Texte intégral
JEFF WITTENBERG
Bonjour Maud Bregeon.
MAUD BREGEON
Bonjour.
JEFF WITTENBERG
Merci d’être avec nous ce matin. Les incendies font rage dans le sud de la France : il y a plusieurs foyers d’incendie en même temps. Est-ce que vous faites le constat que la France n’est pas assez équipée pour y faire face ? Je dis cela, parce que des unités de pompiers, notamment celles des Bouches-du-Rhône, réclament des moyens supplémentaires, notamment des bombardiers d’eau. Est-ce qu’aujourd’hui, la France est assez équipée ?
MAUD BREGEON
D’abord, le Premier ministre suit la situation heure par heure, et ce, depuis les premiers jours de la canicule. On avait encore hier un centre interministériel de crise, avec une dizaine de membres du Gouvernement. Le Premier ministre était à Marseille pour faire le point, notamment sur les incendies.
JEFF WITTENBERG
Et les pompiers qui ont demandé…
MAUD BREGEON
Ce que l’on connaît en ce moment et ce que l’on pourrait connaître dans les semaines à venir et durant l’été. Donc, il y a vraiment cette volonté d’anticipation. Il y a 2 000 pompiers qui sont mobilisés en ce moment. Et je les en remercie, parce qu’ils font un travail absolument remarquable dans des conditions de sécurité qui sont évidemment, parfois, complexes. Et puis il y a également les moyens de la sécurité civile. Vous me parliez des moyens, les moyens aériens, notamment, de la sécurité civile.
JEFF WITTENBERG
Ils sont insuffisants aujourd’hui.
MAUD BREGEON
Qui sont déployés sur place. Donc, l’ensemble des moyens nécessaires de l’État sont évidemment mis en œuvre. Du reste, si on parle d’anticipation, la question qu’on peut se poser pour les années à venir, c’est : avons-nous besoin de davantage de moyens ? La réponse est probablement oui. C’est aussi pour ça qu’on continue à maintenir les budgets, notamment du ministère de l’Intérieur, mais pas que, en hausse pour les prochaines années.
JEFF WITTENBERG
Alors, on parle maintenant de la canicule. Votre collègue de la Santé, ministre de la Santé, Stéphanie Rist, vient d’annoncer un triste bilan : au moins 2 025 décès supplémentaires liés à la canicule la semaine dernière, du 22 au 28 juin. Ces chiffres, dit-elle, vont évoluer. Est-ce que vous, porte-parole du Gouvernement, il y avait eu 1 000 décès déjà dans un premier bilan de Santé publique France, est-ce que vous craignez un bilan encore plus meurtrier de cette canicule qui a frappé la France, avant, peut-être, d’autres canicules dans l’été ?
MAUD BREGEON
D’abord, chaque mort est toujours un mort de trop. Et j’ai vraiment une pensée pour les familles, pour leurs proches, pour qui c’est indéniablement difficile. Ce que je peux vous dire, c’est qu’on a évolué et qu’on a appris des précédents épisodes, et notamment de cette canicule historique, qui est celle de 2003. Je vous donne un exemple : les EHPAD, où les personnes sont par définition âgées et fragiles. Les EHPAD ont tenu, les hôpitaux ont tenu. Pour autant, on constate une surmortalité particulière chez les personnes seules, âgées, en ville, qui sont seules dans leur logement. Et donc, moi, je crois que ça doit aussi nous interroger, et je le dis en tant que citoyenne, sur la solidarité collective qu’il y a au sein de la société. Vous savez, il y a…
JEFF WITTENBERG
Il n’y a pas de l’État.
MAUD BREGEON
Il y a le rôle de l’État. Le contact des personnes, encore une fois, les plus isolées, ce aller-vers qu’on met en œuvre, et il faut probablement qu’on progresse, probablement qu’on l’amplifie. Mais je le dis quand même : il y a 40 ou 50 ans, on vivait avec ses parents, avec ses grands-parents, jusqu’à tard ; et il y avait des solidarités intergénérationnelles qui étaient très fortes. Et je crois que dans ces moments, qui vont de toute évidence se répéter, on aura tous, et je le dis, y compris pour moi, en tant que citoyenne, une responsabilité individuelle : s’intéresser à son voisin, s’intéresser à sa grand-mère, son grand-père.
