Texte intégral
MAUD BREGEON
Bonjour à tous.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes la porte-parole du Gouvernement. Vous êtes aussi ministre de l'énergie. Vous avez bien dormi ?
MAUD BREGEON
Et vous ?
APOLLINE DE MALHERBE
Moi, j'ai très bien dormi, mais je me suis levée un petit peu tôt. Mais si je vous pose cette question, c'est parce que le ministre de l'économie qui s'occupe aussi, notamment, des taxes sur le carburant, dit que les taxes sur le carburant, ça ne l'empêche pas de dormir. Ça pourrait l'être quand même, non ?
MAUD BREGEON
Laurent Lescure, je travaille avec lui depuis des années dans des Gouvernements et dans des majorités qui ont tout fait pour baisser les impôts des Français, et singulièrement pour baisser les taxes, particulièrement lorsque c'était nécessaire. Je pense notamment à la crise énergétique de 2022-2023, où on a mis sur la table 70 milliards d'euros dans les boucliers tarifaires, sur le gaz, sur l'électricité et en appui à l'achat de carburant. Et puis on va peut-être parler de ce qu'on fait sur le fond…
APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais, pardon, cette expression…
MAUD BREGEON
Vous pouvez juger de la forme, moi, ce qui m'intéresse…
APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais, est-ce que vous, vous jugez de la forme ?
MAUD BREGEON
Moi, je ne juge pas de la forme.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous, vous trouvez que dans le contexte actuel, quand on sait qu'il y a pour certaines stations-essence jusqu'à 40% de baisse de consommation, cela veut dire que c'est 40% de moins de trajets et de…
MAUD BREGEON
Mais c'est des difficultés qui sont évidemment réelles.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que le ministre de l'économie de la France peut dire une phrase pareille : "Moi, franchement, ce n'est pas une taxe qui m'empêche de dormir, je sais que ça empêche d'autres de dormir, mais moi ça ne m'empêche pas de dormir, ça permet de financer plein d'infrastructures. C'est très bien." ?
MAUD BREGEON
C'est peut-être maladroit sur la forme, moi, ce qui m'intéresse, c'est ce qu'on fait sur le fond. Ce qu'on fait sur le fond, c'est la libération de dix millions de barils de diesel qui permettront de faire baisser les prix entre douze centimes et 18 centimes, là, dans quelques jours. Le 1er novembre, c'est dimanche prochain. Ce qui m'intéresse, c'est de reconduire les aides pour les pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs. Ce qui m'intéresse, c'est qu'on puisse aider les Français les plus précaires qui roulent beaucoup. 5,5 millions de Français qui sont éligibles à l'aide qu'on a mise en place. Je pense qu'au bout du bout, ce qui intéresse les Français, c'est la manière dont on les aide et c'est ce qu'on met en place.
APOLLINE DE MALHERBE
On va y venir évidemment, savoir comment ça va se passer et quelles baisses, puisque c'est dans les tout prochains jours. Mais, dans le contexte actuel où on sent quand même une extrême douleur, on va y venir, après la journée du 17 octobre, après l'attentat de Trappes, dans un contexte où tout est explosif, laisser entendre que bon, allez, on n'est pas à dix centimes près, que ça n'empêche pas de dormir... Est-ce que vous ne vous dites pas qu'on est maladroit, qu'on ne sait plus parler aux Français ?
MAUD BREGEON
Encore une fois, je vous ai répondu sur la forme et je pense que vous auriez tort et qu'on aurait tort de réduire l'action du Gouvernement, et singulièrement du ministre de l'économie, à une phrase prononcée à l'Assemblée nationale. Encore une fois, ce qui compte, c'est ce que fait ce Gouvernement pour être aux côtés des Français. Ce sont ces dix millions de barils qui vont être libérés parce que c'est la vraie bonne nouvelle pour les consommateurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Quand, comment, et est-ce que vous avez affiné ? Vous avez pu anticiper l'impact réel que ça aurait à la fin ?
MAUD BREGEON
Oui, on a publié deux décrets et un arrêté notamment pour encadrer les choses. D'abord préciser les volumes qui allaient être libérés, leur répartition par distributeur, leur répartition par zone géographique, l'obligation pour l'ensemble de la chaîne de suivre l'évolution sur les prix de cette remise, de telle sorte que les Français…
APOLLINE DE MALHERBE
De la faire immédiatement apparaître dans le coût final.
