négociations au Pakistan. Ça semble être il y a une éternité, mais à l'époque on s'est dit, finalement on va peut-être en sortir très vite de cette crise. Et donc on était dans des aides plutôt au mois le mois.
Là, on réalise que ça va durer, sans doute dans cette espèce d'entre-deux où il n'y a plus de missiles qui tombent, mais on n'a toujours pas ouvert le détroit d'Ormuz. Et donc on s'est dit, il faut qu'on donne de la visibilité aux Françaises et aux Français sur l'été, à la fois parce qu'il y a les congés et que je pense qu'on a envie de savoir un peu comment ça va se passer, et puis parce qu'on se dit bien que, de toute façon, on ne sera pas sortis de l'auberge, si je puis dire, sans doute avant la rentrée. Donc on donne de la visibilité, on prolonge les aides qui existaient déjà, la fameuse aide grands rouleurs qui passe de 50 à 100 Euros, les aides pour les pêcheurs, pour les agriculteurs, pour le BTP, etc. Et puis on touche de nouvelles populations dont on pensait urgent de les aider.
MAXIME LLEDO
Et dans ces fameuses aides, il y a notamment les taxis, il y a les infirmières libérales. On les a entendues toute la matinée sur Sud Radio. Le constat est simple, c'est en réalité de dire, c'est une usine à gaz, ça ne va pas forcément nous servir. Les taxis, à cette heure, nous disaient, c'est une aide qui existait déjà, ils ne font qu'augmenter le plafond, mais ce n'est pas une aide directe. D'une certaine manière, on va nous laisser galérer.
ROLAND LESCURE
Non. Ce qu'on a refusé de faire, c'est de baisser le prix de l'essence à la pompe en utilisant de l'argent public. Parce que ça, ça bénéficie à tout le monde, à la fois les chauffeurs taxis qui pour certains en ont besoin et d'autres qui en ont moins besoin, pour des gens comme vous et moi qui conduisent de très grosses voitures et qui franchement peuvent s'en passer, et d'autres comme par exemple les aides à domicile qui en ont besoin. Donc ça, on ne le fait pas, des aides à taille unique qui concernent tout le monde, ceux qui en ont besoin, ceux qui n'en ont pas besoin. Mais, l'histoire de l'électrification des taxis, évidemment c'est essentiel. Moi j'ai pris un taxi dans un territoire rural il y a 15 jours, qui avait un véhicule électrique, je lui ai dit « Est-ce que vous êtes content ? » Il me dit " Mais je ne reviendrai jamais en arrière." Donc on augmente le plafond, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les taxis plus qu'un véhicule qui vaut 65 000 Euros, donc des berlines, on a une aide qui peut aller jusqu'à 5 500 Euros par achat de véhicule. Quand on voit la différence de coût, particulièrement aujourd'hui, entre conduire un taxi au diesel et conduire un taxi à l'électrique, ça fait la différence.
MAXIME LLEDO
Mais monsieur le ministre, sur ça par exemple, vous le disiez tout à l'heure avec le président de la fédération des taxis, il est dans le sud, nous il nous dit " C'est très bien que l'État ne veut pas baisser les taxes. Il a sans doute plein d'arguments, mais moi, le résultat c'est que tous nos confrères, et peut-être même certains chauffeurs, ils vont à 20 minutes en Espagne, et eux bénéficient de la baisse de taxes ". Est-ce que ce n'est pas handicapant quand même qu'on ait, aujourd'hui, des professions qui doivent faire leur plein à l'étranger ?
ROLAND LESCURE
Écoutez, ceux qui vivent à côté de la frontière espagnole, où l'État dépense une fortune, l'État espagnol aujourd'hui dépense des milliards d'euros, alors que l'inflation en Espagne, elle est à 3,5%. Chez nous, elle est à 2,2%.
MAXIME LLEDO
On y reviendra sur ce sujet.
