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Interview de M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, à LCI le 5 octobre 2026, sur le mouvement lycéen, leurs revendications, la revalorisation des retraites, le budget 2027, le coût du travail et l'Unédic.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Texte intégral

JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Qu'aimeriez-vous demander au ministre du Travail, si vous pouviez l'interroger ? Figurez-vous que tous les matins, Amélie Carrouër vous offre cette opportunité : questionnez directement un invité. Ce matin donc, Jean-Pierre Farandou est là. Vous scannez le QR code qui est apparu à l'écran avec votre téléphone, vous posez vos questions, faites part de vos réflexions et Amélie va lui poser les questions dans quelques instants. Bonjour Amélie.

AMÉLIE CARROUËR
Bonjour Jean-Baptiste. Bonjour à tous. Bonjour, monsieur le ministre.

JEAN-PIERRE FARANDOU, MINISTRE DU TRAVAIL
Bonjour.

AMÉLIE CARROUËR
Merci d'avoir accepté notre invitation encore ce matin. Et à nouveau, les images qui ponctuent l'actualité : on se réveille avec des feux de poubelles, on est du côté de Lille. On va rester un peu sur ces images parce qu'elles vont nous accompagner toute la semaine, demain surtout. Que craignez-vous ? Nouvelle journée de mobilisation, de manifestation. Les étudiants sont appelés à entrer dans le mouvement, les organisations syndicales également. Que craignez-vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense qu'il faut écouter ce qu'ont à dire les lycéens, il faut les écouter. Je crois que la décision est prise. La ministre de l'Éducation nationale, en fin de semaine dernière, a commencé à jeter les bases d'un dialogue. Il a reçu les organisations représentatives des lycéens au ministère de l'Éducation. Le Premier ministre, dans le week-end, a été très clair. Il a demandé une feuille de route. Il a demandé que les ministres concernés apportent des réponses solides.

AMÉLIE CARROUËR
Pour fin octobre. Et pour beaucoup, ce n'est pas assez rapide.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais c'est en cours. Le ministre de l'Éducation nationale n'a pas attendu. Il a dit qu'il fallait travailler sur l'ensemble des premiers thèmes qui sont remontés. On parle des bâtiments, on parle des programmes, on parle bien sûr de la capacité à disposer des enseignants qui sont nécessaires à fournir une bonne éducation à nos lycéens. Donc tout ça, c'est parti, avec des premières réponses.

AMÉLIE CARROUËR
Revendications légitimes, selon vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense qu'elles sont légitimes, effectivement. Je pense que, d'abord, elles sont localisées. On voit bien aussi que la réalité d'un lycée n'est pas celle d'un autre. C'est toute la difficulté, d'ailleurs. Il peut y avoir des revendications nationales, il y a aussi des sujets locaux, les chefs d'établissement les connaissent bien. Voilà, je pense qu'il y a une articulation qui va se faire entre les ministères concernés et les chefs d'établissement pour apporter des réponses très concrètes aux lycéens.

AMÉLIE CARROUËR
Mais j'insiste sur le "que craignez-vous ?". Que craignez-vous ? Par exemple, une convergence des luttes, puisqu'on voit de plus en plus des cordons de la CGT s'organiser pour, disent-ils, protéger les élèves. Sophie Binet, sur TF1, il y a quelques instants encore, dit que les militants de la CGT seront là pour protéger les lycéens. Craignez-vous une convergence des luttes ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Une manifestation, c'est normal, ça fait partie de la démocratie sociale. Vous savez que j'y suis très attaché. Donc manifester, même un droit de grève pour les salariés, c'est tout à fait normal. Ce qu'il faut éviter, c'est que les éléments extérieurs viennent se greffer sur la manifestation. On voit bien ce qui se passe après : il y a de la violence contre les policiers, contre les biens publics, les abribus. C'est cela pour lequel il faut faire attention.

AMÉLIE CARROUËR
Mais là, je suis vraiment sur la convergence des luttes. On va venir à la question de la violence. Mais craignez-vous, en tant que ministre du Travail, notamment vous avez pas mal de sujets qui sont brûlants et qui pourraient jeter certaines personnes dans la rue, craignez-vous que les colères s'agrègent à partir de maintenant et la date du 17 octobre des Gilets jaunes qui revient à nouveau dans la musique ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Écoutez, on va voir. Moi, je ne fais pas de pronostics.

AMÉLIE CARROUËR
Bien sûr. Mais vous êtes une forme de baromètre aussi.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, on va voir comment tout ça se déroule. Voilà. S'il faut écouter les gens, on les écoute. Après, les réponses, elles sont possibles, elles sont parfois plus délicates. Il faut aussi savoir que dans les entreprises, par exemple sur le sujet du pouvoir d'achat, il y a des entreprises qui vont bien et qui peuvent augmenter les salaires, et d'autres qui ont plus de difficultés. Pour l'État, c'est exactement la même chose. Il y a des revendications qu'on peut satisfaire et on le fait. Puis il y en a d'autres. Quand cela demande beaucoup d'argent public, comme en ce moment, il y a une grosse tension sur les finances publiques, c'est plus compliqué. Donc oui aux manifestations. Le droit de grève, il est tout à fait possible. Il faut écouter et dialoguer et trouver les réponses possibles.