MAUD BREGEON
Exactement, de la faire immédiatement apparaître, que personne ne puisse faire du gras, encore une fois, sur l'ensemble de la chaîne de distribution. On abaisse évidemment l'obligation de stockage stratégique, le temps de mettre en place cette libération pendant les mois à venir. Et donc on aura la semaine prochaine une baisse visible à la pompe. Et on s'assurera, je pense que c'est important, que l'ensemble des distributeurs le mettent en place, que l'ensemble des stations puissent en bénéficier, y compris les stations plus isolées, les stations indépendantes dans les zones rurales, parce qu'on sait que c'est aussi là où les Français vont beaucoup.
APOLLINE DE MALHERBE
Comment vous allez faire pour vous en assurer ?
MAUD BREGEON
On va suivre, encore une fois, sur l'ensemble de la chaîne, du déstockage des barils jusqu'à la station-service, en passant par le transporteur, les grossistes, les distributeurs, que cette baisse est bien répercutée à chaque étape de la chaîne jusqu'à l'affichage en station-service de la baisse que cela aura permis pour les Français.
APOLLINE DE MALHERBE
Il y a une question très technique, logistique, de remplissage ou non des cuves, c'est-à-dire qu'il y a ces barils que vous allez réinjecter, ces barils achetés moins cher, que vous allez réinjecter dans toute la filière. Mais il y a ce constat qu'un certain nombre de stations-essence ont vu parfois des baisses de consommation. Je disais le chiffre, il est saisissant, il a été annoncé par plusieurs distributeurs : jusqu'à 40% de moins de consommation dans certaines pompes. Cela veut dire aussi que ce sont littéralement des cuves qui mettent beaucoup plus de temps à se vider et donc qui vont être reremplies plus tard que d'autres. Comment vous allez faire techniquement pour que ce ne soit pas un cercle vicieux ? C'est-à-dire que ces petites stations, qui sont déjà très impactées, seront aussi probablement les dernières à pouvoir afficher un prix à la pompe plus léger.
MAUD BREGEON
On va les aider sur la trésorerie. On va les aider sur la trésorerie pour leur permettre d'appliquer en avance de phase. Et donc avant le remplissage de ces cuves, on y travaille précisément avec ces stations indépendantes dont je vous parlais, leur permettre de répercuter à la baisse douze à dix-huit centimes.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce n'est pas seulement une question de trésorerie, parce que la trésorerie, ce serait si elles pouvaient reremplir la cuve. Mais si la cuve n'est pas vidée d'un pétrole, d'une essence qu'ils ont déjà acheté plus cher techniquement, ils ne peuvent pas la vendre à douze centimes de moins.
MAUD BREGEON
On leur permettra d'abord de faire cette remise avant d'avoir acheté de nouveaux volumes de pétrole, en l'occurrence de diesel. Et ensuite on les aide, encore une fois, en matière de trésorerie pour leur permettre de mettre en place cette aide en avance de phase. Et le dispositif dont je vous parle-là a été précisément travaillé avec les organisations qui regroupent, je pense à Mobilians, mais il y en a d'autres, qui regroupent ces stations indépendantes.
APOLLINE DE MALHERBE
Je repose la question vraiment très technique pour essayer de comprendre. Pardon, c'est vraiment une histoire de remplissage du frigo. Là en l'occurrence, c'est la cuve, mais c'est exactement la même logique : c'est que vous allez donc payer la différence. C'est-à-dire que si c'est de l'essence qu'ils ont achetée très cher, les prix récents, la semaine prochaine, ils ont encore cette essence-là dans leur cuve, quand on met à la pompe, c'est encore cette essence achetée très cher qu'ils ont, la différence, les douze centimes ou 18 centimes par litre, c'est vous qui allez les payer ?
MAUD BREGEON
On va permettre une avance de trésorerie qui leur permettra de répercuter immédiatement, encore une fois, cette baisse entre douze et dix-huit centimes.
APOLLINE DE MALHERBE
En fait, vous leur prêtez quoi.
MAUD BREGEON
Je ne peux pas vous le dire autrement.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne payez pas la différence, vous prêtez.
