Texte intégral
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,
Certaines trajectoires de vie se dessinent dans le silence.
Avoir un enfant ou ne pas en avoir, fait partie de ces chemins profondément personnels. C'est intime et parfois douloureux, en particulier lorsque les enjeux de fertilité limitent ce choix.
Et puis vient la périnatalité ? : la grossesse et les premières semaines, où la vie change, où tout peut se jouer, pour le bébé comme pour les parents.
Derrière ces questions intimes, se jouent des décisions collectives : celles des politiques publiques, dont le rôle est d'ouvrir des possibles.
C'est donc un grand plaisir pour moi d'ouvrir cette matinée, avec vous tous, avec le sens du collectif qu'exige le fait de relever les défis de la périnatalité et de l'infertilité.
Je veux remercier les membres du comité de pilotage du plan infertilité que nous inaugurons, les acteurs de la santé périnatale et maternelle, et les parlementaires, dont la présence est essentielle au regard de la qualité de leurs travaux et des enjeux que cela soulève pour notre société au-delà des enjeux techniques de santé.
À la demande de plusieurs d'entre vous, j'ai fait le choix de réunir infertilité et périnatalité pour embrasser l'ensemble du parcours des parents et futurs parents : avant la grossesse, pendant la grossesse, et durant les premiers mois de l'enfant.
D'abord, l'infertilité.
Longtemps taboue, elle est enfin reconnue comme un enjeu de débat et d'action publique à part entière.
Et les chiffres parlent d'eux-mêmes :
3,3 millions de Français sont concernés, 1 couple sur 8 en âge de procréer rencontre des difficultés, et la concentration spermatique a diminué de 50 % depuis les années 70 dans les pays industrialisés, loin de l'idée qu'il ne s'agit que d'un enjeu féminin.
Les enjeux de l'infertilité ont été analysés dans tous leurs aspects par Salomé Berlioux et le professeur Samir Hamamah dans leur rapport de 2022.
Je tiens à les remercier pour leur présence aujourd'hui, en tant que co-présidents du COPIL infertilité, qui se réunira dans les prochaines heures pour acter le démarrage de 16 mesures et nous aider à préciser la suite des travaux.
D'ores et déjà, je souhaite vous annoncer que nous allons agir sur 4 axes essentiels.
Le premier axe, la première approche, c'est la prévention.
Nos concitoyens savent encore trop peu de choses sur les déterminants de leur fertilité et sur les moyens de la préserver.
Encore une fois, le rôle du politique n'est pas de dire s'il faut avoir des enfants ou même à quel âge.
Son rôle, c'est de réduire les facteurs de risque, d'informer et de développer une offre de santé adaptée pour l'aide à la reproduction qui prenne en compte les évolutions sociétales.
Ce qu'il faut éviter, c'est de continuer à entendre "si j'avais su".
C'est dans cet esprit que j'annonce la création effective d'un portail national de référence sur la santé reproductive et la fertilité accessible à tous, accompagné d'une information ciblée et équilibrée, adressée à l'ensemble des Français et Françaises à l'âge de 29 ans.
Cette information, dont j'ai bien conscience de la sensibilité comme de l'importance, j'ai voulu qu'elle parle à la fois de santé sexuelle et reproductive, de contraception et de fertilité, qu'elle soit au service des choix des individus.
Elle rappellera également que la fertilité masculine est aussi un enjeu et décline avec l'âge. Enfin, elle présentera les possibilités d'autoconservation des gamètes trop souvent inconnues ou mal-appréhendée par nos concitoyens, sans les mythifier en laissant entendre qu'il s'agit d'une "baguette magique" qui marche à tous les coups.
Une première version de ce message a été testé en cercle restreint, il sera débattu au sein du COPIL infertilité tout à l'heure, avant une diffusion prévue d'ici l'été.
Nous n'ignorons par ailleurs pas l'impact des facteurs environnementaux sur la fertilité. Je tiens à ce titre à engager et à amplifier sans attendre les actions concrètes pour lutter contre les perturbateurs endocriniens qui ont de nombreux effets néfastes sur la santé et l'environnement. Je souhaite notamment renforcer l'information sur les actions de prévention sur les expositions aux perturbateurs endocriniens via Mon bilan prévention et l'assurance-maladie.
La deuxième approche repose sur la détection.
Améliorer la détection passera notamment par l'amélioration des parcours de soins dédié à la fertilité, la généralisation des plateformes PREVENIR, la poursuite de la stratégie nationale contre l'endométriose et le renforcement de la prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques.
La troisième approche concerne l'accompagnement et l'information sur l'aide médicale à la procréation.
Il faut d'abord renforcer l'offre à cadre constant, avec une priorité claire donnée à l'auto-conservation ovocytaire, pour atteindre 70 centres en 2028.
Mais je suis lucide sur les délais et je sais que cela ne suffira pas à répondre à toutes les tensions, notamment dans certaines régions.