AMÉLIE CARROUËR
La responsabilité de la parole politique. Vous voyez Jean-Luc Mélenchon, qui a encore ce week-end dit de la nouvelle journée de mobilisation qu'elle est un point de départ et ouvre une série à coup sûr. Et il appelle à s'organiser pour accompagner cette période de mobilisation. Il appelle les parents à entourer les manifestants pour les protéger, notamment des casseurs ou encore même des policiers, des violences policières. Vous dites "parole politique responsable". On protège les lycéens dont les revendications, vous le dites vous-même, sont potentiellement légitimes. Ou vous voyez là encore un encouragement déguisé à la violence ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
On va revenir au début de l'affaire quand même. Au début de l'affaire, plusieurs élus LFI ont plutôt mis de l'huile sur le feu, si j'ose dire, que plutôt calmer les choses. On a vu effectivement des élus au milieu des manifestants. On a vu aussi certains appeler à la violence légitime de la jeunesse contre qui ? Contre les forces de l'ordre, contre le bien public, contre des passants. Il faut faire attention. Donc je pense que les premières postures de LFI étaient quand même plutôt pour appeler à la violence qu'à la calmer.

AMÉLIE CARROUËR
Mais depuis, Jean-Luc Mélenchon appelle les jeunes à n'utiliser que des méthodes non violentes. Pour vous, c'est bon ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Tant mieux, tant mieux, parce que c'est comme ça qu'il faut faire. Je le redis, les manifestations sont bien sûr possibles dans notre pays. Le droit à la grève pour les salariés aussi. Ce qui compte, c'est de le faire dans la sérénité, le faire dans le calme. Et si ça suppose un encadrement un peu plus resserré des manifestations, il faut le faire. Ce n'est pas nouveau d'ailleurs. Vous avez parlé du Parti communiste ou de la CGT. Ça fait longtemps que la CGT sait très bien encadrer les manifestations pour éviter tout débordement.

AMÉLIE CARROUËR
Monsieur le ministre, vous avez évoqué la violence des casseurs ou de certains manifestants, mais la Fédération des conseils de parents d'élèves appelle également les parents à manifester aussi, et je cite, j'explique : "Pour éviter les débordements et protéger les enfants des violences policières." C'est ce que dit la FCPE. Est-ce que vous reconnaissez au sein du Gouvernement qu'il y a eu des débordements, voire des violences policières, et les dénoncez-vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non. Moi, ce que je vois, c'est que, en marge de ces manifestations, on ne sait pas trop qui, mais en fait des jeunes ont commis des actes très graves. On a eu des passages à tabac, on a eu une passante qui a reçu un produit incendiaire sur son visage. Sans parler des biens publics. Les biens publics, c'est de l'argent. Vous avez vu les lycées eux-mêmes qui ont été saccagés. Des abribus, n'en parlons pas dans les villes. Enfin ça.. Et là-dessus, qui c'est qui est là pour essayer de réguler tout ça ? C'est quand même la Police nationale, la Gendarmerie nationale. Ça s'appelle le maintien de l'ordre. Moi, d'ailleurs, je leur rends hommage parce que ce n'est pas facile, le travail qu'ils font.

AMÉLIE CARROUËR
Mais reconnaître le travail de la police, est-ce que ça empêche de dénoncer ici et là des actes trop violents ou excessifs ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais il faut commencer par dire qu'ils font un métier pas facile. On est bien contents de les avoir pour maintenir de l'ordre dans nos villes. A un moment donné, c'est plus de la violence urbaine que de la gentille manifestation de lycéens. Il faut voir les faits. Et ce n'est pas facile, ce qu'ils font, parce qu'il faut justement démêler, dans une masse de jeunes, quels sont les jeunes lycéens qui manifestent légitimement, malheureusement mélangés avec d'autres qui sont là pour casser. Je le redis : casser des passants, casser de la police, casser des biens publics. Voilà. Alors après, il y a eu deux ou trois affaires qui ont été repérées, qui sont d'ailleurs déférées devant la justice. Moi, j'ai confiance dans la justice de notre pays. Elle est indépendante, elle ira au bout des enquêtes et on verra quelles sont les conclusions qui seront établies dans ces enquêtes.

AMÉLIE CARROUËR
Alors juste je reviens sur la parole politique. Je voyais Le Figaro, pour être tout à fait transparente, qui s'interrogeait : faut-il poursuivre en justice les responsables politiques qui encouragent la violence des lycéens ? Est-ce que vous êtes pour des sanctions contre les politiques qui encourageraient la violence ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Chacun est responsable de ses paroles. Chacun est responsable de ses actes. Et s'il y a une élue, ce n'est pas parce qu'on est élu qu'on a une espèce d'impunité.