MAUD BREGEON
Et moi ce que je dis encore une fois aux Français qui nous écoutent ce matin, c'est que tout a été mis en place pour que lundi prochain, cette baisse puisse être visible encore une fois sur l'ensemble du territoire, dans l'ensemble des distributeurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Ce sera plutôt 12 ou ce sera plutôt 18 ?
MAUD BREGEON
Ça dépendra des distributeurs, ça dépendra, encore une fois, des stations-service, mais on sera entre douze centimes et 18 centimes. Et c'est une très bonne nouvelle pour le consommateur parce que, sur un plein, ça représente une somme d'argent importante.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous avez une précision sur le calendrier ? C'est-à-dire qu'on dit la semaine prochaine. Est-ce que vous vous dites "à partir de lundi, oui au totem des différentes stations-essence" ?
MAUD BREGEON
On aura tout mis en place pour que ça puisse être effectif au 1er novembre. Le 1er novembre est un jour férié, c'est un dimanche, donc en tout état de cause, au plus tard lundi matin, et on fera les contrôles et les vérifications pour s'assurer encore une fois que c'est bien appliqué. Mais je note que les distributeurs que vous recevez sur vos plateaux – Michel-Édouard Leclerc était sur BFMTV hier, vous en recevez aussi régulièrement dans votre matinale – accueillent cette mise en place, ce dispositif, de manière plutôt positive. C'est bien la preuve qu'on arrive à travailler ensemble avec un objectif commun : le pouvoir d'achat des Français. Parce que notre objectif à tous, je crois, c'est de protéger les Français. Et cette mesure-là, qui est inédite, il faut bien que les uns et les autres le comprennent : c'est la première fois dans l'histoire qu'on va piocher dans des stocks stratégiques de manière si massive pour faire baisser les volumes. Et ça, c'est grâce à l'action qu'a menée le président de la République à l'international pour négocier cette libération de cent millions de barils à l'échelle du G7. Et c'est grâce ensuite à la déclinaison qu'en fait le Gouvernement et le Premier ministre. Donc, ce n'est pas rien. C'est en fait une disposition inédite.
APOLLINE DE MALHERBE
Dans le même temps, le groupe TotalEnergies s'apprête à publier ses résultats. Ça devrait être d'excellents résultats. Peut-être même des résultats records. Il n'y a pas un truc qui ne va pas ?
MAUD BREGEON
Écoutez, moi, je crois qu'on aurait tort de sombrer dans le "Total bashing". Je sais que c'est un sport national pour une partie de la classe politique. Moi, ce que je vois concrètement, c'est que depuis plusieurs mois, Total a mis en place des plafonnements sur l'essence et sur le diesel, c'est une bonne chose parce que ça permet là aussi de tirer les prix à la baisse. Ça contribue à protéger les Français, quoi qu'on en dise. Donc ça, c'est la première chose. Et la seconde, d'un point de vue plus macro, et je peux vous le dire, en tant que ministre de l'énergie, je vais terminer, je peux vous le dire, on a de la chance d'avoir un grand major pétrolier dans une crise telle que celle que l'on traverse et notamment pour pallier à des risques d'approvisionnement. Donc, nous, on demande à Total d'être exemplaire, on demande à Total de répercuter encore une fois à la baisse l'avantage de libération des barils qu'ils se sont engagés à faire, de maintenir le plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure.
APOLLINE DE MALHERBE
7,5 milliards d'euros de bénéfices, ne vous dites-vous pas, dans le contexte actuel où vous cherchez des sous partout, jusqu'à envisager de doubler le nombre de radars sur les routes...
MAUD BREGEON
Non, ça c'est faux.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est faux ?
MAUD BREGEON
C'est du renouvellement de radars existants. On ne double pas le nombre de radars sur les routes. On s'éloigne un peu du sujet.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'allez pas doubler ? Non, mais c'est intéressant parce que vous n'allez pas doubler.
MAUD BREGEON
On ne va pas doubler les radars sur les routes, on remplace des radars existants, par d'autres radars, et d'ailleurs, quand vous regardez…
APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'en rajoutez pas ?
MAUD BREGEON
On n'en rajoute pas : quand on regarde entre 2026 et 2027 l'estimation de ce que ces amendes rapportent pour l'État, vous êtes à volume constant. Revenons-en à nos affaires.
