Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 21 juillet 2026, sur la hausse du prix du carburant et de l'électricité et l'adoption définitive de la loi d'urgence agricole.

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Média : France 2

Texte intégral

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Bonjour à tous. Bonjour Maud Bregeon.

MAUD BREGEON
Bonjour.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
On parle, dans un instant, pesticides et vote, cette nuit la loi agricole. Ça fait beaucoup réagir, mais d'abord un sujet qui concerne des millions de Français. Vous êtes en charge de l'énergie au Gouvernement. Le prix des carburants s'envole à nouveau. Il a franchi la barre des 2 euros en moyenne pour le sans plomb 95 hier. Ça fait une augmentation de 7 centimes en une semaine. 2,10 euros pour le diesel, plus 12 centimes. On en revient encore à des niveaux très hauts.

MAUD BREGEON
C'est évidemment les conséquences de ce qui se passe au Moyen-Orient. Les Français le savent et moi je comprends que c'est très difficile pour beaucoup de nos concitoyens.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Est-ce que ça va continuer à augmenter ?

MAUD BREGEON
Qui vivent ces hausses de prix depuis février dernier maintenant, avec des fluctuations qu'on a du mal à anticiper. Je ne sais pas répondre précisément à votre question. Tout simplement parce que ça dépend de ce qui se passera dans les jours et dans les semaines à venir au Moyen-Orient et spécifiquement dans le détroit d'Ormuz.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
La tendance est à la hausse aujourd'hui.

MAUD BREGEON
La situation est extrêmement incertaine. La tendance à l'heure où l'on se parle est à la hausse. Mais je ne suis pas en mesure de vous dire ce qui se passera encore une fois dans les jours ou dans les semaines à venir.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Est-ce que ça vous inquiète ?

MAUD BREGEON
Ce que je peux vous dire en revanche, c'est que le Gouvernement a déployé des aides, du soutien, pour les secteurs d'activité les plus exposés d'une part. Je pense aux agriculteurs, je pense aux pêcheurs, je pense aux transporteurs. Et pour les Français les plus en difficulté, les plus précaires qui travaillent et qui roulent. Ces aides sont toujours en place. Et donc, je dis deux choses. D'abord aux entreprises qui sont en difficulté et très exposées, vous avez jusqu'à fin août la possibilité d'avoir recours à ce soutien. C'est 15 centimes en moyenne pour les agriculteurs, jusqu'à 35 centimes pour les pêcheurs.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Est-ce que ça peut être prolongé ? Vous en avez déjà beaucoup parlé de ces aides.

MAUD BREGEON
Et on fera, pardonnez-moi, le point d'ici à fin août. Personne, ni vous, ni moi, ni les meilleurs experts ne savent dire aujourd'hui quels seront les prix des carburants à fin août. Et aux Français, je termine, qui ont accès à cette aide gros rouleur de 100 euros, je leur dis qu'ils ont toujours la possibilité d'aller la demander sur la plateforme dédiée. Aujourd'hui, plus d'un million de Français l'ont demandé et en ont bénéficié. Il y a encore deux millions de Français qui y ont droit, qui n'ont pas fait cette demande.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Si je vous entends, vous n'êtes pas inquiète par la montée des prix ?

MAUD BREGEON
Je suis vigilante. Pour autant, je rappelle des dispositifs de soutien à hauteur de 1,4 milliard pour le moment déployés par le Gouvernement, auxquels les Français et les entreprises ont encore droit.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Toujours dans votre secteur, Maud Bregeon, on ne vous a pas encore entendu sur cette augmentation des prix de l'électricité. Vous avez validé une hausse de 2,5 % des tarifs réglementés au 1er août. Ça concerne 20 millions de Français. Il y a quelques mois, le ministère de l'Économie disait que les factures seront stables. À moins que j'ai mal suivi mes cours à l'école, plus 2,5 %, ce n'est pas stable, c'est une augmentation.

MAUD BREGEON
Deux choses. D'une part, ce n'est pas la décision du gouvernement. C'est une décision de la Commission de régulation de l'énergie. Et d'autre part, je voudrais être extrêmement clair ce matin, ce n'est pas de l'argent qui arrive dans les caisses de l'État. C'est de l'argent qui permet d'une part de financer…

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
C'est une hausse quand même.

MAUD BREGEON
D'une part. Mais il faut expliquer d'où ça vient. Ce n'est pas un impôt, ce n'est pas une taxe supplémentaire.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
On a l'impression que vous ne l'assumez pas.

