Interview de Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer, à LCP le 26 mai 2026, sur la proposition de loi pour abroger le code noir, l'adoption par le parlement de l'élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, les flux migratoires à Mayotte et les candidats pour l'élection présidentielle de 2027.

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Média : La Chaîne parlementaire

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Quel est notre rapport avec nos Outre-mer ? Les inégalités sociales et territoriales sont persistantes. L'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie est toujours en suspens. Et Emmanuel MACRON s'est exprimé sur la question de l'esclavage. C'était jeudi dernier. On va y revenir avec Naïma MOUTCHOU. Bonjour.

NAÏMA MOUTCHOU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci d'être notre invitée. Vous êtes la ministre des Outre-mer. On intervient en partenariat avec la presse régionale, représentée par Fabrice VEYSSEYRE-REDON du groupe ÉBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane. Bonjour Naïma MOUTCHOU.

NAÏMA MOUTCHOU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Naïma MOUTCHOU, je le disais : jeudi, l'Assemblée nationale va examiner une proposition de loi pour abroger le code noir, code élaboré par Colbert. Il a réglementé durant des décennies le statut juridique des esclaves. Alors, il n'est plus effectif depuis l'abolition de l'esclavage, depuis 1848. Emmanuel MACRON a donc annoncé son souhait de l'abroger. Pourquoi avoir autant retardé ?

NAÏMA MOUTCHOU
C'est un sujet important, d'abord. Quand je suis arrivée au ministère des Outre-mer, c'est un des premiers sujets dont je me suis saisie, en expliquant qu'il était important… Il a fallu du temps. Vous savez, la question mémorielle, c'est toujours beaucoup de temps. Alors, le temps est venu. Voilà. Il y a des textes qui ont disparu de notre législation, et tant mieux. Puis il y a des textes qui continuent d'exister, même à la marge, d'une manière très symbolique, mais qui nous posent une question morale profonde. C'est le cas du code noir. Aujourd'hui, il y a une proposition parlementaire, une initiative du Député Max MATHIASIN, de plusieurs de ses collègues, d'ailleurs, je pense à Olivier SERVA ou au ministre Victorin LUREL, qui montrent qu'on est à un moment où la République est capable de regarder son histoire en face. C'est le moment de dire, effectivement, que l'esclavage, qui est un crime contre l'humanité, qui a nié ce qu'il y a de plus profond en nous, c'est-à-dire jusqu'au nom, jusqu'à la filiation, jusqu'à la mémoire. Et il est temps de dire que ça fait partie de notre passé, qu'il faut le regarder avec lucidité pour pouvoir se projeter.

ORIANE MANCINI
Quand vous dites "On est à un moment où on peut regarder notre histoire en face", ça veut dire que jusqu'à maintenant, on n'était pas capable de regarder cette histoire de l'esclavage en face ? La loi Taubira, elle a 25 ans, la loi qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité, il a fallu attendre 2026 pour regarder, pour être capable de regarder cette histoire en face ?

NAÏMA MOUTCHOU
Vous savez, ce sont des blessures profondes. Ce sont des histoires très anciennes qui nécessitent beaucoup de temps, beaucoup de réflexion. Il faut se dire que l'esclavage n'a été aboli qu'en 1848. Il n'a été reconnu comme crime contre l'humanité qu'en 2001, grâce à la proposition de loi de Christiane TAUBIRA. Alors, la question mémorielle, elle a pris différentes formes. La réparation, c'est la reconnaissance, c'est la possibilité de pouvoir transmettre, c'est la possibilité d'apprendre à l'école ce qu'est l'esclavage colonial, ce qu'il a eu comme conséquence jusqu'à aujourd'hui dans la société. Et donc, on avance par étapes.

ORIANE MANCINI
Durant les débats en commission sur cette proposition de loi, il a été souligné que les héritages de l'histoire esclavagiste et coloniale française sont toujours visibles en Outre-mer. Vous êtes d'accord ? Le processus de décolonisation, il n'est pas terminé aujourd'hui ?

NAÏMA MOUTCHOU
Il y a quelque chose de très vrai, effectivement. Moi, quand je regarde les Outre-mer, je vois aussi des économies ou des paysages qui ont été façonnés par l'histoire, et donc, par le temps de la colonisation, et par cet épisode de l'esclavage qui a duré. Je vois aussi, j'étais samedi à Paris, avec le maire de Paris, nous avons commémoré cette journée du 23 mai, qui est une journée importante, en hommage aux victimes de l'esclavage. On a parlé de réparation. Vous avez aujourd'hui, jusqu'à des descendants d'esclaves qui s'interrogent.