APOLLINE DE MALHERBE
On va fermer la parenthèse, mais la précision est importante. 7,5 milliards d'euros de bénéfices, est-ce qu'on ne peut pas en prendre un peu ? Est-ce que vous ne vous dites pas : "Tiens, dans le moment actuel…".
MAUD BREGEON
Où sont faits ces bénéfices ?
APOLLINE DE MALHERBE
J'imagine dans l'ensemble du monde.
MAUD BREGEON
Dans l'ensemble du monde, et mais spécifiquement en France, Total a plafonné les prix, ça a permis d'avoir des avantages importants pour beaucoup de Français. C'est une bonne chose, ils doivent continuer à le faire. Je vois qu'ils se sont engagés à continuer à le faire. Et puis, encore une fois, on a aussi le droit d'être fiers, parfois, d'avoir des champions en France qui nous permettent d'avancer et notamment singulièrement dans ces crises.
APOLLINE DE MALHERBE
Maud Bregeon, les commerçants. Je le disais, il y a eu le 17 octobre, il y a eu le 24 octobre, samedi, à nouveau appel à des manifestations, samedi 31, jeudi 5, peut-être même le 6 et le 7 qui sont déjà évoqués. Grande inquiétude des commerçants, manque à gagner, casse... Et cette annonce : jusqu'à 10 000 euros par très petit commerce qui aurait été pillé ou cassé. Est-ce que vous n'auriez pas mieux fait de mettre cet argent dans la sécurité plutôt que d'avoir à réparer la casse derrière ?
MAUD BREGEON
Je crois que la question ne se pose pas comme ça. Et pour les semaines à venir, il y a au fond trois axes qui définissent l'action du Gouvernement. Le premier, c'est l'ordre public. Nous ne laisserons rien passer et nous serons intraitables avec les délinquants, les factieux, avec ceux qui cassent. C'est absolument inadmissible. La journée de samedi dernier, le 24, s'est globalement bien passée. C'est la preuve qu'on y arrive. Ensuite, il y a la question des discussions, des négociations, du dialogue social. Et là, ça touche à des revendications qui sont légitimes, qui n'ont rien à voir avec la casse qu'on a pu voir ces derniers jours et ces dernières semaines. Il faut avancer avec les lycéens, il faut avancer avec les partenaires sociaux, les organisations syndicales, les organisations patronales ?
APOLLINE DE MALHERBE
Les lycéens, est-ce que vous allez les voir vite ?
MAUD BREGEON
Et ensuite, il y a l'accompagnement des commerçants. Et on continuera à être extrêmement vigilants, sur le tracé des manifestations, sur la mise en place de couvre-feux.
APOLLINE DE MALHERBE
Pour l'instant, vous ne vous êtes pas mis d'accord sur…
MAUD BREGEON
La manière dont on préserve les centres-villes, pour que…
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, il n'y ait plus de manifs dans les centres-villes...
MAUD BREGEON
En tout cas, là où c'est nécessaire, on garantisse aux commerçants d'avoir des Français qui réinvestissent les centres-villes singulièrement dans le calme.
APOLLINE DE MALHERBE
Tant que le calme n'est pas complètement revenu, il n'y aura plus de manifs dans les centres-villes.
MAUD BREGEON
En tout cas là où ça pose problème. Et ça se fait au cas par cas. Vous savez que c'est une discussion avec les préfets d'abord, ensuite avec les maires, là où il y a des risques de violences telles que celles qu'on a connues le 17 octobre, il faut évidemment adapter le tracé des manifestations.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que certains magasins se disent : "Est-ce qu'il ne faudrait pas peut-être ouvrir le dimanche, là où pour l'instant c'est interdit, pour tenter de compenser les manques à gagner ?" Est-ce que c'est une question à laquelle vous êtes ouverte ?
MAUD BREGEON
C'est une piste qui est sur la table. Nous sommes favorables à faciliter d'ici à Noël l'ouverture le dimanche. Vous savez qu'il y a déjà des dérogations possibles qui peuvent être données par le maire. Le préfet peut étendre le nombre de dérogations, le nombre de dimanches ouverts par an dans chacun des départements. Et donc on facilitera l'ouverture le dimanche d'ici à Noël, pour permettre aux commerçants de rattraper ce manque à gagner et de rattraper ce chiffre d'affaires, dans un contexte qu'on sait très difficile.