AMÉLIE CARROUËR
Donc c'est oui pour vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça va dépendre. Si un élu dit des choses qui sont contraires à l'ordre public, qui sont une incitation à la haine, à la haine raciale, à la violence urbaine, oui, dans ces cas-là, il y a un problème et donc il n'est pas anormal, dans ces cas-là, que des plaintes puissent être déposées contre un élu qui proférerait de telles paroles.

AMÉLIE CARROUËR
Le maire de Saint-Denis, puisque vous parlez de la violence légitime, c'est Bally Bagayoko que vous ciblez et que vous avez en tête. Vous imaginez, vous, qu'il puisse être l'objet de sanctions ? Vous trouveriez ça légitime ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Il faut faire attention, je veux dire, parce que personne n'est… il n'y a pas de caractère d'impunité dans ce pays. C'est important. Qui que vous soyez, que vous soyez ministre d'ailleurs, que vous soyez un élu, que vous soyez un citoyen normal, que vous soyez un jeune ou un moins jeune, il n'y a pas d'impunité dans ce pays. Donc si vous commettez quelque chose qui n'est pas légal, il n'est pas anormal qu'on porte plainte contre vous et que vous soyez poursuivi en justice.

AMÉLIE CARROUËR
J'ai encore deux questions. On va parler des retraites. Mais sur ce sujet, regardez encore une fois, on est dans l'actualité. On le voyait, ça brûlait encore du côté de Lille et ce n'est rien par rapport à ce qui nous attend certainement demain. Mais quand on voit Bruno Retailleau qui appelle à interdire la LFI, est-ce que vous souscrivez ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non. Je pense qu'il faut… voilà, LFI est un parti démocratique. Ils ont été élus par des citoyens. Donc moi, je ne demande pas de telles choses. Donc ce n'est pas une approche collective qui ciblera l'ensemble de l'organisation. Par contre, les individus, qu'ils soient LFI ou ailleurs, il faut faire attention, à titre personnel, dans ses paroles et dans ses actes. Et si on fait quelque chose qui est illégal, il n'est pas anormal qu'on porte plainte contre vous.

AMÉLIE CARROUËR
Et en termes de responsabilités, vous souscrivez totalement à la logique de "casseur-payeur", quitte à piocher dans les aides sociales, comme l'a dit la porte-parole du Gouvernement sur ce plateau il y a encore quelques heures, quelques jours ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense qu'il faut apprendre très tôt qu'on est responsable de ses actes. Donc si vous commettez un acte qui coûte de l'argent, et souvent des biens publics, je redis : les abribus, etc., il n'est pas anormal qu'on vienne chercher votre responsabilité pour réparer ce que vous avez cassé.

AMÉLIE CARROUËR
Quitte à ce que ce soit issu des aides sociales.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ben oui, parce qu'il y a un minimum à vivre. Bien évidemment, il faut que chaque foyer puisse conserver un minimum à vivre, mais je pense qu'il est très important d'inculquer aux gens : vous êtes responsable de vos actes à titre individuel. Quand vous attaquez quelqu'un, d'abord, ce n'est pas légal du tout. Cette violence, elle est illégitime. Et deuxièmement, si vous cassez un bien public, cet argent public, il va falloir mettre ça… Il n'est pas normal que vous participiez à quelque part à le rembourser.

AMÉLIE CARROUËR
Monsieur le ministre, parlons des retraites, voilà qui pourraient aussi susciter quelques slogans, peut-être, demain, s'il y a convergence des luttes. Réévaluation des pensions à faire à 1 260 euros à hauteur de l'inflation. Au-delà, pour les plus élevées, indexation partielle, voire inexistante. Au-delà, la question de base, mais que se posent les Français qui nous interrogent le plus souvent en direct : au-delà de 1 260 euros, on vit bien, monsieur le ministre ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non ce qu'il faut voir là, le débat se concentre sur les retraités mais on n'a rien contre les retraités. Quel est l'objet ?