ROLAND LESCURE
J'allais dire, tant pis pour eux. Si le Gouvernement espagnol veut subventionner des frontaliers qui vivent pas loin de la frontière, français qui vont faire la queue chez eux pour remplir leurs réservoirs, tant mieux pour eux. Moi, je considère aujourd'hui, c'est la philosophie du Gouvernement depuis le début, il faut se concentrer sur les plus vulnérables. Pourquoi ? Parce que, cette crise, elle a un coût pour la France. On ne produit pas de pétrole, on en importe, même si on en importe moins que d'autres, parce qu'on a notre mix énergétique, il faut en être fier, qui fait de l'électricité, globalement, c'est un coût. Et donc, il faut qu'on le partage. Donc, soit on dit, comme on a tendance un peu à le dire d'habitude, les enfants paieront, donc on s'endette, on aide tout le monde, et les enfants paieront. Soit on dit - et nous, c'est ce qu'on a fait – on va se concentrer sur les plus vulnérables. Ça ne veut pas dire que ça ne coûte pas à tout le monde, mais il y a des gens aujourd'hui qui peuvent passer la crise, et d'autres pour lesquels c'est très difficile.
MAXIME LLEDO
Donc vous faites du sur-mesure.
ROLAND LESCURE
Exactement.
MAXIME LLEDO
Monsieur le ministre Roland LESCURE, ministre de l'Economie notamment, est-ce que ça veut dire que si vous faites du sur-mesure, comme là, ce sont des aides pour un trimestre, jusqu'à la fin de l'été, vous l'avez annoncé, est-ce que ça veut dire que par principe, vous vous interdisez de remodifier les aides si la situation s'aggrave, parce que vous êtes allé jusqu'à la fin de l'été, ou vous vous autorisez à retoucher, peut-être en fonction des professions qui connaîtraient des périodes un peu plus complexes dans les prochaines semaines ?
ROLAND LESCURE
Ce qui est important de comprendre, c'est qu'aujourd'hui, ce conflit, pour l'Europe - ce n'est pas le cas partout, en Asie, c'est différent - mais pour l'Europe, c'est un problème de prix, ce n'est pas un problème de volume, on n'a pas de problème d'approvisionnement. Et donc, l'effet sur l'inflation, il est limité à l'énergie, l'effet sur la croissance, il est relativement limité aussi, parce qu'on résiste mieux. Il y a un risque que le conflit dégénère à nouveau. Là, on entrerait dans un autre scénario. Et si on entre dans un autre scénario, on fera sans doute des mesures différentes. Mais là, on se concentre, dans l'état actuel, sur ceux qu'on a le plus besoin.
MAXIME LLEDO
Mais c'est intéressant aussi, pour tous ceux, peut-être, qui sont déjà au bord du précipice, même aidés, de vous entendre ce matin dire que vous ne vous interdisez rien.
ROLAND LESCURE
Non, mais on avait aujourd'hui 50 Euros pour les grands rouleurs, on passe à 100 Euros, ce n'est pas rien, ça fait plusieurs centimes de litre. Pour les aides à domicile, on fait du 20 centimes de litre, au-delà de l'aide aux grands rouleurs. Donc, les gens au bord du précipice, une aide à domicile, il y en a 500 000 en France, et c'est très souvent, évidemment, des femmes, c'est 700 Euros de revenus par mois, dont à peu près 100 à 200 Euros d'essence. Donc, c'est beaucoup pour elles. Et elles, sans doute, il y en a un certain nombre aujourd'hui, qui sont, comme vous le dites, au bord du précipice, qui adaptent leur tournée, qui ne vont peut-être pas voir les gens tous les jours, mais une fois tous les deux jours. Donc là, on met le paquet. On double l'aide aux grands rouleurs, on fait une aide directe pour baisser les frais kilométriques, mais surtout, là encore, on les aide à électrifier. Une Twingo, aujourd'hui…
MAXIME LLEDO
On a bien compris que ça va, en effet, dans les deux sens, avec une baisse et, on va dire, une pensée sur l'avenir, mais vous parliez et de la consommation et de l'inquiétude et des risques sur le carburant. Vous avez vu qu'on parle de pénurie dès cet été. Quels sont les stocks de la France ? Est-ce que même en termes de consommation de carburant en France, il y a une tendance à donner ? Est-ce qu'on est totalement à l'abri des pénuries pour tous ceux qui préparent les week-ends prolongés et leurs vacances d'été ?