APOLLINE DE MALHERBE
Après, certains vous disent déjà, j'en avais déjà ce matin sur RMC qui témoignait, qui disant : le problème, c'est que moi, j'ai des salariés, des vendeurs, des vendeuses, et que les payer le dimanche, et du coup les payer encore plus, parce que c'est un dimanche et parce que c'est un jour en extra, ça leur paraît difficile. Est-ce que vous les accompagnerez éventuellement ?
MAUD BREGEON
L'ouverture le dimanche, en tout cas de manière plus souple que ce que la réglementation ne prévoit aujourd'hui, indépendamment de la décision que pourraient prendre les préfets, c'est une demande des commerçants eux-mêmes. Donc faciliter cette ouverture-là, c'est répondre à leur demande.
APOLLINE DE MALHERBE
La journée du 31, en termes de maintien de l'ordre, est-ce que vous pensez que tout est sous contrôle, pour reprendre un mot du ministre de l'Intérieur qui avait reconnu qu'il avait perdu le contrôle ?
MAUD BREGEON
Tout est mis en place, je vous le confirme. Il y a eu un Conseil de défense et de sécurité nationale qui s'est tenu hier autour du président de la République et du Premier ministre, qui visait précisément à préparer les échéances à venir, et notamment l'échéance du week-end prochain. Pas uniquement, mais notamment. Et donc tous les moyens en termes de dispositif de forces de l'ordre déployées sont évidemment mis en place. Des couvre-feux, d'ailleurs, sont encore appliqués dans certaines villes en France.
APOLLINE DE MALHERBE
Le maire de Paris évoque trois rassemblements d'ultra-droite, de néo-nazis qui sont prévus normalement ce week-end dans les rues de Paris ou juste autour de Paris. Est-ce que vous avez pris des dispositions pour les interdire ?
MAUD BREGEON
C'est une décision qui sera prise par la préfecture. Vous savez que ce n'est pas au Gouvernement d'autoriser ou d'interdire des manifestations, c'est d'abord au préfet, et le préfet le fait sur des considérations juridiques, de risque de trouble à l'ordre public.
APOLLINE DE MALHERBE
Ce sont des événements néo-fascistes, voilà ce que dit Emmanuel Grégoire. Vous vous dites qu'il ne faut pas que ça ait lieu, indépendamment de la préfecture ?
MAUD BREGEON
Je dis que c'est au préfet de prendre cette décision.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais je veux dire, à titre personnel, en tant que porte-parole du Gouvernement, quand vous entendez le président de la République hier, qui dit qu'aujourd'hui on a un antisémitisme et un racisme décomplexés, qu'on a un "racisme d'atmosphère"... Est-ce que dans ce contexte-là, on peut laisser des manifestations de cette sorte ?
MAUD BREGEON
Moi je trouve ça incompréhensible qu'on puisse aller manifester dans de telles organisations et dans de tels rassemblements. C'est une évidence. Du reste, est-ce que, en droit, les fondamentaux sont réunis pour l'interdire ? Ça, c'est au préfet, encore une fois, de le dire.
APOLLINE DE MALHERBE
Il a parlé, Emmanuel Macron, je le cite, d'une "désinhibition d'un antisémitisme" chez certains, d'une "désinhibition du racisme" chez les autres. Il visait, semble-t-il, La France Insoumise et le Rassemblement National. Il parle d'un "racisme d'atmosphère". Il a aussi évoqué une forme de désinhibition des propos, mais aussi des violences. Évidemment, il était interrogé d'ailleurs chez HugoDécrypte, avec le drame de Trappes. On parle d'un hommage national. Est-ce que vous avez une date ?
MAUD BREGEON
Non. Et cette date sera discutée avec la famille pour des raisons que chacun comprend, qui aura lieu dans les temps à venir, et ce sera bien sûr décidé en discussion avec la famille de...
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que c'est le Premier ministre qui présidera cet hommage ou c'est le Président ?