AMÉLIE CARROUËR
Est-ce qu'au-delà de 1 260 euros, monsieur le ministre, on vit bien ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non mais je ne vous réponds pas à ça. Je vous réponds pour vous dire c'est la toile de fond. En fait est-ce qu'on veut redresser les comptes de ce pays ? Nous, on répond oui. Et le budget qu'on a présenté, avec 54 milliards d'euros d'économies, il vise à faire un pas vers le redressement économique du pays. Alors si on est en désaccord avec ça, forcément on peut critiquer. Si on n'est pas en désaccord, il faut accepter un effort partagé de tous. Il faut qu'il soit partagé. Les retraités, c'est 25 % de la population. Et là, l'effort qu'on leur demande dans le budget, c'est autour de 10 %. Donc c'est proportionné. Voilà. Alors après, la modalité que vous avez dite, c'est une modalité qui est au débat dans le Parlement. Il y a deux modalités possibles qu'on peut combiner, d'ailleurs, pour trouver en gros 5 milliards et demi d'économies sur les retraites. Les retraites, c'est 400 milliards d'économies. Et si on ne fait rien, elles dérapent de 13 milliards d'euros l'année prochaine. C'est considérable, les masses. Donc il n'est pas anormal qu'on cherche aussi autour des retraités une participation à cet effort national. Donc deux mesures possibles. Effectivement, ne pas revaloriser les retraites à hauteur complètement de l'inflation. Et le débat aura lieu au Parlement. Et deuxièmement, revenir sur un abattement pour frais professionnels. Reconnaissez que des frais professionnels pour des retraités, il n'est pas illégitime de se poser la question. Voilà, il y a deux modalités possibles. Il faudra les combiner et le débat au Parlement, je l'espère, permettra, en responsabilité, de trouver le quantum que nous recherchons, autour de 5 milliards et demi d'euros sur les retraites.

AMÉLIE CARROUËR
On entend les témoignages depuis qui se multiplient, de personnes qui lèvent le doigt en disant : "Mais moi, j'ai, par exemple, travaillé 42 ans, j'ai un métier physique, je suis cassé, j'ai 1 600 euros de retraite, on veut m'enlever 2,5 % l'année prochaine. Je n'en peux plus, je n'en peux plus." A ces gens-là, vous leur dites quoi ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, on n'enlève pas les retraites et aucune retraite ne sera abaissée. C'est la revalorisation. De combien peut-on la revaloriser ? Voilà. Donc attention aux mots qu'on utilise. Donc nous souhaitons qu'il y ait un ajustement de cette revalorisation. Je le redis, le débat aura lieu au Parlement et le Parlement décidera. Mais de notre côté, quand on demande des efforts à tout le monde, l'Etat le premier, on fait des efforts. Moi, j'ai fait un effort. Mon ministère va réduire ses dépenses de 2 milliards et demi l'année prochaine. Donc c'est un effort considérable. Donc il n'est pas anormal qu'on fasse en sorte que cet effort soit partagé.

AMÉLIE CARROUËR
Mais donc les 1 260 euros, vous pouvez les faire bouger ? Vous accepteriez de bouger ce seuil en raison des discussions au Parlement ? Vous laissez une marge ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
La marge de discussion, elle va être de combien revalorise-t-on les retraites au-dessus de 1 260 ? Vous savez qu'il y a un seuil aussi à 2 000. Voilà, entre 1 260 euros et 2 000 euros, de combien on valorise ? Au-delà de 2 000 euros, combien on valorise ? Tout ça, ça sera discuté au Parlement. L'année dernière déjà, il y a eu beaucoup d'amendements. Il y aura à nouveau des amendements, des discussions au Parlement sur ces sujets-là.

AMÉLIE CARROUËR
Vous vous autorisez même, après discussion du budget, à revenir sur tout ça par décret, si nécessaire ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors par décret, ça dépend, ça dépend des éléments. Sur les retraites, il n'y a pas de décret. C'est la loi qui décidera. C'est le Parlement qui décidera de combien les retraites augmenteront l'année prochaine et est-ce qu'il faut ou pas, et jusqu'à quel seuil, revenir sur cet abattement, je le redis, pour frais professionnels. On voit bien que ce n'est pas très logique, des frais professionnels et de la retraite. On voit bien que ce n'est pas tout à fait cohérent.

AMÉLIE CARROUËR
Alors je ne vous ai pas vu réagir à la proposition phare de la semaine dernière en termes de retraite, c'est Édouard Philippe. Donc j'ai quand même envie d'entendre votre voix résonner sur le sujet. Édouard Philippe qui propose de porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l'âge de départ à 65 ans. C'est le bon plan ? Le plan choc, disait-on encore la semaine dernière, courageux, vous souscrivez là encore ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, en matière de retraite, je m'inspire des travaux conduits par la conférence Travail-Emploi-Retraite qui, pendant dix mois, a bossé avec tous les partenaires sociaux, à la fois patronaux et syndicats, sur le travail. Le travail, c'est les 42 années avant de prendre la retraite. C'est important d'en parler. L'emploi, qui fait le travail, l'emploi des jeunes, l'emploi des seniors et les retraites. Là-dessus, il propose, il ne fixe pas de valeur. Mais je trouve que l'architecture est intéressante. Il y a effectivement un âge auquel il faut inciter les gens à aller travailler, mais sans les obliger. Deuxièmement, il y a un âge où vous pouvez partir, mais là, vous n'avez pas forcément toute votre retraite, mais vous avez une liberté de partir avant. Et cet élément de liberté est important. Il traite le problème de la pénibilité, vous le savez. C'est ça qui avait coincé au moment du conclave. Mais là, il y a une solution qui a été bien discutée avec les partenaires sociaux, qui pourrait être la bonne réponse. Quand vous êtes sur des métiers pénibles que vous évoquiez, d'ailleurs, comment vous pouvez partir plus tôt ? Il traite aussi des carrières longues, il traite des retraites des femmes. Enfin bref, il y a dans ce document des tas de choses intéressantes.