JEFF WITTENBERG
Donc, c’est un appel à la solidarité collective ?
MAUD BREGEON
Je pense en tout cas qu’on a tous un petit rôle à jouer dans ce genre de moment, oui.
JEFF WITTENBERG
Maud Bregeon, est-ce qu’il faut totalement exclure la possibilité d’un bilan de 10 000 morts ? C’est la menace qu’a brandie la présidente du groupe écologiste cette semaine, à l’Assemblée nationale, s’attirant d’ailleurs la colère du Premier ministre Sébastien Lecornu. On voit qu’aujourd’hui les chiffres augmentent.
MAUD BREGEON
Vous vous rendez compte, l’indécence qu’un responsable politique, quel qu’il soit, a à brandir un chiffre absolument pas étayé, sans aucune forme de considération rationnelle ?
JEFF WITTENBERG
Mais aujourd’hui, les chiffres montrent que le bilan est très lourd, quand même.
MAUD BREGEON
Je ne dis pas le contraire, mais enfin, on est loin des 10 000 morts. On parle de 2 025 morts. C’est évidemment bien trop. Mais un responsable politique qui arrive, qui dit "il y a 10 000 morts", sans que ce soit fondé sur absolument rien, uniquement pour être dans une démarche politique, c’est profondément choquant. Ce qui vient de se passer est grave. Ça a inquiété beaucoup de Français. Ça a éprouvé beaucoup de Français. Et donc, que chacun fasse preuve de sérieux.
JEFF WITTENBERG
Néanmoins, sur ce sujet de la gestion de la canicule, les écologistes ont déposé une motion de censure qui va être examinée le 6 juillet. Et voici ce qu’elle dit, cette motion de censure : c’est que le Gouvernement savait, le GIEC alerte depuis des années sur la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur, que, donc, les choses n’ont pas été anticipées. Est-ce que c’est faux, Madame Bregeon ?
MAUD BREGEON
Oui. Bon, d’abord deux choses. Depuis 10 ans, des politiques publiques ont été massivement déployées. Je prends un exemple : le budget du ministère de l’Écologie a doublé. 6 500 écoles ont été rénovées, sont en passe d’être rénovées. Dès qu’on fait des rénovations ou qu’on construit de nouveaux hôpitaux, on prend en compte évidemment la dimension du changement climatique.
JEFF WITTENBERG
Mais suffisamment ? Puisque c’est l’objet de cette…
MAUD BREGEON
Est-ce qu’il faut aller plus loin ? Probablement oui. Mais est-ce que ça nécessite une motion de censure ? Vous voyez, on est en pleine gestion de crise. Vous parliez des incendies tout à l’heure. Le Gouvernement gère la crise. Des partis politiques responsables sont à nos côtés. Et puis, on a, je crois, certains parlementaires qui entretiennent la crise. Donc, il y a ceux qui gèrent la crise, il y a ceux qui entretiennent la crise.
JEFF WITTENBERG
Vous la craignez, cette motion de censure ? Olivier Faure, le leader du PS, appelle ses troupes à voter pour elle. Est-ce qu’il pourrait y avoir une majorité qui renverserait le Gouvernement lundi ?
MAUD BREGEON
Là encore, moi, je ne me prononce pas à la place du Parlement. Je dis simplement aux parlementaires de bonne volonté qui ont envie que les choses avancent : le pays est dans une situation difficile, on sort de semaines très éprouvantes pour les Français ; pensons-nous vraiment que la solution à la canicule et au réchauffement climatique, c’est de censurer le Gouvernement ?
JEFF WITTENBERG
Mais il y a un risque ?