MAUD BREGEON
C'est le Premier ministre qui présidera cet hommage. Le président de la République, ces dernières années, présidait les hommages lorsqu'il s'agissait d'attentats qui avaient touché des fonctionnaires de l'État en exercice, des policiers et des gendarmes. Le reste est présidé par le Premier ministre. En revanche, c'est bien une décision qui a été prise par le président de la République.
APOLLINE DE MALHERBE
Comment on fait pour tenir jusqu'à la présidentielle dans un tel climat ?
MAUD BREGEON
Écoutez, vous citiez les mots du président chez HugoDécrypte en début de question. L'atmosphère a quelque chose d'irrespirable. Il y a beaucoup de tension, il y a beaucoup de violence, il y a beaucoup d'inquiétude. Il y a beaucoup de peurs aussi, je crois, dans une majorité de Français, et je les comprends complètement. Ce qui m'a frappée suite à cet attentat raciste terrible survenu à Trappes la semaine dernière, c'est à quel point la politique avait très vite repris ses droits, et à quel point la dualité, singulièrement entre l'extrême droite et l'extrême gauche, avait en quelques heures pris le dessus sur l'émotion et sur la solidarité, une forme de concorde nationale qui devrait nous unir au moins quelques jours. Regardez les Questions Au Gouvernement que nous avons vécues mardi dernier. Regardez l'attitude de La France Insoumise, regardez l'attitude des Écologistes hier encore : une députée qui accusait le Premier ministre d'avoir, je la cite, "abattu une seconde fois la victime". Comment peut-on prononcer de tels mots et ensuite prétendre rassembler les Français ?
APOLLINE DE MALHERBE
Vous considérez qu'aujourd'hui une partie de la gauche instrumentalise ?
MAUD BREGEON
Je considère qu'une partie de la gauche instrumentalise ce qui s'est passé à Trappes, instrumentalise la violence. Et je vous le dis comme je le pense, je n'ai aucune leçon de républicanisme à recevoir de l'extrême gauche, de La France Insoumise, d'Europe Écologie Les Verts. Absolument aucune. Nous avons aujourd'hui des partis politiques qui agitent et instrumentalisent différentes formes de communautarisme. Cela va à l'encontre de ce qui doit nous amener à faire société ensemble. Cela va à l'encontre des fondamentaux de la République qui nous permettent, là encore, de vivre ensemble, malgré nos désaccords, malgré nos différences. Et c'est extrêmement dangereux. Les propos colportés par certaines forces politiques sont parfois…
APOLLINE DE MALHERBE
Je crois que vous parlez notamment de cette accusation qui a été lancé à l'endroit du Premier ministre.
MAUD BREGEON
Sont parfois des coups extrêmement violents contre l'unité nationale.
APOLLINE DE MALHERBE
Maud Bregeon, le tout dans un contexte de campagne présidentielle, vous soutenez Édouard Philippe. Gabriel Attal propose ce matin une primaire. Est-ce qu'il faut à un moment se rassembler, vous qui appelez à une concorde nationale ? Est-ce qu'il faut au moins que ceux dont les idées ne sont pas si éloignées se rassemblent et décident d'aller ensemble vers une primaire ?
MAUD BREGEON
Moi, j'ai toujours prôné le rassemblement. Toujours. Et j'ai d'ailleurs rejoint Édouard Philippe, parce que je suis convaincue que c'est le meilleur, aujourd'hui, pour rassembler la droite et le centre. Je n'ai pas bien compris ce que proposait Gabriel Attal hier. J'entends qu'on parle d'une primaire qui irait de quelque part à gauche, à quelque part à droite. Je crois que dans la période de grande tension qu'on vit, l'heure est à la clarification et pas à la confusion. Qui pense sérieusement qu'on pourrait mettre dans un même programme, dans un même meeting, dans une même primaire, en l'occurrence, Raphaël Glucksmann qui veut augmenter la fiscalité, qui veut régulariser 300 000 travailleurs sans papiers, et Bruno Retailleau qui veut réformer la Constitution et appliquer une réforme des retraites ?
APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, ça n'a rien à voir et donc il n'y a pas de primaire possible.
MAUD BREGEON
Il faut partager un certain plus petit dénominateur commun. Et je crois que le bon espace de rassemblement, c'est celui de la droite et du centre. Et je crois qu'Édouard Philippe est aujourd'hui, et de loin, le mieux placé pour faire ce rassemblement-là.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 octobre 2026