Interview de M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, à France Info le 28 mai 2026, sur la reprise du conflit au Moyen-Orient, la vague de chaleur, les salaires, l'accord syndical sur les ruptures conventionnelles et son souhait de soumettre des propositions autour du travail, des retraites et de l'intelligence artificielle aux candidats à l'élection présidentielle.

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Média : France Info

Texte intégral

ANTOINE COMTE
Merci d'être avec nous ce matin sur France Info TV. Avant qu'on parle de la canicule, les hostilités qui reprennent ce matin au Moyen-Orient, malgré le cessez-le-feu, avec des frappes américaines et des répliques iraniennes. Est-ce que cette possible reprise de la guerre vous inquiète ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
On est forcément préoccupés quand on voit la reprise des conflits, après on savait que ce conflit allait durer, le Premier ministre l'a clairement exprimé la semaine dernière. Donc on s'est organisé pour gérer au mieux les conséquences de cette crise qui arrive dans notre pays au plan économique bien évidemment. Vous savez qu'on a pris des mesures jusqu'à la fin août et pendant l'été, on verra où on en est. On prendra s'il le faut des mesures pour aller jusqu'à la fin de l'année.

ANTOINE COMTE
Les prix à la pompe pourraient flamber à nouveau avec une éventuelle reprise de la guerre et des hostilités. Ça aussi sur le pouvoir d'achat, ça vous inquiète là pour les Français durant l'été, les Français qui vont partir en vacances ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
On a pris des mesures pour ça effectivement, on sait qu'on continue à favoriser le travail et les travailleurs dans les secteurs les plus touchés par la crise. Avec des mesures qui permettent de baisser le coût du carburant pour ces entreprises, aider les entreprises, c'est aider les salariés en matière d'emploi. Et des mesures pour les gros rouleurs, des mesures pour les aides à domicile. Donc un ensemble de mesures qui permettent aux Français, à la fois qui travaillent et les plus défavorisés, d'avoir des aides pour faire en sorte que ce coût du carburant soit un peu amorti pour leur budget familial.

ANTOINE COMTE
Jusqu'à la fin du mois d'août. La canicule, une crise chasse l'autre. La canicule et cette réunion justement de crise cet après-midi autour du Premier ministre Sébastien LECORNU à Matignon. Vous serez présent vous en tant que ministre du Travail. Les Français qui suffoquent depuis plusieurs jours, depuis le début de la semaine, qu'est-ce qu'ils peuvent attendre de cette réunion ? Quelles sont les annonces qui vont être faites ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je crois que le Premier ministre souhaite effectivement qu'on soit endurant et organisé. Parce qu'on est surpris par ces températures fin mai, on a connu des températures élevées dans notre pays depuis plusieurs années. Mais l'été arrive donc il faut s'organiser dans la durée. Moi, en ce qui concerne le travail, bien sûr, on a une pensée pour les travailleuses, les travailleurs qui sont confrontés à des chaleurs importantes. Les entreprises s'organisent. On a tout un système de plans. Il y a un décret qui est paru l'année dernière. À partir des alertes météo, jaune, orange, rouge, les entreprises savent ce qu'elles doivent faire pour protéger les salariés de ce risque professionnel qui consiste à travailler quand il fait très chaud.

ANTOINE COMTE
Vous allez faire des propositions notamment aux travailleurs qu'on appelle de l'extrême, les travailleurs de l'extérieur, le BTP, le bâtiment, les agriculteurs. Est-ce que vous allez organiser peut-être des déplacements, vous rendre à leur chevet ou carrément faire des propositions à l'issue de cette réunion de crise de cet après-midi ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bien sûr, je vais regarder avec attention ce qui se passe en matière de santé au travail pour les travailleuses, les travailleurs exposés aux grandes chaleurs. Le BTP, vous en parlez, a des systèmes très performants puisque les entreprises du BTP n'hésitent pas à arrêter les chantiers quand il fait très chaud. C'est la meilleure décision à prendre, c'est la prévention. Ils ont un système de caisse. Ils mutualisent ce risque-là puisque les salariés sont payés même s'ils ne travaillent pas.