ROLAND LESCURE
Pas de pénurie. On suit ça comme le lait sur le feu depuis maintenant le début de la crise. Dès le début, on s'est dit qu'il faut s'assurer qu'on ait de l'essence, du gasoil et du kérosène en France ; on en a. Évidemment, il y a des tensions sur certains carburants. Le kérosène, par exemple, il y a des régions du monde où on en manque. Nous, peut-être aussi parce qu'on a une grande major internationale, TOTAL, qui va chercher l'essence là où il est, on n'a pas d'enjeu de pénurie.
MAXIME LLEDO
Il n'y a pas un sujet de consommation, par exemple, pour le carburant.
ROLAND LESCURE
Mais, en revanche, évidemment, les Français, ils ne sont pas idiots. Ils s'adaptent. Ce que je peux vous annoncer, c'est que du 1er au 20 mai, par rapport à l'année dernière, on est à moins 14% de consommation. On était à moins 11% au mois d'avril. Évidemment, les Françaises et les Français conduisent un peu moins. Ils font du covoiturage. Peut-être qu'ils font un peu plus de télétravail. Moi, je ne veux surtout pas tomber dans le : " Je vais dire aux Français ce qu'ils doivent faire. "
MAXIME LLEDO
On a bien compris le… On ne va pas emmerder les Français…
ROLAND LESCURE
On leur fait confiance, ils ne sont pas idiots. Évidemment, ils s'adaptent. En fait, on s'adapte. L'économie française, elle s'adapte.
MAXIME LLEDO
Roland LESCURE, baisse de la consommation du carburant. Vous l'annoncez au micro de Sud Radio ce matin.
ROLAND LESCURE
Moins 14%.
MAXIME LLEDO
Moins 14%. Ça veut dire aussi moins de rentrées d'argent dans les caisses de l'État. Et ça vient occuper la principale question que tout le monde se pose quand on voit les nouvelles aides, c'est : Comment on va payer tout ça ? Vous entendez les oppositions avec différentes solutions, différentes mesures à mettre en place. Comment on va payer tout ça ? On a entendu ce chiffre dès le début du conflit. On ne sait pas trop d'ailleurs d'où il sort. C'était 6 milliards pour l'État. On est à combien aujourd'hui ?
ROLAND LESCURE
Alors, on sera sans doute au-dessus. On ne va pas estimer ça toutes les semaines. Ce qu'on fait, c'est qu'on a un processus assez formel, ça s'appelle le Comité d'alerte sur les finances publiques. Où, avec le ministre des Comptes publics, David AMIEL, on rassemble les parlementaires, les organisations syndicales et, j'allais dire, on leur ouvre les livres. Et donc, on en fera un au mois de juin et le Premier ministre a annoncé qu'il le présiderait même pour à la fois imprimer une certaine solennité dans un moment difficile, grave, et puis pour qu'on ait cette bonne discussion autour de ce que ça coûte et comment on va financer. Mais, très simplement, sur le financement, un, moi je ne souhaite pas que ce soient nos enfants, nos petits-enfants qui paient.
MAXIME LLEDO
Mais simplement, sur le prix, il y a le président de la commission des finances qui dit que de toute façon, ce matin dans Le Parisien, l'État avait plus ou moins sous-estimé, 6 milliards c'est bien, mais on sera forcément entre 8 et 10. Est-ce que cette estimation, Roland LESCURE, elle est crédible ?