MAUD BREGEON
Écoutez. Encore une fois, moi, je laisse le Parlement prendre ses responsabilités.
JEFF WITTENBERG
Vous pouvez avoir aussi une crainte en tant que porte-parole du Gouvernement.
MAUD BREGEON
J’espère qu’il y aura une majorité absolue de Députés qui voudront faire avancer le pays, résoudre les problèmes et ne pas les entretenir, encore une fois.
JEFF WITTENBERG
On va parler de politique aussi via la préparation de l’élection présidentielle, puisqu’il y a quelques jours, vous avez annoncé votre préférence pour Édouard Philippe. Cette semaine, il ne vous a pas échappé qu’un autre leader politique, Laurent Wauquiez, l’ancien président de LR, dit qu’il encourage, il ne se rallie pas à Édouard Philippe, mais il encourage celui-ci. Est-ce que ça veut dire qu’Édouard Philippe, c’est le candidat de la droite aujourd’hui ?
MAUD BREGEON
En tout cas, la politique, c’est rassembler. Ce n’est pas diviser. Et moi, je soutiens Édouard Philippe, parce que je pense qu’il est aujourd’hui le plus à même de rassembler très largement…
JEFF WITTENBERG
Ça, on le sait. Mais est-ce que vous pouvez répondre juste à ma question ?
MAUD BREGEON
A droite, mais également au centre. Vous savez, moi, je chemine aux côtés d’Emmanuel Macron depuis une dizaine d’années maintenant. Et je pense qu’ensemble, on peut travailler. Le Rassemblement national est très fort dans ce pays. La France insoumise est extrêmement structurée. Le risque qu’on court, c’est de laisser aux Français le choix d’un second tour entre le Rassemblement national d’une part, la France insoumise d’autre part. Et donc, face à ça, il faut construire un projet, il faut être capable de rassembler, de dépasser ses égos, de dépasser ses carcans idéologiques.
JEFF WITTENBERG
Et c’est donc avec Édouard Philippe, selon vous ?
MAUD BREGEON
Et Édouard Philippe est capable de ça, parce qu’il est maire d’une ville populaire, parce qu’il a été Premier ministre venant de la droite d’Emmanuel Macron depuis 2017. Ce sont des qualités importantes.
JEFF WITTENBERG
Madame Bregeon, vous appartenez quand même à un parti dirigé par Gabriel Attal, qui, je ne vous l’apprends pas, est également candidat à la présidentielle. Vous lui dites quoi à Monsieur Attal ? Qu’il doit continuer à se mesurer à Édouard Philippe ou qu’il doit se retirer, comme par exemple, Laurent Wauquiez appelle Bruno Retailleau à le faire ?
MAUD BREGEON
Chacun prend ses responsabilités.
JEFF WITTENBERG
Mais quel message vous lui adressez ?
MAUD BREGEON
Moi, je n’ai pas à dire aux uns et aux autres ce qu’ils ont à faire dans les semaines ou dans les mois à venir. Moi, ce que je veux, c’est parler aux Français. Et je dis aux Français, ce matin, qu’ils viennent de la droite, du centre, qu’ils hésitent : vous avez toutes…
JEFF WITTENBERG
Mais il est Français, Gabriel Attal. Vous lui dites quoi ? C’est un Français aussi.
MAUD BREGEON
Moi, je parle aux Français, et je leur dis : vous avez toutes les raisons de vous retrouver dans l’action et dans la personne d’Édouard Philippe, parce qu’il est capable de rassembler ce pays. Voilà.
JEFF WITTENBERG
Donc, vous ne craignez pas une division et une passe d’armes entre ces deux leaders ?
MAUD BREGEON
C’est un risque qui est évident. Mais vous voyez, je veux faire le pari de la responsabilité collective, parce que je pense que la France est plus grande que nous. La France est plus grande que les ambitions. La France est plus grande que les égos. Et qu’on arrivera, en tout cas, je l’espère, et avec Édouard Philippe, à se rassembler à la fin.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 7 juillet 2026