Texte intégral
Monsieur le président, cher Frédéric Romain,
Madame la directrice générale, chère Constance Benussan,
Mesdames et Messieurs les administrateurs,
Je vous remercie de m'accueillir à nouveau parmi vous. Je sais que ce rendez-vous intervient dans un moment exigeant pour la branche Famille.
En février, je vous avais proposé une méthode : transparence et dialogue. C'est avec la même franchise que je viens vous dire ce que le PLFSS pour 2027 signifie pour la branche Famille.
Mon message tient en deux points :
- la branche Famille prend sa part d'un effort collectif, qui n'est dirigé contre personne, et certainement pas contre elle ;
- et, dans cet effort, nous faisons un choix clair : préserver la petite enfance et préparer l'avenir.
Je commence par le cadre, qui éclaire tout le reste. Sans PLFSS, le déficit de la sécurité sociale atteindrait 22,6 milliards d'euros en 2027. Avec un freinage de près de 10 milliards, nous le ramenons à 12,7 milliards.
Ce PLFSS ne diminue pas la dépense : il en freine la hausse. Dans ce paysage, la branche Famille restera la seule branche excédentaire, à 1,6 milliard d'euros.
Je sais le sentiment que cela peut inspirer : celui d'une branche qui paierait pour les autres.
Je veux y répondre franchement : ce budget lui demande de contribuer, comme aux autres branches. Il ne la prend pas pour cible.
Les prestations familiales seront maintenues à leur niveau de 2026.
Le gel ne réduit le montant d'aucune prestation.
C'est un effort d'un an, partagé avec les aides au logement, la prime d'activité et une partie des pensions.
Quant à l'allocation de rentrée scolaire, elle remplit son objectif : elle aide les familles à faire face à l'ensemble des dépenses de la rentrée, des fournitures à la cantine.
La réflexion que nous ouvrons porte sur son ciblage, pour la concentrer davantage sur ceux qui en ont le plus besoin, par exemple selon l'âge des enfants.
Nous la mènerons avec les parlementaires, les associations familiales et la CNAF.
Contribuer à l'effort ne veut pas dire tout traiter de la même manière. Il faut choisir. Mon choix, c'est l'accueil du jeune enfant. Parce que la baisse de la natalité ne règle rien : avec environ 60 places pour 100 enfants de moins de trois ans, il manquera au moins 100 000 places en 2033 sans action nouvelle. Et parce que les crèches souffrent : la part des crèches associatives déficitaires est passée de 34 % en 2019 à 44 % en 2024. C'est le sens du plan d'urgence sur lequel vous êtes amenés à vous prononcer aujourd'hui également.
Dans le contexte budgétaire actuel dont je sais que vous mesurez la gravité, j'ai tenu à le défendre, en réponse à pour une large part, ce que vous m'aviez demandé : une hausse de la PSU et un renforcement du bonus territoire.
Il se déploie en deux marches : 30 millions d'euros dès 2026, puis 6 millions supplémentaires en 2027, portant l'effort à 90 millions d'euros en tout en 2027.
- la revalorisation de la PSU sera portée à 1,4 % en 2026, puis 1,11 % en 2027 ;
- le bonus territoire sera renforcé de 27 millions d'euros, au bénéfice de plus de 3 000 crèches des territoires les plus fragiles ;
- les aides à l'installation des assistantes maternelles et au démarrage des maisons d'assistants maternels seront relevées ;
- l'accueil en crèche des enfants des professionnels de première ligne, notamment de santé, sera soutenu.
Ce plan permettra de sortir 600 crèches du déficit, soit près de 17 000 places.
Je sais que beaucoup d'entre vous demandaient davantage. Mais il s'ajoute à la trajectoire de la COG, et il cible les structures les plus fragiles.
Mais l'urgence ne doit pas nous dispenser de regarder plus loin. Préparer l'avenir, c'est répondre à deux transitions :
- la transition démographique, avec le congé supplémentaire de naissance, plébiscité par les familles, et la réforme du modèle de financement des crèches ;
- la transition écologique : après les fortes chaleurs de cet été, la branche préparera, avec le fonds de modernisation des équipements, un plan d'adaptation des lieux d'accueil, pour qu'ils soient mieux équipés avant l'été 2027. Votre conseil l'avait anticipé en renforçant, ce printemps, l'aide aux projets de développement durable. Vous êtes donc appelés à vous prononcer aussi aujourd'hui sur la facilitation de la mobilisation du fonds de modernisation des équipements et du plan d'investissement pour l'accueil du jeune enfant, afin d'équiper dès maintenant les crèches.
J'en viens au sujet qui suscite, je le sais, le plus d'inquiétude parmi vous : le FNAS.
Je mesure combien son évolution a pu être mal vécue, au moment même où nous annoncions un plan d'urgence, comme si l'on reprenait d'une main ce que l'on donnait de l'autre.
Je veux être très claire.
Le ralentissement prévu pour 2027 n'est pas un rebasage. C'est une trajectoire, et le FNAS continue de progresser.
Elle tient compte d'un constat que vous avez vous-mêmes dressé : 640 millions d'euros non consommés en 2025. Comme d'aucuns ont pu le dire, ce n'est pas une économie, c'est un signal.
Et cette trajectoire dépendra aussi de la façon dont le FNAS sera exécuté.
Notre objectif est commun : que chaque euro parvienne aux familles et aux gestionnaires.
Vos propositions de gestion plus souple des crédits nourriront la préparation de la prochaine COG, que je souhaite ambitieuse.
Mesdames et Messieurs,
Votre avis sera exigeant, et c'est votre rôle.
Je vous demande de voir ce budget pour ce qu'il est : un effort demandé à la branche Famille, sans la sacrifier, qui protège l'accueil des jeunes enfants et prépare l'avenir.
Ce défi, nous ne le relèverons qu'ensemble. Avec vous et avec les équipes des CAF, qui ont encore été au rendez-vous cet été.
Je vous remercie.
source https://solidarites.gouv.fr, le 9 octobre 2026