ANTOINE COMTE
Vous appelez à un arrêt des chantiers quand il fait trop chaud ? Est-ce que le ministre du Travail dit ça aujourd'hui ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Le ministre du Travail dit que les entreprises prennent leurs responsabilités, savent prendre leurs responsabilités. Je vous parlais du BTP où les entreprises, c'est l'endroit où ils sont les plus exposés, le BTP. Quand on travaille à l'extérieur, bien évidemment, les entreprises du BTP n'hésitent pas à arrêter les chantiers. Ils ont un système de caisse mutualisée. D'ailleurs, ce sont les entreprises qui paient par leurs cotisations. Ça ne coûte rien aux contribuables. On voit bien le sens des responsabilités des entreprises. C'est un risque professionnel important. Il est géré dans la politique de prévention des risques.

ANTOINE COMTE
Le Gouvernement est sous le feu des critiques des oppositions, notamment de la gauche, qui parlent d'impréparation du Gouvernement par rapport à ces épisodes de canicule, et notamment cet épisode précoce de fortes chaleurs. Les termes de la réunion de tout à l'heure à Matignon, c'est en effet l'anticipation, vous l'avez dit, des épisodes à venir durant l'été. Sauf que là, les Français souffrent actuellement. C'est ça que la gauche vous reproche ? Est-ce qu'il n'y a pas une impréparation ou un retard à l'allumage dans la gestion de cette crise et de cette canicule ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, pas du tout. Je vous dis, on connaît les grandes chaleurs. Ce n'est pas la première fois qu'on a chaud dans le pays. Alors, c'est la première fois qu'il fait aussi chaud au mois de mai. Mais les deux, trois, quatre années précédentes, moi j'étais président de la SNCF, je peux vous dire qu'on a anticipé les canicules bien évidemment. Donc les dispositifs anti-canicule, ils existent. Il y a un dispositif qui a été renforcé l'année dernière par des décrets qui ont été pris en 2025, qui renforcent les obligations faites aux entreprises. Je le redis une nouvelle fois, bien sûr, les entreprises savent ce qu'il faut faire quand il fait chaud. Elles l'ont déployé, bien sûr, puisqu'il y a des alertes météo. Dès qu'elles sont prévenues que les températures montent, les entreprises mettent en place des plans anti-canicule.

ANTOINE COMTE
Alors, Jean-Pierre FARANDOU, à votre place hier sur ce plateau, Marine TONDELIER, la patronne des écologistes, était ici. Elle, elle fait une proposition, la mise en place d'un congé climatique en cas de fortes chaleurs de cinq jours par an. Le ministre du Travail que vous êtes, il y est favorable ou pas ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, je suis favorable à la prévention, je le redis. Il ne s'agit pas de réparer des atteintes possibles à la santé, il faut les éviter. Et je reprends l'exemple du BTP, c'est la bonne décision. Je rappelle que les salariés du BTP, quand il fait chaud, les entreprises décident l'arrêt des chantiers, ils sont payés. Donc, ça, c'est la meilleure chose à faire à travers une caisse mutualisée dans le BTP. C'est ça la bonne décision. C'est bien sûr de ne pas exposer les salariés quand il fait trop chaud et les compenser, bien évidemment, intégralement en matière de salaire.

ANTOINE COMTE
Donc, pas de congé climatique, notamment parce que c'est un coût. C'est ça que vous dites aussi ? En Espagne, par exemple, ils l'ont mis en place.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, je dis que la bonne mesure, c'est la prévention. Donc, il vaut mieux ne pas exposer les salariés et les compenser financièrement. C'est, à mon avis, une bien meilleure décision, y compris pour la santé des salariés.

ANTOINE COMTE
Alors, je voudrais qu'on parle des salaires, des salaires des Français. Est-ce qu'on va, Monsieur le Ministre, vers une smicardisation des salaires ? Je vous pose cette question parce que le SMIC est revalorisé, plus de 41 % au 1er juin prochain, mais pas les salaires. Du coup, les syndicats sont vent debout et demandent de nouvelles négociations, branche par branche. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je les ai vus hier. J'ai vu les organisations syndicales et les organisations professionnelles. Donc, je connais bien le sujet. J'ai voulu échanger avec eux et faire du dialogue social. Ce qui va être fait, c'est que dans les branches, effectivement, des négociations vont intervenir pour relever les salaires minimaux qui sont parfois en dessous du SMIC, puisque le SMIC vient d'être relevé. Donc, c'est la loi qui le prévoit. Il y a 45 jours pour ouvrir des négociations. J'ai confiance dans le dialogue social. Je suis convaincu que les syndicats et les organisations professionnelles vont arriver, bien sûr, à relever les salaires minimaux pour qu'ils atteignent le SMIC et pourquoi pas le dépasser.