AMÉLIE CARROUËR
Vous ne me dites pas ce que vous pensez d'Édouard Philippe. Vous ne me dites pas ce que vous pensez très clairement de la proposition d'Édouard Philippe. Elle vous semble juste bonne ou pas ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
La proposition d'Édouard Philippe, je pense que d'abord, elle est… il y a des éléments dans la conférence qui pourraient la compléter, cette proposition. Vous voyez bien que là, ce qui ressort de cette conférence est un peu plus articulé puisqu'à la fois vous avez un âge d'incitation. Il y en a un, effectivement, chez Édouard Philippe, mais vous avez un âge de départ où vous pouvez partir plus tôt. Je trouve intéressant de laisser le choix, le choix aux personnes de partir plus tôt. Alors bien sûr, en acceptant des décotes éventuelles, mais ça, c'est votre choix personnel. Je trouve que sur la pénibilité, là, pour le coup, il y a une réponse très précise dans cette conférence. Alors que là, Édouard Philippe est resté sur la thématique générale, renvoyant aux partenaires sociaux le soin de discuter. Ils ont discuté. Donc on a déjà une réponse quasiment prête à l'emploi sur la pénibilité.

AMÉLIE CARROUËR
Bon votre budget il se prend pas mal de coups. Sophie Binet, qui juge qu'il est très dangereux, votre budget, parce qu'il nous envoie à 200 km/h dans le mur de la récession. Mais de l'autre côté de l'échiquier, le patronat, le Medef, pas content du tout non plus. Les choix du Gouvernement vont aggraver la situation économique, dit Patrick Martin, le patron, et les entreprises, selon lui, contribueront à hauteur de près de 20 milliards d'euros. Le ministre de l'Économie, depuis, a rectifié : pour lui, c'est 10 milliards. Bref, il dénonce la multiplication des taxes, les autoroutes, les produits transformés, le transport maritime, les conventions d'assurance. Il déplore aussi le gel des allègements de cotisations patronales. Je reprends ma respiration. Elle est longue, la liste des griefs du Medef. Il sera à votre place mercredi matin, Patrick Martin, le patron du Medef. Si vous avez un message à lui envoyer, c'est le moment. Que lui dites-vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
D'abord, je trouve que votre présentation est intéressante parce que vous me parlez de Sophie Binet, vous parlez du Medef, donc ça prouve que l'effort est partagé, les réactions…

AMÉLIE CARROUËR
C'est une manière de voir les choses.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, quand même. Il n'y aurait qu'un camp qui râlerait et l'autre qui ne dirait rien. On pourrait s'inquiéter, entre guillemets, sur le caractère partagé de l'effort. Je trouve que de ce côté-là, on est rassuré. Voilà, tout le monde est mécontent, des syndicats au patronat.

AMÉLIE CARROUËR
Bon, c'est rassurant. Tout le monde est mécontent, c'est rassurant.

JEAN-PIERRE FARANDOU
En tout cas, ça dénote une forme d'équilibre, vous pouvez en convenir. Alors ce qu'on dit effectivement aux gens du Medef, avec qui on travaille, avec qui on discute, ça fait partie de l'effort partagé.

AMÉLIE CARROUËR
Patrick Martin sera là, quel message vous lui envoyez quand il sera là ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, je lui envoie effectivement que c'est ça, la toile de fond, c'est qu'on fait appel aux efforts de tout le monde. Je le redis, l'État lui-même fait un effort puisque, pour la première fois, le budget de l'État en 2027 sera inférieur à celui de 2026. On n'avait jamais vu ça. Et moi, je suis exemplaire là-dessus, avec une baisse de 2 milliards et demi que j'accepte parce que j'ai eu des priorités. Priorité sur la jeunesse avec l'apprentissage, avec les contrats d'engagement jeunes. Donc bref, voilà. Donc on est sérieux. Les entreprises, ce n'est pas 20 milliards, c'est 10 milliards. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le ministre de l'Économie. Donc moi, j'ai confiance dans les calculs du ministère de l'Économie. Et puis après, vous avez les salariés aisés aussi, sur lesquels les niches fiscales vont être revues. Et puis vous avez les retraités, on en a parlé. Sur les entreprises, des allègements généraux, on fait deux choses. D'abord, quand il y a eu l'augmentation du SMIC cette année au 1er juin, on n'a pas répercuté sur les allègements généraux. Ils le savaient, on le savait, ce sont des décrets. On a continué sur 2027, donc ce n'est pas une surprise. Et le complément des allègements généraux, c'est justement corriger une anomalie, puisqu'il y avait des éléments de rémunération qui n'étaient pas comptés dans les calculs. Donc on corrige une anomalie. Voilà ce qu'on fait. Vous voyez les allègements généraux par ailleurs, un jour ou l'autre, et monsieur Martin le sait bien, il faudra qu'on en parle parce que c'est une trappe à Smic aujourd'hui. Donc si on veut que les gens sortent du Smic, tôt ou tard, il faudra bien mettre à plat les allègements généraux.