ROLAND LESCURE
Non, à ce stade, c'est trop tôt pour le dire. On sera au-delà de 6. On vous dira, d'ici la fin du mois de juin, dans un mois, où on en est à ce moment-là. Et on va suivre, j'allais dire, au fur et à mesure, parce que cette crise, elle évolue tous les jours. Mais, un, on redéploie, ça c'est important, ça veut dire qu'on économisera ailleurs ce qu'on fait pour aider.
MAXIME LLEDO
Et pas d'impôts supplémentaires, vous pouvez le garantir ce matin ?
ROLAND LESCURE
Exactement.
MAXIME LLEDO
Parce que Roland LESCURE, cette promesse, on nous l'a déjà faite et elle n'a pas été tenue.
ROLAND LESCURE
Alors, il y a un Parlement, c'est lui qui vote le budget, mais ce que le Premier ministre a dit hier, et c'est important que vos auditeurs l'entendent, quand on déposera notre budget en septembre, il n'y aura pas de hausse d'impôts dedans.
MAXIME LLEDO
Donc vous demandez aussi au Parlement, à toutes les forces politiques, de dire : " Les Français en subissent déjà assez, aidez-nous à accomplir cette promesse " ?
ROLAND LESCURE
Mais oui, parce que, si moi je dis aux Françaises et aux Français qu'on va aider les plus vulnérables, mais tout le monde va payer par les impôts, franchement, ils ne comprendront pas. Qu'on n'aide pas tout le monde, je pense que les gens le comprennent. Qu'on aide en priorité ceux qui en ont le plus besoin, je pense que les gens le comprennent. Mais si je demande aux Françaises et aux Français de payer par leurs impôts, je ne veux pas parler de ras-le-bol fiscal, mais je pense que les gens ne comprendront pas.
MAXIME LLEDO
On n'est pas dans un moment de ras-le-bol fiscal entre nous ?
ROLAND LESCURE
On est dans un moment, en tout cas, où on paye plus d'impôts que nulle part ailleurs au monde, et que, franchement…
MAXIME LLEDO
Il existe quand même ce sentiment, Roland LESCURE, de ras-le-bol fiscal.
ROLAND LESCURE
En tout cas, je pense qu'on est rendus à un moment, et on verra d'ailleurs l'élection présidentielle, j'espère qu'elle me permettra d'avoir ce débat, parce que… Où effectivement, d'ailleurs on a commencé à le faire dans les dix ans qui viennent de s'écouler, mais il faudra continuer, à mon avis, baisser les impôts, être plus efficace dans les dépenses publiques, et au total, libérer un peu de l'énergie, parce que, évidemment…
MAXIME LLEDO
On a entendu le Premier Ministère, hier, parler de libéralisation, mais quand même, que le ministre de l'Économie que vous êtes, vous semble être lucide sur la situation, le mot ras-le-bol fiscal, vous ne l'employez pas, vous n'avez pas la sensation aujourd'hui que les Français payent, mais ne gagnent pas assez bien leur vie, que les chefs d'entreprise aujourd'hui ne participent pas suffisamment à l'effort au point d'être totalement spoliés, comme ils le disent, parfois par l'État ?
ROLAND LESCURE
Moi, je ne veux pas tomber dans le misérabilisme, mais on a un modèle social, aujourd'hui, dont on est très fier mais qui coûte beaucoup d'argent. Et donc, un des débats d'élection présidentielle, j'espère que les candidats y sont nombreux, le porteront, c'est comment on finance notre modèle social dans les 20 ans qui viennent. Moi je m'occupe des 12 mois qui viennent.
MAXIME LLEDO
C'est déjà énorme.
ROLAND LESCURE
Et c'est déjà pas mal de boulot actuellement, merci. Et on le fait notamment avec le Premier ministre pour que celles et ceux qui veulent se projeter dans l'avenir dans le cadre de la présidentielle puissent, je dirais, débattre tranquillement pendant que nous on nettoie la maison.
MAXIME LLEDO
Et avec un maximum de sérénité, mais dans le contexte que vous décrivez, on sent bien qu'il y a beaucoup de tensions et beaucoup d'enjeux, est-ce qu'il faut totalement exclure une loi de finance rectificative ?