ANTOINE COMTE
Un mot sur les ruptures conventionnelles. Votre projet de loi, le projet de loi du Gouvernement, arrive en vote solennel mardi. Pour expliquer un petit peu le contexte, les partenaires sociaux ont trouvé un accord pour que les entreprises économisent jusqu'à 600 millions d'euros et un milliard d'euros à peu près en vitesse de croisière grâce aux ruptures conventionnelles. Ce n'est pas passé en première lecture, ce texte, à l'Assemblée nationale. Pourquoi là, ça aurait eu plus de chances de passer mardi ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est passé en deuxième lecture.

ANTOINE COMTE
C'est passé en deuxième lecture, mais le vote solennel, on n'en n'est pas sûr.

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est quand même bien parti. Quand c'est passé au Sénat, les orientations sont passées à l'Assemblée nationale. Tous les amendements qui auraient consisté à modifier l'accord social passé par les syndicats et les organisations patronales ont été écartés. Et vous voyez bien, quand la démocratie parlementaire rejoint la démocratie sociale, c'est comme ça qu'on arrive à passer des réformes structurelles dans ce pays. C'est un bon exemple et c'est la méthode, à mon avis, qui convient de suivre pour la suite des événements.

ANTOINE COMTE
Donc, Jean-Pierre FARANDOU, vous avez bon espoir que le texte passe mardi. Je voudrais qu'on parle aussi de ce que vous appelez le new deal du travail. En fait, vous planchez en tant que ministre du Travail actuellement à des propositions sur la thématique du travail, des retraites ou encore de l'intelligence artificielle. Et vos propositions, vous souhaitez les soumettre aux candidats à l'élection présidentielle de 2027. Ça consiste en quoi ? En gros, vous voulez jouer un rôle dans cette campagne.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, je pense que le travail est essentiel. Vous savez, le travail, c'est un peu la charpente de la société. C'est grâce au travail qu'on crée de la richesse. On parle beaucoup des salaires, mais il faut déjà créer la richesse avant de la répartir. Le travail, c'est aussi une formidable aventure personnelle de l'émancipation. Mais pour autant, la société change. Il y a beaucoup de salariés qui ont des problèmes de garde d'enfants dans les familles qui sont recomposées ou monoparentales, des salariés qui sont aidants comme en même temps actifs. Côté technologique, bien sûr, il y a l'arrivée de l'IA et des nouvelles technologies. Le management doit être complètement revu parce que les gens, maintenant, ce n'est plus de la subordination qu'ils veulent. Comme c'est marqué dans le Code du travail, ils veulent une relation managériale plus en équipe...

ANTOINE COMTE
Toutes ces propositions-là…

JEAN-PIERRE FARANDOU
… Je vais y travailler, je vais faire des propositions et je les proposerai à tous les candidats que ça intéresse. Je suis prêt à débattre avec eux. Je pense que le travail est central et j'espère qu'il occupera une place essentielle dans le débat politique qui s'amorce pour l'année prochaine.

ANTOINE COMTE
La question est, quels candidats ? D'où à où sur l'échiquier politique, du PS aux LR ? Vous allez tous les rencontrer et soutenir lequel au final ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, pour le moment, je rencontrerai ceux qui veulent. Pour le moment, je suis tout à ma tâche. Je ne suis pas vraiment dans la campagne présidentielle. Je suis ministre du Travail. On a parlé de la canicule, on a parlé des salaires, on a parlé de l'emploi des jeunes, de l'emploi des seniors, des retraites. Il y a beaucoup de choses à faire.

ANTOINE COMTE
Vous ne mouillez pas beaucoup là ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais je suis ministre du Travail et des Solidarités. Il y a beaucoup de sujets sur la table. Moi, je ne fais pas campagne. Je vais réfléchir et travailler sur la thématique du travail. Je pense qu'elle est essentielle pour la France et les Français et la proposer aux candidats qui souhaiteront discuter avec moi de ce sujet.

ANTOINE COMTE
Samedi après-midi, vous faites quoi ? Vous allez au meeting de Gabriel ATTAL à Paris-Porte de Versailles ou vous regardez la finale du PSG ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Samedi après-midi, si tout va bien, je suis avec ma famille. J'ai mes petits-enfants. Je suis grand-père. J'ai grand plaisir d'aller voir mes petits-enfants de temps en temps. Je ferai du familial avec grand plaisir pour me ressourcer.

ANTOINE COMTE
Vous ne serez pas au meeting de Gabriel ATTAL ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je ne serai pas au meeting de Gabriel ATTAL. Je serai avec ma famille, mon fils et mes petites-filles.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2026