ORIANE MANCINI
Le 23 mai, pardon, c'était une grande marche qui a eu lieu en 1998.

NAÏMA MOUTCHOU
Absolument. 1998.

ORIANE MANCINI
Avec 40 000 personnes dans la rue, justement.

NAÏMA MOUTCHOU
Des descendants d'esclaves, pour dire qu'ils étaient des descendants d'esclaves, qui se sont interrogés encore eux-mêmes sur leur histoire, sur leur nom, sur leur filiation. Donc, on voit bien qu'il y a conséquences, des files attirées, encore aujourd'hui. Je dis même qu'il y a certaines formes de discrimination, d'inégalité, certaines formes de raciste qui persistent encore aujourd'hui du fait de cette histoire. C'est pour ça que c'est important de ne pas fermer cette page comme ça, et de continuer à la regarder en face. Et je crois qu'on se grandit à le faire.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
L'idée, c'est de consolider la République ?

NAÏMA MOUTCHOU
Oui, l'idée, c'est de consolider la République, parce que la République, c'est toute l'histoire. C'est l'histoire avec sa part d'ombre et sa part de lumière, mais sa part d'ombre aussi. On doit être en capacité de regarder ce qui s'est passé hier. Alors, pas dans une logique de repentance permanente, parce que moi, je reprends le mot de Christiane TAUBIRA, qui dit que la culpabilité n'est pas héréditaire. Elle a raison. Nous ne sommes pas coupables, nous. Vous et moi, nous ne sommes pas coupables de ce qui s'est passé. Mais nous sommes responsables de cette histoire. D'autant que nous avons pris des responsabilités politiques. En ce qui me concerne, j'en ai pris précisément pour affronter cette page de l'histoire et pour essayer de donner des perspectives à nos compatriotes.

ORIANE MANCINI
Lesquelles ? Sur les responsabilités politiques ?

NAÏMA MOUTCHOU
La première des responsabilités, c'est de reconnaître, c'est d'assumer la vérité historique de ce qui s'est passé. C'est déjà le premier pas.

ORIANE MANCINI
Il y a une page qui est toujours ouverte et qui pose toujours question : c'est la nécessité des réparations. Emmanuel MACRON l'a évoqué jeudi soir, cette nécessité de réparation. Comment réparer un tel crime ? C'est une question qu'il ne faut pas refuser, sur laquelle il ne faut pas faire de fausses promesses, a-t-il dit. Est-ce qu'aujourd'hui, il faut ouvrir cette page des réparations, et sous quelle forme ? Quelle forme elles doivent prendre ces réparations ? Financière ? Autre ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, ça, c'est un sujet sérieux. C'est un sujet permanent : c'est comment réparer l'irréparable. On ne peut pas réparer ce qui a été commis, on ne peut pas réparer les vies qui ont été détruites, les blessures, ce que ça a généré aussi parmi les générations qui ont suivi. Mais il faut toujours tendre à la réparation. Samedi, j'ai discuté avec un certain nombre de familles, descendants d'esclaves, qui me disaient : "À peu près toutes, on a besoin de reconnaissance, d'abord. On a besoin de poser des mots. On a besoin de sentir que l'État aussi prend sa part de responsabilité". Et réduire finalement cette réparation…

ORIANE MANCINI
Et finalement, puisqu'il n'a pas suffisamment fait ?

NAÏMA MOUTCHOU
Réduire en tout cas la réparation à la question financière, de ce que j'ai entendu samedi, mais à peu près de toutes les conversations que j'ai avec des gens qui sont impliqués, rentrer dans une logique comptable, il y a une forme d'abaissement aussi. Donc, il faut faire très attention. Il y a d'abord un travail à faire sur la vérité historique, sur le poids de l'histoire, sur les archives, sur les filiations, sur la manière dont on éduque, dont on transmet tout ça, notamment à l'école, pour faire vivre la mémoire.

ORIANE MANCINI
Et ça, ça figure dans la loi Taubira, et ça figure également dans la proposition qui sera examinée jeudi.

NAÏMA MOUTCHOU
Absolument.