ROLAND LESCURE
Mais oui, parce que d'abord, le Parlement est tel qu'il est aujourd'hui, moi si j'entre dans une loi de finance rectificative, je vais avoir des débats sans fin, franchement, qui partiront dans tous les sens et je ne sais pas où ils atterriront. Aujourd'hui, on n'en est pas là. On peut, par redéploiement de dépenses, économie sur un certain nombre d'aides généralisées, financer ce dont on a besoin, les aides pour les plus vulnérables que je vous ai annoncées. On aura un budget à préparer pour l'année prochaine et je peux vous dire que déjà, ce ne sera pas facile de le passer au Parlement, j'en suis à peu près convaincu. Donc, concentrons-nous sur la projection sur l'année prochaine, je dirais, laissons-nous faire notre travail, j'irai au quotidien à une situation qui n'est pas facile. Je pense que les Français aujourd'hui nous disent : " Franchement, on vous comprend, vous faites le boulot, vous faites au mieux, on préférait évidemment que cette crise n'existe pas, mais franchement, continuez à bosser ".
MAXIME LLEDO
Roland LESCURE, ministre de l'Économie notamment, quelques questions avec des réponses les plus simples possibles, il nous reste 5 minutes pour vous parler d'économie. Il y a plusieurs sujets sur la table, revient régulièrement dans le débat politique et public, une nécessité, peut-être, d'aller surtaxer les entreprises, est-ce que cette idée est toujours sur la table ?
ROLAND LESCURE
Il y aura le débat au budget, donc je ne veux pas le préempter.
MAXIME LLEDO
Mais vous, en tant que ministre de l'Économie, dans cette situation, est-ce qu'il faut l'envisager ?
ROLAND LESCURE
Je ne pense pas que le réflexe, un problème, un texte, soit le bon. Cela dit, il y a peut-être des secteurs, il n'y en a pas beaucoup puisqu'on ne produit pas de pétrole, qui vont gagner particulièrement beaucoup d'argent dans cette crise et là, il faudra qu'on s'y attelle. Il y a un sujet autour du raffinage, par exemple.
MAXIME LLEDO
Sur les secteurs, on va dire profiteurs de crise, je le mets entre guillemets.
ROLAND LESCURE
Je déteste ce terme parce qu'aujourd'hui, je le répète d'un coup pour tous, mais s'il y a des secteurs particuliers qui gagnent particulièrement leur vie, peut-être qu'on les taxera particulièrement, on le dit comme ça. Mais ce débat, il aura lieu à l'automne, en attendant, il faut surtout qu'on se concentre sur ceux qui souffrent et c'est ce qu'on fait.
MAXIME LLEDO
Et ça, en tout cas, c'était clair, des économies, deux sujets, notamment, en tout cas, pour en faire, est-ce qu'il faut envisager comme y réfléchit visiblement votre collègue David AMIEL, un jet des allégements charges sur les entreprises, par exemple ?
ROLAND LESCURE
Oui, on va les geler. Il l'a annoncé d'ailleurs, je pense, tout à l'heure.
MAXIME LLEDO
Et vous le confirmez ce matin ?
ROLAND LESCURE
Je vous le confirme, on va les geler. Pourquoi ? 74 milliards d'euros, c'est ce qu'on fait aujourd'hui et j'allais dire, c'est bienvenu, ça permet de limiter le coût du travail, d'améliorer la compétitivité des entreprises. Mais aujourd'hui, les augmenter, comme nous nous demandait un certain nombre de chefs d'entreprise, de 2 milliards, c'est beaucoup d'argent, ça les augmente pour tout le monde, y compris les entreprises qui n'ont pas augmenté leur salaire, y compris les entreprises qui n'en ont pas besoin. Donc, sur les entreprises comme sur les ménages, on se concentre sur les plus vulnérables et on évite les aides qui appuient tout le monde. Donc, on reste sur 74 milliards d'euros, c'est bienvenu, on ne va pas plus loin. Évidemment, à l'automne, on reverra la situation, si les salaires ont augmenté, du coup, si les charges ont augmenté.