C'est pourquoi je proposerai au membres du comité de pilotage de réfléchir à une ouverture régulée à des établissements privés lucratifs, impossible sauf dans certains cas dérogatoires aujourd'hui, sans jamais remettre en cause la gratuité du don de gamètes.
Dans le même esprit, celui de faire fonctionner notre modèle Français de santé reproductive, je souhaite vous confirmer le lancement des travaux sur un système national d'information pour la gestion des dons de gamètes et d'embryons. Ce sera la première étape avant une concertation approfondie qui commencera cet été avec l'ensemble des acteurs, en particulier les professionnels des centres de dons, pour structurer notre système qui connait aujourd'hui d'importantes tensions d'approvisionnement.
Enfin, dernier levier : la recherche et le pilotage. Nous allons notamment intégrer la fertilité comme priorité thématique dans les appels à projets du programme d'équipement prioritaire de santé des femmes.
L'ensemble de ces mesures et d'autres seront discutées plus en détail lors du comité de pilotage infertilité qui se tiendra à l'issue de cette séquence.
J'ai souhaité que ce premier comité marque le lancement immédiat de mesures très concrètes et trop longtemps attendues. Mais qu'il ouvre aussi les réflexions de moyen terme que je viens d'esquisser.
Concernant la santé périnatale et maternelle, de premières mesures sont initiées – je pense au registre sur la mortalité infantile.
Mais je veux aujourd'hui lancer un vaste travail de consultation pour construire un plan d'action opérationnel.
Depuis plusieurs années, les indicateurs de santé périnatale et maternelle envoient des signaux préoccupants.
La France présente un taux de mortalité maternelle et infantile supérieur par rapport à la majorité de ses voisins européens
Le taux de mortalité maternelle stagne avec t 1/3 des décès de jeunes mamans qui ont lieu entre 42 jours et 1 an après l'accouchement
Et le taux de mortalité infantile (notamment néonatale) augmente légèrement depuis 2011, et nous sommes passés de la 3ème place en 1996 à la 23ème place en 2022 parmi les pays de l'Union Européenne
Ces chiffres ne sont pas abstraits.
Ils révèlent les fragilités réelles de notre offre de soins périnataux et leurs conséquences possibles en matière de morbi-mortalité maternelle et néonatale.
À cela s'ajoute une crise démographique sans précédent qui touche l'ensemble des professions exerçant en maternité.
La baisse continue de la natalité depuis 2010 accentue encore ces tensions.
Sur certains territoires, elle fragilise des maternités dont l'activité pourrait rapidement passer sous un seuil mettant en cause leur équilibre financier et la sécurité des patients.
Une rénovation profonde de l'organisation des soins périnataux est aujourd'hui indispensable. Non parce que rien n'a été fait – et je veux saluer l'action des acteurs présents aujourd'hui - mais parce que des réponses fragmentées ne suffisent plus.
Ces dernières années, nous avons renforcé la prévention, sécurisé les parcours et soutenu les maternités isolées.
Il faut aujourd'hui aller plus loin.
D'abord, pour mieux connaître, pour mieux comprendre et donc mieux agir, en repartant des travaux menés par les sociétés savantes, du rapport récent du Sénat et de celui à venir de l'IGAS.
Ensuite, pour garantir une prise en charge de qualité, sûre et équitable sur l'ensemble du territoire.
C'est le sens des travaux que j'ai souhaité ouvrir, en les confiant à trois experts reconnus, le professeur Loïc Sentilhes, le professeur Elsa Kermorvant et Madame Eliette Bruneau.
L'objectif, c'est un travail collectif, rigoureux, et sans tabou.
Il portera sur l'ensemble du parcours périnatal, de la grossesse aux suites de couches, en intégrant la prévention, la gestion des urgences, la coopération territoriale, la santé mentale du post-partum et les innovations organisationnelles.
Il accordera une importance particulière aux femmes en situation de précarité, et fera aussi le lien avec le COPIL infertilité
Les premières conclusions attendues en juin 2026 nourriront un plan d'action opérationnel, dont l'ambition est claire : faire de la santé périnatale et maternelle une priorité de santé publique, à la hauteur de ce que représente la naissance pour notre société.
Car chacune et chacun mérite aujourd'hui une approche adaptée et un accès égal à des soins de haute qualité et sécurisés, pour garantir un accompagnement efficace, respectueux des familles, et adapté aux enjeux démographiques du pays.
Mesdames et Messieurs,
Sans être plus longue, je veux remercier une dernière fois les membres du comité de pilotage, les acteurs de terrain et les parlementaires dont la présence et l'engagement vont enrichir la dynamique collective que nous initions ce matin.
Nous avons le devoir collectif de nous projeter vers une transformation ambitieuse de la santé périnatale et de la lutte contre l'infertilité.
Nous devons garantir à chaque femme, chaque homme, chaque couple, un parcours sécurisé, équitable et respectueux de leurs choix, partout sur le territoire.
Par la force de l'action collective, faisons de cette ambition une réalité.
Je vous remercie.
Source https://sante.gouv.fr, le 9 juin 2026