ORIANE MANCINI
Parce qu'aujourd'hui, la manière d'enseigner l'esclavage, ce n'est pas la bonne, elle n'est pas suffisante ?

NAÏMA MOUTCHOU
Mais vous voyez bien qu'à travers la proposition de loi, les propositions de loi qui ont été déposées, ce n'est pas la question de la réparation financière qui a été posée, c'est la question de la réparation, tout court, et de la réparation comme une forme de reconnaissance, d'abord.

ORIANE MANCINI
En parlant de reconnaissance, il y a un vote qui a fait beaucoup parler, c'est le vote de la France à l'ONU, on était fin mars. La France qui s'est abstenue sur la reconnaissance de l'esclavage comme plus grave crime contre l'humanité. Est-ce que ce vote était une erreur ?

NAÏMA MOUTCHOU
Ce vote n'était pas une erreur, même si c'est une question qui reste sensible. Alors, il faut prendre un peu de temps de la pédagogie pour l'expliquer. Moi, je fais toujours très attention au déni d'un côté, ou aux réponses très simplistes ou populistes de l'autre. Le crime contre l'humanité est d'abord le pire crime qui soit dans notre ordonnancement juridique. Et donc, si vous voulez créer une espèce de concurrence du côté victimaire, ça, c'est très, très, dangereux. Le crime contre l'humanité est déjà le pire crime qui existe en soi.

ORIANE MANCINI
C'est ce qui justifie ce vote ?

NAÏMA MOUTCHOU
C'est ce qui justifie ce vote.

ORIANE MANCINI
Pour la première fois, le pape, hier, dans son encyclique, a demandé sincèrement pardon pour le retard avec lequel l'Église a condamné le fléau de l'esclavage et pour son rôle dans sa légitimation. Comment vous avez réagi en lisant ces mots ?

NAÏMA MOUTCHOU
Je crois que le pape est dans son rôle. Donc, c'est important. Ce sont des mots importants qui parlent à une communauté très large. Et je trouve intéressant, cette démarche du pape, qui doit bientôt, par ailleurs, venir en France et qui s'inscrit, vous le voyez bien, dans la même démarche politique et juridique que nous sommes en train de mener.

ORIANE MANCINI
On va parler de la Nouvelle-Calédonie. Le Parlement qui a donc définitivement adopté l'élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie. C'est une ouverture à minima, puisque le Gouvernement voulait notamment intégrer les conjoints unis depuis au moins 5 ans à un électeur. Mais certains Députés, et notamment de votre camp, les Députés horizon s'y sont opposés. Vous regrettez ce refus ?

NAÏMA MOUTCHOU
Non, pas du tout. D'abord, la liberté totale chez chacun des Députés. On voit bien que c'est une question qui a interpellé. Puisque vous avez vu, les votes n'ont pas été tout à fait homogènes. Certains ont voté contre, mais d'autres se sont interrogés et ont voté en faveur de cette ouverture aux conjoints. Ce qui est intéressant, c'est de voir que la question des natifs, finalement, ne faisait plus débat. Jusqu'à il y a encore quelques mois, ça n'était pas le cas. C'était un sujet polémique, alors que la question qui se posait était naturelle. C'est une vraie question de démocratie, de justice. Vous avez des Calédoniens nés sur le territoire, qui ne connaissent que la Calédonie comme foyer, qui y ont travaillé, qui ont leurs racines, qui ont fondé leur famille, parfois, qui n'avaient pas le droit de vote aux élections provinciales, alors qu'ils ont pu voter, d'ailleurs, aux élections référendaires.

ORIANE MANCINI
Quand vous dites "ça ne fait plus débat", ça fait bien encore débat chez les indépendantistes en Nouvelle-Calédonie.

NAÏMA MOUTCHOU
Ce qui fait question chez les indépendantistes, c'est encore autre chose : c'est que la question des natifs devrait s'inscrire, à leurs yeux, dans un accord global. Non pas que la question des natifs est exclue, mais donc, elle doit s'inscrire dans un accord plus large. Ce n'est pas tout à fait la même chose que de dire qu'ils ne sont pas d'accord avec l'ouverture aux natifs. Plutôt la manière de le faire qui pose question côté indépendantiste. Mais fondamentalement, tout le monde est d'accord pour dire qu'il y a un sujet sur les natifs. Ce qui a permis d'emporter ce vote très, très, large à l'Assemblée nationale. La question des conjoints a été posée par le Premier ministre. Il a eu raison de le faire, parce qu'elle procède exactement du même sentiment : le sentiment de justice, le sentiment de démocratie. On voit bien là qu'il y a un sujet.