MAXIME LLEDO
Mais la situation à l'instant T, elle est celle-ci.
ROLAND LESCURE
Elle est celle-ci et je pense que tout le monde le comprend.
MAXIME LLEDO
Roland LESCURE, quelques questions aussi, forcément, autant d'inquiétudes et autant de questionnements ou autant de décisions à prendre pour vous, parce que nous sommes dans une situation économique compliquée, le FMI le dit, il parle en France du rythme de réduction des dépenses publiques qui est notamment insuffisant pour ramener le fameux déficit public sous l'objectif des 3% en 2029. Des questions très précises et des réponses courtes, s'il vous plaît. Est-ce que la France, dans un contexte pareil, va arriver dans une période de récession ?
ROLAND LESCURE
Oui, non.
MAXIME LLEDO
Non. Est-ce que l'inflation, on l'établit déjà à 2,2%, la Commission européenne vise à 2,4% ? Est-ce que c'est une estimation crédible ?
ROLAND LESCURE
Oui, on sera entre, je dirais, 2 et 2,5%, peut-être un peu au-dessus, pas dans les 3,4% que j'entends ici ou là.
MAXIME LLEDO
Mais en tout cas, 2,4%, c'est quelque chose de crédible pour la prochaine semaine.
ROLAND LESCURE
C'est à l'entour de 2,5%, c'est très probable.
MAXIME LLEDO
Est-ce qu'on va arriver dans une période de stagflation ?
ROLAND LESCURE
Non. Stagflation, c'est récession, croissance négative plus inflation très forte. Heureusement, la France est mieux armée, on a des stabilisateurs automatiques, on a un mix énergétique moins exposé à la crise, donc on s'en sort plutôt mieux.
MAXIME LLEDO
Roland LESCURE, vous le savez aussi, notre fameux cheval généralement de bataille en France, c'est la fameuse croissance. La Commission européenne a revu à la baisse, hier, ses prévisions de croissance pour la zone euro. Cette année, à 0,9%. Est-ce qu'on a un risque d'ici la fin de l'année d'avoir, tout simplement, un risque de croissance nulle ?
ROLAND LESCURE
Le scénario est incertain. Il y a des incertitudes autour de ces scénarios, mais aujourd'hui…
MAXIME LLEDO
Est-ce que c'est un risque ?
ROLAND LESCURE
Le plus probable, c'est qu'on soit entre 0,5 et 1. Nous, on a 0,9 de prévision de croissance. La Commission pour la France, c'est 0,8. Vous l'avez dit, pour la zone euro, c'est 0,9. Les économistes privés, aujourd'hui, nous attendent quelque chose autour de 0,8. Évidemment, cette crise, elle évolue tous les jours et on va suivre ça de près et on adaptera, en conséquence. Mais je ne veux pas être un prophète de malheur ni un marchand de bonheur, d'ailleurs. Je regarde les faits. La réalité, c'est une croissance plus faible qu'attendue, mais qui reste une croissance.
MAXIME LLEDO
Et l'objectif du Gouvernement, c'était d'essayer de fixer le déficit, le fameux déficit autour des 5%. Est-ce qu'aujourd'hui, dans la situation, on doit le balayer d'un revers de main ?
ROLAND LESCURE
Surtout pas, parce que là encore, on le doit à nos enfants, nos petits-enfants, donc on reste sur l'objectif de 5 et on va tout faire, d'où les redéploiements pour financer les aides pour s'y tenir.
MAXIME LLEDO
Et donc, quand la Commission européenne parle d'un déficit à 5,7% d'ici l'année prochaine, c'est à exclure ?
ROLAND LESCURE
Ah oui, non, ce n'est pas là qu'on va du tout.