AMÉLIE CARROUËR
Voilà. Mais je lui en parlerai ici même heure, même endroit, à Patrick Martin. A quelle concession êtes-vous prêt avec le PS, mais peut-être plus disruptif comme question avec le Rassemblement national ? Je m'explique. Les Socialistes préviennent que le Gouvernement va chercher un accord même indirect avec le RN. Ils qualifient ce scénario de faute politique et morale. Et je vais plus loin : L'Opinion titrait, il y a encore trois jours : "Entre le RN et le Gouvernement, les liaisons dangereuses". Alors que le Rassemblement national se montre de moins en moins fermé à l'idée de laisser passer le budget et vante ses bons contacts avec Matignon. Êtes-vous prêt à négocier avec le Rassemblement national ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bon, on l'a dit, ce budget, c'est un budget qui va être discuté au Parlement. Donc au Parlement, on va discuter avec toutes les forces qui sont présentes au Parlement et qui voudraient bien discuter. La base de la discussion, les quantums, on va tenir bon parce qu'il faut redresser les comptes de ce pays. Donc le fameux 5 % de déficit public, en fait, c'est 4,8 % plus 0,2 pour la Défense. C'est ça, les comptes. On va tenir bon. Mais sur le comment, on est très largement ouverts. Si des gens ont des propositions à nous faire…

AMÉLIE CARROUËR
Donc vous allez discuter avec le RN, et vous êtes prêts à concéder des choses au RN si nécessaire ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Dans le cadre de l'Assemblée nationale, on en discutera avec tous les groupes qui voudront discuter avec nous. Par contre, il n'y a aucune discussion cachée, secrète avec le Rassemblement national. Ça, ce n'est pas vrai, ce sont des fake news. Bon, là, on est dans une période de fake news. Je le redis, il n'y a aucune discussion cachée, occulte avec le Rassemblement national.

AMÉLIE CARROUËR
Le RN qui présente son budget demain. Budget crédible, selon vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Il me tarde de le voir.

AMÉLIE CARROUËR
125 milliards la dette de 119 % du PIB à 60 %, le déficit maximal à 2,4 % du PIB, etc., etc.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Écoutez, on va regarder ce qu'il y a dans son budget. On se fera un avis lorsqu'on le connaîtra.

AMÉLIE CARROUËR
Alors on avance sur les questions de Français. C'est une question de Camille, me dit-on. Encore une fois, je les découvre avec vous. Camille, qui est à Montpellier. Bonjour Camille. Qu'avez-vous à dire aux jeunes qui craignent que le travail ne paie plus ? Tiens, effectivement.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, le travail paie si on prend les bonnes filières. Voilà, c'est ça qui me frappe, c'est qu'on a un problème d'orientation dans ce pays. On laisse les jeunes aller sur des filières où il n'y a pas de débouchés ou des salaires très peu payés. Et figurez-vous que dans l'industrie, ils recrutent énormément. Est-ce que vous connaissez le salaire d'un soudeur en sortie de formation ? En gros, un Bac+2, ce sont quand même des ouvriers très qualifiés, 3 000 euros par mois. Donc je dis à ces jeunes : renseignez-vous. Trouvez les filières qui gagnent de l'argent.

AMÉLIE CARROUËR
Mais il faut fermer certaines filières. Il faut faire le ménage et fermer certaines filières qui ne seraient pas utiles, légitimes désormais ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Fermer, en tout cas, il faut que les jeunes s'orientent bien et donc on va leur donner un outil d'ailleurs, ça s'appelle l'InserScore, qui leur permettra de connaître, pour chaque formation, les débouchés et la rémunération moyenne en sortie du débouché. Choisissez les bonnes filières. Il y a dans ce pays, notamment autour de l'industrie, des métiers qui paient très bien dès le démarrage de votre carrière.

AMÉLIE CARROUËR
On prend une autre question. Alors qui nous a écrit ce matin ? C'est Guy, qui est à Marchainville. Pourquoi faut-il attendre que les lycéens soient dans la rue et détruisent pour que le Gouvernement s'occupe des remplacements de professeurs absents ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bon, la première partie de la question, "soient dans la rue", ça s'appelle une manifestation, ça c'est logique. "Détruisent", il n'y a pas besoin. Au contraire, c'est contre-productif. Franchement, la destruction, d'abord, c'est de l'argent public, y compris leur lycée. Il y a des endroits, ils ont détruit même leur lycée. Vous voyez, ça, ce n'est pas bien. Donc première partie, dans la rue, après tout, c'est de la manifestation, elle est logique.