ORIANE MANCINI
Prochaine étape : les élections provinciales. Ce sera le 28 juin prochain. Est-ce qu'une vraie réforme institutionnelle pourra avoir le jour en Nouvelle-Calédonie avant la fin du quinquennat ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, il faut y tendre, toujours. Nous avons pris rendez-vous avec les forces politiques calédoniennes après le 28 juin. Nous allons tenir les élections provinciales.

ORIANE MANCINI
C'est-à-dire que c'est vous qui irez là-bas ou c'est elles qui vont venir ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, ça n'est pas encore tranché. Mais ce qui est sûr, c'est que nous nous verrons. Que ce soit ici ou que ce soit là-bas, nous allons…

ORIANE MANCINI
Est-ce que le Premier ministre ou le Président de la République pourraient se rendre en Nouvelle-Calédonie ?

NAÏMA MOUTCHOU
C'est peut-être possible. Aucune option n'est fermée. Tous les scénarios sont aujourd'hui sur la table. Nous avons donné rendez-vous aux Calédoniens après le 28 juin pour continuer à construire les conditions d'un accord politique global pour le territoire, pour le stabiliser. C'est vraiment l'intérêt des Calédoniens et de la Nouvelle-Calédonie.

ORIANE MANCINI
L'OMS, inquiète de la propagation du virus Ebola, notamment en République démocratique du Congo. Un territoire français sous surveillance, c'est Mayotte, qui accueille des migrants de l'Afrique des Grands Lacs. Vous estimez très faible le risque d'importation. Est-ce que vous minimisez le risque, comme le dit la Députée de Mayotte ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, vous l'avez dit : les autorités sanitaires ont indiqué que le risque était très, très, faible à Mayotte. Je le redis aussi pour éviter les paniques inutiles. Très faible, ça ne veut pas dire inexistant. Et on sait que quand une crise démarre à Mayotte, on n'est pas sur n'importe quel territoire. C'est un territoire fragile, Mayotte. On sait qu'il subit une pression démographique, qu'il y a une pression migratoire avec des infrastructures fragiles, des services publics qui sont en tension. Donc, on regarde la situation de très près. Et on la surveille en permanence. Ça, c'est le premier point. Et donc, on travaille avec les services de l'État, avec l'ARS, avec le centre hospitalier pour que tout soit prêt. Mais on renforce aussi les flux migratoires. On est aussi dans l'anticipation. Donc, on surveille Mayotte de très près, précisément, parce qu'on sait qu'on ne peut pas surveiller Mayotte comme on surveillerait le Val-d'Oise, qui est mon département, ou la Creuse, compte tenu de ces indicatifs.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous estimez que la situation est sous contrôle à Mayotte, notamment sur les flux migratoires que vous évoquiez, qui est l'un des sujets localement ?

NAÏMA MOUTCHOU
C'est un des gros sujets. Là-dessus, je ne voudrais pas qu'on se mette de hier. 90 % des reconduites d'étrangers illégaux en Outre-mer, c'est Mayotte. La moitié des reconduites, chiffre national, c'est Mayotte. Donc, effectivement, il y a un sujet. Nous agissons avec le ministère de l'Intérieur, à travers des dispositifs très ciblés. On fait des opérations comme Kindia, par exemple, qui permettent d'aller débusquer, notamment des étrangers illégaux pour les reconduire, qui permettent de lutter contre l'habitat informel, ou contre la délinquance. Vous avez tous les jours, sur le territoire, entre 280 et 300 forces de sécurité pour mener des opérations, là aussi, très concrètes.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Est-ce que c'est suffisant ?

NAÏMA MOUTCHOU
Je pense qu'il faut changer d'échelle et qu'il faut encore amplifier ce mouvement. Je pense que c'est indispensable pour le territoire.

ORIANE MANCINI
De quelle manière ? C'est-à-dire qu'il faut passer à quelle échelle ?

NAÏMA MOUTCHOU
Si on veut des résultats, et notamment sur la reconstruction, puisqu'on est en pleine reconstruction sur ce territoire, je pense qu'il va aller beaucoup plus fort. J'ai fait un certain nombre de propositions au ministère de l'Intérieur. Nous y travaillons. Je ferai des annonces en temps utile.

