Texte intégral
ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Vincent JEANBRUN.
VINCENT JEANBRUN
Bonjour.
ALIX BOUILHAGUET
On commence avec la victoire du PSG samedi soir, qui remporte pour la deuxième fois la Ligue des champions. Le PSG qui gagne, c'est bon pour le moral, c'est bon pour la France ?
VINCENT JEANBRUN
Ça fait énormément de bien au moral et puis c'est une vraie fierté, je crois, au-delà des fans du PSG, pour tous les Français qui étaient fiers de cette victoire. Les deux étoiles, un back-to-back comme ça, c'est quand même assez extraordinaire. Donc oui, ça a été un vrai plaisir, même si on l'a vu, il y a eu des moments qui ont un peu gâché la fête.
ALIX BOUILHAGUET
Il y a justement eu cette victoire, mais aussi ces violences urbaines, des interpellations, des blessés, des images de chaos, malgré 22 000 policiers et gendarmes mobilisés dans tout le pays. Est-ce qu'il faut s'habituer à ces scènes ? Est-ce qu'il y a une forme de fatalisme ?
VINCENT JEANBRUN
Il ne faut certainement pas s'habituer à ces scènes. Et d'ailleurs, on voit que ce sont des violences qui sont très déconnectées du monde sportif. C'est vrai à la Fête de la musique, c'est vrai aux fêtes d'Halloween. Maintenant, on voit qu'il y a une partie de la société, heureusement encore une minorité, mais extrêmement violente et extrêmement présente, qui vient gâcher les moments de liesse parce qu'ils cherchent des moments de rassemblement pour avoir plein de spectateurs. Ils cherchent des moments où il y a les projecteurs braqués sur eux et surtout ils cherchent les affrontements avec les forces de l'ordre. Cette minorité ultra-violente - d'ailleurs le mot minorité est bien utilisé parce que souvent ce sont de très très jeunes, des mineurs - est un problème de société. Et moi, vraiment, je veux féliciter les policiers qui, avec beaucoup de sang-froid et au péril de leur vie et de leur intégrité physique, vous l'avez dit, il y a eu des blessés, ont réussi à contenir ces émeutes. Qu'est-ce que ça aurait été s'il n'y avait pas eu cette mobilisation policière ? Il faut aller beaucoup plus loin…
ALIX BOUILHAGUET
Est-ce qu'il y a une spécificité parisienne ? Parce qu'on a vu ce qui s'est passé à Paris. En revanche, rien à Lens après la victoire du RC LENS en Coupe de France. Rien à Bordeaux après la victoire des GIRONDINS en rugby, cette fois-ci pour le titre européen. Est-ce que c'est spécifique à l'Île-de-France ?
VINCENT JEANBRUN
Je vais faire très attention à ne pas stigmatiser les habitants de nos quartiers parce que vous avez cinq à six millions de Français qui cherchent à vivre honnêtement dans ces quartiers populaires. Mais on le sait aussi, bien souvent ce sont dans ces quartiers que sont installés notamment les narcotrafiquants qui gangrènent nos quartiers et qui installent une culture du gang, une culture de l'hyperviolence. Et c'est évidemment un terreau plus favorable pour qu'il y ait une partie de cette jeunesse de France qui s'habitue à cette violence, qui s'habitue à être les ennemis des forces de l'ordre et qui vont avec enthousiasme affronter les forces de l'ordre et casser dans Paris. Donc bien sûr qu'on a un sujet dans nos quartiers populaires et moi, je l'ai souvent dit, il faut qu'on aille replanter… Alors, moi, je ne crois pas, je suis investi… Ce n'est pas de l'impuissance publique…
ALIX BOUILHAGUET
Il y a quand même une forme d'impuissance publique. Regardez, quand on entend Emmanuel MACRON dire qu'il sera intraitable, qu'il ne veut plus voir ça, que c'est fini, on en a ras le bol, terminé, ce sont ses mots. Mais on fait comment ? On a l'impression que ces paroles du président de la République, c'est quand même une forme de preuve d'impuissance publique.
VINCENT JEANBRUN
Dans notre système démocratique, toute modification intense, elle passe par la loi. Alors vous l'avez vu, l'Assemblée nationale est très divisée, il n'y a pas de majorité très claire aujourd'hui. Or, quand on a des lois efficaces, on a des résultats. Je pense à la loi narcotrafic qui a été portée par Gérald DARMANIN par exemple. Elle est récente, mais elle permet d'obtenir des résultats. Actuellement, Laurent NUNEZ, ministre de l'Intérieur, porte un projet de loi dit Riposte dans lequel par exemple on va être beaucoup plus réactifs et beaucoup plus durs par rapport aux mortiers d'artifice, parce qu'on l'a vu, beaucoup de nos policiers sont attaqués directement par des mortiers, comme à l'occasion des émeutes de 2023. Donc on arrive, en changeant les lois, à être plus efficaces.