AMÉLIE CARROUËR
Et la deuxième, c'est que vous réagissez trop tard au Gouvernement.

JEAN-PIERRE FARANDOU
La deuxième, c'est la violence, ce n'est pas possible.

AMÉLIE CARROUËR
Non. La deuxième, c'est : le Gouvernement réagit trop tard.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais je réagissais sur "détruisent». Vous voyez. Ça, c'est pas une bonne idée. Il ne faut pas dire à la jeunesse : "Détruisez pour avoir satisfaction." Certainement pas.

AMÉLIE CARROUËR
Il vous dit : "Mais le Gouvernement ne s'occupe des remplacements de professeurs absents que maintenant", en gros, retard à l'allumage ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense que le ministère de l'Éducation nationale, il s'en occupe. Voilà. Après, il peut y avoir des difficultés ponctuelles. Regardez, sur Créteil, ça a démarré à Créteil. La semaine suivante, la plupart des remplacements étaient faits.

AMÉLIE CARROUËR
Oui mais il a fallu qu'ils contestent. Il a fallu qu'ils se fassent entendre pour qu'enfin il y ait des remplacements. C'est ça, ce qu'ils vous disent les interlocuteurs. C'est que s'il n'y a pas de colère, il n'y a pas de réponse.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Il y a du débat, il y a de la discussion. Je dis, voilà, je le redis, la manifestation, elle est possible. La destruction, surtout pas. Il faut sortir cette idée-là de la jeunesse. La destruction ne mène à rien, elle ne mène qu'à dépenser de l'argent public pour rien. Elle mène à des risques d'accidents et de violences urbaines. Donc lycéens dans la rue, pourquoi pas. Destruction ? Surtout pas.

AMÉLIE CARROUËR
Encore une question. On la découvre ensemble. On a beaucoup de questions, ben tiens, je tiens à le dire, ça fonctionne très, très bien. Nathalie, Les Sables-d'Olonne : "Que faites-vous pour développer l'emploi des seniors ?" J'ai 59 ans et je ne trouve pas d'emploi.

JEAN-PIERRE FARANDOU
On fait beaucoup de choses pour développer l'emploi des seniors. D'abord, il y a une base. Moi, je venais juste d'arriver, il y a une loi qui est venue transposer dans la loi un accord national interprofessionnel. Donc ça veut dire que le patronat et les syndicats veulent travailler là-dessus. Et moi, je vais sortir bientôt, là, dans quelques semaines, des applications qui vont aider les seniors à construire un parcours professionnel et qui vont surtout aussi aider les entreprises à avoir un vrai plan RH pour les seniors. Donc on se bat beaucoup pour l'emploi des seniors, c'est très important. Jusqu'à 60 ans, on n'est pas mal, même on est largement au-dessus de la moyenne européenne de 60 à 64 ans. Par contre, l'emploi des seniors baisse. Donc effectivement, il y a beaucoup d'efforts à faire, notamment dans les entreprises, pour garder les seniors au travail et en embaucher quelques-uns.

AMÉLIE CARROUËR
La question, elle revient à chaque fois. Vraiment, elle intéresse beaucoup la question des seniors sans emploi. C'est Nicolas Doze qui nous a rejoints ce matin. Bonjour Nicolas.

NICOLAS DOZE
Bonjour.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.

AMÉLIE CARROUËR
Vous êtes face au ministre du Travail.

NICOLAS DOZE
Je reviens sur quelque chose que vous avez dit, Jean-Pierre Farandou. Il y a des choses qui me semblent bancales dans l'esprit global de la loi de finances qui nous est présentée. On va augmenter le coût du travail très fortement, alors que l'objectif, c'est de le baisser. On va finalement, d'une certaine manière, cibler l'épargne salariale, alors que l'objectif, c'est d'encourager les outils de partage du profit. Vous avez parlé d'anomalies. Oui, là, je pense qu'il y a une anomalie. On va augmenter le coût du travail de 8 milliards d'euros en 2027.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Si vous savez, les calculs, on n'est pas forcément d'accord sur les calculs. Donc il faut faire attention, le ministère de l'Économie a quand même recadré les choses.

NICOLAS DOZE
3,7 milliards, dit-on, qui s'ajoutent aux 5 milliards à peu près liés au gel des allègements de cotisations au moment de la revalorisation du SMIC le 1er juillet.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense qu'il faut être plus précis que votre phrase générique. Donc on reprend la question qui m'a été posée : les allègements généraux, qu'est-ce que c'est ? C'est une aide massive aux entreprises, effectivement, qui baisse le coût du travail pour les petits salaires, qui sont là pour créer de l'emploi.