ORIANE MANCINI
C'est-à-dire ?

NAÏMA MOUTCHOU
En temps utile.

ORIANE MANCINI
Mais c'est quand ? C'est avant l'été ? C'est après l'été ?

NAÏMA MOUTCHOU
En temps utile.

ORIANE MANCINI
Juste, pardon, parce que je reviens à Ébola, puisque la Députée de Mayotte, Estelle YOUSSOUFFA, elle demande la fermeture de la frontière, pour qu'Ébola ne rentre pas sur le territoire, des tests de dépistage à l'arrivée sur le territoire. Est-ce que vous allez mettre en œuvre ces mesures ?

NAÏMA MOUTCHOU
Moi, je comprends les préoccupations qui ont été exprimées par la Députée, qui est très attachée à son territoire, nous le savons. Et elle est lanceuse d'alerte, j'ai envie de dire, pour Mayotte. Et elle a raison de le faire. Je veux aussi lui dire que nous regardons la situation de près, mais quotidiennement, avec le Premier ministre, avec les services du ministre de la Santé, tous les jours, que nous ne prendrons aucun risque pour les Mahoraises et pour les Mahorais.

ORIANE MANCINI
Donc, ça veut dire qu'à l'heure actuelle, vous ne les mettez pas en œuvre, mais vous pourriez les mettre en œuvre si la situation s'aggrave ?

NAÏMA MOUTCHOU
Mais tout existe aujourd'hui. On parle d'abord d'un sujet sanitaire. Donc, il y a des protocoles qui sont mis en place : d'isolement, de circuit de patients, vous avez le centre hospitalier qui est prêt, les praticiens qui sont alertés. Je parlais tout à l'heure de flux migratoires, là aussi, contrôlés et renforcés encore aujourd'hui. S'il y a besoin de réponses supplémentaires, nous les donnerons.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur Mayotte, Fabrice ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, vous le disiez : la situation reste extrêmement difficile. Il y a un an et demi, Chido, hein. On est en pleine reconstruction. Est-ce qu'aujourd'hui, les choses avancent suffisamment vite ? Et puis une question : est-ce que tout l'argent qui a été promis à Mayotte arrive réellement à Mayotte ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, nous avons fait un choix cette année, qui est un choix exceptionnel. Les financements, c'est-à-dire près de 800 millions d'euros dévolus à Mayotte pour la reconstruction cette année ont été sanctuarisés pour Mayotte. Nous avons créé un programme spécial entre les mains du préfet. L'argent de Mayotte qui va à Mayotte pour Mayotte et les Mahorais. Que ce soit très clair. Donc, tout ça permet que la situation soit à peu près stabilisée pour financer des projets concrets.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et est-ce que matériellement les choses avancent suffisamment vite ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, il y a un comité qui a été mis en place, qui est notamment constitué des parlementaires, justement pour suivre la situation de près. Nous échangeons très régulièrement pour voir où sont les freins éventuellement, pour voir ce qui avance bien et pour le pousser encore davantage, et pour débloquer la situation dans d'autres. C'est un travail difficile. Reconstruire, c'est du temps long, hein. Ça ne prend pas trois mois ou six mois. Reconstruire des écoles, reconstruire des infrastructures toutes entières, mettre à niveau l'approvisionnement en eau, tout ça prend du temps. Mais nous le devons. C'est-à-dire c'est une promesse que nous avons faite aux Mahorais. Moi, je suis très engagée sur ce sujet. Je tiens des réunions de manière très régulière. Je me déplacerai encore sur le territoire pour faire en sorte que les choses s'accélèrent.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Un manque d'eau peut-être ? Un manque d'eau à Mayotte, en eau potable ?

NAÏMA MOUTCHOU
Oui, depuis très longtemps. C'est un sujet structurel même.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, mais là, en ce moment, il y a un projet particulier, je crois.

NAÏMA MOUTCHOU
Nous poussons effectivement depuis plusieurs mois la construction d'une usine de dessalement à Ironi Bé, qui est un des grands projets du territoire, dont je souhaite qu'il aille plus vite, d'ailleurs, pour permettre effectivement l'accès à l'eau potable. Et en même temps on travaille sur les canalisations, l'approvisionnement, les fuites, parce qu'on perd beaucoup d'eau dans ces territoires. C'est un sujet vraiment de préoccupation pour moi.