MAUD BREGEON
Excusez-moi, je vous explique. Je prends 30 secondes pour vous expliquer quelque chose qui est très technique et il en faudrait 5 minutes. Ça va d'une part permettre de financer les réseaux. Et on voit notamment avec les périodes de chaleur qu'on a besoin de financer ces réseaux et de pouvoir les renouveler. Et d'autre part, ça permet de financer un mécanisme qui assure en tout temps l'équilibre offre-demande et donc, la stabilité du système. Ce que je veux vous dire, c'est que ça ne rentre pas dans les caisses de l'État. Ça permet de financer un système énergétique stable. Je dirais une autre chose quand même parce que j'entends aujourd'hui cette petite musique qui consisterait à dire qu'en fait ce n'est pas si intéressant que ça de se tourner vers l'électricité. Le gaz, avec ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz depuis février dernier, a augmenté de plus de 20 %. Donc l'électricité est toujours beaucoup plus compétitive que le gaz.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
On en vient à ce vote sous haute tension cette nuit. La loi d'urgence agricole adoptée à l'Assemblée nationale. 296 voix contre 224. Une mesure fait beaucoup parler d'elle. C'est l'autorisation sur dérogation de l'acétamipride pour les agriculteurs. C'est un insecticide jusqu'ici interdit en France. Est-ce que vous avez cédé au lobby agricole ou le Parlement ?

MAUD BREGEON
Le Gouvernement n'a jamais souhaité l'introduction de cette mesure dans un texte qui est un texte d'urgence demandé par les agriculteurs. Cette mesure n'était pas dans le texte initial, n'a pas été proposée par le gouvernement et n'a pas été introduite avec l'avis positif du Gouvernement. Nous avons été, de toute évidence, minoritaires sur cette position puisqu'une majorité de parlementaires, dans une instance qu'on appelle la commission mixte paritaire qui réunit députés et sénateurs, a fait le choix de réintroduire cette mesure qui, je le précise quand même, n'a absolument rien à voir avec ce qu'on a connu avec la loi Duplomb. C'est l'ANSES, l'autorité scientifique indépendante qui pourra déroger de manière temporaire et encadrée. Donc, là encore, il faut être précis sur un sujet qui inquiète effectivement les Français et moi, je le comprends, je l'ai entendu dans ma circonscription.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Pourquoi ne pas avoir autorisé hier, par exemple, que certains députés puissent présenter un amendement pour supprimer, par exemple, cette disposition ? On avait compris, notamment de la réunion qui avait eu lieu hier entre le Premier ministre et les groupes parlementaires de la majorité, que ce serait possible.

MAUD BREGEON
Comment ça se passe ? Il y a un examen au Sénat, un examen à l'Assemblée, un accord qui est trouvé entre les députés et les sénateurs. Sur quelle base et avec quelle légitimité le Gouvernement remettrait en cause cet accord ? Ce serait, d'une certaine façon, un non-respect du Parlement et de l'accord trouvé par les parlementaires.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Vous nous dites ce matin que le Premier ministre n'a pas fait obstacle à une possibilité pour des députés de la majorité de présenter un amendement qui aurait permis de sortir cette disposition du texte ?

MAUD BREGEON
Je dis trois choses. Je dis, d'une part, ça n'a jamais été la volonté du Gouvernement. Le Gouvernement n'a jamais souhaité introduire cette mesure sur l'acétamipride dans le texte. Je dis autre chose. On n'aura pas le temps d'en parler ce matin, mais il y a dans le texte bon nombre de mesures, des dizaines de mesures qui protègent les agriculteurs contre la prédation, contre les vols, qui sont attendues et nécessaires pour des dizaines de millions de Français.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Une question importante. La ministre de la Transition écologique n'était pas au banc hier. Elle avait dit son opposition à l'introduction de l'acétamipride sur dérogation. Selon nos informations, elle pourrait démissionner cet après-midi après l'examen du texte au Sénat. Est-ce que vous le regrettez ?

MAUD BREGEON
Je n'ai pas cette information, d'abord, donc je ne vous la confirme certainement pas. Je dis une chose simple. Encore une fois, ce n'est pas la décision du Gouvernement que d'introduire cette mesure.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Est-ce que vous regretteriez la démission de la ministre de la Transition écologique ?

MAUD BREGEON
Mais avec des si et des mais, pardonnez-moi, on pourrait mettre Paris en bouteille. Moi, ce qui m'intéresse ce matin, c'est de dire aux Français qu'il y a d'abord dans cette loi des dizaines de mesures qui permettront d'avancer pour la souveraineté agricole, de mieux protéger nos agriculteurs et qu'on se focalise sur une seule mesure.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Ce serait une mauvaise nouvelle pour le Premier ministre Sébastien Lecornu.

MAUD BREGEON
Et ensuite, ce n'est pas le choix du Gouvernement que d'introduire cette mesure.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Madame la ministre, ce serait une mauvaise nouvelle pour le Premier ministre de perdre sa ministre de la Transition écologique ?

MAUD BREGEON
Vous savez, qu'on démissionne sur un arbitrage gouvernemental qu'on perd, on peut en débattre. Qu'on démissionne sur un vote au Parlement qui ne va pas dans notre sens, c'est, à mon avis, un peu plus complexe. Voilà ce que je peux vous dire.

CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Merci beaucoup d'être passée par les 4V ce matin, Maud Bregeon. Demain, vous retrouverez Jeff Wittenberg pour les 4V.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juillet 2026