ALIX BOUILHAGUET
Donc il faut une réponse pénale plus forte pour les casseurs ?
VINCENT JEANBRUN
Je suis absolument convaincu qu'il faut une réponse pénale beaucoup plus forte. Il faut de l'exemplarité. Il faut deux choses : l'immédiateté de la peine, la certitude de la peine, et donc c'est le meilleur moyen de faire de la pédagogie, et plus largement, lutter contre les narcotrafiquants et replanter le drapeau de la République dans les quartiers. Moi, j'assume le mot, il faut refaire du prosélytisme républicain dans nos quartiers, faire en sorte qu'un enfant qui grandit sur le territoire français, que ce soit dans la ruralité ou au coeur des quartiers populaires, se sente appartenir au destin national.
ALIX BOUILHAGUET
François-Xavier BELLAMY, l'eurodéputé, lui, il dit : " Il faut expulser les casseurs des logements sociaux s'ils en ont un ". Est-ce que vous êtes d'accord ?
VINCENT JEANBRUN
Écoutez, c'était ma proposition il y a deux ans, quand j'avais écrit un rapport, suite aux émeutes justement de 2023, sur l'avenir des quartiers populaires. Pour moi, toute personne qui bénéficie de la solidarité nationale doit être exemplaire dans son comportement. Parce qu'il y a trop de personnes qui attendent justement ces logements. Moi, j'ai été maire pendant dix ans, quand vous avez une maman qui élève seule son gamin et qui souvent dort dans sa voiture, on se dit qu'elle est quand même prioritaire par rapport à des casseurs ou des criminels. Et donc, effectivement, pas de solidarité nationale pour ceux qui cassent.
ALIX BOUILHAGUET
Donc pas d'allocations sociales, on retire les allocations sociales ?
VINCENT JEANBRUN
Là, on parlait des logements sociaux, je suis de ce point de vue-là. Sur les allocations familiales, il faut juste être prudent. Parfois, dans une famille, vous avez un enfant qui casse, qui pose des problèmes, mais d'autres enfants qui sont là et qui ont besoin de ces allocations familiales, il faut être juste par rapport à ça.
ALIX BOUILHAGUET
François-Xavier BELLAMY, il fait, lui, le lien entre ces incidents et l'immigration. Idem pour les extrêmes droites européennes, l'Allemande Alice WEIDEL, le Néerlandais Geert WILDERS prônent eux-mêmes la remigration. Est-ce que ces propos vous choquent ? Est-ce que pour vous, c'est de l'ingérence ?
VINCENT JEANBRUN
Pour moi, la question est très claire. C'est : est-ce que les personnes qui se comportent mal sont sanctionnées ? Vous avez ceux qui sont nés sur notre sol, qui sont français, et on a un problème de capacité à intégrer, de capacité à faire société commune, et comme je vous le disais tout à l'heure, on fait en sorte que nos jeunes se sentent français et ont envie d'être français et d'en respecter les règles et les lois. Puis vous avez aussi des personnes qui n'ont pas le droit d'être sur le territoire national, qui sont entrées illégalement, et cela, évidemment, ça paraît normal de pouvoir leur demander de repartir chez eux.
ALIX BOUILHAGUET
Mais vous, vous ne faites pas le lien entre immigration et violences urbaines ?
VINCENT JEANBRUN
Ce sont deux choses différentes quand même. C'est-à-dire que quand vous avez une immigration illégale, par définition, ils participent à la délinquance puisqu'ils sont en situation d'être hors la loi. Pour autant, moi, ce que j'ai constaté, c'est qu'aujourd'hui, la plupart des jeunes qui sont venus casser ou ceux qui ont participé aux émeutes de 2023, ils sont nés en France, ils ont été à l'école de France, ils ont participé aux associations sportives, aux clubs de foot, etc. Et c'est là qu'on voit un échec d'intégration d'abord et avant tout.
ALIX BOUILHAGUET
Juste un dernier mot, vous avez vous-même été victime de violences lors des dernières émeutes en juillet 2023. C'est vrai que ça avait suscité une grande émotion puisque votre maison avait été attaquée à la voiture-bélier alors que votre famille était à l'intérieur. Vous y vivez toujours ? Vous avez décidé d'y rester ? Pourquoi ?
VINCENT JEANBRUN
Oui, c'est une décision qu'on avait prise à l'époque parce que ma femme considérait, à juste titre, que ce n'était pas à ceux qui nous avaient attaqués de décider où on allait habiter ou vivre. Et elle a toujours eu cette phrase, qu'elle a toujours à l'esprit : on ne sera pas des victimes, c'est nous qui sommes debout, qui avançons. On avance.