ORIANE MANCINI
La préoccupation des Français métropolitains ultramarins, c'est le pouvoir d'achat. Le Gouvernement, jeudi, a annoncé une nouvelle salve de mesures pour aider les Français face à la hausse des prix du carburant. Est-ce qu'il y a des aides spécifiques pour les Outre-mer ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, il y a les aides générales, d'abord, annoncées par le Premier ministre, qui ont vocation à s'appliquer dans les Outre-mer. Tout ce qui a été annoncé, les 300 millions d'euros, suivi des 700 millions d'euros pour les gros rouleurs, les transporteurs, pour le secteur du BTP notamment, pour ceux qui travaillent et qui ont des revenus modestes, tout ça s'applique bien sûr à nos compatriotes ultramarins. Nous y avons ajouté un dispositif spécifique sur le transport fluvial pour la Guyane, notamment parce que, vous savez, les déplacements dans les outre-mer, c'est beaucoup la voiture, mais c'est aussi le transport fluvial, la pirogue, qui est un moyen de déplacement du quotidien pour les Guyanais. C'est le transport scolaire, c'est le déplacement professionnel, c'est le fret, c'est le déplacement médical. Quand vous êtes sur le Maroni ou l'Oyapock, vous n'avez pas le choix. Donc, il y aura un dispositif supplémentaire, 20 centimes par litre, pour aider les Guyanais, pour essayer effectivement de compenser cette hausse du prix du carburant, en plus des autres dispositifs de lutte contre la vie chère. Vous avez des territoires, en général, qui sont très impactés, parce qu'ils dépendent énergétiquement, on dépend beaucoup, aux importations. Et donc, en parallèle, nous continuons de travailler sur la vie chère, avec un projet de loi en préparation, sur comment on améliore le développement des énergies, la géothermie, le solaire, l'économie bleue. Tout ça en même temps.

ORIANE MANCINI
Et le pouvoir d'achat qui sera, n'en pas douter, au cœur de la présidentielle. Vous soutenez Édouard PHILIPPE, Naïma MOUTCHOU. Selon notre baromètre Odoxa publié ce matin, Édouard PHILIPPE, il perd quatre points d'intention de vote. Il est désormais talonné par Jean-Luc MÉLENCHON. Édouard PHILIPPE est à 17, Jean-Luc MÉLENCHON à 16. Comment vous réagissez à cette chute ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, nous regardons les sondages, mais nous n'en faisons jamais un fixe atteint, qu'il soit très haut ou moyennement haut.

ORIANE MANCINI
Moins 4, la dynamique, dit quelque chose. Sans parler du score, mais la dynamique, elle dit quelque chose.

NAÏMA MOUTCHOU
Ce qui nous intéresse, c'est le projet. Ce qui nous intéresse, c'est de continuer à construire et d'aller de l'avant. Et donc, vous voyez bien que la campagne s'accélère. Nous allons organiser 1 000 réunions d'appartements le 25 juin prochain. Le 5 juillet, nous allons tenir un grand meeting, un grand rendez-vous avec les Français, autour d'Édouard PHILIPPE. Et puis nous allons évidemment décliner le programme. Mais nous continuons la construction de ce projet. Nous continuons à nous déplacer au contact des Français. Les sondages sont assez secondaires pour nous.

ORIANE MANCINI
Ce sondage, il a été fait mercredi et jeudi, après l'annonce du parquet national financier d'une ouverture d'une enquête contre Edouard PHILIPPE. Est-ce que ça joue dans sa campagne ?

NAÏMA MOUTCHOU
Je veux dire, Édouard PHILIPPE est très serein sur le sujet, il l'a dit. D'abord, il réfute la totalité des accusations dans cette affaire. Il a dit lui-même qu'il voulait très rapidement pouvoir s'expliquer devant la justice. Et donc, il avance. Il continue à se déplacer. Il est à Kiev aujourd'hui. Il se déplace aussi dans les Outre-mer, je me permets de le dire, parce qu'il y a peu de candidats qui ont une vision pour les territoires ultramarins. Il en a une, et il la développera dans les semaines qui arrivent. Donc, voilà. Nous sommes en action. Ce qui nous intéresse, c'est de nous adresser aux Français, c'est de faire les constats qui s'imposent et de proposer des solutions.