MAXIME LLEDO
Ce n'est pas là qu'on va du tout. Autre sujet, évidemment, dans l'actualité, c'est ce fameux rapport, vous l'avez forcément vu, sénatorial, sur les marges des distributeurs. Est-ce que, en effet, certaines marges des distributeurs, alors que la plupart des patrons de la grande distribution sont quand même tout le temps sur les plateaux télé en se faisant passer pour les meilleurs amis des consommateurs, est-ce que là, aujourd'hui, quand on lit ce rapport, on en est si sûr ? Est-ce que les grands patrons de la distribution sont vraiment les meilleurs amis de nos auditeurs ?
ROLAND LESCURE
Bon, moi, je n'ai pas encore eu l'occasion d'analyser en détail ce rapport. Ce qui est vrai, en France, c'est que le secteur de la distribution se porte plutôt bien. En revanche, ce qui est vrai aussi, ils le disent régulièrement, d'ailleurs les patrons n'ont pas parlé, c'est que les marges dans la distribution sont faibles. Ce qui fait la différence dans les grandes entreprises de distribution qu'on connaît, les grandes enseignes, c'est les volumes. Ils vendent beaucoup de choses, pas très chères. Donc, ils gagnent plutôt bien leur vie. Je ne pense pas qu'on ait des profiteurs, là encore, pour reprendre un terme qui est un peu utilisé.
MAXIME LLEDO
Non, mais on se souvient, par exemple, de votre collègue Annie GENEVARD qui avait parlé de marge mortifère pendant un temps. Est-ce que vous reprendriez le même terme ?
ROLAND LESCURE
Moi, je me méfie. Les négociations commerciales, elles ont lieu tous les ans. C'est un moment un peu tendu en France qui mobilise à la fois les agriculteurs, et ce qu'on a fait depuis dix ans, c'est s'assurer qu'ils soient mieux traités dans le cadre de ces négociations. On part de leurs coûts de production, les industriels, et là, il y a des grands et des petits. Il y a des petits qui souffrent, des grands franchement qui gagnent très bien leur vie, et il y a les distributeurs. Cette négociation-là…
MAXIME LLEDO
Mais vous le savez, pardonnez-moi Roland LESCURE, que les fameux gros zippers, etc., ils détournent la loi Egalim, ils ont des centrales d'achat en Belgique…
ROLAND LESCURE
Ils sont contrôlés quand même, ils sont contrôlés. La loi Egalim…
MAXIME LLEDO
Mais il n'y a pas quelque chose à revoir sur ça quand les centrales d'achat sont en Belgique, qu'ils étranglent les agriculteurs ?
ROLAND LESCURE
Écoutez, les agriculteurs aujourd'hui reconnaissent en tout cas qu'on a plutôt amélioré la situation depuis dix ans. Il faudra sans doute travailler encore et encore un sujet qui est un sujet compliqué, mais l'inflation alimentaire c'est important, et je pense que dans le cadre de la présidentielle, des candidats auront plein d'idées. Jusqu'à présent, on a plutôt amélioré la situation, il faut continuer.
MAXIME LLEDO
Merci beaucoup Roland LESCURE d'avoir passé une tête ce matin dans le studio de Sud Radio et d'avoir fait oeuvre de pédagogie et de réponses assez franches sur les nombreux sujets qu'on avait abordés avec vous. Une dernière question, vous allez partir en week-end dans les prochaines heures et essayer de profiter de vous éloigner de Paris ?
ROLAND LESCURE
Non, je vais rester à Paris mais c'est vrai que j'ai eu un G7 à Paris lundi, mardi, tous les ministres des finances du monde arrivaient à Paris. Là, je travaille un peu sur la crise évidemment avec les primes donc je vais peut-être me reposer un peu ce week-end.
MAXIME LLEDO
Et est-ce que si à un moment vous prenez votre voiture, au moment de faire le plein, vous direz quand même merci à monsieur POUYANNE de faire ce blocage au prix à la pompe ? Est-ce que vous lui dites merci quand même à ce bon vieux Patrick ?
ROLAND LESCURE
J'ai une R5 électrique faite à Douai donc je dis merci EDF !
Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mai 2026