ALIX BOUILHAGUET
L'attractivité de la France est au coeur du neuvième sommet Choose France qui s'ouvre aujourd'hui à Versailles. Mais c'est vrai que dans de nombreux territoires, les entreprises disent avoir du mal à recruter, faute de logements accessibles. Est-ce que la crise du logement n'est pas devenue l'un des principaux risques pour l'attractivité économique de la France ?
VINCENT JEANBRUN
La crise du logement, elle touche tout le monde à tous les niveaux et elle mérite d'être prise à bras-le-corps. C'est ce qu'a fait le Premier ministre en annonçant un grand plan de relance du logement avec un objectif très ambitieux : deux millions de logements d'ici 2030.
ALIX BOUILHAGUET
C'est 400 000 par an.
VINCENT JEANBRUN
C'est 400 000 par an et vous posez une vraie question, c'est comment on ordonne encore mieux l'activité économique avec le logement. Pour ça, on a des partenaires comme ACTION LOGEMENT, une époque qu'on appelait le 1% patronal, où on travaille avec eux pour améliorer encore cette capacité à accompagner par le logement les investissements économiques comme ceux qu'on arrive à obtenir brillamment avec Choose France.
ALIX BOUILHAGUET
Donc vous tiendrez ces objectifs de deux millions de constructions de logements d'ici 2030 ?
VINCENT JEANBRUN
On fait tout pour et ça passe notamment par un projet de loi Relance Logement qui sera présenté au Parlement dans les prochaines semaines avec une ambition très forte de simplifier autour de la question de la création, d'accélérer les procédures, construire mieux, plus vite, et au fond faire ce qu'on a appelé les Jeux Olympiques du logement avec toute l'équipe de France du logement.
ALIX BOUILHAGUET
Gabriel ATTAL qui a fait son premier meeting de campagne, ça se passait samedi dernier, est-ce que vous l'avez regardé ? Vous l'avez trouvé comment ?
VINCENT JEANBRUN
J'ai regardé en replay pour le coup, parce que c'est évidemment important. On l'a senti volontaire, on l'a senti plein d'énergie. On l'a senti aussi dans cet esprit de ne pas se tromper d'adversaire. Il a clairement dit que c'étaient les deux extrêmes qu'il combattait et certainement pas les membres du socle commun. Et c'est très important parce qu'à mes yeux, quel que soit le candidat au final, que ce soit Édouard PHILIPPE, Bruno RETAILLEAU, Gabriel ATTAL ou peut-être quelqu'un d'autre encore qui ne s'est pas présenté, il faut qu'on soit rassemblés. Il faut qu'on puisse proposer un projet d'espoir et un projet ambitieux aux Français de façon à éviter de passer le second tour de l'élection présidentielle à regarder le débat MÉLENCHON - LE PEN, ce qui serait évidemment dramatique pour notre pays.
ALIX BOUILHAGUET
Vous dites qu'il y aura sans doute encore d'autres candidats peut-être dans cet espace politique. Dominique DE VILLEPIN qui a fait quasi-candidature hier, c'est un bon candidat ?
VINCENT JEANBRUN
Ce n'est pas mon premier choix.
ALIX BOUILHAGUET
Ce n'est pas votre premier choix ?
VINCENT JEANBRUN
Je pense que son positionnement politique n'est pas le mien et il y a beaucoup de zones d'ombre qu'il faudrait éclaircir dans son parcours.
ALIX BOUILHAGUET
Juste un mot très rapide sur votre collègue Annie GENNEVARD qui est ministre de l'Agriculture, qui a été invitée par Vincent BOLLORÉ. Autour de la table, il y avait notamment le principal convive Jordan BARDELLA mais aussi la Russe Ksenia FEDOROVA qui est propagandiste notoire du régime de Vladimir POUTINE. Est-ce que vous, vous seriez resté à ce déjeuner ?
VINCENT JEANBRUN
Elle s'en est expliquée, elle n'était pas au courant de la présence de cette lobbyiste pro-russe. En l'occurrence, je connais Annie GENNEVARD, je connais ses valeurs et aucun doute sur le fait qu'elle est venue parler de son secteur, elle est venue parler des agriculteurs qu'elle défend avec beaucoup d'énergie.
ALIX BOUILHAGUET
Mais vous, vous seriez resté à dîner si vous aviez vu vos interlocuteurs ? Parce qu'entre le fait de ne pas savoir avec qui on déjeune et puis finalement d'être en face d'eux, ça change un peu la donne.
VINCENT JEANBRUN
Je ne connais pas le contexte précis mais moi, je n'ai jamais eu peur du débat. La question, c'est est-ce que par sa présence, elle cautionne ou pas ? Là, vous me posez la question à moi, est-ce qu'on cautionne ou pas ? Connaissant Annie GENNEVARD, elle ne cautionne pas des idées qui ne sont pas celles qui défendent les intérêts de notre pays.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2026