NICOLAS DOZE
Oui, les allègements de cotisations, ça fait plusieurs dizaines d'années qu'on pratique ça, bien sûr.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça fait quand même 75 milliards d'euros. On est quand même sur des sommes très importantes.

NICOLAS DOZE
Un petit peu plus même.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Même un petit peu plus.

NICOLAS DOZE
Dans les 80, 85.

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est quand même un effort considérable. Voilà.

NICOLAS DOZE
Considérable. OK.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Deux : elles ont un gros défaut. Ce n'était pas voulu, ce n'est pas fait exprès, c'est une trappe à SMIC. Parce que dès que vous sortez du SMIC, justement, les allègements généraux jouent beaucoup moins sur le coût du travail, qui devient énorme pour l'employeur, et donc ils hésitent à augmenter quelqu'un qui est au SMIC. Donc vous voyez qu'il y a une espèce de péché originel dans les allègements généraux qui mérite, qui justifie qu'on les regarde. Trois. Ce qu'on fait, c'est quand même normal. On tient compte de l'ensemble des revenus pour calculer le salaire quelque part global de la personne. C'est une correction quasiment technique qu'on fait. Voilà ce qu'on fait. Alors après, je le redis, on l'a redit, les efforts sont partagés. Les retraités font des efforts, les entreprises sont appelées à faire des efforts, les salariés sont prêts à faire des efforts, l'État fait des efforts. Je pense que comme moi, vous voulez redresser les comptes publics de ce pays, ceux de l'État comme ceux de la Sécurité sociale.

NICOLAS DOZE
Oui mais on a des priorités qui sont de baisser le coût du travail, pas de l'accroitre.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Et les Français sont nombreux à le penser. Voilà. il y a des efforts à faire. Je viens de vous expliquer…

NICOLAS DOZE
Oui, mais je comprends très bien.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je vous ai apporté la personne.

NICOLAS DOZE
Bon je pense que ça n'aura pas d'effet sur la trappe à bas salaires, dans la mesure où ces allègements-là ne vont pas concerner les bas salaires, mais plutôt les salaires un peu supérieurs. Bon.

AMÉLIE CARROUËR
Dernière question.

NICOLAS DOZE
Enfin moi, quand on augmente le coût du travail et qu'on tape directement sur le partage du profit, je trouve que les philosophies globales ne sont pas à leurs places. Voilà ce que je voulais vous dire juste. Dernière question, 2 milliards, vous le confirmez aujourd'hui dans les colonnes de L'Opinion sur l'Unédic. Donc c'est une habitude désormais d'aller à l'Unédic quelques… enfin ce qui manque globalement. Parce que les partenaires sont vent debout et objectivement ils ont raison d'être vent debout.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, l'Unédic, je me suis beaucoup battu en tant que ministre pour l'Unédic.

NICOLAS DOZE
C'est le régime d'assurance chômage, on est bien d'accord.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, bien sûr. D'abord, on a négocié, les partenaires sociaux ont négocié un accord transformé dans une loi que j'ai portée pour ramener 1 milliard d'euros supplémentaires dans les caisses de l'Unédic. Deuxièmement, je me suis battu au niveau européen pour corriger une très grosse anomalie où la France payait le chômage des transfrontaliers français mis au chômage à l'étranger, 880 millions d'euros dans les caisses de l'Unédic. Mais vous avez un ministre qui se bat pour l'Unédic. Voilà. Deuxièmement, je me suis aussi battu sur l'Unédic. Je l'ai dit d'ailleurs dans le journal que vous citez, les discussions ont été franches. J'ai dit : il faut d'abord que l'Unédic soit à l'équilibre. Voilà, il est à l'équilibre. Après, il y a l'excédent qui peut se discuter. Je me suis beaucoup battu pour que l'Unédic revienne à l'équilibre, et ça sera le cas l'année prochaine.

NICOLAS DOZE
Jean-Pierre Farandou, l'Unédic ne devrait pas encore là avoir vocation à financer l'État. L'Unédic n'est pas là pour financer l'État. Et, une fois de plus, on va demander au régime d'assurance chômage de financer l'État.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, mais les moyens qu'on donne à l'État permettent de lutter contre le chômage. Donc surtout il faut bien aussi financer l'aide aux chômeurs, l'aide à la formation. C'est une solidarité nationale que l'on demande. Franchement, en ce moment, il faut arrêter de défendre les petits intérêts catégoriels. Il faut qu'on soit tous ensemble pour redresser les comptes du pays dans le calme, les comptes du pays et de la Sécurité sociale. Et là-dessus, on fait un effort très important puisqu'on va réduire quasiment de moitié le déficit de la Sécurité sociale l'année prochaine.

AMÉLIE CARROUËR
Merci beaucoup, monsieur le ministre, d'avoir été notre invité ce matin. Merci beaucoup Nicolas Doze. Nous, on se retrouve demain.


source : Service d'information du Gouvernement, le 6 octobre 2026