ORIANE MANCINI
Sauf qu'on a un peu compris qu'entre Gabriel ATTAL, qui s'est déclaré, Édouard PHILIPPE, le départage, il allait quand même beaucoup se faire sur la question des sondages. Si Édouard PHILIPPE chute dans les sondages, ça aura quand même des conséquences. Est-ce qu'il peut être le candidat du Bloc central ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, non, mais je vais vous dire : Édouard PHILIPPE ne se définit pas contre Gabriel ATTAL ou contre Bruno RETAILLEAU.

ORIANE MANCINI
Mais comment vous allez le choisir, votre candidat ?

NAÏMA MOUTCHOU
Ce qui nous importe, c'est d'abord de dire qui est Édouard PHILIPPE. Je veux dire, étape après étape. Quelle est sa méthode ? Quel est son projet ? Et il a un style particulier. D'ailleurs, les Français le lui reconnaissent. Ils reconnaissent en lui une forme de cohérence, de stabilité, de lucidité. Ça, c'est important. Et c'est ce qui nous encourage à poursuivre.

ORIANE MANCINI
D'accord, mais Edouard PHILIPPE est lancé, Gabriel ATTAL est lancé, Bruno RETAILLEAU est lancé. Comment vous allez choisir qui sera le candidat du Bloc central ?

NAÏMA MOUTCHOU
Alors, on n'est pas dans une situation anormale ou déraisonnable. Qu'il y ait plusieurs candidats à la présidentielle, ça s'est déjà vu. Chacun se projette sur 2027 avec sa propre stratégie politique dont acte.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que là, vous dites : il n'en faut qu'un ? De toute façon, il n'en faut qu'un.

NAÏMA MOUTCHOU
Non. Vous voyez bien ce que disent les uns et les autres. Ils disent la même chose à la fin. C'est qu'il y aura, dans la perspective d'un rassemblement de la droite et du centre, un seul candidat à la fin. Et ce sera Édouard PHILIPPE.

ORIANE MANCINI
Pourquoi ce sera Edouard Philippe ? Qu'est-ce qui va décider que ce sera Édouard PHILIPPE ?

NAÏMA MOUTCHOU
Parce qu'il est, non pas le mieux placé dans la course, parce qu'encore une fois, les sondages ne sont qu'un indicateur, une photo à un instant T.

ORIANE MANCINI
Mais c'est quoi l'autre indicateur si vous refusez la primaire ? C'est ça qu'on a du mal à comprendre. Qu'est-ce qu'il y a ? Ils vont tous se mettre autour de la table ? Et comment ils vont décider ?

NAÏMA MOUTCHOU
Vous voyez bien, Édouard PHILIPPE, il sillonne le territoire depuis des années. Il a un ancrage territorial. Ce que les Havrais lui ont encore reconnu il y a quelques mois en redonnant leur confiance, puisqu'il a été réélu maire. Il a un parti, il a une épreuve autour de lui, et il a une vraie réflexion.

ORIANE MANCINI
Les autres aussi, ils ont un parti.

NAÏMA MOUTCHOU
Ça fait quelques atouts. Ça fait quelques atouts tout de même par rapport à d'autres candidats. Et ce qui compte à la fin, c'est le lien de confiance qu'il aura réussi à créer auprès des Français. Voilà ce qui nous intéresse.

ORIANE MANCINI
Dernier mot pour Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous l'avez dit : il a fait revalider sa légitimité par les municipales. On a le sentiment qu'il est candidat depuis qu'il a quitté Matignon. Est-ce qu'il n'est pas parti trop tôt ? Est-ce que cette marche n'est pas trop longue ?

NAÏMA MOUTCHOU
J'entends les deux. J'entends ceux qui disent qu'il serait parti trop tôt, ceux qui disent qu'il n'accélère pas assez, qu'il faudrait qu'il aille beaucoup plus vite encore. Puis j'entends aussi parfois le son inverse. Il est à son rythme. C'est son agenda. C'est lui qui est candidat aujourd'hui à l'élection présidentielle. Je crois qu'il a raison de ne pas être dans le commentaire permanent. Ce n'est pas ce que demandent les Français. Les Français, ils se projettent d'abord sur leur quotidien. Ils ne se projettent pas sur la présidentielle, qui aura lieu dans un an. Il y a la question du carburant, il y a la question de la vie chère, il y a la question de la sécurité. Eh bien, nous avançons aussi pas à pas, en cohérence avec les Français. Et c'est ce qui nous importe.


Source : Service d'information du gouvernement, le 27 mai 2026